Catégorie : Ferroviaire

Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

  • L’Espagne a développé le réseau ferré à grande vitesse le moins cher d’Europe

    L’Espagne a développé le réseau ferré à grande vitesse le moins cher d’Europe

    L’Espagne est le pays européen où construire des lignes à grande vitesse (LGV) coûte le moins cher dans l’Union européenne (UE). Et même dans le monde. C’est la conclusion d’un rapport publié le 6 novembre, commandé par le ministère des Transports à l’agence de conseil en ingénierie Ineco.

    De l’autre côté des Pyrénées, la construction d’un kilomètre de LGV coûte en effet en moyenne 17,7 millions d’euros. Pour l’ensemble des pays de l’UE, ce prix est de 45,5 millions d’euros. En France., le coût moyen d’un km de LGV est de 26,4 millions.

    Le coût de la main-d’œuvre et celui du foncier, plus bas en Espagne que parmi les 26 autres membres de l’Union, expliquent en partie cette différence. Autre facteur central selon l’étude : la popularité de la grande vitesse. Les Espagnols sont généralement favorables à son développement, ce qui rend la phase de conception moins coûteuse et évite les dépenses associées aux solutions techniques ou mesures de compensation imposées par les autorités ou les communautés locales. L’engagement financier et politique des gouvernements dans ces projets est important et constant, malgré les changements de majorités, ce qui participe à l’instauration de ce climat favorable.

    L’Espagne compte le réseau grande vitesse le plus étendu de l’UE : 3 966 km. Son entretien est donc relativement coûteux, mais reste en dessous de la moyenne européenne. En raison de sa popularité et de son développement rapide (la première ligne a été ouverte en 1992), un écosystème d’entreprises performant a pris racine dans le pays et permet d’avoir un réseau de bonne qualité. Le rapport qualité-prix du réseau espagnol est le meilleur de l’UE, estime le rapport, précisant que, dans le monde, seule la Suisse et le Maroc font mieux.

    Alban Elkaïm

  • Contrat de maintenance pour Alstom dans l’État australien de Victoria

    Contrat de maintenance pour Alstom dans l’État australien de Victoria

    Alstom a annoncé avoir remporté un contrat « d’environ 900 millions d’euros » portant sur la maintenance des trains régionaux VLocity et Classic dans l’État australien de Victoria au cours des dix prochaines années. Montés à Melbourne depuis 2003, sur l’ancien site Bombardier de Dandenong repris par Alstom, le parc VLocity sera entretenu avec les trains Classic sur les sites de West Melbourne, South Dynon et Ballarat East, « garantissant ainsi des centaines d’emplois dans l’État de Victoria au cours de la prochaine décennie ». Alstom précise que 98 % de la main-d’œuvre dédiée à l’entretien des trains VLocity et Classic est basée dans cet État du sud-est de l’Australie, alors que 69 % du matériel de maintenance est fourni par des prestataires locaux. Alstom s’est également engagé à consacrer, pendant toute la durée du contrat, « 6 % de ses dépenses aux 40 fournisseurs à vocation sociale de la région », tout en établissant, sur le site de South Dynon, un centre de contrôle de l’état des trains inspiré du centre de contrôle voyageurs d’Alstom au Royaume-Uni, le but étant d’améliorer la fiabilité et la disponibilité du matériel roulant par une maintenance prédictive. « Les fournisseurs locaux de l’État de Victoria joueront également un rôle important dans la fourniture de pièces détachées, les révisions, les réparations, la maintenance préventive et l’usinage des roues », a ajouté Pascal Dupond, DG d’Alstom pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande.

    P. L.

  • Deux commandes de trains à hydrogène pour Alstom en Italie

    Deux commandes de trains à hydrogène pour Alstom en Italie

    Juste avant les fêtes, Alstom a annoncé la commande, en Italie, de quatre rames automotrices à hydrogène Coradia Stream H supplémentaires : deux sont destinées aux Ferrovie del Sud Est, dans la région des Pouilles, alors qu’en Lombardie, les deux autres rejoindront les six unités déjà commandées par Ferrovie Nord Milano (FNM) en vertu d’un contrat-cadre qui comprend l’acquisition d’un total de 14 rames.

    Avec cette nouvelle commande italienne, le train à hydrogène prend maintenant pied dans les Pouilles, sur le talon de la « botte », après la Lombardie, où les premières livraisons ont commencé. Mais le Coradia Stream H d’Alstom n’est pas le seul train à hydrogène commandé en Italie, où Stadler a remporté l’été dernier un contrat-cadre pour fournir son Flirt H2 aux voies étroites de Sardaigne et de Calabre.

    P. L.

  • Pourquoi Eurostar n’a pas de plan B quand le trafic transmanche est bloqué

    Pourquoi Eurostar n’a pas de plan B quand le trafic transmanche est bloqué

    Les fêtes de fin d’année, autour desquelles la demande en voyages pour motifs personnels est particulièrement élevée, sont-elles une période maudite pour Eurostar ? Après les rames transmanche terrassées par de la neige poudreuse en décembre 2009 et l’incendie du tunnel de janvier 2015, les deniers jours de 2023 n’ont pas été de tout repos pour les candidats au voyage par le rail entre Londres et le continent européen. Après la grève surprise le 21 décembre à Eurotunnel, c’est un incident technique survenu dans un autre tunnel qui, le 30 décembre, a non seulement bloqué quelque 30 000 voyageurs transmanche qui auraient dû prendre les 41 trains Eurostar annulés, mais a aussi entraîné un arrêt momentané des trains régionaux à grande vitesse Javelin entre la gare londonienne de Saint-Pancras et le Kent. Alors que les avions étaient complets, les voyageurs les plus pressés ont essayé de se rabattre en train ou en car vers les traversées en ferry, les autres passant la nuit à l’hôtel en attendant le redémarrage des dessertes, à moins d’annuler purement et simplement leur voyage.

    Une voie ferrée noyée

    Inédit, l’incident du 30 décembre est survenu sur la ligne à grande vitesse HS1 entre la gare de Saint-Pancras et la Manche, plus exactement dans le tunnel sous la Tamise, dont un des deux tubes parallèles a été envahi par plusieurs décimètres d’eau, noyant la voie ferrée. Vérification faite, plus de peur que de mal : la provenance de l’eau n’avait rien à voir avec la structure du tunnel, mais était due à la rupture d’une conduite posée sur les parois de cet ouvrage permettant à la HS1 de passer de la rive nord à la rive sud de la Tamise à l’est de Londres. Rapidement désignée responsable de cette conduite, la compagnie des eaux Thames Water a répondu qu’il s’agissait plutôt d’un tuyau alimentant le dispositif de lutte anti-incendie du tunnel…

    Le tube inondé du tunnel sous la Tamise sur la ligne à grande vitesse HS1.

    Toujours est-il qu’un trafic Eurostar complet (mais sans trains supplémentaires) a pu reprendre le 31 décembre, l’opérateur ayant indiqué qu’« au moins un tunnel » pouvait être parcouru, avec toutefois « des restrictions de vitesse dans la matinée, ce qui pourrait entraîner des retards ». Une interruption somme toute assez limitée dans le temps… mais qu’en aurait-il été si elle avait été plus longue ? Et si les voyageurs ont droit à des indemnités de logement à l’hôtel ou de voyage de la part d’Eurostar, on pourrait se demander dans quelle mesure il ne serait pas possible d’organiser des dessertes de substitution, surtout lorsque des incidents surviennent en périodes de grands départs… Par exemple, dans le cas du 30 décembre, entre Londres et les gares internationales au sud de la Tamise (Ebbsfleet, Ashford), où les rames transmanche auraient pris le relais. Nous avons posé la question à Eurostar, qui nous a répondu que « d’un point de vue logistique, il n’est pas possible d’organiser ce genre de dispositif, les voyageurs devant être contrôlés par la douane, la PAF [Police aux frontières] et UKBF [UK Border Force] ».

    P. L.

  • Le train du Puy du Fou affiche déjà un an de retard

    Le train du Puy du Fou affiche déjà un an de retard

    Le départ du « Grand tour », ce train hôtel imaginé par les dirigeants du Puy du Fou pour embarquer pendant une semaine des « voyageurs-spectateurs » à la découverte du patrimoine hexagonal, a été retardé d’une année : il partira finalement à l’été 2024, assurent ses promoteurs. En cause, expliquent-ils, la fabrication du luxueux train Belle époque et son homologation. Entretien avec Nicolas de Villiers, président du Puy du Fou.

    Ville, Rail & Transports. Le départ du « Grand tour », qui devait être lancé en 2023, a été reporté. Pourquoi ?

    Nicolas de Villiers : Avec son projet Le Grand Tour, le Puy du Fou est devenu en 2021 la première compagnie ferroviaire 100% privée pour le transport de voyageurs sur le réseau ferré national français tout au long de l’année (l’ouverture à la concurrence sur les lignes à grande vitesse et les lignes classiques non conventionnées étant possible depuis décembre 2020, ndlr). Cette position d’éclaireur implique de composer avec des imprévus. En l’occurrence, la création de ce train au style Belle Époque, fabriqué sur mesure dans nos ateliers pour les besoins de notre spectacle immersif, pose de nouvelles questions à l’organisme public en charge de l’homologation des voitures, questions qui ont nécessité ce délai supplémentaire.

    VRT. Quels sont vos objectifs?

    N.d.V. Toutes les phases d’homologation sont en cours, elles vont se dérouler jusqu’au printemps. Notre objectif, c’est que le train puisse rouler au début de l’été prochain.

    VRT. D’où vient ce train en cours d’aménagement?

    N.d.V. Les voitures appartenaient à la compagnie allemande Deutsche Bahn. Nous les avons totalement démontées. Le châssis est d’origine, même s’il a été modifié. L’ensemble des bogies ont été révisés (voire changés pour les bogies qui étaient trop anciens). La carcasse du train a elle-même énormément évolué pour correspondre à notre projet. Tout cela se fait évidemment en parfaite intelligence avec l’Établissement public de sécurité ferroviaire (EPSF).

    VRT. Comment travaillez-vous avec SNCF Réseau ?

    N.d.V. La collaboration se déroule de façon satisfaisante. Le ferroviaire est un univers que nous ne connaissions pas mais nous avons découvert de grands professionnels, alors qu’il y a une tendance française à dénigrer l’administration… Nous avons eu affaire dans ce projet à des équipes entreprenantes, à chaque fois dans la recherche de solutions. Elles ont une connaissance historique très pointue et savent répondre à nos demandes qui, parfois, sont vraiment très particulières et nécessitent une vraie méticulosité.

    VRT. C’est cette méconnaissance de l’univers du rail qui vous a poussé à vous associer à un groupe d’experts, Europe Express ?

    N.d.V. En effet, nous sommes associés à ce groupe constitués de vrais passionnés du ferroviaire (dont d’anciens cheminots). C’était pour nous très important, mais la passion ne suffit pas : ils ont surtout la compétence. Nous sommes des artistes, nous imaginons des spectacles, mais ce n’est pas notre métier d’être opérateur de locomotive.

    VRT. L’essentiel du financement est assuré par un pôle bancaire réunissant les groupes Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Banque Populaire et BPI France. Comment les avez-vous convaincus ?

    N.d.V. Chacun de ces établissements a investi via un véhicule dédié. Toutes ces entreprises sont incarnées par des personnes qui, là encore, ont eu confiance dans notre projet. Ce sont les premiers « voyageurs-spectateurs » du Grand Tour.

    Quand le Puy du Fou entreprend une aventure artistique, il sait la faire aboutir. Nous recherchons toujours cette petite lumière qui s’appelle l’émotion. Je crois que c’est ce qui a convaincu nos partenaires, c’est ce qu’ils ont su voir derrière le matériel, derrière le train lui-même : cette belle histoire qui va laisser de nombreux souvenirs à nos voyageurs.

    VRT. À combien s’élèvent vos investissements à ce jour?

    N.d.V. C’est un investissement de plusieurs dizaines de millions d’euros…

    VRT. Plus précisément ? 

    N.d.V. On ne précise pas le montant, mais c’est un investissement effectivement très lourd, très ambitieux. Nous avons la conviction que notre projet de périple théâtral à la découverte du patrimoine français saura séduire le public. De nombreux voyageurs ont déjà réservé leur séjour.

    VRT. Combien de voyageurs espérez-vous sur l’année ?

    N.d.V. Nous pourrons transporter 36 personnes par semaine, ce qui permettra d’embarquer un petit millier de voyageurs spectateurs sur le Grand tour chaque année. L’objectif n’est pas de transporter un maximum de voyageurs. Le Grand tour n’est pas une croisière, c’est un spectacle, une histoire que l’on raconte. Nous voulons proposer une redécouverte du voyage ferroviaire sous une forme originale, scénarisée. Une intrigue va se nouer dès votre montée à bord du train. Elle va se déployer au fil des heures (aussi bien dans le train que dans les escales que nous ferons sur le trajet), jusqu’à son dénouement, au retour de Paris, le samedi matin.

    VRT.  Comment avez-vous retenu les différentes escales du train?

    N.d.V. Nous avons fait le choix d’arrêter notre train dans des gares qui permettent un accès à pied aux lieux visités : la cathédrale de Reims ou les Hospices de Beaune, par exemple. Nous voulons éviter à nos voyageurs d’avoir à reprendre un bus à chaque escale. Nos destinations ont du sens, mais également un bilan carbone extrêmement faible. Tout cela demande beaucoup de souplesse de la part des équipes de SNCF Réseau, mais elles comprennent très bien nos enjeux.

    VRT. Quel sera le prix du billet ?

    Autour de 8 000 euros par personne tout compris, et notamment la restauration  (la carte est signée par un chef trois étoiles, Alexandre Couillon). Le parcours durera six jours et cinq nuits.

    VRT. N’aviez-vous pas envisagé un billet en dessous de 5000 euros au début du projet ?

    N.d.V. Le prix que nous avons retenu est probablement parmi les moins chers du marché sur ce type de voyage.

    Propos recueillis par Thomas Renou

  • Lancement de l’expérimentation en conditions réelles pour le TER hybride

    Lancement de l’expérimentation en conditions réelles pour le TER hybride

    Après des mois de tests, un train hybride, fonctionnant au gazole et à l’électricité, a relié le 16 décembre, sur une petite centaine de kilomètres, Toulouse à Mazamet (Tarn), en transportant pour la première fois des passagers.

    Le projet, lancé par la SNCF et Alstom, a consisté à remplacer la moitié des moteurs thermiques par des systèmes de stockage d’énergie composés de batteries lithium-ion sur une rame Régiolis pouvant déjà fonctionner soit avec de l’électricité via un pantographe se connectant à la caténaire, soit au diesel lorsque train roule sur des portions de rails non électrifiés. Ces batteries permettent de limiter le recours au gazole.

    Bénéficiant du soutien financier de quatre régions partenaires, ce train tri-mode électrique-thermique-batteries va circuler pendant quatre mois en Occitanie, avant de rouler en Nouvelle-Aquitaine, Grand Est et Centre-Val de Loire, dans le cadre de l’expérimentation qui doit durer une année.

    Avec le train à batteries (modèle AGC dont tous les moteurs thermiques sont remplacés par des batteries) et le train à hydrogène, le train hybride constitue l’une des trois technologies que la SNCF veut expérimenter pour réduire ses émissions carbone. Les tests ont montré que le train hybride permet une économie d’énergie allant jusqu’à 20%. Ce projet a nécessité un investissement de 16,85 millions d’euros.

     

  • Vinci Railways s’intéresse à la gestion des gares

    Vinci Railways s’intéresse à la gestion des gares

    Nouveau marché en perspective pour Vinci Railways : la filiale de Vinci Concessions, qui regroupe notamment Lisea (concessionnaire de la LGV SEA), Mesea (le mainteneur) et Synerail (avec 16 000 km de réseau GSM Rail), et dont le but est de financer, construire et maintenir des infrastructures ferroviaires et urbaines , s’intéresse désormais aux gares. « Nous gérons plus de 70 aéroports dans le monde. Nous savons gérer les flux de passagers, ainsi que toutes les installations techniques, gérer la valorisation commerciale et foncière« , explique à VRT Valérie Vesque-Jeancard, sa présidente. Vinci Concessions gère aussi des aires d’autoroutes.

    Avec l’ouverture à la concurrence dans le ferroviaire et la montée en compétence des régions, le groupe estime qu’un nouveau marché s’ouvre pour gérer des gares. Ses équipes ont donc fait le tour des régions pour présenter leur savoir-faire aux différents vice-présidents chargés des transports. Et approché SNCF Gares & Connexions, dont la directrice générale, Marlène Dolveck, ne se montre guère favorable à un partage de son activité. Reste que les deux entités pourraient prospecter ensemble les marchés internationaux pour essayer de gagner des contrats de gestion de gares en dehors de nos frontières, suggère Vinci Railways. Sans abandonner l’idée de s’attaquer un jour au marché français.

    MH P

  • André Thinières va conseiller le président d’Objectif OFP

    André Thinières va conseiller le président d’Objectif OFP

    En annonçant fin 2023 qu’il cessait d’être délégué général d’Objectif OFP, André Thinières a précisé qu’il ne quittait pas pour autant l’association qui milite en faveur des opérateurs ferroviaires de proximité. Il devient conseiller du président d’Objectif OFP, Philippe François.

    Ces décisions approuvées au cours du conseil d’administration de début décembre devraient être entérinées au cours de l’assemblée générale des adhérents en mars 2024.

    Le poste de délégué général est repris par Magali Senaux. Elle a été responsable de l’organisme de formation ferroviaire GTIF de 2015 à 2022.

  • Un train-usine pour renouveler les supports de caténaire dans les Hauts-de-France

    Un train-usine pour renouveler les supports de caténaire dans les Hauts-de-France

    Malgré la nuit noire en cette soirée du 16 novembre, le train de la suite rapide caténaires progresse dans un halo de lumière, avec la régularité d’une horloge, sur la ligne Paris – Amiens – Lille, aux alentours du Pk 151, voie 1, à quelques kilomètres au sud d’Albert dans la Somme. Les tempêtes successives qui ont balayé la France en octobre et novembre et notamment le quart nord-ouest, semblent avoir fait une pause de quelques heures. Pas de pluie et peu de vent. Heureusement, parce qu’au-delà de 60 km/h de vent, le train-usine caténaires ne peut plus travailler en toute sécurité. Reste que les conditions de travail sont rudes et l’accalmie ne sera que de courte durée, la pluie reviendra vers 1 h 30.
    Sur cette portion de ligne, entre Albert et Daours, la caténaire date des années soixante. C’est un peu plus que la moyenne d’âge de la caténaire en France — un peu moins de 16 000 km de voies électrifiées sur un total de 28 000 — qui tourne autour de 40 ans, toutes tensions confondues.
    Pour rajeunir l’infrastructure et changer les armements de la caténaire, depuis le 2 octobre, chaque nuit, du lundi soir au samedi matin, de 22 h à 6 h, opérateurs et agents de la suite rapide caténaire s’affairent sur une portion de 55 km où se déroule le chantier. D’ici le 9 décembre, ils devront avoir changé 1145 armements sur deux portions, entre Albert et Daours et entre Longueau et Boves, dans la région des Hauts-de-France.

    Un avertisseur à chaque mouvement

    Contrairement aux trains-usine qui renouvellent les voies, ceux qui s’occupent de la caténaire sont moins bruyants. Pas de cliquetis de pièces de métal, pas de tirefonneuses pneumatiques, pas de moteur diesel sinon celui de la machine en tête de train. En revanche, l’avertisseur sonore de la locomotive se fait nettement entendre à chaque mouvement du train-usine. Elle prévient la quarantaine d’opérateurs et d’agents qui travaillent sur le chantier que le train va bouger. L’avertisseur retentit toutes les dix minutes environ lorsque le train progresse d’un armement — l’ensemble des éléments qui permettent fixer la caténaire aux poteaux —, autrement dit d’un poteau.
    Dans ce court laps de temps, les opérateurs de la suite rapide caténaires vont changer les armements ainsi que les pendules, ces liens entre le câble porteur et le fil de contact. Pour maintenir cette cadence, une équipe a précédé le train de la suite rapide afin de préparer le travail : traçage pour définir la hauteur à laquelle placer le nouvel armement et, si nécessaire, perçage des poteaux à la bonne hauteur. Le fil de contact doit se trouver à 6,5 m du champignon du rail, c’est la norme. Le train-usine qui suit est divisé en trois ateliers équipés de nacelles automotrices mobiles (NAM) installées sur des wagons plats réunis pour créer une même plateforme sur laquelle elles pourront circuler. Chacun de ces ateliers va travailler sur le même armement, mais successivement au gré des déplacements du train. Les opérateurs du premier atelier remplacent le hauban de l’armement, et ceux dans les deux NAM suivantes, la console, l’antibalançant, puis les pendules qui retiennent le fil de contact au câble porteur.
    Perchés dans leurs nacelles jaunes, à plus de 7 mètres de hauteur, les opérateurs en pantalon et parka orange fluo, sont concentrés sur le travail. Avec rapidité et précision, ils manœuvrent les grues télescopiques pour hisser les éléments du nouvel armement jusqu’en haut des poteaux auxquels ils seront solidement fixés. L’opération demande sang-froid et délicatesse pour ne jamais toucher ni le câble porteur, ni le fil de contact. Sinon, ils risqueraient de casser et d’empêcher une reprise des circulations le lendemain matin.

    Cinq fois plus rapide qu’une méthode classique

    C’est justement l’un des avantages des suites rapides caténaires : permettre aux trains d’emprunter la ligne à vitesse normale, juste après l’interruption diurne du chantier. Si bien que ces opérations d’entretien n’ont aucune incidence sur l’exploitation. À condition, bien sûr, de travailler de nuit.
    Au rythme impressionnant d’un changement d’armement toutes les 11 minutes, c’est cinq fois plus rapide qu’avec une méthode classique. Un record que « nous ne pensions pas atteindre lorsqu’on a lancé le projet de train-usine », s’étonne presque Pierre Daburon, directeur industriel des projets de régénération de SNCF Réseau. « Et nous avons encore une marge de progression », ajoute-t-il.  C’est l’objectif du recours aux trains-usine : accélérer la maintenance. « Il faudrait 150 ans pour effectuer tous les travaux nécessaires sur le réseau, au rythme de travaux classiques. Avec les suites rapides on peut diviser ce temps par six », souligne encore Pierre Daburon.
    Les trains de la suite rapide caténaires ont été mis au point par un groupement des entreprises de travaux ferroviaires, Colas Rail, une filiale du groupe Colas, et TSO Caténaires, une filiale du groupe NGE, à la demande de SNCF Réseau. Ensemble, elles ont développé un train de suite rapide pour les caténaires alimentées en 1500 V continu, avec le constructeur d’engins ferroviaire Novium.
    Le convoi est en réalité composé de deux trains, afin d’assurer le remplacement des poteaux en même temps que l’armement. Les deux industriels ont aussi conçu avec un autre constructeur, Geismar, une suite rapide pour les travaux de caténaires alimentées en 25 kV, comme c’est le cas de 60 % des voies électrifiées du réseau (soit un peu moins de 9600 km).
    Derrière le train-usine, une quatrième équipe, dotée d’un lorry indépendant, effectue les derniers ajustements pour placer le fil de contact à sa hauteur définitive et s’assurer du bon désaxement.
    À ce rythme, le changement d’une trentaine d’armements sera atteint à la fin de la nuit. Le chantier n’est pas encore terminé que déjà, une partie de l’équipe du train effectue, dans le sud-ouest de la France, les premiers repérages pour la prochaine intervention du train de la suite rapide caténaire.
    Yann Goubin
  • Le projet Monitor mise sur les capteurs pour accélérer le développement du fret ferroviaire

    Le projet Monitor mise sur les capteurs pour accélérer le développement du fret ferroviaire

    Essai de frein digitalisé, détection des anomalies de freinage, composition digitale des trains…. Voici quelques-unes des opérations obligatoires avant le départ du train, que promet de faciliter le projet Monitor (Measuring Online Network Integrated Train Operations in Real-Time). Le projet, lancé en mars dernier et présenté le 28 novembre lors des rencontres Objectif OFP,  a pour but d’accélérer le développement du fret en Europe.
    Monitor est porté par l’Alliance 4F et par un consortium réunissant Fret SNCF, Wabtec ainsi que l’opérateur régional de fret RDT13. Son financement est assuré par l’Ademe dans le cadre de France 2030.
    Le principe de Monitor repose sur l’installation de capteurs posés sur les freins, les bogies et les essieux des wagons de fret. Ils collectent, en temps réel, des informations sur l’état des organes et les transmettent par liaison sans fil à la tablette du conducteur. Celui-ci peut ainsi effectuer des tâches comme les essais de freins depuis sa cabine. Cette opération indispensable avant tout départ, consiste aujourd’hui à longer le train des deux côtés, pour vérifier que chaque semelle de frein n’est pas serrée sur sa roue. Cette vérification prend du temps, et, en cas de dysfonctionnement, risque de retarder le départ.
    Les capteurs peuvent aussi révéler un problème lors des essais de pression (qui commande les freins) avant le départ, et signalent aussi des échauffements sur les essieux lorsque le train roule. Des détecteurs de boîtes chaudes sont bien sûr installés le long des voies, mais, selon les lignes, ils peuvent être distants d’une centaine de kilomètres. Avec Monitor, l’anomalie est transmise au conducteur dès qu’elle survient.
    Citons encore les vibrations anormales qui peuvent être provoquées par une usure anormale d’une roue, comme un méplat par exemple, et peuvent être détectés par les capteurs. Enfin,  toutes ces datas peuvent alimenter des bases de données sur l’état du matériel et participer à sa maintenance préventive.
    Depuis mars dernier, les ingénieurs du projet ont rédigé un cahier des charges et défini des cas d’usages. L’année prochaine, ils fabriqueront, avec Wabtec, des prototypes répondant aux spécifications techniques. Les essais sur banc et sur un train de RD13, la régie départementale des Bouches-du-Rhône, sont prévus pour mars 2025. L’industrialisation pourrait commencer en septembre 2026.
    Yann Goubin