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Catégorie : Ferroviaire
Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

Dix tramways Stadler Tramlink pour Lausanne
Les Transports publics de la région lausannoise (tl) et Stadler ont signé un contrat pour la fourniture de 10 tramways de type Tramlink, y compris les pièces détachées et outils spéciaux nécessaires à leur maintenance. Ces tramways sont destinés à la future ligne de tramway entre Lausanne et Renens, qui doit ouvrir en 2026.
En Suisse, la commande de Tramlink passée par les tl fait suite à celles passées par six autres réseaux de transports publics. Ce type est en service à Lugano depuis l’année dernière et doit l’être « bientôt » dans le canton d’Argovie, à Bâle et à Berne, précise Stadler. Cette nouvelle commande de Tramlink se distingue des précédentes passées en Suisse par le fait que ces nouveaux trams seront à écartement normal.
Constitué de sept modules articulés en acier inoxydable à haute résistance, pour une longueur de près de 45 m, les trams pour Lausanne disposeront de trois zones polyvalentes à côté des portes, comprenant un espace réservé aux fauteuils roulants, aux chariots et aux vélos. Chaque face est équipée de huit portes à deux vantaux, avec comble-lacune. A l’intérieur, dont le design est qualifié d’exclusif par le constructeur, les voyageurs bénéficieront d’une isolation acoustique et thermique « complète » et d’une climatisation « efficace ». D’une largeur de 2,65 m, les Tramlink des tl pourront transporter jusqu’à 316 personnes.
Le conducteur bénéficiera d’une visibilité panoramique « optimale », pour « une sécurité maximale dans les environnements urbains imprévisibles ». En outre, la conception de l’avant est conçue pour améliorer la protection des piétons.

Lancement du Corifer pour piloter la recherche et l’innovation ferroviaires
Sa création était un des engagements du Contrat stratégique de la Filière ferroviaire (CS2F) signé en juillet 2021, pour encadrer un appel à manifestation d’intérêt (AMI) visant à soutenir des projets de recherche et développement portés pour la filière ferroviaire. Désormais, le Comité d’Orientation de la Recherche et de l’Innovation de la Filière Ferroviaire – en abrégé Corifer – est officiellement lancé, à la suite du Comité de Pilotage Ministériel (CPM) Transports réuni le 14 novembre à Nevers autour de Clément Beaune, ministre chargé des Transports, Roland Lescure, ministre chargé de l’Industrie et de Bruno Bonnell, Secrétaire général pour l’investissement.
Avec ce lancement, le Corifer se structure comme une « véritable instance de pilotage », tout en « poursuivant les efforts collectifs engagés depuis presque deux ans sur l’innovation et la recherche ». Présidé par Carole Desnost, Vice-présidente et membre du directoire SNCF, le Corifer aura pour objectif de « piloter la feuille de route R&D de la filière et de fédérer les acteurs industriels autour de projets structurants et innovants ». Ingénieur chimiste de formation, Carole Desnost a débuté sa carrière en 1986 dans le groupe PSA, où elle a occupé divers postes en recherche, aux études produit, en marketing qualité de service, en lobbying international et en ventes opérationnelles. En 2008, elle a rejoint Rhodia en tant que directrice Innovation avancée, puis l’équipementier Plastic Omnium en tant que Directrice R&D. En 2015, elle a pris le poste de directrice Innovation et Recherche du Groupe SNCF, avant de prendre la tête en juin 2021 de la Direction Technologies, Innovation & Projets Groupe SNCF, dont elle est actuellement Vice-présidente, tout en étant membre du directoire de la SNCF.
Particulièrement impliquée dans le fonctionnement de cette nouvelle instance, la Fédération des Industries Ferroviaires (FIF) « se réjouit de cette annonce qui va contribuer à rassembler les acteurs de l’innovation du secteur ».
Dans les semaines à venir, le Corifer orientera son travail sur le deuxième appel à manifestation d’intérêt, articulé autour de six thématiques prioritaires : décarbonation, efficacité énergétique et sobriété ; infrastructure ferroviaire résiliente, capacitaire et digitalisée ; mass Transit / RER métropolitain ; accélération du Fret ferroviaire ; mobilité en zone peu dense / Train léger et nouvelles mobilités partagées ; gestion des risques et nouvelles méthodes de conception et de fabrication.

Le regain du fret ferroviaire menacé par la crise
L’avenir s’assombrit pour les acteurs du fret ferroviaire, après plusieurs années de relance de leur activité : l’explosion des coûts de l’énergie et le manque d’investissement dans le réseau mettent à mal leur compétitivité. Ils doutent de la capacité du secteur à doubler sa part modale à l’horizon 2030, objectif fixé par la stratégie nationale pour le développement du fret ferroviaire.
Les nuages noirs s’amoncèlent dans le ciel du fret ferroviaire. Après plusieurs années d’éclaircie, durant lesquelles le secteur a vu son activité croître, place aux doutes face aux conséquences de la guerre en Ukraine.
L’évolution de la crise est observée à la loupe. Le coût de l’énergie représente « entre 15 et 18% de la facture de circulation d’un train », rappelle le dirigeant de DB Cargo France et nouveau président de l’Association française du rail (AFRA), Alexandre Gallo. « Si cette facture est multipliée par quatre ou cinq, les conséquences sont alors lourdes pour nous, comme pour nos clients », dit-il. Pour Raphaël Doutrebente, président d’Europorte, c’est « un nouveau challenge ». L’opérateur dit avoir bien anticipé la crise, « en négociant correctement » son MWh avec EDF. « Un avantage par rapport à ceux de nos concurrents qui achètent le courant de traction chez SNCF Réseau, dit-il. SNCF Réseau n’a pas anticipé, et facture aujourd’hui 500 euros le MWh (alors qu’on était en-dessous de 100 euros il y a un an). »
Cette explosion des coûts de l’énergie peut-elle mettre à mal la compétitivité du secteur et sa relance, entamée en 2018 ? Pas sûr. « 2021 a marqué un tournant, rappelle André Thinières, délégué général d’Objectif OFP. Nous sommes passés de 32,4 milliards de tonnes-km en 2020 à 36 milliards en 2021 ». Un rebond de 14%, selon l’Autorité de régulation des transports (ART), qui mettait en avant, dans son bilan 2021, la dynamique portée par l’essor du transport combiné.
C’est aussi en 2021 qu’a été initiée la stratégie nationale pour le développement du fret ferroviaire (SNDFF). Un premier bilan des aides publiques est dressé par l’Alliance 4F*, partie prenante dans l’édification de ce plan de soutien au secteur. Parmi les aides utiles, selon André Thinières : « l’aide aux transports combinés et la prise en charge à hauteur de 50 % des péages dus par les opérateurs à SNCF. Cela s’ajoute à l’aide accordée par l’État dans le cadre du plan de relance post-covid de septembre 2021 : un milliard d’euros pour les infrastructures ferroviaires. Une somme d’investissements bien ciblés, en particulier sur les infrastructures territoriales, jusqu’alors oubliées, ce qui a été fort utile au fret. Dans tous ces registres, l’État a fait mieux et plus. »
L’année 2022 peut-elle être aussi bonne que 2021 ? « Apparemment oui, poursuit André Thinières, mais nous n’avons pas encore de chiffres consolidés sur les six premiers mois de l’année. Il est clair que le fret ferroviaire a bien pris la vague des crises successives. »
Franck Tuffereau, délégué général de l’AFRA, explique : « Avec l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP), nous avons évalué l’impact de la crise énergétique à 56 millions d’euros pour les entreprises du secteur. L’État a pris à sa charge presque la moitié de la somme (26 millions d’euros TTC, soit 21 millions HT), ce qui a limité l’impact de la crise en 2022. Tous les acteurs du secteur attendent aujourd’hui que cette aide soit reconduite. »
Tous attendent aussi (et depuis longtemps) un réseau mieux entretenu, mieux géré et modernisé. « Le réseau national souffre de sous-investissement depuis des dizaines d’années, rappelle André Thinières. Le contrat de performance signé par SNCF Réseau avec l’État garantit tout juste l’entretien du réseau, qui est en mauvais état et vieillissant. Tous les pays ferroviaires modernes ont des centres de signalisation, des centres de contrôle régionaux (en Allemagne il y en a 15) ; nous disposons en France de 2000 postes de signalisation d’un âge canonique. »
Pour Raphaël Doutrebente, « il manque un milliard par an pour pouvoir réaliser les travaux nécessaires ; et je ne parle pas des contournements de Lyon, Paris et Lille (qui représentent 10 milliards)… Il ne suffit pas de changer le président de SNCF Réseau ! Le ministère de l’Économie doit cesser de serrer les finances à SNCF Réseau, et lui donner les moyens d’être une entreprise performante. »
La performance du gestionnaire d’infrastructure est critiquée, notamment pour son organisation. « SNCF Réseau ne nous donne pas suffisamment de capacités pour traiter nos trafics. Il lui faudrait une branche « travaux » et une branche « sillons » qui travaillent ensemble, poursuit le président d’Europorte. Il faut également meilleure coordination, entre la direction centrale de ‘Réseau’ et ses antennes régionales. Un directeur régional peut décider seul de la planification de travaux sur le sillon qui vous a été accordé quelques mois plus tôt. Il m’est arrivé de devoir remonter au niveau du président de ‘Réseau’ pour débloquer une situation, et éviter de planter un site industriel entier. » « On a l’impression que chaque antenne régionale de SNCF Réseau agit de façon isolée, dit de son côté Alexandre Gallo. La direction centrale est à l’écoute de ses clients, mais elle est paralysée par la structure même du mammouth qu’est SNCF Réseau ».
Chez SNCF Réseau, on voit un paradoxe à exiger des travaux pour ensuite s’en plaindre : « depuis 2001, 2,8 milliards d’euros par an sont affectés à la seule régénération du réseau, ce qui représente un volume record de travaux à intercaler entre les circulations. Mais avant de constituer une gêne, ces travaux préservent ou améliorent la performance du réseau (…) d’ailleurs, d’autres gestionnaires d’infrastructure européens, comme DB Netz en Allemagne, réalisent actuellement des travaux à un niveau historique, avec les contraintes que cela implique ». SCNF Réseau rappelle aussi que certains travaux bénéficient spécifiquement au fret ferroviaire, « comme ceux qui ont permis la mise en service de l’axe Gisors-Serqueux en 2021, ou encore des aménagements de voies de service à hauteur de 38 millions d’euros pour la seule année 2022 ». SNCF Réseau assure protéger « au maximum » les sillons fret de l’impact des travaux : « 1912 sillons seront préservés en 2022 grâce à un programme ad hoc, et cette seule préservation représente un budget de 35 millions d’euros. Sept chantiers majeurs sont adaptés cette année dans ce contexte ».
Le gestionnaire d’infrastructure rappelle qu’il porte « 21 des 73 mesures » de la SNDFF : « il s’agit par exemple de solutions numériques simplifiant l’usage du réseau ferroviaire par les entreprises de fret, d’actions d’optimisation de la relation commerciale (accords-cadres, scénarios de mobilité) et de la gestion des capacités de transport, d’une démarche conjointe avec VNF pour développer la complémentarité entre fret ferroviaire et fluvial, etc. » SNCF Réseau ajoute mettre en oeuvre son propre « plan fret ferroviaire ». « Nous avons enregistré en peu de temps des progrès concrets », assure le gestionnaire des voies qui détaille : « la quasi-totalité (98%) des sillons étaient attribués au moment de la publication du service annuel 2023 ; 8 points de ponctualité ont été gagnés en un an dans le fret, grâce notamment au programme PERL d’amélioration de la performance et de la régularité des lignes ; une satisfaction des clients fret sur les sillons qui s’est améliorée de 1,4 points en moins d’un an ».
Dans ce contexte de crise, l’objectif fixé par la SNDFF de doubler le report modal est-il toujours tenable? Pour Raphaël Doutrebente, « c’est mort… Ceux qui disent le contraire se racontent des histoires. Si les difficultés du réseau ne sont pas résolues, le doublement n’aura pas lieu. »
Ce n’est pas l’avis d’André Thinières, pour qui l’objectif du doublement du report modal est « parfaitement accessible ». Mais il faudra changer de braquet. Il faudra selon lui, investir 10,5 milliards d’euros sur dix ans dans le réseau (dont 3,5 milliards spécifiquement pour le fret). « C’est beaucoup mais ça rapporte, dit-il. Selon une étude réalisée pour 4F, cela fait économiser à la collectivité 20 milliards d’externalités négatives (coût de la pollution, des encombrements, des accidents, sobriété énergétique, etc.) »
Thomas Renou
*4 F regroupe un très large éventail des acteurs du fret, allant des principales entreprises de transport ferroviaire de marchandises et de combiné, en passant par les utilisateurs de transports de fret, les loueurs de wagons, les entrepreneurs de travaux ferrés, les logisticiens, des gestionnaires d’infrastructures ou encore les industriels.
Pour en savoir plus, retrouver notre dossier spécial sur le fret ferroviaire dans le numéro de novembre de VRT.
Et rendez-vous le 23 novembre à l’Espace Saint-Martin à Paris 3ème arrondissement, pour la 12e Journée Fret ferroviaire du Futur et OFP, organisée par Objectif OFP.

La conductrice qui avait causé l’accident de Millas condamnée à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis
La conductrice du car scolaire percuté par un TER le 14 décembre 2017 au passage à niveau de Millas dans les Pyrénées -Orientales a été condamné le 18 novembre à cinq ans de prison, dont quatre avec sursis.
L’année de prison ferme sera exécutée par la prévenue sous le régime de l’emprisonnement à domicile, sous surveillance électronique, a précisé le tribunal correctionnel de Marseille. Cet accident, qui avait tué six enfants et blessé 17 autres, dont huit grièvement, « a pour origine une faute certes grave mais d’inattention, une faute involontaire » a-t-il ajouté.
Le tribunal a également décidé l’annulation des permis de conduire de la conductrice, avec l’interdiction de les passer pendant cinq ans. Il lui est également interdit à titre définitif d’exercer toute fonction dans le domaine des transports.
Avant le drame, la conductrice avait emprunté ce passage à niveau presque 400 fois, et elle ne l’avait jamais vu fermé. Pendant l’enquête comme à l’audience, elle a toujours soutenu que les barrières étaient ouvertes le jour de l’accident, malgré les expertises et des témoignages. Elle a aussi évoqué « un trou noir » au moment de la collision.

La SNCF va augmenter le prix de ses TGV de 5 % en moyenne
+ 5 %. C’est la hausse moyenne des prix qui sera appliquée sur les voyages en TGV à partir du 10 janvier prochain. Une augmentation en deçà de l’inflation, comme l’avait demandé quelques jours auparavant le ministre des Transports, Clément Beaune, appelant de ses voeux un « bouclier tarifaire » pour protéger le pouvoir d’achat des Français, en particulier des jeunes.
En plus de l’inflation (+ 6 %), la SNCF a calculé qu’elle serait confrontée à une envolée de sa facture énergétique de 180 % entre 2022 et 2023. De ce fait, elle estime qu’elle va faire face à une hausse de ses coûts de 13 % en 2023, « malgré tous nos efforts d’économies et de productivité« , a expliqué Christophe Fanichet en dévoilant le 18 novembre la nouvelle politique tarifaire applicable uniquement aux TGV Inoui et Ouigo, qui sont intégralement financés par les recettes voyageurs. Les prix des Intercités devraient toutefois être calqués sur le même modèle mais c’est à l’Etat, autorité organisatrice, de le dire. Quant aux tarifs des TER, ils dépendront des décisions de chaque région, décisionnaires en la matière.
Bouclier tarifaire
Pour moduler la hausse des tarifs en tenant compte du profil de ses clients, la SNCF a imaginé un dispositif d’autant plus compliqué qu’il repose aussi sur le yield management (les tarifs augmentent par pallier, avec la demande). Ainsi, le « bouclier tarifaire » mis en place pour les TGV se traduit par des tarifs inchangés pour les grilles de prix les plus bas du TGV Inoui. L’ensemble de la grille des prix du Ouigo, le TGV à bas coût de la SNCF, est également maintenu au même niveau. « Ouigo représentera en 2023 plus de 20% de l’offre TGV avec plus de la moitié des billets vendus à moins de25 €. En moyenne, ce sera plus d’1 million de billets par mois qui seront proposés à moins de 25€« , souligne la SNCF.
De même, les cartes Avantages (4,1 millions de cartes vendues à ce jour) qui peuvent être utilisées en seconde classe sur les TGV Inoui restent à 49 euros et continueront jusqu’en septembre 2023 à donner accès aux mêmes prix plafonnés (pas plus de 39 euros pour les trajets de moins de 1h30, 59 euros pour les voyages de moins de 3 heures et 79 euros pour les trajets d’une durée supérieure). Les cartes d’abonnement Max Jeunes et Seniors sont enfin bloquées au tarif de 79 euros. « Plus de 75 % de nos billets sont vendus à tarifs réduits« , affirme Alain Krakovitch, le directeur de TGV-Intercités.
Les augmentations de tarifs cibleront en revanche ceux qui sont déjà les contributeurs à plus forte valeur ajoutée : les professionnels, mais aussi les paliers maximums des tarifs loisirs TGV 2nde et 1ère, ainsi que les abonnements Max actifs et forfaits.
Conditions de remboursement plus restrictives
Les conditions d’échange et de remboursement deviennent aussi plus restrictives. Alors qu’il était possible de se faire rembourser gratuitement jusqu’à trois jours avant le départ d’un train, cette facilité ne s’appliquera plus que jusqu’à six jours avant. Après, les frais augmenteront, passant de 15 euros actuellement à 19 euros. Un montant équivalent à celui pratiqué par la concurrence mais dont les conditions d’applications restent plus avantageuses, affirme Christophe Fanichet, qui justifie la mesure par le triplement du nombre d’échanges et de remboursements entre 6 jours et 3 jours quelques avant le départ. « C’est ce qui explique que, alors qu’un train affiche complet une semaine avant, il reste des places libres le jour du départ« , souligne Alain Krakovitch. Cette mesure doit permettre de remettre en vente suffisamment à l’avance des places et donc de mieux remplir les trains. Et accessoirement de renflouer les caisses : les frais perçus par la SNCF lors des échanges et remboursements rapportent quelques dizaines de millions d’euros, une manne bienvenue pour absorber l’effort de la SNCF pour ne pas trop augmenter ses prix.
Car il n’y a pas que les voyageurs qui seront appelés à absorber une partie de l’inflation. La SNCF a décidé de prendre à sa charge la moitié du surcoût, estimé à « plusieurs centaines de millions d’euros ». Le prix à payer, selon Christophe Fanichet, pour maintenir l’attractivité du train. Sans pour autant réduire à néant sa profitabilité.
L’objectif du groupe reste de doubler le trafic ferroviaire à l’horizon 2030. Cela passe aussi, assure la direction, par la poursuite du développement de l’offre TGV et donc des investissement (un demi-milliard doit être investi l’an prochain dans l’activité TGV). « Notre volonté c’est de rester au niveau de remplissage actuel : + 80 % alors qu’on était plutôt autour de 65 % il y a 4 ou 5 ans« , souligne Alain Krakovitch. Alors que des compagnies aériennes low cost annoncent qu’elles vont cesser de vendre leurs billets à prix cassés face à l’envolée de leurs coûts, la SNCF espère faire la différence.
Marie-Hélène Poingt

DigiRail, l’entreprise qui assure en accéléré la formation de conducteurs de la SNCF
C’est une première : la SNCF sous-traite une (toute) petite partie des formations de conducteurs de train de voyageurs. DigiRail, fondée par un ancien responsable pédagogique de la compagnie ferroviaire publique, a remporté un premier appel d’offres.
« Après le retard pris en raison de la crise Covid en 2020 et 2021, nous mobilisons toutes nos capacités disponibles de formation en interne », indique la SNCF. Mais sous la pression des régions, et notamment des Hauts-de-France exaspérée par les perturbations des TER liées en partie à la pénurie de conducteurs (65 conducteurs manquent à l’appel dans la région présidée par Xavier Bertrand), la compagnie ferroviaire a lancé cette année un appel d’offres pour sous-traiter une partie de ses formations. Un galop d’essai, puisque sur les 1 200 conducteurs formés cette année (contre 800 en 2019, 550 en 2020 et 550 en 2021) par l’Université nationale formation traction (UNFT) de la SNCF, une petite cinquantaine sortiront en 2022-2023 de la promotion DigiRail.
L’entreprise havraise fondée en 2019 par un ancien responsable pédagogique à la SNCF, Laurent Vidal, a remporté le marché pour former une cinquantaine de conducteurs destinés à prendre les commandes des TER des Hauts-de-France, mais aussi d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Grand-Est.
Conducteurs formés en 7 mois et demi
Le credo de son dirigeant, c’est d’accélérer la cadence des formations initiales. Terminé les cursus en alternance de 12 mois. « Chez DigiRail, les jeunes en apprennent autant mais sur sept mois et demi », affirme Laurent Vidal qui a passé 19 ans à la SNCF. Comment ? « On gagne du temps sur le présentiel : nous avons complétement réorganisé la partie formation théorique qui se déroule majoritairement en e-learning ». La répartition apprentissage pratique et théorique reste la même (50/50), mais pendant les trois semaines de stage pratique dans l’entreprise ferroviaire, les stagiaires passent l’équivalent d’une semaine et demie derrière leur ordinateur, en lien avec deux formateurs à distance. « Ils s’autocontrôlent, font des auto-évaluations, ce temps de formation personnelle, en temps masqué, permet de gagner des semaines de formation », insiste Laurent Vidal. C’est l’aboutissement d’une réflexion de 20 ans », ajoute-t-il
Premier marché voyageurs
Autrement dit, même quand ils sont en stage pratique, à la SNCF en l’occurrence, l’apport théorique est continu : « Chaque module de formation pratique dure trois semaines et demie, et pendant la moitié du temps, les stagiaires font de la théorie en e-learning animés par deux formateurs », explique Laurent Vidal dont l’organisme est agréé par l’EPSF, l’établissement public de sécurité ferroviaire.
« Le volet pratique et la délivrance de l’autorisation de conduire un train en ligne restent assurées par la SNCF », précise la SNCF. C’est le premier marché voyageurs remporté par DigiRail qui jusqu’à présent, n’avait formé que des conducteurs de trains de fret pour des opérateurs comme Régiorail, Combirail ou encore Viia Connect, filiale de la SNCF. La nouvelle activité représente un quart de son activité.
Nathalie Arensonas

Face au manque de conducteurs, la SNCF diminue les temps de formation
Pour pallier le manque de conducteurs, la SNCF dispose d’une arme qu’elle n’avait jusqu’alors jamais utilisée : diminuer leur temps de formation. Lors d’une table-ronde organisée le 20 octobre par Ville, Rail & Transports, Sylvie Charles, la directrice de Transilien, a indiqué qu’une expérimentation a été lancée pour réduire le cursus de formation des conducteurs de trains de la banlieue parisienne d’environ deux mois pour passer à dix mois, contre 12 mois actuellement, « sans concession à la sécurité ».
Et de préciser qu’il serait possible « d’aller plus loin : dédier les conducteurs à la ligne à laquelle ils seront destinés pour leur premier emploi permettrait de réduire de 4 mois leur formation ». En cas de changement de zones géographiques, la formation continue permettrait de compléter les connaissances professionnelles requises. L’initiative, actuellement cantonnée aux futurs conducteurs des trains en Ile-de-France, pourrait ensuite être appliquée ailleurs si elle est jugée positive.
Contactée par VRT, la SNCF se montre plus prudente, évoquant un temps de formation raccourci de « quelques semaines » dans le cadre d’un organisme agréé, Digirail, une entreprise privée créée par un ancien cheminot. « L’organisme agréé de formation de SNCF Voyageurs a fait évoluer le dispositif de formation conduite pour le rendre plus efficace avec le développement de nouveaux outils pédagogiques comme l’utilisation accrue des simulateurs de conduite », indique-t-elle.
Reste que pour certains conducteurs, si la spécialisation par ligne peut permettre d’améliorer la sécurité (« on connaît la ligne par cœur », dit l’un d’eux), elle risque aussi de rendre les conditions de travail très monotones. Un risque reconnu par la direction. « Or, la diversité (diversité des lignes parcourues mais aussi et surtout du matériel), fait l’attractivité des métiers. L’évolution de carrière pourrait aussi être freinée, même si la formation est complétée quand le conducteur est appelé à rouler ailleurs», poursuit ce même conducteur.
Dans les formations classiques, rappelle-t-il, « on apprend tout par cœur, la règlementation et la technique, comme par exemple le circuit électrique du train et tous les types de signalisation, même ceux qu’on ne rencontrera pas sur les lignes sur lesquelles on roule. On peut gagner un ou deux mois en formation. Mais au-delà, on risque d’aller au casse-pipe… », estime-t-il. « Le risque c’est la baisse de vigilance et d’engagement des conducteurs. Dans ce métier, la remise en cause permanente est nécessaire« , affirme de son côté Axel Persson, conducteur sur les lignes N et U de Transilien et délégué CGT (lire l’interview ci-dessous).
Cette réduction du temps de formation pourrait toutefois présenter un avantage : augmenter le taux de réussite lors des formation de conducteurs, en allégeant les exigences. Il faut en moyenne 100 CV pour réussir à recruter et former un conducteur. Or, ce taux serait en train d’augmenter très sensiblement dans certaines régions, selon des « roulants » SNCF, tant le métier demande d’implications avec des conditions de travail difficiles (horaires décalés, week-ends, nuits, découchés…)
Pour attirer des candidats, SNCF Transilien a aussi lancé une nouvelle expérimentation, en nouant un partenariat qui semble intéressant avec l’université d’Evry, où des professeurs sont chargés de repérer les étudiants en échec qui pourraient être tentés par une reconversion de leurs études vers la conduite de trains. La faculté prend en charge la partie théorique de leur formation, payée par la SNCF qui la complète avec la pratique. Selon Sylvie Charles, si la première année n’a pas vraiment été une réussite, celle à venir serait plus prometteuse.
Marie-Hélène Poingt
Interview
« Réduire le temps de formation des conducteurs et les cantonner sur une ligne ne va pas améliorer l’attractivité du métier», selon Axel Persson, conducteur de train sur les lignes N et U du réseau Transilien, et délégué CGT Cheminots au dépôt de Trappes.
Ville, Rail & Transports : Sylvie Charles explique que la SNCF va réduire le temps de formation des conducteurs de trains franciliens pour accélérer les prises de poste. C’est jouable selon vous ?

Axel_Persson, secrétaire général CGT Cheminots de Trappes (Yvelines). Conducteur de Transilien sur les lignes N et U. Axel Persson : Aujourd’hui, la durée de formation est de douze mois, et ce n’est pas trop étant donné le volume d’informations à assimiler ! Si on ramène la formation à 10 mois, voire moins, en rognant sur la pratique et les connaissances théoriques, le danger, in fine, c’est de mettre les futurs conducteurs en difficulté car ils n’auront pas acquis la connaissance de toutes les situations et configurations de lignes.
VRT : Spécialiser les conducteurs sur une seule ligne pour leur premier emploi permettrait de réduire de quatre mois le temps de formation…
A.P : En affectant les conducteurs sur une ou deux lignes (c’est déjà le cas sur celle de Rambouillet où je conduis), la SNCF a clairement une approche marché, dans la perspective de l’ouverture à la concurrence des TER, ligne par ligne. Elle se positionne pour les futurs appels d’offres. Pour les conducteurs, cette approche va péjorer les possibilités d’évolution de carrière. Et pour les entreprises ferroviaires, ça coûtera plus cher de les former à nouveau en formation continue. Ils n’auront pas le même socle de formation de départ.
VRT : Qu’entendez-vous par là ?
A.P : Un jeune conducteur sera par exemple formé au block automatique lumineux et à la voie unique parce qu’on le destine à une ligne où les trains circulent sur la même voie. Et il ne connaîtra que ça : c’est un sacré handicap de départ ! S’il doit passer sur une autre ligne avec un autre système de signalisation, il faut le former à nouveau. Aujourd’hui, le problème ne se pose pas, la SNCF fait de la formation continue en fonction des besoins de ressources humaines. Demain, avec l’arrivée de la concurrence, il se posera. Mal formé, du moins pas formé à toutes les configurations de lignes régionales, un conducteur voit ses opportunités de mobilité professionnelle se réduire. Avec cette nouvelle politique de formation, la SNCF accentue l’interdiction de polyvalence.
VRT : Sylvie Charles reconnait le risque de monotonie au fil du temps sur une même ligne.
A.P : Bien sûr ! A force de faire la même ligne, les mêmes tâches – même si en réalité ce ne sont pas toujours les mêmes. Le risque, c’est la baisse de vigilance et d’engagement des conducteurs. Dans ce métier, la remise en cause permanente est nécessaire. Le fait de varier les missions conduit à augmenter la vigilance et maintien de niveau de connaissances des conducteurs. Le projet de la SNCF de réduire la durée de formation existe depuis début 2022, pourtant il ne va pas répondre au problème de pénurie de conducteurs. Au contraire, il ne va pas améliorer l’attractivité du métier. Et les tests d’entrée et les barrières éliminatoires sont heureusement toujours les mêmes.
Propos recueillis par Nathalie Arensonas

L’Occitanie cherche à booster la fréquentation de ses TER
Après le succès de l’opération TER à 1 euro, destinée à faciliter les déplacements, alors que l’essence manquait pour cause de blocage des raffineries, et qui a abouti à économiser 650 000 litres de carburant selon ses décomptes, l’Occitanie persiste et signe. La région a annoncé, le 15 novembre, reconduire l’opération chaque premier week-end du mois (hors juillet et août) et lors des pics de pollution. Cette mesure, qui commence dès décembre; complète une politique tarifaire attractive, tout particulièrement en faveur des jeunes. L’objectif global est d’atteindre 100 000 voyageurs en moyenne par jour sur le réseau de trains régionaux liO.
Pour ceux qui n’ont pas accès aux trains, Carole Delga, la présidente de région, a décidé d’aider le covoiturage pour tous les déplacements qui n’excèdent pas 30 km. L’Occitanie prendra en charge 0,10€ par kilomètre, plafonné à 2€ par trajet pour le passager (cumulable avec le forfait mobilité durable versé par l’employeur). La réduction sera automatique lors de la réservation. Le conducteur de son côté aura l’assurance de percevoir un minimum de 2€ par trajet quelle que soit la distance, indique l’exécutif régional.
« Le mois dernier, en pleine pénurie d’essence, nous avons multiplié par cinq durant deux week-ends le nombre d’usagers grâce à nos trains à 1€. Alors que l’État baisse à partir de demain ses aides sur le prix de l’essence, nous présentons aujourd’hui de nouvelles offres pour renforcer ce succès et le report modal qui l’accompagne« , commente Carole Delga.

Après deux nouveaux accidents, comment protéger les piétons lors des traversées en gare
Deux accidents mortels ont eu lieu en quelques jours lors de traversées (autorisées) de voies par des piétons, dans deux petites gares françaises. Un père et sa fille sont morts percutés par un train de fret alors qu’ils traversaient les voies d’une petite gare des Ardennes lundi 14 novembre. Deux jours plus tôt, une jeune de 18 ans décédait après avoir été fauchée par un TGV alors qu’elle traversait la voie avec sa trottinette, en gare du Luc-Cannet-des-Maures (Var). Elle voulait rejoindre l’autre quai.
Ces deux accidents se sont produits sur des passages aménagés, les traversées de voies pour piétons : TVP dans le langage ferroviaire.
Chaque année, SNCF Réseau déplore entre 5 et 10 décès (9 décès à la mi-novembre 2022) sur les 868 TVP que compte le réseau ferré, pourtant prévues à cet effet pour passer d’un quai à l’autre. Ces passages aménagés sont revêtus d’un plancher et équipés, pour 538 d’entre eux, d’un signal lumineux « STOP » avec un bonhomme rouge. Comme sur les feux de signalisation aux passages piétons dans la rue. Mais « 330 TVP situées dans des zones moins circulées ne disposent pas de signal lumineux mais d’une signalétique fixe : une pancarte jaune et noire avec des consignes de sécurité, précise SNCF Réseau. Les installations de sécurité ont toutes été vérifiées et les rapports ont confirmé leur bon état de fonctionnement », insiste le gestionnaire des infrastructures.
« Il n’y a pas de tunnel pour accéder à la deuxième voie. Il y a juste une plateforme en plastique pour traverser« , commentait sur France TV un usager de la petite gare varoise du Cannet le 12 novembre. Le remplacement d’une traversée de voie par une passerelle coûte en moyenne 2,5 millions d’euros selon le gestionnaire du réseau ferré qui dit « multiplier les actions auprès du jeune public, le plus souvent touché ».
Principale cause des collisions : casque sur les oreilles, téléphone, ou non-respect de la signalisation. Lors de ce type d’accidents, on constate souvent que la visibilité pour les piétons était gênée par un train en gare, à l’arrêt ou au départ. Nombre d’accidents impliquent un train qui arrive en sens inverse sans s’arrêter dans la gare. Or, un train peut arriver très vite et on l’entend au dernier moment. A l’approche d’une gare, avec sa vitesse, il peut même aspirer une personne debout à moins d’un mètre cinquante des voies. D’où, régulièrement, des campagnes de communication qui prône la prudence, toute prise de risque pouvant être fatale.
Nathalie Arensonas

Alstom et Siemens chargés d’imaginer le train à grande vitesse du futur pour l’Allemagne
Après la SNCF qui a demandé à Alstom de travailler sur le train du futur (le TGV M sur lequel les deux sociétés collaborent au sein d’une plateforme), la Deutsche Bahn souhaite aussi disposer à l’horizon 2030 d’une nouvelle génération de trains à grande vitesse. Mais, différence de méthode, l’entreprise allemande veut travailler en deux étapes, d’abord en lançant un travail conceptuel, puis la fabrication. Elle a ainsi annoncé hier, à l’issue d’un premier appel d’offres, avoir demandé à Alstom Transport Deutschland et à Siemens Mobility de « développer chacun un concept de véhicule indépendant l’un de l’autre » en collaboration avec elle.
L’attribution de la commande doit faire l’objet, autour du second semestre 2023, d’un deuxième appel d’offre portant sur le développement, la construction et l’homologation du matériel. Il sera ouvert à d’autres constructeurs, précise la DB.
Alstom et Siemens Mobility devront proposer des trains pouvant transporter davantage de voyageurs, avec une capacité de 950 voyageurs pour une longueur de 400 mètres (contre 439 voyageurs sur 200 mètres pour les récents ICE3neo ou de l’ordre de 550 voyageurs pour 200 mètres sur les TGV l’Océane). Des progrès techniques pour rendre les trains plus fiables et moins consommateurs en énergie sont aussi attendus. Ces trains nouvelle génération pourront remplacer les anciennes rames ICE et augmenter les capacités de transport dans l’objectif d’accroître le trafic passagers, à l’heure où les pouvoirs publics poussent les Allemands à utiliser le rail lors de leurs déplacements.
Côté Siemens, le constructeur des ICE (les trains à grande vitesse de la DB), on se félicite de cette « opportunité » permettant de de poursuivre un « partenariat de longue date avec la Deutsche Bahn ». On fait aussi remarquer la large ouverture à la compétition pratiquée outre-Rhin, à la différence de ce qui s’est passé en France avec le TGV M.
Son rival français indique de son côté que plus de 100 ingénieurs spécialisés dans les trains à grande vitesse vont travailler sur le sujet. Le constructeur peut aussi s’appuyer sur un important site industriel, l’usine de Hennigsdorf, au nord de Berlin, issu de la corbeille de mariage avec Bombardier.
MH P