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Catégorie : Politique des transports
Retrouvez toute l’actualité de la politique des transports: réglementation, législation, rapports d’élus, d’institutions et d’associations des transports

Une conférence de financement des infrastructures promise début 2025
Le ministre des Transports a confirmé le 17 octobre, lors du congrès de la FNTV, l’organisation d’une conférence de financement des infrastructures début 2025. Il faut « définitivement« , a dit François Durovray, « sortir des discussions infantilisantes, aberrantes que nous avons chaque année » sur les modalités de financement du secteur.
Selon lui, cette conférence doit permettre d’avoir de la visibilité et des financements « sur « 10 à 15 ans » pour assurer la maintenance des infrastructures ferroviaires et routières mais aussi pour avancer sur les « sujets de décarbonation et de digitalisation« .
Face aux professionnels du transport routier de voyageurs, le ministre a également abordé la question des gares routières. Il a affirmé avoir reçu l’engagement, de la maire de Paris, de ne pas fermer brutalement la gare de Bercy sans avoir de solutions pour continuer à recevoir les cars et les voyageurs dans de bonnes conditions. « Une hypothèse se développe au nord de Paris, à Saint-Denis, elle est intéressante« , a rappelé François Durovray. « J’ai demandé à la maire d’avoir aussi une gare dans Paris intra-muros car 50 % des utilisateurs de Bercy sont des Parisiens. Elle va y travailler avec les services de l’Etat et de la Ville« , a-t-il ajouté.

La Cour des comptes évalue la capacité financière de la RATP à entretenir le réseau qui s’étend
Avant l’ouverture progressive à la concurrence du réseau de métro géré par la RATP, opérateur historique et propriétaire des infrastructures, la Cour des comptes publie un rapport consacré au coût de gestion et de modernisation de ces infrastructures appelées à s’étendre avec les extensions de lignes et le métro du Grand Paris .
Aujourd’hui, le groupe de transport exerce en monopole la gestion d’environ 340 km de lignes, et près de 390 gares du métro et des RER A et B (environ 3 000 agents, chiffre d’affaires moyen de 1 Md€). « Ce réseau nécessitera d’importants travaux de régénération dans la prochaine décennie dans un contexte financier contraint du fait des investissements déjà consentis pour les extensions de lignes et le renouvellement du matériel roulant », posent en préambule les auteurs du rapport publié mi-octobre. Conjugués à la mise en service du métro du Grand Paris Express dont la première partie a été inaugurée juste avant les JO avec le prolongement de la ligne 14. Suivront les lignes 15 fin 2025, puis 15, 17 et 18, entre fin 2026 et 2031 ou 2032.
RATP Infrastructures
Pour en assurer la gestion, l’entreprise a créé en 2020 une entité commerciale autonome, « RATP Infrastructures », dotée d’une comptabilité séparée et dont les tarifs des prestations facturées à Ile-de-France Mobilités (IDFM), financeur des transports franciliens, sont régulés par l’ART, le gendarme des transports. « La RATP est placée dans une situation complexe, puisqu’elle doit assumer des responsabilités propres en tant que gestionnaire et propriétaire du réseau, mais doit négocier sa rémunération et son programme d’investissement avec IIe-de-France Mobilités sous le contrôle de l’ART« , décrivent les magistrats financiers.
Si le réseau historique de la RATP est dans « un état correct », avec un « niveau de vieillissement globalement maîtrisé », ils rappellent que le programme de renouvellement des équipements d’infrastructures représente un investissement de 207 millions d’euros par an entre 2025-2029 : 60% de plus par rapport au programme d’investissement précédent. Frugale, la Cour recommande de « maintenir la priorité aux investissements de maintien en condition opérationnelle du réseau ». Et invite la RATP à faire réaliser un audit externe de l’état de l’infrastructure avant les négociations de contrats pluriannuels avec IDFM. Le transporteur a prévu de réaliser un nouvel audit global externe à l’horizon 2027-2028.
Maîtrise des coûts
Selon la rue Cambon, la RATP peut mieux maîtriser les dérives de coûts et rester proches des objectifs de départ : « Si les prolongements successifs de la ligne 14 ont été réalisés sans dérive des coûts, il en va différemment de ceux de la ligne 12 pour laquelle le coût à terminaison dépasse de plus de 13 % le coût objectif, ainsi que de la ligne 11, dont le coût définitif n’est pas encore connu« , lit-on dans le rapport. Pour la RATP, si les coûts ont dérapé pour le prolongement des lignes 11 et 12 du métro, ce n’est pas de son fait, il s’expliquent par des causes externes à l’entreprise, des contraintes techniques, la crise sanitaire et l’inflation.
200 km de lignes en plus
Avec la mise en service du métro automatique Grand Paris Express, à partir de fin 2025 pour la ligne 15, puis entre 2026 et 2031 pour les 16,17 et 18 (avec Keolis, le challenger de la RATP aux commandes), la Cour des comptes s’interroge sur la capacité de la RATP à entretenir un réseau de plus en plus étendu. « Les dix dernières années ont été caractérisées par un effort massif d’investissement sur le réseau ferré francilien, qui se traduira pour RATP Infrastructures par une augmentation d’environ 200 km des voies à maintenir à l’horizon 2032″.
La RATP prévoit aussi de moderniser sept lignes de métro. Auxquelles « s’ajoute le programme d’investissement de renouvellement du réseau historique, notamment des voies et de la signalisation, pour assurer son maintien en condition opérationnelle », lit-on dans le rapport. Et, cela est sans compter le projet à 20 milliards d’euros du « métro pour tous » défendu par la présidente de la région et d’IDFM, Valérie Pécresse, pour le rendre accessible aux personnes en fauteuil roulant.
Outre les enjeux financiers de la gestion du réseau, les magistrats financiers, s’intéressent aussi au sujet de pénurie des ressources humaines. RATP Infrastructures doit « sécuriser ses recrutements dans les secteurs sensibles et à développer une meilleure complémentarité entre ressources internes et externes », et « surtout moderniser les opérations de maintenance courante comme patrimoniale », recommandent les auteurs du rapport.
N.A
Lire l’intégralité du rapport : ici

SNCF Réseau dans le viseur de l’Autorité de régulation des transports
La mise en cause est sévère : dans son rapport, dévoilé le 10 octobre, sur « le code de bonne conduite et l’indépendance » de SNCF Réseau, l’Autorité de régulation des transports (ART) estime que l’organisation mise en place par le gestionnaire des infrastructures ferroviaires ne permet pas « de garantir le respect de son code de bonne conduite ».
Pour preuve, explique le gendarme des transports terrestres, « SNCF Réseau n’a mis en place aucun dispositif interne de conformité » pour assurer le respect de ses engagements de bonne conduite adoptés en 2020. Par exemple, le gestionnaire des infrastructures n’a pas mené d’audit de contrôle.
« Suspicions légitimes »
Par ailleurs, il n’a pas non plus mis en place « d’organisation opérationnelle permettant d’assurer le respect du code de bonne conduite par les agents exerçant des fonctions essentielles« . Il n’existe ainsi ni procédure ni critère permettant l’identification des agents exerçant ces fonctions « essentielles », celles qui touchent à l’attribution des sillons et à la tarification de l’utilisation de l’infrastructure.
L’ART demande d’y remédier. Et recommande un « renforcement des mesures de garantie au niveau législatif contribuant à dissiper les suspicions légitimes des entreprises ferroviaires quant à l’indépendance de SNCF Réseau« . Renforcement de mesures qui devrait aussi s’appliquer à sa filiale, Gares & Connexions, a minima pour la tarification de l’accès aux gares et pour la programmation des travaux en gare. L’Autorité en profite aussi pour réclamer des pouvoirs élargis pour mieux superviser l’ensemble. Avec un droit de véto sur le code de bonne conduite et la possibilité de sanctionner les manquements.
Message reçu…
Message bien reçu par SNCF Réseau qui annonce, par la voix de son PDG, Matthieu Chabanel, avoir élaboré un « plan d’action immédiat« . Plusieurs chantiers ont déjà été engagés comme la cartographie des emplois chargés des fonctions essentielles et une communication accrue en interne et en externe sur la « culture de l’indépendance ».
Dans sa réponse écrite à l’ART, Matthieu Chabanel propose également de créer un comité composé de salariés et de personnes extérieures à l’entreprise, présidé par une personnalité extérieure. « Ses missions s’inscriraient dans un cadre plus large d’éthique des affaires, intégrant notamment des sujets comme l’anticorruption ou la prévention des conflits d’intérêt« , indique le PDG.
… mais pas d’accord sur tout
En revanche, le dirigeant rejette plusieurs propositions de l’ART qui vont au-delà des textes, notamment européens. S’il accepte son pouvoir de véto sur le code de bonne conduite, il n’est pas favorable à un pouvoir de sanction spécifique puisque l’ART peut déjà sanctionner SNCF Réseau si elle estime que ses agissements remettent en cause son indépendance.
Il ne souhaite pas non plus l’intégration, dans le périmètre des fonctions essentielles, des agents chargés de la gestion des circulations et de la programmation des travaux. « Une telle démarche compromettrait la mobilité des salariés chargés de ces fonctions, et réduirait de ce fait l’attractivité l’embauche de SNCF Réseau, dont les salariés sont désormais recrutés sous un statut de droit privé« . Selon lui, l’organisation actuelle « intègre la nécessaire impartialité des agents face à toute entreprise ferroviaire« .
Quant à l’instauration d’un système de contrôle déontologique des agents de SNCF Réseau semblable à celui instauré pour les agents publics, elle lui semble « excessive et inadaptée« . « La responsabilité des mobilités doit rester celle d’un choix personnel des collaborateurs et non celle de l’entreprise« , estime encore Matthieu Chabanel qui réaffirme l’engagement de ses équipes dans le cadre de l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire.
Marie-Hélène Poingt

François Durovray veut créer un « comité de liaison » avec les régions sur la billettique et les achats de trains
Zou, Aleop, liO… qui connaît ces marques ?, s’est interrogé le 8 octobre, lors d’un colloque de l’Afra (Association française du rail), François Delétraz, le président de la Fnaut, dans une charge contre la multiplication des marques de TER et la volonté des régions de prendre la main sur la distribution de billets de leurs TER. Ce qui morcelle l’offre ferroviaire et complique considérablement la vie des voyageurs, déplore la fédération des associations de défense des usagers.
Auparavant, d’autres intervenants, notamment des représentants des constructeurs Caf et Siemens Mobility, avaient regretté des procédures d’homologation des matériels trop longues, des normes trop souvent changeantes et des « sur-spécifications » demandées par les régions pour avoir un matériel sur-mesure, générant une atomisation du marché et des risques pour l’industrie ferroviaire. Et de formuler le vœu que les régions regroupent leurs demandes pour avoir des trains « sur étagère« , alors que la demande pour des voyages en train est forte.
Pour répondre à ces interpellations, François Durovray a clôturé les débats en annonçant son intention de créer « un club des autorités organisatrices des transports » qui pourrait aussi s’appeler « comité de liaison« . « Il me semble légitime que l’Etat prenne l’initiative d’organiser des réunions avec les autorités organisatrices pour traiter des questions d’acquisition du matériel roulant, de la billettique… et de tout un tas de sujets qui nécessitent une coordination compte tenu des demandes faites par les uns et les autres. L’ouverture à la concurrence justifient des enjeux de transparence« , a assuré le nouveau ministre des Transports.
MH P

A La Rochelle, une société d’économie mixte pour remplacer la régie des transports
En 2017, l’agglomération rochelaise (Charente-Maritime) avait délégué les transports urbains à la régie des transports communautaires rochelais, et à Transdev l’exploitation des transports périurbains, transports scolaires et à la demande. Suite à une étude révélant « un bilan contrasté des performances », les élus ont choisi de confier les deux activités à un seul opérateur. Le 26 septembre dernier, ils ont annoncé avoir retenu Transdev, seul en lice, pour assurer la nouvelle délégation de service public du réseau Yelo. La société agira via une société d’économe mixte à opération unique (Semop), à partir du 1er janvier 2025 et pour cinq ans.
La nouvelle structure devra faire face à des objectifs ambitieux : un nouveau réseau, 20 % plus grand que l’actuel, doit voir le jour en juillet 2025. Et la collectivité locale souhaite que la fréquentation atteigne 13,8 millions de passagers par an d’ici à 2030, soit une progression de 38 %.
J-S. T.

Les pistes (démoralisantes) de François Durovray pour financer le transport public
Ne comptez plus sur l’Etat pour financer vos projets ! C’est en substance ce qu’a répondu le 3 octobre François Durovray aux représentants du secteur du transport public réunis à Strasbourg à l’occasion du salon européen des transports, EuMo Expo.
Ceux-ci par les voix de Louis Nègre, le président du Gart, et Marie-Ange Debon, la présidente de l’UTPF, avaient réclamé de l’argent pour faire face au « mur d’investissements » qui se dresse devant eux pour mener à bien le développement du secteur. Auquel s’ajoute, selon Louis Nègre, un autre « mur », celui des dépenses de fonctionnement.
Le nouveau ministre des Transports a rappelé que personne n’a « vu les recettes permettant de financer le plan de 100 milliards d’euros » en faveur des transports publics, annoncés début 2023 par Elisabeth Borne, alors Première ministre. Ce plan reste « la feuille de route », a-t-il toutefois assuré. «Il faut réinventer un modèle de financement », a-t-il lancé, en ajoutant que cela nécessitera « un peu de temps ».
Et il a évoqué quelques pistes. Dont le versement mobilité additionnel (VMA), qui existe déjà mais est peu utilisé. Pour cela, il faut, a-t-il expliqué, que les collectivités travaillent davantage ensemble et qu’elles se mettent d’accord (région, métropole, éventuellement départements) afin de créer un syndicat mixte comme le permet la loi SRU. C’est ce qu’a fait la Nouvelle-Aquitaine avec le syndicat NAM (Nouvelle-Aquitaine Mobilités), qui a décidé de mettre en place le VMA, « un outil qui permet d’agir ! », a souligné le ministre.
Les certificats d’économie d’énergie (C2E), qui ne financent pas assez la mobilité, représentent une autre piste. Ou encore, comme le réclament l’UTPF et le Gart, le fléchage d’une fraction du produit de la mise aux enchères des quotas d’émissions des gaz à effet de serre (ETS). Les ETS pourraient représenter une manne de 250 millions d’euros selon eux.
« Evidemment le ministre des Transports est favorable à une affectation des recettes ! L’enjeu est de trouver des solutions sans être obligés à chaque fois de tendre la main vers l’Etat », a souligné François Durovray, avant de conclure : « C’est une rupture, il va vraiment falloir m’accompagner ».
Malgré le ton de son discours qui pourrait être jugé démoralisant, ce ministre très au fait des réalités du secteur reçoit pour le moment un très bon accueil. « On vous aime ! », ont assuré ensemble Louis Nègre, le président du Gart, et Marie-Ange Debon, la présidente de l’UTPF.
En revanche les transports « lourds » comme le ferroviaire ne semblent plus au coeur du projet. La conférence sur le financement des Serm, qui était attendue cet été, est repoussée à cet hiver, un « horizon «raisonnable ».
Le ministre, qui reste président du département de l’Essonne, n’oublie pas la route qui « continuera à supporter la majorité des déplacements à l’avenir ». Et parie sur l’apport des cars express pour faciliter la mobilité en périphérie des métropoles. Ce qui inquiète des syndicalistes de la SNCF, persuadés que le ferroviaire va en faire les frais.
Marie-Hélène Poingt

Katayoune Panahi de retour au cabinet du ministère des Transports
Katayoune Panahi est devenue fin septembre directrice de cabinet de François Durovray, le nouveau ministre des Transports. Cette ingénieure en chef des ponts, des eaux et des forêts était depuis un an présidente de l’association des utilisateurs de La Défense, après avoir été directrice de SNCF Immobilier de 2021 à 2023.
Elle signe aujourd’hui son retour au ministère des Transports puisqu’elle déjà été, entre autres, en 2008, conseillère chargée des infrastructures de transports au cabinet du ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance de l’économie. Dans ce cadre, elle avait piloté le financement des opérations d’infrastructures de transport et de renouvellement du matériel roulant de la SNCF et de la RATP.

Le succès du « ticket climat » en Autriche
Lancé en octobre 2021 sous l’impulsion des Verts, qui quittent le pouvoir après la victoire de l’extrême droite aux législatives en Autriche, le « Klimaticket », le pass rail autrichien, restera comme une avancée de la précédente législature dans la lutte contre le dérèglement climatique. Ce pass donne un accès illimité aux trains, bus et tram au prix de 1095 euros par an. Soit trois euros par jour.
L’objectif de 100 000 utilisateurs a largement été dépassé : 300 000 personnes ont adopté ce ticket climat qui inclut tous les modes de transport collectif. Nouveauté, depuis juillet, les jeunes de 18 à 21 ans ont droit à un pass gratuit.
Selon Leonore Gewessler, ex-ministre de l’Environnement, qui a accordé un entretien à l’AFP et s’appuie sur une étude de l’organisation VCÖ, l’incidence de ce pass est « réel » pour la planète car près de la moitié des abonnés affirment avoir délaissé leur voiture pour privilégier les transports en commun.

A l’approche de son départ, Jean-Pierre Farandou insiste sur les besoins d’investissements dans le réseau ferré
En mai dernier, l’ancien gouvernement avait annoncé ne pas vouloir renouveler Jean-Pierre Farandou pour un second mandat à la tête de la SNCF. Le critiquant vertement, par la voix de Bruno Lemaire, pour l’accord sur les fins de carrière signé avec les cheminots. A la demande de Matignon, avait alors rappelé le patron de la SNCF. Tout au plus, avait-il été décidé de le laisser en poste jusqu’à la fin des Jeux olympiques et paralympiques, début septembre.
Nous sommes le 2 octobre et Jean-Pierre Farandou, 67 ans, était auditionné ce matin par les députés fraîchement élus qui composent la nouvelle commission du développement durable et de l’aménagement du territoire présidée par Sandrine Le Feur (groupe Ensemble). La première, et sans doute la dernière. Deux heures et demi au cours desquelles la question du départ du premier des cheminots, à la tête des 150 000 salariés de la SNCF, n’aura finalement jamais été posée. Encore peu aguerris à la stratégie et à la complexité des enjeux du transport ferroviaire, les nouveaux parlementaires qui on salué le rétablissement des comptes du groupe, ont posé un salve de questions qui ont tourné principalement autour de la desserte de leur territoire, et l’avenir de Fret SNCF.
Interrogé sur le discours de politique générale de Michel Barnier dans lequel le Premier ministre a acté la fin de la nouvelle donne budgétaire, et donc une remise en cause des 100 milliards d’euros d’investissement pour le ferroviaire promis par Elisabeth Borne il y a deux ans, Jean-Pierre Farandou a esquivé. Préférant voir dans le discours de Michel Barnier sur la priorité à donner aux trains du quotidien « une convergence de vue ». Une réserve attendue avant une a décision sur sa succession.
Il n’a pas manqué de défendre son bilan financier, rappelant que depuis son arrivée à la tête de la SNCF en novembre 2019, il avait ramené les comptes dans le vert, avec des résultats historiques de 2,4 milliards d’euros de bénéfice en 2022 et de 1,3 milliard d’euros en 2023, et des fréquentations inédites dans les trains. Et annoncé qu’il avait décidé de verser 2,3 milliards d’euros supplémentaires au fonds de concours (une caisse abondée par toutes les sociétés du groupe SNCF, et notamment SNCF Voyageurs dont une partie des bénéfices sont prélevés) pour régénérer le réseau ferré. « C’est la priorité des priorités. Les enjeux liés au réseau sont fondamentaux si on veut maintenir de la fiabilité, de la fréquence, de la performance« , a insisté le pdg sortant. Exhortant les parlementaires à s’emparer du sujet de la renégociation du contrat de performance entre l’Etat et SNCF Réseau, nerf de la guerre pour remettre d’équerre les infrastructures ferroviaires.
Nathalie Arensonas

Pour financer le transport public, le secteur tente d’autres ressources
A quelques heures de la déclaration de politique générale de Michel Barnier devant l’Assemblée nationale, son ministre des Transports, François Durovray, ne pouvait se montrer à Strasbourg pour inaugurer, comme c’est la tradition, le salon européen des Transports (EURO Mobility qui s’est ouvert le 1er octobre). Mais il sera là jeudi. Et il est attendu de pied ferme.
Toutefois, il y a quelques jours, toujours à Strasbourg, mais cette fois pour le Congrès des Régions, le nouveau ministre très au fait du sujet de la mobilité, et défenseur du « choc d’offre » pour inciter les Français à abandonner le volant de leur voiture, n’a pu qu’évoquer de nouveaux modèles de financement.
Dans l’expectative du tour de vis budgétaire que s’apprête à imposer le gouvernement, Louis Nègre, président du Gart, l’association des élus locaux en charge des transports, n’a pas caché sa colère lors de la conférence inaugurale du salon : « Je bous [du verbe bouillir] devant ces incohérences, il y a un mal français qui s’appelle Bercy, » a tancé l’élu des Alpes- Maritimes. « Je n’aurai qu’une question à poser à François Durovray : combien d’argent êtes-vous prêt à mettre sur la table ? ». Louis Nègre connait déjà la réponse.
Marché carbone : le Medef et l’UTP sur la même ligne
« Le choc d’offre crée le choc de demande, mais on peut faire sans Bercy« , relance Marie-Ange Debon, dirigeante de Keolis, filiale transport urbain et interurbain de la SNCF. Egalement présidente de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTPF), elle propose de s’appuyer sur le modèle de la Société des grands projets (ex-Société du Grand Paris) qui a levé une nouvelle taxe, sur l’immobilier de bureaux, pour financer les 200 km du futur métro automatique autour de Paris. « Il faut aussi desserrer la contrainte psychologique du Budget en s’appuyant sur la fiscalité européenne », défend Marie-Ange Debon qui demande d’affecter au secteur une fraction du produit de la mise aux enchères des quotas d’émissions de gaz à effet de serre (ETS). « En France, les ETS, représentent deux milliards d’euros et pas un seul n’a jamais été fléché vers les transports publics », illustre-t-elle. La dirigeante cosigne d’ailleurs aujourd’hui avec le patron du Medef, Patrick Martin, une position commune adressée à Bercy et à Matignon dans lequel les deux organisations patronales demandent que 250 millions d’euros de ce marché carbone reviennent au secteur. Si le Medef s’oppose farouchement à toute augmentation du versement mobilité, taxe payée sur les entreprises de plus de 11 salariés pour financer les transports en commun, il est favorable à ce fléchage des recettes des ETS.
Auditionné le 2 octobre à l’Assemblée nationale, le pdg de la SNCF Jean-Pierre Farandou, a lui aussi appelé à capter une partie des deux milliards d’euros de cette nouvelle fiscalité sur les poids lourds et l’avion au profit du ferroviaire. Ainsi qu’une partie de « la manne autoroutière » à la faveur de la fin des contrats de concessions à partir de 2031.
Pour le nouvel eurodéputé socialiste François Kalfon (liste Raphaël Gluksmann), « Il va falloir appliquer le principe pollueur-payeur et faire payer, les externalités négatives du transport routier de marchandises, notamment ». C’est la taxe poids lourds tuée dans l’œuf par le mouvement des bonnets rouges en 2013. « On peut mieux faire que du temps des bonnets rouges », croit le nouveau parlementaire européen, ancien conseiller régional d’Ile-de-France. Dans la précédente mandature, le Parlement européen a donné son feu vert au méga-camions…
Fonds européen sur la sellette
A la Commission européenne, Herald Ruitjers, directeur général adjoint de la direction des transports (DG Move) qui est en train reconstituer ses équipes, se veut plus optimiste, « Des solutions existent : le Feder, les financements croisés de l’Eurovignette [qui renforce le principe pollueur-payeur], les ETS2 [qui élargissent le champ du marché bas carbone à d’autres secteurs, dont le transport routier], et le MIE [fonds de l’Union européenne pour les investissements dans les infrastructures d’énergie, de transport et numérique] ». Le MIE et ses 26 milliards d’euros sur la période 2021-2027 qui avaient permis d’enclencher le Pacte Vert serait aujourd’hui sur la sellette. « Si ce n’est pas le MIE, ce sera un autre mécanisme, croit le représentant de la DG Move.
Nathalie Arensonas