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Catégorie : Ferroviaire
Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

Cologne pourrait enterrer sa gare
Malgré l’opposition grandissante des citoyens contre les projets urbains d’infrastructures, la maire Cologne, Henriette Reker, s’est déclarée favorable à l’enfouissement de la gare centrale et de l’axe ferroviaire principal pour décongestionner le trafic. L’architecte Paul Böhm a en effet présenté un plan de tunnel sous le Rhin. Selon son projet, l’actuelle gare centrale, sur la rive gauche, n’accueillerait plus que le trafic urbain et régional. Le trafic international serait opéré de l’autre côté du fleuve, sur la rive droite, au niveau de la gare de Deutz/Messe (parc des expositions).
Le projet s’inspire du modèle new-Yorkais « High Line », un parc urbain suspendu aménagé sur les anciennes voies ferrées aériennes de Manhattan. L’étude de faisabilité doit être présentée fin 2020. La décision politique dépendra de l’acceptation de la population. En effet, le fiasco du projet d’enfouissement complet de la gare de Stuttgart (« Stuttgart 21 ») est dans tous les esprits. Les habitants de Cologne ne devraient pas être très enthousiastes à l’idée de revivre le même « cauchemar » : violentes manifestations, explosions des coûts, retards importants des travaux…
Christophe Bourdoiseau,
à Berlin

LGV Rhin-Rhône – La présidente de Bourgogne-Franche-Comté s’explique sur l’amendement de la LOM
Dans le cadre de la loi d’orientation sur les mobilités (LOM), le Sénat avait adopté deux amendements proposant d’ajouter l’achèvement de la branche Est de la LGV Rhin-Rhône à la programmation des infrastructures de transport annexée à la loi. Le sujet doit maintenant être examiné par les députés.
Marie-Guite Dufay, présidente de la région Bourgogne-Franche-Comté, explique comment ce projet pourrait être réalisé.
Ville, Rail & Transport. Comment avez-vous réussi à convaincre les sénateurs d’adopter un amendement sur la réalisation, avant 2028, du tronçon manquant de la LGV Rhin-Rhône ?
Marie-Guite Dufay. La LGV Rhin-Rhône est la première ligne interrégionale et elle s’inscrit dans l’axe européen entre Hambourg et Barcelone. L’importance de l’achèvement de la branche Est fait l’objet d’un large consensus territorial et politique dans les régions Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est, et cela de longue date. La démarche des sénateurs n’est que l’expression de ce mouvement unitaire.
Ils ont convaincu leurs collègues de tous bords politiques de la nécessité d’inscrire la fin du chantier dans le projet de loi d’orientation des mobilités (LOM), en rappelant les engagements pris, les investissements déjà consentis, l’avancement du chantier, sa rentabilité démontrée et son caractère structurant pour la France et l’Europe.VRT. Et la ministre des Transports ?
M.-G. D. J’ai rencontré à quatre reprises la ministre pour défendre ce projet, en lien avec la région Grand Est. Dès le premier rendez-vous, elle a missionné un ingénieur pour faire la lumière sur des éléments qui devaient être éclaircis. Elle a ensuite été très sollicitée par les parlementaires de nos régions lors de la discussion de la LOM. Elle a pris connaissance d’éléments non pris en compte par le Comité d’orientation des infrastructures (COI) : notre volonté de prioriser les 35 km entre Belfort à Mulhouse et non l’intégralité de la deuxième phase, les optimisations techniques réduisant fortement le coût et surtout les études de SNCF Réseau de 2018 témoignant d’un bilan socio-économique très positif.
D’où la décision de la ministre d’une réévaluation par le COI, à l’aune de cette nouvelle donne, de cette deuxième phase de la branche Est entre Belfort et Mulhouse pour une réalisation sur la période 2023-2028.VRT. Comment la question du financement peut-elle être résolue ?
M.-G. D. Le coût de la deuxième phase complète a été évalué à 1,160 milliard d’euros en 2011. 82 millions ont déjà été dépensés pour préparer le chantier de la deuxième phase (sections ouest et est).
Le seul coût de la branche Est, de 850 millions d’euros, a été ramené à 688 millions d’euros suite aux études d’optimisation de SNCF Réseau. Par ailleurs, un protocole d’intention de financement déjà signé par les collectivités, l’Etat et SNCF Réseau, fixe la répartition à parts égales de l’Etat et des collectivités, déduction faite des contributions de l’Europe et de SNCF Réseau. Car il faut ajouter la contribution potentielle de l’Europe évaluée à 20 %, notre ligne étant classée comme « maillon manquant » du corridor Mer du Nord – Méditerranée du Réseau transeuropéen de transport.
Nous estimons que la part de l’Etat pourrait être inférieure à 200 millions d’euros, un montant identique à répartir entre les collectivités. La part de SNCF Réseau représente les recettes nettes attendues de l’infrastructure – ceci reste à clarifier dans le cadre d’une future mission de financement. Si SNCF Réseau ne peut pas participer financièrement en raison de ses règles d’investissement, Bourgogne-Franche-Comté et Grand Est ont déjà proposé de prendre en charge cette part en contrepartie de la perception des recettes de l’infrastructure.Quels pourraient être le calendrier et les modalités de réalisation selon vous ?
M.-G. D. Nous souhaitons naturellement que les travaux commencent le plus tôt possible. L’Agence de financement des infrastructures de transport de France (Afitf) est dotée de trois milliards d’euros par an à partir de 2023. En mobilisant moins de 1,5 % du budget annuel de l’Afitf au plus fort de l’investissement, le chantier pourrait être terminé dans le programme quinquennal 2023-28. Tout plaide pour le lancement de la mission de financement qui déterminera les modalités de réalisation, et de toutes les procédures nécessaires pour un lancement du chantier en 2024.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

Salon de l’UITP à Stockholm – Français en nombre et Chinois incontournables
Hier, à 10 heures moins le quart, Kristoffer Tamsons, chargé des Transports à la région de Stockholm et Mohamed Mezghani, secrétaire général de l’UITP, coupaient le ruban inaugural de l’édition 2019 du sommet de l’UITP, entre le stand de cette dernière et celui présentant les capitales du nord de l’Europe.
Bien que ce soit un jour férié dans nombre des 80 pays originaires des visiteurs (mais plus en Suède), les allées des deux halls d’exposition et les salles de conférences ont connu une affluence plutôt normale. Comme à l’accoutumée dans les expositions consacrées aux transports publics, les bus occupent une surface appréciable (un quart environ du plus grand hall), mais sans favoritisme pour un constructeur particulier, chacun disposant de la même surface permettant de présenter un, voire deux véhicules tout au plus. Les bus électriques sont à l’honneur, Volvo présentant son concept-bus articulé venu de Göteborg. Plus conceptuel encore, Scania est venu avec une (fragile) maquette échelle 1 de son bus sans conducteur. Alors que la pile à combustible (hydrogène) s’expose chez Van Hool et Safra.
Même s’ils savent qu’ils feront moins d’affaires qu’à Innotrans, les constructeurs ferroviaires sont bien présents, mais sans véhicules (y compris chez Alstom, pourtant producteur du bus Aptis).Stands géants pour CRRC et Huawei
Un industriel ferroviaire se distingue toutefois par la diversité de sa gamme, matérialisée par un étalage de maquettes sur son stand géant : CRRC. La présence en grand du constructeur chinois est désormais une constante dans ce genre d’exposition. Mais celle d’un autre géant chinois, à l’échelle de son stand, en a surpris plus d’un : Huawei, connu pour ses réalisations dans le domaine de la téléphonie. Car avec le développement des applications liées aux transmissions de données, de la signalisation à la vidéosurveillance, Huawei a également beaucoup à offrir aux transports publics.
La France en force
Parmi les nations les plus représentées, la France totalise une quarantaine d’exposants sur 350. Le Groupe RATP occupe une position centrale et les stands de Keolis ou Transdev n’ont rien à envier à celui de MTR, qui est ici à domicile, en quelque sorte. Et c’est un véhicule Navya qui fait la navette entre le Parc des expositions de Stockholm et la gare de RER voisine !
Bien visibles également, les stands des spécialistes japonais se font remarquer, qu’il s’agisse du métro de Tokyo, de JR East (exploitant en particulier de la ligne Yamanote, petite ceinture de Tokyo où le train autonome est aux essais) ou encore de la recherche ferroviaire (solutions innovantes en matière de portes palières et de comble-lacunes).
Riyad à l’honneur
Intervenant lors de la session inaugurale, Alwalid Alekrish, vice-président des Programmes et Projets de l’Autorité de développement de Riyad, a présenté les transports en commun de la capitale saoudienne. Leur développement est tout simplement impressionnant : lancé en 2013, « le réseau le plus jeune du monde » est sur le point de passer de quasiment rien à une combinaison de six lignes de métro et de deux ensembles hiérarchisés de lignes de bus. Et « la transformation ne fait que commencer », en attendant le King Salman Project ou les boulevards pour vélos ou encore la plantation d’arbres pour réduire la température et de la pollution, afin de faire de Riyad « une des villes les plus vivables du monde », tout en poursuivant sa croissance.
Cette place d’honneur accordée aux transports publics de Riyad se retrouve à l’extrémité du plus grand des deux halls d’exposition de Stockholm, où trône le stand de l’Arabie saoudite. Un stand qui se distingue par sa taille : le double de la surface standard !C’est toutefois une ville au stand plus modeste qui accueillera l’édition 2021 du sommet de l’UITP : Melbourne, en Australie.
Patrick Laval,
à Stockholm

Le constructeur ferroviaire espagnol Talgo engrange les contrats
L’année se présente bien pour Talgo : après avoir réalisé 324,4 millions d’euros de ventes en 2018, le constructeur espagnol affichait en fin d’année dernière 2,613 milliards d’euros de commandes. Une grosse part vient du marché espagnol : à Las Matas près de Madrid et Rivabellosa au Pays basque, Talgo travaille sur 15 trains à grande vitesse (et grande capacité) « Avril » commandés par la compagnie des chemins de fer Renfe en 2016, vendus 25 millions d’euros l’unité. Quinze autres sont en option.
Le constructeur a déjà engrangé en ce début d’année plusieurs beaux contrats : en avril, Egyptian National Railways lui a commandé six trains grandes lignes, un contrat de 158 millions d’euros avec la maintenance. Les livraisons sont prévues en 2021.
L’internationalisation se renforce
Cet accord renforce l’internationalisation de la firme déjà présente dans 44 pays, notamment en Arabie saoudite (avec la « LGV des sables ») ou en Russie (convois Moscou – Berlin). Employant 2 200 salariés, elle vient aussi d’ouvrir une représentation à Londres et ses usines travaillent sur plusieurs commandes fermes : Deutsche Bahn (DB) a signé en janvier 2019 un contrat de 550 millions d’euros pour la livraison de 23 trains grand parcours livrables dès 2023. Ces convois électriques et réversibles sont associés à 77 autres en option pour assurer des liaisons ECx Intercity dont Berlin – Amsterdam. La DB a déjà utilisé des rames train-hôtel Talgo de 1992 à 2009.
Autre client fidèle, le Kazakhstan où l’espagnol doit livrer, jusqu’en 2021, des centaines de voitures pendulaires. Son voisin ouzbek utilise également quatre rames Talgo à 250 km/h.
Parmi les autres succès de ce début d’année, début mars 2019, la Renfe a ratifié l’achat de 26 motrices à grande vitesse qui tireront 156 voitures train-hôtel Talgo transformées en 13 compositions : elles seront à écartement variable, bitension, apte au 330 km/h et livrables en 2020-2021. Un marché de 295 millions d’euros extensible à 72 voitures et 14 locomotives, soit six compositions de plus. Enfin, Talgo regarde de près le marché de 331 trains de banlieue lancé en mars par Renfe.
L’actionnariat va changer
En revanche, la plate-forme Vittal pour le trafic banlieue et régional, remportée le 21 novembre dernier par Talgo avec 32 rames électriques, fait l’objet d’un recours en justice de la part du constructeur tchèque Skoda (racheté par le chinois CRCC) qui, tout comme l’espagnol CAF, n’a pas été retenu. De plus, Talgo n’a pas encore réussi à ce jour à placer son train à grande vitesse « Avril », pour la HS2 Londres – Birmingham, la Malaisie, ou l’Inde, où une rame pendulaire avait pourtant fait des essais sur le réseau à voie large.
Née en 1942, la société espagnole est enfin en plein changement actionnarial : en mars 2019 MCH Private Equity a mis en vente sa participation de 9 % valorisée à 75 millions d’euros. Le reste du capital est détenu à 35 % par Pegaso Rail (dont la famille fondatrice Oriol et le fond Trilantic), à 5 % par les assurances Santalucia et les 51 % restants par des petits porteurs.
Michel Garicoix

Les joueuses de la Coupe du monde de foot prennent le train
Dans le match qui l’oppose aux autres modes de transport, le train a déjà gagné cette Coupe du monde de football féminin qui se tient depuis le 7 juin et pour un mois en France. C’est en effet le groupe SNCF qui assurera les deux tiers des déplacements des 24 équipes en lice.
La préparation a duré deux ans, après l’accord noué avec le comité d’organisation de la Coupe du monde féminine. « Après l’Euro 2016, la Fédération française de football nous a contactés pour organiser un partenariat », raconte Benoît Lanciot, le grand chef d’orchestre de l’opération. « Pour la SNCF, c’est une nouvelle occasion de montrer tout son savoir-faire. »
La SNCF commence à bien connaître le monde du ballon rond puisqu’elle avait déjà travaillé avec la Fifa au moment de l’Euro 2016 pour organiser l’acheminement en train d’un maximum de supporters. Mais pas des équipes qui s’étaient alors déplacées en avion ou en bus.
Préoccupations environnementales et volonté de populariser cette compétition ont joué en faveur du train et la SNCF a été cette fois-ci chargée de transporter les joueuses et leurs staffs. Un peu sur le modèle de ce qu’elle avait déjà fait lors de la Coupe du monde de rugby qui avait eu lieu en France en 2007, lorsque les équipes avaient été transportées en train avec la mise à disposition de rames spéciales.
Deux tiers des voyages assurés par le groupe SNCF
Plus exactement, dans le cadre de cette compétition féminine, le train doit assurer un tiers des voyages des équipes et les bus (exploités par Keolis, groupe SNCF) un autre tiers. Soit 80 déplacements sur les 110 à 120 trajets des équipes pour relier l’une des neuf villes accueillant la compétition (Montpellier, Grenoble, Lyon, Valenciennes Reims, le Havre, Rennes, Nice et Paris). L’avion doit prendre la relève pour les trajets les plus longs, principalement pour Nice.
S’ajoute le transport des arbitres, une centaine, toutes des femmes, qui seront exclusivement transportées en train, ainsi qu’un bon millier de VIP invités par la Fifa. Enfin, tout le matériel doit être acheminé en camion par Geodis (une centaine de camions sont prévus par cette filiale de la SNCF).
« Le but est de faire de cette manifestation une grande fête populaire, en organisant des rencontres entre le public et les joueuses dans les gares et les trains », poursuit Benoît Lanciot. Dans les gares, des équipes composées d’une quinzaine de personnes assurent l’accueil des équipes et la sécurisation de leurs cheminements, tout en offrant la possibilité au public d’échanger avec les joueuses ou de faire des selfies si celles-ci veulent bien se prêter au jeu. Pour assurer l’accueil du public et des supporters, il a été fait appel au volontariat : plus de 250 cheminots ont accepté de donner de leur temps et de tenir des comptoirs d’information les jours de match.
Dans les trains acheminant les joueuses, une annonce informe les voyageurs de la présence d’équipes à bord. Des animations sont aussi proposées, notamment au bar (jeux concours, kits de maquillage…). Mais le voyage en train doit rester a priori un moment de repos pour les compétitrices qui disposent d’une voiture entière. Les contrôleurs sont briefés et assistés pendant le voyage par un cadre des opérations qui a l’œil sur tout.
Assurer un voyage « sans couture »
Principal défi pour le transporteur : il a fallu imaginer pour les équipes un voyage « sans couture », quels que soient les modes utilisés successivement. « Nous avons élaboré nos plans de transport il y a neuf mois pour déterminer quelles dessertes se feraient en train, en bus ou en avion, et pour prévoir les interfaces, c’est-à-dire le passage d’un mode à l’autre », raconte Mathieu Lorieul, le superviseur transport Groupe SNCF Coupe du monde féminine. « Nous avons imaginé plusieurs scénarios tenant compte des différentes places possibles des équipes dans les pools en fonction de leurs résultats avec tous les plans de transport allant avec », ajoute Mathieu Lorieul. Et il précise : « Chaque délégation compte 47 personnes dont 23 joueuses. Elle reste quatre jours dans chaque ville : elle arrive trois jours avant le match et repart un jour après. Pendant le séjour dans la ville, nous mettons des bus à leur disposition. Keolis a ainsi dû mobiliser près de 300 bus. »
Qui dit sponsoring dit communication, la SNCF a recruté une vingtaine de blogueurs et influenceurs pour qu’ils relayent des informations sur l’événement sur les réseaux sociaux. Elle fait aussi diffuser deux films avant et après chaque match sur les écrans géants dans les stades (un sur inOui également diffusé depuis début juin à la télévision, et un autre plus corporate sur la SNCF). L’occasion de communiquer sur les valeurs de l’entreprise, la mixité et les besoins de recrutements (féminins pour tous les métiers) de la SNCF.
Selon Benoît Lanciot, la SNCF attend de cet événement un chiffre d’affaires de 50 % supérieur à celui généré par ce partenariat devant durer deux ans (il a démarré avec la Coupe du monde de foot féminin des moins de 20 ans organisée l’an dernier). « Même si la SNCF fournit de nombreuses prestations dans le cadre du partenariat, la Fifa est amenée à acheter des prestations supplémentaires », affirme le directeur de la Communication évènementielle et des Partenariats. Côté SNCF, on n’en saura pas plus sur ce partenariat « gagnant-gagnant ». Si l’on en croit l’AFP, les six partenaires français (dont la SNCF) auraient payé un million d’euros chacun leur droit d’entrée dans la compétition (contre six à sept millions lors de l’Euro 2016).
M.-H. P.

Quelle place pour les trains de la concurrence sur l’axe Paris – Lyon ?
Après l’effet d’annonce, le principe de réalité. Le 4 juin, Thello, filiale de la compagnie ferroviaire italienne Trenitalia, a annoncé sa volonté d’ouvrir deux allers-retours quotidiens à grande vitesse entre Paris et Milan. Avec des arrêts intermédiaires à Lyon, Chambéry, Modane, Turin et Milan (lire ici).
Une ouverture envisagée en juin 2020, année de la mise en place de la concurrence sur le marché des lignes ferroviaires non subventionnées, principalement à grande vitesse.
Saturation des sillons
Dans un tweet fort à propos, Laurent Monjole, directeur des Affaires publiques au cabinet d’avocats Samman, et anciennement à l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), a mis le doigt sur les questions qui risquent de fâcher :

La saturation des sillons sur l’axe Paris – Lyon, c’est toute la question en effet. Même si son projet de liaisons à grande vitesse passe avec succès le « test d’équilibre économique » de l’Arafer (lire ci-dessous), rien ne dit qu’il y aura des sillons disponibles entre Paris et Lyon aux horaires propres à séduire la clientèle affaires visée par Thello lorsque l’italien commandera ses sillons à SNCF Réseau (dès maintenant pour faire rouler ses trains en 2020). En prévision de la concurrence, la SNCF, aujourd’hui en situation de monopole, a fortement renforcé son offre.
« C’est comme le périph’ à 8h du matin »
Il suffit d’aller sur le site oui.sncf pour s’apercevoir qu’à partir de 5h50 au départ de la gare de Lyon, les horaires des TGV de la SNCF entre Paris et la capitale des Gaules sont cadencés presque toutes les demi-heures, en semaine. « C’est le périph’ à 8 heures du matin : saturé ! », image un observateur du secteur. Pas de quoi intercaler un nouveau train aux heures les plus fréquentées, celles du matin et de la fin de journée, prisées par la clientèle affaires, celle que vise Thello. SNCF Mobilités semble avoir anticipé la concurrence en saturant le réseau.
Dans ces conditions, comment va s’y prendre SNCF Réseau pour trouver des sillons disponibles et répondre aux besoins du premier concurrent déclaré ? « Nos horairistes vont bientôt instruire les demandes de Thello, ça ne sera pas simple car l’axe n’est pas banal », admet Arnaud Sohier, directeur commercial de SNCF Réseau, gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire.
L’épreuve du feu pour SNCF Réseau
D’autant qu’outre les Ouigo et les inOui de SNCF Voyages, circulent aussi des TER et des trains de fret. « Il ne s’agit que de deux allers-retours par jour, veut toutefois tempérer M. Sohier. Nous mettrons toutes les entreprises ferroviaires autour de la table de négociation, c’est la procédure de coordination annuelle habituelle, et chacun devra faire des compromis, nous avons l’obligation d’allouer les sillons en toute équité et en toute transparence. Notre intérêt, c’est que le réseau soit le plus circulé possible [pour percevoir plus de redevances, NDLR] », poursuit-il.
SNCF Réseau a surtout l’ardente obligation de réussir cette première expérience de la concurrence ferroviaire sur les lignes à grande vitesse. Pour les équipes de Jean Ghedira, en charge de la direction Clients, c’est l’épreuve du feu. Et si d’autres concurrents se montrent intéressés par cet axe, l’un les plus rentables du réseau ferroviaire français, l’attribution des créneaux de circulation risque de se tendre un peu plus encore.
Nathalie Arensonas
En quoi consiste le test d’équilibre économique ?
L’Arafer vérifie si les nouveaux services envisagés par une entreprise ferroviaire ne risquent pas de porter un préjudice économique (pertes de recettes, coûts supplémentaires) aux contrats de services publics existants : les liaisons Intercités et surtout, les liaisons TER subventionnées par les régions qui sont d’ailleurs parfois assurées par des TGV.
+ d’information sur le site de l’Arafer : ici

Grande vitesse GB – Alstom et Bombardier-Hitachi dévoilent le design des trains
Le 5 juin, à moins d’une heure d’intervalle, Alstom et le groupement Bombardier-Hitachi ont présenté le design de leurs trains respectifs pour la ligne à grande vitesse britannique HS2. Outre ces deux candidats, CAF, Siemens et Talgo ont également été présélectionnées par le ministère des Transports britannique (DfT) pour la fourniture de 54 trains à grande vitesse (360 km/h) destinés à relier Londres, Birmingham et le nord de la Grande-Bretagne.
L’industriel qui remportera au printemps 2020 ce contrat évalué à 2,75 milliards de livres sterling (3,1 milliards d’euros) devra concevoir, construire et assurer la maintenance à Washwood Heath (Birmingham) de ce matériel, qui devra être mis en service en décembre 2026, tant sur la première étape de la ligne nouvelle HS2 que sur les lignes classiques au gabarit britannique.
Alstom défend ses positions« La vision d’Alstom est de proposer avec les trains HS2 un design intemporel, offrant une expérience unique aux passagers, calme et spacieuse », a déclaré Nick Crossfield, directeur général d’Alstom Royaume-Uni et Irlande. Le constructeur rappelle à l’occasion son « expertise inégalée en matière de trains à grande vitesse, des trains emblématiques tels que le TGV en France, Avelia Liberty aux Etats-Unis et AGV en Italie, ainsi que 20 ans d’expérience relative aux trains Pendolino sur la West Coast Mainline au Royaume-Uni ». Alstom défend ses positions outre-Manche avec le matériel roulant de la HS1, la première génération de trains Eurostar, un partenariat avec le National College for High Speed Rail et son récent investissement dans le Centre des technologies de transport à Widnes, dans le nord-ouest de l’Angleterre.
Great BritishDe leur côté, Bombardier et Hitachi avaient annoncé l’été dernier leur intention de déposer une offre commune. Celle-ci est désormais qualifiée de Great British, en jouant sur le mot Great (« grand », mais aussi « formidable ») et sur le fait que les deux groupes disposent déjà d’usines en Grande-Bretagne. « Ce train sera le plus avancé et le plus tourné vers le client qui aura jamais roulé au Royaume-Uni », proclament donc Bombardier et Hitachi, rappelant également leurs mérites respectifs dans le domaine de la grande vitesse ferroviaire : « Hitachi a été le pionnier des Shinkansen, tandis que Bombardier présente une expérience internationale diversifiée grâce à ses trains à grande vitesse circulant en Europe et sur le plus grand réseau mondial, en Chine ». Sans oublier d’indiquer que les deux groupes travaillent déjà ensemble sur le train italien Frecciarossa 1000, « le train à grande vitesse en service le plus rapide et le plus silencieux d’Europe », dont 14 rames de plus ont été commandées le 4 juin.
P. L.

Affaire IBM-SNCF : perquisitions au siège de la SNCF et à la direction des Achats
Selon une information révélée par Le Parisien, des agents de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales ont mené des perquisitions mardi 4 juin au siège de la SNCF à Saint-Denis ainsi qu’à la direction des Achats de la compagnie ferroviaire, à Lyon. C’est au sein de cette direction que travaillait le lanceur d’alerte Denis Breteau, qui avait porté plainte contre X en 2012 pour dénoncer les procédures de passation des contrats entre la SNCF et l’informaticien IBM (lire l’article dans notre numéro de mars 2019).
La perquisition s’inscrit dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte en 2016 par le Parquet national financier (PNF) qui vise à vérifier si la SNCF a favorisé, ou non, le groupe américain IBM lors d’appels d’offres pour acheter des prestations et du matériel informatiques dans les années 2010. Marchés que Denis Breteau, alors acheteur à la direction des Achats, avait jugés biaisés, car « saucissonnés en contrats inférieurs à 1,5 million d’euros », et passés via une filiale dédiée, Stelsia, dissoute en 2017 par Florence Parly (l’actuelle ministre des Armées était alors directrice Stratégies et Finances de la SNCF) suite à une mise en demeure de la Commission européenne.
Marchés de gré à gré avec IBM
Les juges d’instruction s’intéressent justement à cette filiale créée en 2010 et qui a servi à passer des marchés de gré à gré avec IBM, alors que la SNCF est soumise aux procédures de la commande publique qui l’oblige à organiser des appels d’offres. Selon des sources syndicales, ce contournement des règles serait un renvoi d’ascenseur pour l’énorme marché logistique d’un milliard d’euros lancé par IBM et remporté deux ans plus tôt par Geodis, filiale de SNCF.
Licencié fin 2018, le lanceur d’alerte (statut que ne lui reconnaît pas la SNCF), s’est vu donner raison en avril dernier par le tribunal des prud’hommes qui a annulé son licenciement. La SNCF a fait appel. Quelle que soit l’issue de l’affaire Breteau, l’enquête sur les marchés potentiellement truqués poursuit visiblement son cours.
N. A.

Devenir des champions de l’e-industrie
Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau était l’invité du Club Ville Rail & Transports pour parler de son livre Les nouveaux industriels. Nourri par son expérience dans le BTP et les services, en France et à l’International, que ce soit la gestion et la distribution de l’eau, l’aéroportuaire ou le transport urbain, il expose sa vision sur la façon dont l’industrie doit se développer. Un point de vue qu’il applique à SNCF Réseau.

Le Club VRT accueillait Patrick Jeantet
le 9 avril dernier, dans les Salons de la mairie
du VIIe arrondissement à Paris.« J’ai écrit ce livre après avoir constaté qu’aujourd’hui on parle davantage de virtuel et de plateformes que d’industrie. Les Gafa captent l’attention et la capitalisation boursière. En réalité ces plateformes ne sont possibles que parce que des industries et des infrastructures réelles extrêmement puissantes existent », soutient Patrick Jeantet. Contrairement aux idées reçues, estime-t-il, nous ne sommes pas dans une ère de désindustrialisation, mais dans une ère hyper industrielle : « Cela ne se voit pas sur les indicateurs, car le PIB industriel a baissé, mais cela est dû aux gains de productivité réalisés qui ont permis de faire baisser les prix. » Selon sa thèse, développée dans son livre, les entreprises qui gagneront demain seront à la fois capables d’avoir des actifs industriels et de faire la convergence avec l’actif digital. L’e-industrie reposera sur l’alliance du virtuel et du réel. « Les Gafa ne s’y trompent pas. Google travaille à la conception de la Google Car, Elon Musk a lancé Space X et Tesla et une usine de batteries entièrement automatisée, qui permettra de les produire aux Etats Unis pour 10 % moins cher que le marché mondial. La convergence du virtuel et du réel est essentielle pour les entreprises de demain. Celles qui ne feront que du virtuel perdront pied », prédit-il.
Trois défis à surmonter
Pour réussir leur mue, les industries sont face à trois défis. Il faut, d’abord, continuer à développer ses produits phares tout en développant ceux de demain. « En ce qui concerne le ferroviaire, cela implique de s’intéresser au projet Hyperloop ou à la lévitation magnétique. La technologie a tellement évolué qu’elle pourrait être celle de demain. Les entreprises doivent être ambidextres, pour continuer à développer leurs produits historiques, tout en s’organisant pour investir sur des systèmes en rupture qui pourront remplacer ces produits historiques. Si la lévitation magnétique coûte moitié moins cher que le TGV, ce dernier pourrait disparaître à son profit. » C’est pourquoi il plaide pour que soient montées dans les entreprises, parallèles aux anciennes structures, des entités séparées capables de produire des innovations de rupture.
Le deuxième enjeu pour les entreprises consiste, selon Patrick Jeantet, à revoir la méthode de développement de produits nouveaux. « Historiquement, les ingénieurs avançaient dans leurs recherches de manière séquentielle. Ils ne cherchaient pas à savoir ce qui existait dans d’autres secteurs. Aujourd’hui, il faut aller voir ce qui a été inventé ailleurs pour croiser ces avancées avec la recherche de notre domaine. Les start-up apportent beaucoup de bonnes idées. Il faut articuler leur travail avec les grands groupes. Parce que l’organisation de produits nouveaux se fait différemment qu’avant, la SNCF a créé les “574“ pour accélérer les projets digitaux. C’est à la fois une place de coworking, un endroit où on teste, où l’on fait travailler les start-up avec des ingénieurs maison, un showroom… La transdisciplinarité permet l’agilité avec les partenaires à la fois internes et externes à l’entreprise », assure Patrick Jeantet.
Et le troisième défi auquel les entreprises doivent se préparer, c’est d’être capable de combiner la force de l’industrie et du digital. L’industrie s’est fondée sur l’idée de standardiser pour réduire les coûts et vendre en masse, tandis que l’approche du digital permet la personnalisation en fonction de la connaissance de chaque client. « Les nouveaux industriels seront capables de garder des coûts bas en prenant en compte la connaissance des clients. C’est ce qu’essaye de faire l’industrie automobile. A la place des chaînes, on a des équipes qui personnalisent les voitures. »
En plus de ces défis, les industries doivent prendre en compte l’écologie et le développement durable. « Car même si la France est parmi les pays les plus vertueux, nous sommes en retard par rapport aux objectifs de la COP21, et les jeunes générations réclament une réaction. Dans tous les produits, il faut du low carbon by design, et ne pas faire les choses après coup. »
L’e-industrie, une chance pour l’Europe
Patrick Jeantet voit dans l’émergence de l’e-industrie une opportunité de relancer le projet européen autour d’objectifs concrets et fédérateurs. « L’Europe a perdu la révolution du numérique (B to C) contre les Gafa et les BATX [Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, NDLR], c’est irrattrapable, mais l’e-industrie démarre seulement. Si on parle beaucoup d’intelligence artificielle, de maintenance prédictive, des drones d’Amazon, cela reste des concepts, des trucs de communicants. Il y a là quelque chose à jouer. Mais pour pouvoir transformer l’essai, il faut une fédération européenne. Si une politique industrielle n’est pas poussée par l’Europe, chaque pays européen deviendra le vassal des Chinois ou des Américains », prévient-il. A ce titre il regrette que l’Europe n’ait pas autorisé la fusion Siemens-Alstom. « Ensemble ces deux entreprises auraient eu plus de moyens pour financer des projets d’innovation. La Commission était contre pour des raisons de concurrence, parce que la fusion aurait limité le nombre de concurrents dans certains pays, mais le refus a aussi été motivé parce qu’ensemble ces entreprises auraient représenté 66 % des parts de marché de la très grande vitesse. Mais il n’y a pas de marché de la grande vitesse, il y a un appel d’offres tous les trois ans. Ensemble ces sociétés auraient pu faire des TGV moins cher pour faire face à la concurrence chinoise qui arrive. Cette décision pose la question de savoir où est la politique industrielle de l’Europe. Nous avons su faire Airbus, mais depuis nous avons perdu la vision originaire de l’Europe de la CECA. Il faut la reconstruire. Si les Français n’aiment pas leurs industries, il y a peu de chance qu’elles reviennent en France. Une étude récente a démontré que la jeune génération attend beaucoup de la renaissance industrielle, ce qui laisse de l’espoir. Mais on a besoin d’une Europe fédérale. L’Europe économique sans politique budgétaire ne marche pas. Si on ne fait rien au niveau Européen, on risque de décliner. Il faut une convergence physique et digitale pour créer les grands groupes de demain. C’est ce que j’explique dans ce livre. »
Une révolution culturelle nécessaire
Et, pour faire le lien avec le ferroviaire, le président-directeur général de SNCF Réseau explique : « La SNCF a toujours été innovante, mais le temps du transport ferroviaire n’est pas celui du digital. Il est beaucoup plus lent. Dans les années 50 l’électrification a été une rupture majeure, comme les TGV dans les années 80, et le site Internet ouisncf.com est l’un des sites qui vend le plus. Le groupe a rarement raté un tournant. Aujourd’hui il prépare celui de l’automatisation complète du transport ferroviaire prévue pour dans 10 ou 20 ans. On commence en installant Nexteo sur Eole, et ERTMS niveau 2 et bientôt niveau 3 sur le réseau structurant. C’est un premier pas vers l’automatisation. Pour les attributions de sillons, demain nous aurons des systèmes intelligents qui reconnaîtront les conflits, sauront simuler et, en cas d’incident, optimiser le système pour aider à la décision puis donner des ordres aux trains. On arrivera ensuite aux trains autonomes. Ce sera une grande révolution dans le ferroviaire. »
Le deuxième champ d’application du digital à la SNCF concerne la maintenance prédictive avec l’analyse des données. « Pour avoir davantage d’informations, SNCF Réseau va rajouter des capteurs qui permettront de surveiller ses 30 000 km de voies automatiquement. Pour mettre cela en place et pouvoir travailler avec le monde du digital, nous avons monté les Fab 574, un digital open lab, avec la FIF et nous travaillons avec Fer de France pour améliorer l’ensemble du système ferroviaire avec tous les industriels », détaille-t-il.
Mais le dirigeant constate que les changements qui arrivent nécessitent une révolution culturelle. « Le premier frein dans les groupes comme la SNCF, c’est la culture trop cartésienne de nos ingénieurs. Ils proposent trop souvent une seule solution pour un problème donné. Il faut transformer la culture et analyser les risques de probabilité. Cette transformation culturelle est essentielle, mais implique le droit à l’erreur. Et il faut amplifier la coconstruction. Nous avons lancé un programme de poste d’aiguillage du futur sous forme de partenariat d’innovation avec quatre industriels qui ont comme objectifs finaux d’être 15 % moins cher et compatibles avec ERTMS, mais ont la liberté des moyens technologiques pour y parvenir. Cette nouvelle approche partenariale permettra de faire baisser les coûts des trains, et d’augmenter la qualité de service et la capacité du système ferroviaire. »
Valérie Chrzavzez
Questions & Réponses
Un membre du club demande à Patrick Jeantet si une entreprise comme la SNCF peut être disruptive et comment il envisage le financement de la recherche dans les grandes structures. Il reconnaît : « A la SNCF nous sommes des cartésiens au carré, mais on sent un ras-le-bol de ce système de la part des ingénieurs de Réseau. Il faut devenir disruptif, changer, sinon nous disparaîtrons. Avec l’équipe de direction nous en avons la volonté. Nous avons lancé le programme Nouvel’R pour travailler différemment : en coconstruction, en transversalité, en ouverture. Nous allons y arriver, mais cela nécessite de convaincre. Nous avons longtemps eu tendance à faire des infrastructures pour des infrastructures et à poser, après seulement, la question du service, tandis que le digital part des failles du marché pour proposer quelque chose qui y réponde. Il faut parvenir à combiner les deux approches. Le Comex de SNCF Réseau est aligné avec cette stratégie. L’enjeu de la réforme du ferroviaire, c’est le changement radical de la façon dont le groupe est géré, il nous faut le décentraliser. Concernant les recrutements, les Gafa sont tellement riches qu’elles peuvent embaucher tous ceux qui font de l’intelligence artificielle à des salaires triples de ceux que nous pouvons offrir. Heureusement, il existe encore des gens qui ne veulent pas travailler pour elles et considèrent que le service public reste essentiel. Et comme la SNCF a la réputation d’être une société innovante, elle a un pouvoir d’attractivité envers de jeunes talents qui ont envie de faire avancer les choses. Si, face aux Gafa, il y a un sujet financier, il faut reconnaître que les sociétés d’Etat ont les moyens d’innover, y compris via le Crédit impôt recherche, que la SNCF n’utilise pas assez. »
On interroge aussi Patrick Jeantet sur la façon dont SNCF Réseau se positionne sur l’ouverture à la concurrence. « Il y a déjà de la concurrence dans le fret. On y compte 20 entreprises autres que la SNCF, ce qui implique des interfaces plus complexes à gérer. Le rôle de SNCF Réseau est de piloter et coordonner ces activités. En matière de concurrence, mon objectif est de donner confiance aux nouveaux entrants. La réforme réunifie l’ensemble du système et on pourrait penser que SNCF Réseau ne sera pas impartial, même si la loi a mis des garde-fous. Aussi, pour donner confiance, j’ai mis en place une équipe qui démarche les entreprises ferroviaires pour étudier avec elles la mise en place de nouveaux services. Il y a deux ans, j’avais déjà mis en place une équipe pour accompagner les Régions dans l’ouverture du marché. Nous avons besoin de concurrence, car nous avons le réseau ferroviaire le plus grand d’Europe, mais il est aussi le moins circulé. Il faut y mettre davantage de trains. C’est possible, mais il faut convaincre les entreprises pour qu’elles ouvrent de nouveaux services. Et c’est pour cela que nous travaillons sur les péages, et proposer des mesures spécifiques pour les nouveaux entrants, par exemple des péages adaptés durant les trois premières années. »
Avez-vous un avis sur l’ouverture des données ? « L’ouverture des données fait l’objet d’un chapitre de la LOM. A titre personnel je suis favorable à l’ouverture de beaucoup de données, mais je ne vois pas pourquoi le TGV donnerait celles qui relèvent du secret commercial à ses concurrents. On peut aussi se poser la question de leur ouverture dans la maintenance. Il est légitime de donner les standards de maintenance, mais l’optimisation qu’a pu faire un opérateur, c’est son savoir-faire. Il ne faut pas le lui enlever, au risque de l’affaiblir. »
Vous avez évoqué l’intérêt d’externaliser certaines activités, comment avancez-vous sur ce sujet avec vos équipes ?
« On se cherche et on avance en marchant. Dans l’externalisation, il faut faire plus de prestations complètes, alors qu’aujourd’hui on externalise des métiers par spécialité et cela pose la question du pilotage. Il faut que les industriels s’améliorent sur la gestion de la sécurité, mais plus encore sur la gestion de projet. Autant nous sommes remarquables dans la gestion de grands projets comme Eole, autant, dans la gestion de projets de taille moyenne, il faut progresser. Nous n’avons pas encore de stratégie claire sur l’optimum de l’externalisation. En ingénierie, nous externalisons 20 à 30 %, paradoxalement, nous sommes frileux pour externaliser les études d’exécution alors que nous externalisons trop souvent des études d’exploitation ou de conception. »
V. C

Concurrence – Thello veut lancer des trains à grande vitesse en France
Ce sera une première sur le marché de la grande vitesse en France. Alors que Trenitalia n’a jamais caché son intention d’exploiter des trains à grande vitesse entre les réseaux ferrés italiens et français, sa filiale Thello a notifié le 4 juin à l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer) « son intention d’exploiter, à compter de juin 2020, un nouveau service international de transport ferroviaire de voyageurs entre Paris et Milan, utilisant les réseaux à grande vitesse français et italien ».
Côté Thello, il est précisé que « le service Paris-Milan sera lancé par Trenitalia […], par le biais de Thello sur le territoire français ». La fréquence serait de « deux allers et retours quotidiens y compris samedi, dimanche et jours fériés » entre Paris (gare de Lyon), Lyon (Part-Dieu), Chambéry-Challes-les-Eaux, Modane, Turin et Milan (Centrale).
Concurrence frontale pour la SNCF
Le matériel roulant serait du type Zefiro V300, offrant 457 places assises (300 places Standard, 76 places Premium, 69 places Business, dix places Executive et deux places PMR). A noter que le même jour que l’annonce de l’Arafer, Bombardier et Hitachi annonçaient avoir reçu une commande supplémentaire de Trenitalia portant sur 14 rames Frecciarossa 1000, « dérivées du Zefiro V300 ».
Selon Thello, « Au moins pour la/les premières années d’exploitation, la clientèle italienne est principalement visée par ce service qui vient enrichir l’offre de service de transport de l’opérateur historique. Ce service a pour principale ambition d’étoffer l’offre de transport international de Trenitalia. Sur l’origine-destination Paris-Lyon, nous espérons un chiffre d’affaires compris (dans une fourchette comprise entre [10-20] et [20-30] % du CA total (de la liaison). »
Pour la SNCF, la concurrence sera frontale. Les trains Thello/Trenitalia circuleront environ une demi-heure après les TGV Paris – Milan de l’opérateur historique. De plus, ce dernier est actuellement cantonné à la gare milanaise de Porta-Garibaldi et non à la gare centrale…
P. L.
