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Catégorie : Politique des transports
Retrouvez toute l’actualité de la politique des transports: réglementation, législation, rapports d’élus, d’institutions et d’associations des transports

Les caméras peuvent embarquer dans les tramways
Après les contrôleurs, le matériel roulant, de type tramway et tram-train, peut lui aussi être équipé de caméras. Un décret publié le 26 décembre 2025 autorise, à titre de test, l’usage de caméras frontales embarquées, jusqu’au 28 juin 2028. L’expérimentation donnera lieu à un bilan détaillé et à un rapport remis aux députés qui décideront de la suite législative à lui donner.
La loi du 28 avril 2025 relative au renforcement de la sûreté dans les transports prévoyait l’installation de ce type de matériel mais attendait la publication de son décret. Il autorise les opérateurs de transports guidés urbains à capter, transmettre et enregistrer des images de la voie publique.
Destruction des images au bout de 30 jours
Dans un avis d’octobre 2025, la CNIL a rappelé que la captation en continu d’images suppose la mise en œuvre de garanties techniques et de conservation appropriées, notamment en matière de chiffrement et de cloisonnement des données. Cela doit permettre de limiter les risques d’atteinte aux droits des personnes. La nature des images captées peut en effet présenter un caractère personnel et les opérateurs qui déploient ces dispositifs sont responsables au titre du règlement général sur la protection des données (RGPD). Les images ne peuvent être utilisées que pour la prévention ou l’analyse d’accidents et d’incidents survenus sur le réseau. Leur utilisation à des fins de surveillance de la voie publique ou de contrôle du comportement des usagers est bannie.
Les seules données susceptibles d’être traitées sont les images captées par les caméras frontales et des informations « contextuelles » : jour, plages horaires, lieu de captation. Elles font l’objet d’une « pseudonymisation » et ne peuvent pas être conservées plus de 30 jours. Une dérogation est toutefois prévue pour les enregistrements susceptibles d’être utilisés dans le cadre d’une procédure judiciaire, administrative ou disciplinaire.
Des caméras focalisées sur la circulation
Toute captation de l’intérieur ou de l’entrée d’habitations est interdite. Si des images sont enregistrées, elles doivent être supprimées dans un délai maximal de 48 heures. Pour prévenir ce risque, les caméras doivent être positionnées dans l’axe de la rame et leur angle d’ouverture limité pour se focaliser sur la circulation. Le décret fixe de strictes conditions de stockage des images. Il doit être réalisé sur des supports sécurisés et par des agents habilités ayant bénéficié d’une formation spécifique.
Enfin, le public doit être informé du dispositif sur les sites internet du ministère chargé des Transports et des opérateurs concernés, dans les gares et stations desservies, ainsi que directement sur les matériels roulants. Enfin, les opérateurs doivent communiquer les coordonnées du responsable de traitement.

T&E veut renforcer le leasing social et les cars express
L’ONG Transport & Environnement, T&E, profite du début de l’année pour appeler à des investissements ciblés pour « des impacts rapides et massifs » dans la mobilité. Elle demande un plan doté d’une enveloppe de 300 millions d’euros dès 2026, pour monter jusqu’à un milliard d’euros en 2030. Son périmètre doit être circonscrit aux besoins les plus prégnants, dans les zones périurbaines et rurales. Son financement peut être assuré par des certificats d’économies d’énergie, l’Etat, les collectivités et les AOM, des banques et opérateurs privés.
« Le gouvernement navigue à vue sur la décarbonation des transports, sans vision de long terme et se contente trop souvent de mesures restreintes, comme dans le cas du leasing social automobile, alerte Diane Strauss, directrice de T&E France. La puissance publique ne joue pas son rôle pour structurer une offre efficace et coordonnée à l’échelle des territoires. De nouveaux investissements, ciblés et efficients, sont nécessaires pour réduire la fracture territoriale entre zones urbaines et peu denses. Ils visent aussi à faire face aux nouveaux enjeux industriels et géopolitiques : favoriser l’émergence du “made in UE” et réduire notre dépendance au pétrole ».
T&D dresse deux priorités. La première vise le leasing social qui ne soutient aujourd’hui que 50 000 véhicules par an, « quand les besoins totaux se chiffrent en millions ». L’ONG souligne l’intérêt suscité par le dispositif actuel auprès des classes moyennes pour l’achat d’une voiture électrique. Ce type de véhicule présente désormais un coût au kilomètre avantageux, un accès facilité à la recharge pour les ménages en logement individuel, une autonomie satisfaisante, un réseau autoroutier bien équipé, ainsi qu’un excellent confort de conduite. « Il est temps que l’État s’associe aux territoires et aux autorités organisatrices de la mobilité pour proposer une offre élargie de véhicules électriques à loyer modéré », insiste T&E.
Pour jouer pleinement son rôle, le dispositif doit proposer des volumes suffisants, une diversité de modèles — de la voiture familiale au vélo cargo —, un ciblage social clair et une transparence de fonctionnement. Banques privées, publiques, État et collectivités doivent s’entendre pour constituer progressivement une flotte de 1 à 2 millions de véhicules, loués sur l’ensemble de leur durée de vie. « Cela constituerait un réel soutien à l’industrie automobile française et européenne, tout en permettant de réduire la dépendance au pétrole », estime l’ONG.
Une alliance entre ligne de cars et de covoiturage
Sa deuxième priorité porte sur le déploiement massif de cars express, associés à des lignes de covoiturage sur les axes denses. T&E appelle à intégrer, dans la loi cadre, les moyens nécessaires au fonctionnement d’un véritable système de transport express pour tous, fondé sur les Services Express Routiers. Une alliance entre lignes de cars express et lignes de covoiturage express permettrait de réduire massivement la dépendance à la voiture individuelle et d’élargir les bénéfices de la décarbonation aux habitants des campagnes et des petites villes.
Contrairement aux idées reçues, la transition des mobilités ne nécessite pas des sommes colossales, mais un meilleur ciblage des politiques publiques au regard des besoins géographiques et sociaux des ménages. Désenclaver les territoires ne passe plus par la construction de nouvelles routes — coûteuses et destructrices des écosystèmes — mais par le déploiement d’une offre diversifiée de solutions de mobilité : rail, routes, cars et voitures. L’association milite pour un « grand plan pour le désenclavement des territoires » qui permettrait, d’ici cinq ans, de donner accès à 23 millions d’habitants supplémentaires à un réseau multimodal rapide et fréquent, hors zones denses.

L’Afit devra faire mieux avec moins
Le rôle de l’Afit France sera « central » dans la loi-cadre sur les transports, comme dans la répartition des financements entre réseaux et territoires. L’agence de financement des infrastructures de transport reste « un instrument essentiel » de l’investissement de l’État dans les infrastructures de transport. Le conseil d’administration qui s’est réuni le 22 décembre autour de son président Franck Leroy s’est vu rassuré, quant à la confiance accordée par Philippe Tabarot. Le budget initial qu’il a approuvé n’est pourtant pas franchement enthousiasmant. Le montant prévisionnel des dépenses d’intervention est à la baisse. « Il tient compte du contexte budgétaire, de l’absence de vote de la loi de finances pour 2026 et s’inscrit dans la perspective de l’adoption d‘une loi spéciale », précise l’Afit France.
Le montant prévisionnel des autorisations d’engagement s’élève ainsi à 3 756 millions d’euros. Par comparaison, il était en 2025 de 4,19 milliards d’euros (dont 2,5 pour le ferroviaire) et avait grimpé en 2024 à 4,8 milliards. Cette année-là, le budget prévisionnel de l’Afit avait même atteint 5,08 milliards, avant d’être amputé de quelques dizaines de millions.
Priorité aux infrastructures existantes
Le conseil d’administration se veut rassurant. « Le budget doit permettre d’honorer les engagements déjà pris et de poursuivre les projets en phase travaux, de maintenir un niveau soutenu mais maîtrisé de mise en œuvre des contrats de plan et de convergence », déclare l’Afit, tout en précisant que le budget pourra être amendé par voie d’un budget rectificatif pour « tirer les conséquences de la loi de finances pour 2026 qui aura été adoptée par le Parlement ».
La priorité va être donnée aux infrastructures existantes, avec des programmes de régénération et de modernisation maintenus ou renforcés. Le lancement des travaux d’aménagement ferroviaires va aussi respecter les calendriers prévus. Au total, le rail va bénéficier d’une enveloppe de 1,5 milliard, destinée au développement, à la modernisation et à la mise aux normes.
Les administrateurs ont, par ailleurs, adopté trois conventions et trois avenants, représentant près de 600 millions d’euros d’engagements pour 2026. Ces décisions portent notamment sur une convention de financement des programmes et opérations de transport tous modes, ainsi que sur un avenant relatif à la réalisation et au financement des travaux définitifs de la nouvelle liaison ferroviaire transalpine Lyon–Turin.

Nevers Agglomération reconduit Keolis pour un réseau plus intelligent
L’exploitation du réseau de transport public de 14 communes de l’agglomération de Nevers a redémarré le 1ᵉʳ janvier avec Keolis. Ce nouveau contrat, de près de 54 millions d’euros, qui emploie 100 collaborateurs dont 89 conducteurs, s’étend jusqu’au 31 décembre 2031.
Le réseau Taneo va devenir le premier de France à intégrer un laboratoire de l’innovation, le LEDIM, utilisant la data de toutes les mobilités du territoire pour alimenter une intelligence artificielle. Le projet est mené en partenariat avec l’ISAT (Institut Supérieur de l’Automobile et des Transports) et permettra de prédire et d’optimiser l’offre et la qualité de service.
L’agglomération de Nevers, de près de 70 000 habitants, desservie par 400 arrêts, va bénéficier de nouveaux services et d’une offre renforcée. Keolis va assurer l’exploitation de lignes urbaines, périurbaines et scolaires, d’un transport à la demande (TAD) et d’un service de location longue durée d’une flotte de 50 vélos électriques. L’objectif est d’atteindre sept millions de voyages d’ici 2031, soit une augmentation de 24 % par rapport à 2024. Le nouveau contrat prévoit aussi l’exploitation d’un service d’autopartage. Une nouvelle ligne « structurante » (ligne T3) desservira Fourchambault, Marzy, Nevers ainsi que la zone commerciale et pour la première fois le Technicentre Industriel de Nevers.
Le réseau de Nevers va aussi bénéficier de nouveaux outils numériques. La billettique AEP et Flowbird permettra le paiement directement par carte bancaire, pour l’achat et la validation des titres de transport. Les modules Mobireport assureront une information rapide et ciblée vers les clients, ainsi qu’une identification plus efficace des incidents sur le réseau. Le dispositif sera complété par le déploiement du logiciel Padam pour le transport à la demande.
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De nouvelles mesures pour mieux protéger les femmes dans les transports
Sept Franciliennes sur dix déclarent avoir été victimes de violences sexuelles dans les transports, selon un sondage commandé par la région Île-de-France à l’institut Ipsos. Pour contrer cette tendance, de nouvelles mesures ont été annoncées le 9 décembre par Valérie Pécresse, la présidente d’Île-de-France Mobilités, à l’issue d’une Journée de mobilisation contre les violences faites aux femmes dans les transports. En particulier, il a été décidé de faire passer à 200 les effectifs des agents de la Brigade régionale des transports d’ici la fin 2027, tandis que les patrouilles de réservistes de la police et de la gendarmerie seront renforcées pour atteindre 10 000 vacations par an. Elles s’ajouteront aux patrouilles de plus de 3000 agents de sûreté déjà en poste et aux 100 agents mobiles de la brigade régionale des transports depuis 2024.
La présidente d’ÎDFM souhaite aussi la généralisation des « zones d’attente partagées » où se regroupent les voyageurs avant de prendre leur train, et qui sont installées à proximité des bornes d’appel d’urgence déjà vidéosurveillées. La présidente de région veut également développer les « lieux sûrs » (safe places), dans et autour des gares et stations, en partenariat avec des commerces ou des lieux publics pour accueillir les personnes qui se sentent menacées. De plus, application « Voyage Duo » devrait être lancée, pour permettre aux femmes de trouver des compagnons de route, notamment en heures creuses ou tardives.Enfin, Valérie Pécresse réitère sa demande de généralisation de la vidéoprotection algorithmique qui analyse les images des caméras et signale les comportements paramétrés comme inhabituels. Elle a été testée pendant les JO et pendant quelques grands événements sportifs ou culturels avec l’autorisation de la préfecture de police de Paris mais sa généralisation doit être approuvée par le Parlement.

Les réserves de la cour régionale des comptes sur le bilan financier d’IDFM
Les cours régionales des comptes ne sont pas souvent tendres avec les autorités organisatrices de transport qu’elles contrôlent. Le dernier rapport d’observation sur la gestion financière d’Ile-de-France Mobilités, réalisé par a Chambre régionale des comptes, n’échappe pas à la règle. Mais IDFM estime avoir des raisons de se satisfaire de ses conclusions. L’AO y voit « une confirmation de la robustesse et de la soutenabilité de sa trajectoire financière, grâce à une prospective financière désormais à l’équilibre ». Elle estime avoir apporté des réponses à la demi-douzaine de recommandations formulées.
Selon IDFM, le rapport considère sa trajectoire financière « particulièrement solide ». « IDFM démontre avec succès la maîtrise de ses missions et de sa trajectoire, malgré un contexte marqué par des défis majeurs », commentent les équipes de la présidente Pécresse. Le rapport souligne aussi un plan d’investissements « ambitieux » et « massif » à la hauteur des besoins nécessités par le réseau et son matériel roulant pour sa régénération.
Le bras armé de la Région en matière de mobilité rappelle au passage que 36 milliards d’euros d’investissements sont prévus sur dix ans par IDFM. Près de la moitié est dédiée au renouvellement et à la régénération des trains (RER, métros, bus et tramways), qui ont souffert d’années de sous-investissements. De plus, 3,7 milliards d’euros sont destinés à l’amélioration de la qualité de service, ce qui inclut l’accessibilité, l’intermodalité, l’information voyageurs, la billettique, la sécurité et la promotion des mobilités douces, notamment le vélo.
Un plan régional marqué par l’ambition
Le rapport de la cour régionale des comptes invite sans surprise à une lecture plus nuancée que la communication d’IDFM, notamment sur la trajectoire. Les ambitions régionales y sont longuement questionnées. Le plan d’investissement ne vise pas moins de 400 km de nouvelles lignes réparties à parts égales entre le futur Grand Paris Express, ce qui conduira à doubler la taille du réseau de métro, et les prolongements et créations de lignes (RER1, métro, tramway, bus). « Le plan de mobilité en Ile-de-France retient le plus optimiste des scénarios en matière de fréquentation des transports en commun, reposant sur un important report modal. Pour permettre un report modal aussi élevé, IDFM a décidé d’un plan d’investissement massif de près de 36 milliards d’euros sur dix ans ce qui ne manque pas d’interroger dans un contexte de tension sur les finances publiques », souligne la chambre régionale des comptes qui reconnaît un pilotage budgétaire certes robuste, « mais qui peut être encore renforcé afin de redonner au conseil les informations utiles à la décision, en particulier au sujet des investissements et de leur financement ».
Dans la liste des recommandations de performance formulées dans le document, l’une porte sur les études d’impact censées intervenir avant toute modification substantielle de la politique tarifaire. Réponse d’IDFM : « des études ont bien été menées avant la mise en place de la révolution tarifaire au 1er janvier 2025. De plus, Île-de-France Mobilités dispose de modèles tarifaires très élaborés pour mener ses évaluations, sans doute parmi les plus développés en France ».
Une contribution des usagers dans la moyenne
La chambre souhaite aussi une évaluation précise du remboursement employeur et de la déduction de la contribution des usagers pour fixer l’évolution des tarifs. IDFM rappelle que ce remboursement a été pris en compte dans le protocole de financement conclu avec l’Etat en 2023, ce qui a abouti à limiter à 52,5% la part des ressources fiscales dans les recettes d’Île-de-France Mobilités. « Contrairement à l’affirmation du rapport, la contribution des usagers dans le coût des transports en commun en Ile-de-France est dans la moyenne des métropoles mondiales : 34 %, contre 20 % à Madrid, New-York ou Singapour », complète IDFM.
En matière de lutte contre la fraude, la chambre régionale demande un renforcement des actions, y compris en lien avec d’autres administrations. IDFM rappelle le lancement, en février 2025, du plus ambitieux plan anti-fraude lancé depuis des décennies sur le réseau de transport avec l’appui de la préfecture de police et des brigades régionales de sûreté transport nouvellement créées.
Enfin, la chambre émet quelques réserves sur « l’analyse faite des facteurs d’évolution des rémunérations versées aux opérateurs et des coûts d’utilisation et de production de l’offre ». Sur le sujet, IDFM s’est engagée à « mieux décomposer les facteurs d’évolution des rémunérations versées aux opérateurs ».

Premières réactions au projet de loi-cadre de Tabarot
La loi-cadre transports promise par Philippe Tabarot n’est pas encore rédigée qu’elle soulève déjà des « incompréhensions« . En réunissant tous les intervenants de la conférence de financement, le 17 novembre, le ministre des Transports avait pourtant tenu à les rassurer sur les mesures intégrées dans le projet de texte gouvernemental. Il devrait être finalisé d’ici la fin de l’année et en janvier, pour être ensuite transmis au Conseil national d’évaluation des normes, au Conseil économique, social et environnemental et au Conseil d’État.
Les représentants de l’association d’élus France Urbaine retiennent de la présentation du ministre l’absence de mesures de financement des mobilités du quotidien, pourtant « composante majeure des conclusions d’Ambition France Transports« . Les participants de la conférence de financement avaient été unanimes pour reconnaître les besoins de financement des autorités organisatrices des mobilités (AOM).
Le déplafonnement du versement mobilité en question
Parmi les préconisations figurait ainsi le renforcement de leurs ressources afin de rendre possible un choc d’offre et une amélioration des mobilités du quotidien. Ils devraient permettrait à plus de 40 millions de français, utilisateurs du transport urbain, habitants des cœurs de villes, des quartiers périphériques, des espaces périurbains et ruraux, de bénéficier d’un meilleur service. Or, le déplafonnement du versement mobilité ne figure pas parmi les dispositions inscrites dans le projet de loi-cadre présenté par le ministre.
Les élus de France urbaine appellent donc le gouvernement à intégrer dès à présent la mesure dans le projet de loi. « Nous ne plaidons pas pour une application mécanique et uniforme, mais pour des concertations fines, menées au cas par cas avec les décideurs économiques du territoire« , précisent les membres de l’association qui regroupe métropoles, agglomérations et grandes villes.

Pourquoi Artois Mobilités fait le choix de la gratuité pour ses transports publics à partir de janvier
Le syndicat mixte Artois Mobilités et autorité organisatrice des transports (7e réseau français) a annoncé le 3 novembre que les déplacements en transports publics deviendraient gratuits sur le réseau Tadao à partir du 1er janvier prochain. Opéré par délégation de service public par Transdev Artois-Gohelle jusqu’en 2029, ce réseau couvre trois territoires sur 999 km2 : Lens-Liévin, Hénin-Carvin et Béthune-Bruay, Soit 150 communes desservies et 17 millions de voyageurs transportés en 2024.
Un objectif de hausse de la fréquentation des transports publics
Objectif affiché : la réduction de l’automobile sur le territoire alors que la dernière enquête des ménages (EMC2) de 2023 montre que 66.5 % des déplacements se font actuellement en voiture sur le territoire. Artois Mobilités vise une hausse de la fréquentation des transports publics de 15 % dès 2026, puis de 30 % début 2027 par rapport à la fréquentation 2024.
Le manque à gagner sera finalement faible car les recettes de la billetterie ne représentent que 6,4 millions d’euros annuels. Soit « une très faible partie du budget de fonctionnement qui s’élève à environ 100 millions d’euros », rappelle Artois Mobilités. Le passage à la gratuité « ne constitue pas une marche infranchissable », en déduit l’autorité organisatrice, en rappelant que « la caractéristique commune aux collectivités ayant choisi la gratuité est que les recettes de la billettique couvraient moins de 15 % des coûts de fonctionnement ». Elles représentent 6,4 % côté Artois Mobilités.
Un coût de dix millions
Le coût de la gratuité atteint dix millions d’euros au total. Il ne se limite pas aux seules pertes de recettes. Il couvre aussi l’acquisition de bus supplémentaires ainsi qu’un nouveau système de comptage, celui d’Acorel, puisque la collectivité ne pourra plus s’appuyer sur les données de billettique. S’y ajoutent 1,1 million de fiscalité supplémentaire et 2,5 millions pour le renforcement de l’offre sur le réseau. « Ces frais de fonctionnement seront supportés par les trois agglomérations membres d’Artois Mobilités au travers de leurs contributions forfaitaires annuelles », précise l’autorité organisatrice. Leurs contributions vont passer de 18 millions à 28 millions (9,6 millions pour CALL, 6,8 millions pour la CAHC et 11,5 millions pour la CABBLALR). soit 16 euros par an et par habitant.
Il n’était en effet plus possible de solliciter davantage les entreprises via le versement mobilité (VM) car son taux a déjà été relevé à 1,8 % en 2019, lors de l’installation du BHNS (9 lignes et 150 km au total), soit le taux maximum autorisé. En 2024, le VM a rapporté 75,2 millions.

Deux plans d’urgence face à la dégradation du service TER en Occitanie
Confrontée à une « dégradation inacceptable de la qualité de service » des TER au dernier trimestre, la Région Occitanie a réclamé un plan d’urgence à la SNCF au niveau national et régional. Elle en a obtenu deux, assortis d’une enveloppe globale de 62,1 millions d’euros. Les mesures ont été présentées conjointement par Catherine Trevet, directrice territoriale Occitanie de SNCF Réseau, et Gaël Barbier, directeur régional Occitanie SNCF Voyageurs, mercredi 17 décembre, en présence de la présidente de la Région Carole Delga et de son vice-président aux mobilités et infrastructures de transports Jean-Luc Gibelin. L’élu a dénoncé une situation particulièrement alarmante sur les mois d’octobre et novembre. Alors que la ponctualité des trains régionaux a été globalement en baisse avec 86,7% des trains à l’heure sur les 11 premiers mois contre 88,3% en 2024, elle est tombée à 80,7% en novembre. Certaines lignes ont été plus touchées comme Toulouse-Rodez (65,2% sur 11 mois) et Toulouse-Tarbes (71,9%). Le taux de suppression a atteint 16%, soit un train sur cinq.
Un réseau structurellement sensible
Catherine Trevet, directrice territoriale Occitanie de SNCF Réseau, a expliqué cette dégradation par trois raisons. La première est la sensibilité structurelle du réseau. Il compte 2600 km dont 1400 km de lignes de desserte fine, anciennes, hétérogènes et très complexes à exploiter, notamment dans l’Ouest avec des voies uniques, des sections non électrifiées, une forte densité de passage à niveau, des systèmes de signalisation variés et une étoile toulousaine saturée.
Deuxième explication: une hausse des incidents liés au changement climatique (gonflement-retrait des argiles, inondations, coulées de boues, sécheresse, incendies aux abords des voies, fortes chaleurs perturbant la signalisation). Enfin, une multiplication des actes de malveillance est enregistrée dans la région.
60 millions d’euros supplémentaires
SNCF Réseau a répondu avec un plan d’action de 60 millions d’euros supplémentaires sur trois ans, en plus des 80 millions annuels dédiés à la maintenance des lignes sur la partie ouest de l’Occitanie. Une première enveloppe de 50 millions sera destinée à l’amélioration de la fiabilité des installations. Dix millions supplémentaires seront consacrés à la qualité de l’exploitation service. Les équipes de Catherine Trevet seront amenés à lever les limitations de vitesse, renforcer la lutte contre les divagations d’animaux, traiter les zones fragilisées par les phénomènes météo, sécuriser les sites très impactés par des intrusions ou actes de malveillance.
Du côté de SNCF Voyageurs, Gaël Barbier a annoncé 2,1 millions d’euros dès 2026 afin de « réduire les incidents à la source et mieux gérer les aléas« . L’objectif est de réduire de 25% les incidents relevant de SNCF Voyageurs (0,85 point sur les 3,4% d’irrégularité imputable à SNCF Voyageurs). 500 000 euros seront également consacrés à la fiabilisation de l’informatique et de l’électronique embarquée.
Des recrutements et des remboursements
Les équipes vont aussi être renforcées grâce à 15 recrutements pour la maintenance ainsi que le contrôle qualité avant le départ des trains. 150 nouveaux postes ont déjà été créés depuis deux ans. Enfin, une réserve équivalente à 20 conducteurs sera créée en 2026 pour plus de réactivité en cas d’aléas.
Les pénalités payées par la SNCF permettront à l’ensemble des usagers abonnés d’être remboursés d’un mois d’abonnement et de deux mois pour les lignes les plus impactées.

Feu vert à la caméra-piéton pour les contrôleurs
En attente de signature depuis de longs mois, le décret d’application autorisant l’utilisation, par les contrôleurs, de caméras-piétons, entre en vigueur demain. Plus de 11 000 agents pourront désormais en être équipés, sur l’ensemble du territoire.
La captation vidéo et sonore par des caméras individuelles dans les trains, tramways, bus et métros à des fins de prévention et de dissuasion est donc désormais possible. Les contrôleurs, y compris ceux des lignes transfrontalières, pourront enregistrer leurs interventions en cas d’incident. Les agents de la sûreté ferroviaire et du service interne de sûreté de la RATP, utilisaient déjà la mesure. Pour les contrôleurs, agents assermentés, qui disposent de prérogatives particulières en matière de contrôle, de verbalisation, de constat d’infractions, c’est un pas significatif.
Une efficacité déjà démontrée
Une expérimentation, autorisée dans le cadre de la loi du 24 décembre 2019 d’orientation des mobilités, avait permis à plus de 3 000 contrôleurs issus de de 27 opérateurs de tester le dispositif et d’en démontrer l’efficacité. Selon leur retour d’expérience, il réduit la fréquence et l’intensité de situations conflictuelles, diminuer les risques pour les contrôleurs, aide à mieux objectiver les situations de tension ou d’infraction et enfin, faciliter la collecte de preuves en cas d’agression.
Le décret attendait le feu vert de la Commission nationale de l’informatique et des libertés, qui encadre les modalités d’utilisation des caméras. Elle sera limitée à la prévention des incidents et au constat des infractions. Une information préalable des personnes filmées est nécessaire et un signal visuel spécifique est déclenché avant utilisation.
« S’en priver serait une erreur », selon Tabarot
Chaque année, 110 000 vols, faits de violences et incivilités sont recensés dans les transports en commun. Cette insécurité dégrade la qualité du service et nuit à l’attractivité des transports collectifs selon Philippe Tabarot qui s’est rendu ce matin avec Jean Castex, président-directeur général de la SNCF, à la Gare de Lyon à Paris, afin d’assister aux premiers déploiements du dispositif.
Pour le ministre des Transports, à l’origine de la loi relative à la sûreté dans les transports, quand il était sénateur, les évolutions technologiques, tout en encadrant leurs usages, offrent de nouveaux leviers pour agir. « S’en priver serait une erreur« , estime le ministre. La loi prévoit également le renforcement des prérogatives des agents de la sûreté ferroviaire et du GPSR, services de sécurité internes de la SNCF et de la RATP, dont l’autorisation de réaliser des palpations de sécurité et la saisie d’objets dangereux, ainsi qu’un droit de poursuite sur les emprises à proximité des gares. Une peine complémentaire d’interdiction de paraître dans les transports publics pour les auteurs récidivistes de certains crimes et délits commis dans les transports est aussi désormais possible.