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Siemens ouvrira sa neuvième usine américaine en Caroline du Nord
Siemens Mobility a annoncé un nouvel investissement de 220 millions de dollars (207 millions d’euros) pour la construction d’une usine d’assemblage de matériel roulant à Lexington, en Caroline du Nord, afin d’accroître ses capacités de production. Avec plus de 500 nouveaux emplois, cette usine sera l’un des plus grands employeurs de la localité (20 000 habitants), selon Siemens, qui rappelle à l’occasion être le plus important constructeur de matériel roulant ferroviaire aux États-Unis. Le choix de la Caroline du Nord a été salué par Roy Cooper, gouverneur de l’État, qui a mis l’accent sur la main-d’œuvre qualifiée de ce dernier, ainsi que sur ses systèmes d’éducation et de formation. Siemens Mobility recevra de l’État un Job Development Investment Grant (subvention d’investissement pour la création d’emplois) pendant 12 ans, l’apport économique à la Caroline du Nord de cette implantation étant estimé à 1,6 milliard de dollars. De son côté, Mitch Landrieu, conseiller principal du président et coordinateur de la mise en œuvre des infrastructures à la Maison Blanche, voit dans cet investissement un résultat de la politique d’investissement de l’administration Biden.
Cet accroissement des capacités de production de trains de voyageurs « les plus innovants et les plus durables du marché nord-américain », se veut une réponse à la demande croissante de mobilité sur rail dans le pays. Ce que Roland Busch, PDG de Siemens AG, traduit en déclarant : « l’Amérique investit dans le transport ferroviaire et nous investissons en Amérique ». Le dirigeant rappelle qu’au cours des quatre dernières années, Siemens a investi trois milliards de dollars dans le renforcement de son outil de production et de maintenance aux États-Unis, dont près de 400 millions de dollars pour l’expansion de ses sites industriels et plus de deux milliards et demi de dollars pour des acquisitions stratégiques au pays du Buy America Act, qui impose une part majoritaire de production nord-américaine dans les équipements de transport.
« Depuis plus de 30 ans, nous voyons le marché américain se développer. En collaboration avec nos 2 000 fournisseurs américains, dont plus de 40 en Caroline du Nord, nous avons déjà fabriqué plus de 3 000 locomotives, trains et tramways aux États-Unis », a rappelé Michael Peter, PDG de Siemens Mobility.
Destiné à compléter le site californien de Sacramento, dont le plan de charge est très rempli, le futur site de Lexington sera situé 4 000 km plus près des clients implantés sur la côte est des États-Unis. D’une surface d’environ 80 hectares, ce site comprendra, outre une usine de fabrication de voitures voyageurs, des installations modernes de maintenance et de réparation pour les locomotives et les voitures voyageurs, tout en présentant suffisamment d’espace pour une extension ultérieure. Pour le lancement de la production, prévu en 2024, certaines technologies déjà présentes à Sacramento (soudage robotisé, impression 3D…) seront dupliquées sur le nouveau site, qui devrait être, dès le début, neutre en carbone, selon Siemens Mobility.
Aux États-Unis, où Siemens Mobility est présent depuis 1984 et emploie aujourd’hui 4 000 salariés, le site de Lexington sera le neuvième pour le constructeur, après Alpharetta (Géorgie), Louisville et Marion (Kentucky), Pittsburgh (Pennsylvanie), New Castle (Delaware), Tualatin (Oregon) et les deux ateliers de Sacramento (Californie).
P. L.

Le Luxembourg réfléchit à une taxe transport
Avec 500 millions d’euros investis par an et par habitant pour développer les transports collectifs qui sont gratuits, y compris les trains, le Grand-Duché veut réduire d’un tiers la part de la voiture dans ce pays de près de 2 600 kilomètres carrés, carrefour d’emplois de trois pays frontaliers. François Bausch, ministre (Vert) de la Mobilité et des Travaux publics, qui a travaillé aux chemins de fer luxembourgeois (CFL) avant sa carrière politique, répond à nos questions.
Ville, Rail & Transports : Vous avez décidé en 2020 la gratuité des trains (sauf en 1ère classe), des bus et tramways. Quel est le premier bilan de cette mesure, son coût et son financement ?
François Bausch : Jouer uniquement sur les prix des transports publics, et même sur la gratuité, ne sera jamais suffisant. Ce qu’il faut avant tout, c’est une bonne qualité d’offre et de services de transport. On a augmenté de 30 % notre réseau de bus express, et mis en service une première ligne de tramway dans la capitale. Onze kilomètres irriguent déjà la ville centre, la connexion vers l’aéroport est prévue à l’automne 2024. A terme, avec d’autres extensions et des portions à 100 km/heure, un système de RER métropolitain permettra de relier non seulement la capitale aux communes alentour, mais aussi au sud du pays vers la frontière française.
Près de 100 000 passagers prennent chaque jour le tram, il y en aura 130 000 quand la ligne sera achevée. Entre 2011 et 2019, l’offre ferroviaire a déjà progressé de 40% et la fréquentation a suivi avec une augmentation de 70% du nombre de voyageurs, avant même la gratuité… Cela démontre que quand vous investissez dans l’offre et la qualité, vous faites exploser les chiffres de fréquentation (la voiture s’arroge encore les deux-tiers de part de marché, ndlr). La gratuité n’est pas une fin en soi, c’est la dernière pierre de l’édifice. De toutes les façons, le prix des billets ne couvrait que 10 % des coûts d’exploitation qui s’élèvent à 800 millions d’euros. Gratuits ou non, ça ne changeait donc pas grand-chose. La mesure nous coûte 41 millions d’euros supplémentaires par an. Mais elle a fait débat dans la société luxembourgeoise, et c’est tant mieux, car elle a servi de levier pour promouvoir les transports collectifs. Elle n’explique pas la hausse de fréquentation, ce n’était d’ailleurs même pas le but ! L’appétit pour les transports public vient du choc d’offre.
VRT : A combien s’élèvent les investissements pour cette révolution des transports ? Globalement, quel budget consacrez-vous aujourd’hui aux transports collectifs?
F.B : Près de 2,4 milliards d’investissements sont programmés entre 2021 et 2026 pour les transports publics, dont deux milliards pour le rail qui est en pleine transformation. J’ai signé une convention de service public de 15 ans avec les CFL (la société publique des chemins de fer luxembourgeois, ndlr), d’un montant de 7,4 milliards d’euros, pour l’exploitation du nouveau réseau ferré à partir de 2025, avec une offre de transport de +5% par an.
La première ligne de tram exploitée par Luxtram (les actionnaires sont l’Etat et la ville de Luxembourg, ndlr) coûte 600 millions d’euros, 200 autres millions sont prévus pour son extension vers le sud du pays. Depuis 2019, le Luxembourg dépense chaque année 500 euros par habitant pour son réseau ferroviaire, plus qu’en Suisse ! Sur la base sur la croissance économique du Grand-Duché, nous estimons que les besoins de mobilité vont croître de 40% jusqu’en 2035, et nous visons une augmentation de l’offre de transports publics du même niveau. Notre objectif, c’est d’avoir les meilleurs transports publics d’Europe, et de faire reculer la part de la voiture à 55%, contre 75% selon les dernières estimations. Les 40% de demandes doivent se faire intégralement en faveur des transports en commun et les modes doux. Si on réalise notre plan d’investissement, on peut y arriver.
VRT : Comment est-il financé?
F.B : Sur le budget national qui représente 22 milliards d’euros. Il n’existe pas d’impôt dédié. Il va falloir se pencher sur la question. Je crois que le Luxembourg va devoir introduire une taxe transport, un peu comme le versement mobilité en France, applicable selon le seuil de salariés.
VRT : Quels sont les enjeux de mobilité au Luxembourg ?
F.B : Le Grand-Duché connait une croissance économique comprise entre 3 et 4% par an, et un boom démographique de 40% depuis 30 ans avec 630 00 habitants à ce jour. Enfin, le pays (dont la superficie correspond à la moitié d’un département français en moyenne, ndlr) est le moteur économique d’une grande région qui englobe la Sarre et la Rhénanie-Palatinat en Allemagne, la province du Luxembourg en Belgique et le Grand Est en France. Près d’un million d’actifs peuvent accéder au marché du travail luxembourgeois, et ses 500 000 emplois. Pour avoir un tissu économique productif et concurrentiel, nous sommes obligés d’investir dans les transports publics.Chaque jour, plus de 230 000 transfrontaliers viennent travailler au Luxembourg, et les voitures qui traversent tous les matins les frontières sont occupées par 1,1 personne en moyenne ! Pendant longtemps, nous avons fait l’erreur d’essayer de résoudre le problème de la mobilité transfrontalière en augmentant les infrastructures routières. On a même fermé des lignes de chemin de fer… Résultat : nous avons un parc automobile démesuré avec en moyenne 1,5 voiture par ménage. Il y a dix ans, deux-tiers des investissements dans les infrastructures de mobilité allaient vers le réseau routier, un tiers vers le transport collectif. On élargissait les routes et donc, les embouteillages. Depuis, on a complétement inversé la machine, le transport public est devenu une priorité absolue. Pour avoir un tissu économique productif et concurrentiel, il faut optimiser le système de mobilité, l’intermodalité. Nous construisons beaucoup de parking-relais, notamment aux frontières pour encourager les transfrontaliers à garer leur voiture et à monter dans les trains gratuits. On développe les lignes avec plus 40% d’offre ferroviaire en direction de la France, deux lignes vers la frontière belge et vers l’Allemagne sont achevées, nous en construisons une vers le Nord. 25 grandes gares sont en cours de transformation, dont la gare centrale de Luxembourg qui sera dédoublée en 2025. Si on ne mène pas cette politique, les problèmes de congestion et de pollution finiront par entamer la prospérité du pays.
Propos recueillis par Nathalie Arensonas
Où en est le projet de liaison ferroviaire pour les navetteurs transfrontaliers ?
Le débat sur une liaison ferroviaire directe entre Sarrebruck et le Luxembourg via Metz est à l’étude depuis des années. La ligne existante devrait pour cela être modernisée. Aujourd’hui, les travailleurs transfrontaliers ne peuvent se rendre directement au Grand-Duché qu’en bus express s’ils souhaitent utiliser les transports en commun. Ceux qui prennent le train ont systématiquement une correspondance à effectuer. Le sujet doit être abordé par François Bausch et la ministre de l’Environnement de la Sarre, Petra Berg (SPD), lors de la conférence Mobil-Lux 2023, fin mars à Luxembourg.

Les syndicats de la SNCF face à la réforme des retraites
Alors que le texte réformant les retraites arrive aujourd’hui en commission mixte paritaire, coïncidant avec une nouvelle journée de mobilisation, Ville, Rail & Transports a demandé aux quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF de tirer un premier bilan de ce conflit et, au-delà, d’évaluer quelles répercussions il pourrait avoir.
Ville, Rail & Transports : Quel bilan tirez-vous du conflit actuel ?
Laurent Brun, secrétaire général de la fédération CGT des cheminots : Les sondages indiquent que les citoyens sont hostiles à la réforme malgré l’argumentation du gouvernement. Ils sont favorables à un retour à 60 ans de l’âge de départ, ils soutiennent les grèves, et très souvent ils placent leur choix dans le prolongement d’une analyse sur leurs difficultés au travail. Emmanuel Macron a perdu la bataille de l’opinion publique. Les différentes dates de mobilisation ont montré un ancrage revendicatif réel dans le pays, notamment dans les petites villes. Les journées de grève ont été très fortes. Elles dépassent largement les secteurs mobilisés traditionnellement. C’est donc un très bon bilan pour cette première phase.Pour autant, nous mesurons que ce gouvernement n’a aucune considération pour l’avis des citoyens et qu’il passe sa réforme en force. La seconde phase consiste donc à assumer ce rapport de force, par la grève et sa reconduction.
Fabien Villedieu, délégué syndical Sud Rail : Je n’aime pas trop tirer un bilan alors que le conflit n’est pas terminé. Bien sûr, on peut dire que le mouvement n’est pas assez suivi, que le taux de grévistes n’est pas assez élevé. Mais, à la SNCF, on est dans un mouvement reconductible, ce qui est déjà bien.
Thomas Cavel, secrétaire général de la CFDT Cheminots : Nous retenons d’un côté, le caractère massif de l’opposition contre ce mauvais projet, le soutien populaire extrêmement fort au mouvement de lutte, la détermination et l’engagement des cheminots. De l’autre, l’entêtement dramatique du gouvernement et les conséquences sociales, économiques et démocratiques que cela entraînera s’il parvient à passer la réforme sans écouter les salariés. Cet aveuglement est un appel à la radicalisation. Emmanuel Macron n’a pas été élu en 2022 pour mener une réforme aussi injuste avec des arguments mensongers, mais pour barrer la route à l’extrême droite.
Didier Mathis, secrétaire général de l’Unsa Ferroviaire : Il est encore trop tôt pour tirer un bilan sur ce conflit.VRT : Estimez-vous que les cheminots font preuve de la même motivation que lors des dernières grèves sur les retraites ?
Laurent Brun : Les cheminots étaient très attentifs à ne pas être seuls à se battre. Ils ont été très fortement engagés dans les journées interprofesionnelles avec des taux de grévistes dépassant ceux de 2019 et de 2018, y compris dans l’encadrement.
Didier Mathis : Oui, mais les circonstances sont très différentes (contexte d’inflation, perte de pouvoir d’achat), ce qui limite un conflit soutenu sur la durée. 90 % des salariés sont contre cette réforme.
Fabien Villedieu : En 2019, la SNCF et la RATP étaient parties seules dans une grève reconductible. Cette fois, les agents ne voulaient pas y aller seuls. Et on a réussi cette mobilisation plus globale, qui réunit plusieurs autres domaines que le transport. Les éboueurs, les raffineries, par exemple, sont très investis dans le mouvement.
Thomas Cavel : Les comparaisons avec les conflits de 1995, 2010, 2013, 2019 ont des limites parce que le contexte économique et démocratique est très différent aujourd’hui. Cela dit, la détermination des cheminots est aussi forte. A l’heure où nous nous parlons, la semaine est décisive (retour du texte à l’assemblée le 16 mars après la commission mixte paritaire du 15), mais ce n’est pas à la fin du match ! Les cheminots sont engagés pour eux – salariés statutaires et contractuels – mais aussi pour l’ensemble des citoyens, et dans les cortèges, on voit bien cette porosité. La mobilisation dépasse largement le monde cheminot.
VRT : Y a-t-il des revendications plus particulières des cheminots ?
Laurent Brun : Les revendications des cheminots s’inscrivent dans celles de la confédération. Pour la CGT, c’est un âge de départ à la retraite à 60 ans à taux plein.
Dans la branche, nous revendiquons une bonification ferroviaire et des départs anticipés. Les bonifications de branche (départ possible à 55 ans) doivent permettre de tenir compte des spécificités du secteur, par exemple avec une « surmortalité significative ». Et les départs anticipés de
cinq ans supplémentaires doivent compenser les contraintes ou la pénibilité de certains métiers à l’intérieur de la branche.Nous avons également des revendications autour des salaires et de l’emploi puisque ce sont des sources de financement des retraites.
Didier Mathis : Oui. Leurs revendications portent sur les augmentations de salaire (inflation à 6,2 % sur les douze derniers mois et 14,5 % uniquement sur les produits alimentaires) et des embauches supplémentaires par rapport aux 7 000prévues, car nous avons perdu 20 000 emplois en dix ans, dont 7 330 ces trois dernières années.
Fabien Villedieu : Il y a une mobilisation globale pour le retrait de la loi. Mais si la loi passe, il y aura des questions à se poser sur la pénibilité par exemple. Les conducteurs n’ont pas de régime spécial de pénibilité, excepté au Fret. Mais un jeune conducteur de banlieue, ne bénéficie pas de mesures particulières, alors qu’il y a beaucoup de stress, qu’on commence les journées très tôt, ou qu’on les finit tard. Les chauffeurs routiers, eux, bénéficient de congés de fin d’activité. Les convoyeurs de fonds aussi.
Thomas Cavel : Leur premier combat a été de détricoter le mensonge par omission du gouvernement qui, lors de la présentation du texte le 10 janvier, laissait entendre que les cheminots n’étaient pas concernés par la réforme. C’est faux ! Ils sont tous concernés par le recul de deux ans de l’âge de départ et par l’accélération de la loi Touraine (allongement de la durée de cotisations de 43 ans pour obtenir une retraite à taux plein, ndlr). Il n’existe pas de revendications spécifiques des cheminots, il s’agit d’une opposition générale aux mesures d’âge, de pénibilité, de fin de carrière, d’aménagement etc.
VRT : Comment voyez-vous la suite du mouvement ?
Laurent Brun : Les suites dépendent de l’attitude du gouvernement. Qu’il passe en force rapidement ou qu’il choisisse une autre voie pour faire traîner, nous nous adapterons. Mais nous avons à cœur de poursuivre la lutte jusqu’au retrait du projet et à l’engagement de négociations sur nos revendications.
Didier Mathis : Tout dépendra du vote à l’Assemblée nationale. Il n’est pas encore certain que cette loi passera, mais si tel était le cas, ce serait une victoire à la Pyrrhus. Les électeurs s’en souviendront lors des prochaines élections législatives et présidentielles. La fin du mandat s’avèrera très compliquée pour l’exécutif qui perdrait toute légitimité vis-à-vis des corps intermédiaires.
Fabien Villedieu : Cette grève, c’est une course de fond qui dure depuis deux mois. Ce n’est pas dans les derniers mètres qu’il faut s’arrêter. Il faut même accélérer. Et, d’expérience, on peut avoir de bonnes surprises sur la mobilisation des agents, au moment de la commission paritaire, entre députés et sénateurs, et pour le vote à l’Assemblée. Tout dépendra bien sûr des assemblées générales.
Thomas Cavel : Retrait, recul, vote ou passage par ordonnance, cette séquence va laisser des traces extrêmement profondes dans le corps social : un écœurement face à la surdité de l’exécutif malgré l’ampleur et la durée de la mobilisation. Que la loi passe ou pas, le message envoyé par Emmanuel Macron et Elisabeth Borne, c’est que le travail et les conditions de retraite sont déterminés par
des considérations économiques, et non pas par la valeur du travail et la manière dont il est produit. Et ça, c’est insupportable pour les citoyens. C’est pourquoi Laurent Berger demande qu’on consulte les Français.Propos recueillis par
N. Arensonas, Y. Goubin, A. Jeantet-Leclerc et M.H. Poingt
Le coût caché du stationnement automobile
La mobilité a un coût, mais l’immobilité du parc automobile en a également un, largement insoupçonné jusqu’à présent, qui, selon l’intégration ou non des externalités monétarisées, va de 14 à 22 milliards d’euros par an, en France ! C’est ce qui ressort de l’étude intitulée Le coût du stationnement automobile pour les finances publiques, réalisée par Bruno Cordier (ADETEC) pour le compte de l’association Qualité Mobilité et présentée début mars lors d’une conférence de presse de la Fnaut.
Cette étude s’inscrit dans une série consacrée au modèle économique des mobilités, après celles des aides publiques à l’avion, au covoiturage, aux cars SLO (« cars Macron»), à la voiture électrique ou au coût réel de la voiture. Comme dans les études précédentes, celle consacrée au stationnement non seulement bouleverse bien des idées reçues, mais dévoile la partie cachée d’un iceberg, aussi grosse que le coût des transports urbains conventionnés dans toute la France et presque deux fois plus élevé que tous les transports interurbains conventionnés !
70 millions de places de stationnement gratuit, soit deux par véhicule!
Comment un tel éléphant a-t-il pu passer inaperçu dans la pièce ? Tout d’abord parce que « beaucoup de données ne sont pas disponibles », de l’aveu même de Bruno Cordier, qui a dû avoir recours à des hypothèses, qu’il a voulu « les plus sérieuses possibles ». C’est pourquoi il faut garder à l’esprit que les résultats doivent être considérés comme des ordres de grandeur.
Premiers de ces ordres de grandeur : les automobilistes français disposent de 70 millions de places de stationnement gratuit sur voirie, soit quasiment deux par véhicule ! Rien que ce cadeau se chiffre à 12,3 milliards d’euros, dont environ 4,8 milliards pour la mise à disposition du foncier, 3,2 milliards pour l’amortissement des aménagements et 4,2 milliards pour l’entretien. On pourrait se dire que ces places sont quand même bien utiles pour permettre aux usagers des transports publics de faire les quelques kilomètres entre domicile et arrêt le plus proche. Oui, mais « les parkings de rabattement sont epsilon sur les 70 millions de places de stationnement gratuites », répond Bruno Cordier.
Des recettes loin de couvrir les frais
Mais chaque automobiliste sait qu’il n’y a pas que le stationnement gratuit. En effet, 750 000 places payantes ont été aménagées sur voirie, auxquelles s’ajoutent environ 150 000 places en enclos, 163 000 en élévation et 887 000 en souterrain. Les places sont chères… et les amendes – remplacées en 2018 our le forfait post-stationnement (FPS) – encore plus.. Les données disponibles montrent que les recettes du stationnement payant sont très loin de couvrir les frais. Sauf à Paris, le stationnement est une activité déficitaire ! En effet, sans compter le manque à gagner lié aux non-paiements, les dépenses publiques liées au parkings en ouvrage sont d’environ 1,9 milliard d’euros, contre des recettes d’environ 745 millions, soit un déficit dépassant 1,1 milliard d’euros, près de mille euros par place ! Alors pourquoi des entreprises privées s’intéressent-elles à ce marché ? Parce qu’elles sont responsables uniquement de la gestion des parkings publics, dont la construction est généralement aux frais de la collectivité…
La collectivité n’est pas la seule pour qui les places de stationnement représentent un coût : celles mises à disposition par les employeurs publics se chiffrent à 1,6 milliard par an… avantage en nature non imposé et représentant un manque à gagner pour l’URSSAF et l’Etat de plus de 3 milliards en ajoutant les employeurs privés. Pourtant, on pourrait dire que les taxes et impositions foncières (plus les deux taxes spécifiques à l’Île-de-France) rapportent 800 millions d’euros, mais une fois de plus, on se retrouve avec un manque à gagner de l’ordre de la centaine de millions d’euros liées à la sous-déclaration des espaces de stationnement, voire de la transformation des garages en espaces de vie.
900 km2 consacrés au stationnement en France
Voici comment on arrive à un montant annuel de l’ordre de 14 milliards, déjà énorme. Si l’on ajoute des externalités chiffrables comme la circulation automobile induite, les émissions de gaz à effet de serre liées au stationnement public (environ 10,3 millions de tonnes), la congestion, l’usure des routes, la pollution, les accidents et le bruit, il faut ajouter environ 10,8 milliards d’euros. Si l’on déduit les recettes publiques liées à la circulation induite (TICPE, principalement), le coût net est d’environ 7,9 milliard d’euros. Et encore, « le coût du foncier routier, l’impact sur les autres modes de déplacement, l’environnement ou sur la santé n’a pas été monetarisé », ajoute Bruno Cordier. Finalement, on approche de 22 milliards par an en comptant les externalités monétisables. « Les décideurs locaux savent que les parkings leur coûtent cher », les collectivités supportant plus de 13 milliards de ce total.
« Aucun autre usage privé de l’espace public ne bénéficie d’un tel avantage que le stationnement », résume Bruno Cordier : « Ce sont près de 900 km2, soit huit fois la surface de Paris, qui sont consacrés au stationnement en France ! » Et comme ce cadeau est généralement fait dans les centres des villes, où le foncier est élevé, on explique un bon cinquième des montants astronomiques évoqués dans l’étude. Dans ce domaine, il y a évidemment pire que la France, si l’on pense aux downtowns nord-américains passés au bulldozer pour que les voitures aient la place de se garer. Mais il y a d’autres modèles aussi : « dans les villes japonaises, le stationnement est interdit sur l’espace public », conclut Bruno Cordier.
P. L.

BlaBlaCar veut racheter le covoitureur du quotidien Klaxit
Ça « blablate » encore entre le géant du covoiturage BlaBlaCar et Klaxit, la start-up française spécialisée dans les trajets covoiturés domicile-travail. Selon un communiqué commun du 15 mars, les deux entreprises sont entrées en discussion exclusive en vue de l’absorption de Klaxit par le leader de la longue distance qui revendique 90 millions d’utilisateurs, créée en 2006 par Frédéric Mazzella.
BlaBlaCar cherchait déjà à se développer sur le segment des petits trajets du quotidien dont le potentiel économique est important, mais qui peinait à décoller avant la crise inflationniste. En février 2023, le covoiturage courte distance a connu un niveau record à 814 000 trajets, selon l’observatoire du covoiturage. Trois fois plus en un an. Le géant du covoiturage avait créé en 2021 sa division BlaBlaCar Daily, mais il cherchait un relais de croissance. D’où le projet de rachat de Klaxit, fondée par Julien Honnart et Cyrille Courtière (photo) en 2013 et qui revendique en 2022 plus de 2,6 millions de trajets. La start up avait elle-même avalé ces dernières années quelques concurrents du marché du domicile-travail (OpenCar et iDvroom, un service éphémère de la SNCF). Et surtout, Klaxit travaille avec plus de 50 collectivités locales en France pour subventionner les trajets du quotidien de leurs habitants.
Si l’opération de rachat aboutit, les applications des deux sociétés pourraient fusionner à horizon 2024. BlaBlaCar Daily trouvera sur sa route deux autres concurrents du marché du covoiturage du quotidien : Karos et Ecov qui fonctionne avec des lignes matérialisées et sans réservation.
N.A

Comment le réseau ferroviaire grec est devenu le plus meurtrier d’Europe
La gare centrale d’Athènes sonne étrangement creux, ce dimanche 12 mars. D’ordinaire bondé, débordé de voyageurs pressés, le bâtiment ne fourmille pas comme à son habitude. Les rideaux sont tirés, les panneaux d’affichages sont vierges. Aucun train n’est à quai. Devant l’entrée, déposés au fil des jours par les passants, on distingue des bouquets de fleurs, des bougies, le portrait d’une jeune mère et de son bébé. L’une des 57 victimes de la catastrophe ferroviaire de Tempé.
Cela fait désormais plus de douze jours que plus aucun train ne circule, dans la gare centrale d’Athènes comme dans tout le reste de la Grèce. Depuis le 28 février et la mort de 57 personnes dans la collision « nez à nez » de deux trains dans le centre du pays – la pire catastrophe ferroviaire de leur histoire -, les Grecs découvrent avec horreur l’état de délabrement de leur réseau. Quelque 2 300 kilomètres de voies ferrées truffés d’équipements défaillants, exploités par des opérateurs en sous-effectifs chroniques et dépourvus, sur de larges tronçons, de tout système de sécurité automatique… S’il faudra des mois, voire des années, pour établir définitivement les responsabilités, la même question hante aujourd’hui l’ensemble du pays : comment en est-on arrivé là ?
« Pas un accident, un meurtre »
« Ce n’est pas un accident, c’est une négligence délibérée. Quand le profit est la première des priorités de tous les gouvernements depuis quinze ans et que la sécurité devient une simple variable d’ajustement, on se retrouve avec un réseau ferroviaire digne du Bangladesh. » Débitée suffisamment fort pour couvrir le vacarme dans les rues d’Athènes noires de monde, l’opinion de Petros résume bien l’état d’esprit général, ce 8 mars. Le jeune homme, qui refuse de donner son nom et fait partie du Front des étudiants en lutte, est l’un des 65 000 manifestants qui défilent ce mercredi dans toute la Grèce, pour l’une des plus importantes journées de mobilisation depuis la fin de la dictature des colonels, en 1974.
Le mouvement, soudain et massif, se prolonge depuis le 28 février. Sur les couvertures des journaux, sur les pancartes des manifestants, sur les murs, la phrase « Ce n’est pas un accident, c’est un meurtre » revient partout. Et les coupables présumés sont bien identifiés : la société des chemins de fer locale, Hellenic Railway Organisation (OSE), et ses prestataires. Mais sont aussi pointés du doigt l’Union européenne (UE), les trois grands partis qui se succèdent au gouvernement
depuis 1974 (Pasok, Nouvelle-Démocratie et Syriza) ou le clientélisme qui régit encore nombre des échanges entre les milieux politiques et économiques grecs.Après s’être empressé d’imputer le drame de Tempé à « une tragique erreur humaine », le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis a d’ailleurs fini par le reconnaître : l’état du système ferroviaire est « problématique » et nécessite une modernisation de toute urgence. Le diagnostic complet prendra, lui, plus de temps. Des décennies de gestion coupable, d’investissements aléatoires et d’aveuglement ont conduit deux trains à se percuter frontalement après avoir circulé en sens inverse sur la même voie pendant 12 minutes sans qu’aucune alarme, aucun système de freinage automatique ne soit déclenché.
Des effectifs passés de 12 500 à 2 000 personnes
Pour mieux comprendre, il y a d’abord les chiffres. Dans un pays où l’Etat privilégie le transport automobile et routier au train depuis l’après-guerre, les investissements publics dans l’infrastructure ferroviaire n’ont jamais atteint des sommets. Mais ils ont plongé depuis le début des années 2000 : selon l’OCDE, alors qu’ils représentaient encore 1,7 milliard d’euros en 2003 (soit 0,9 % du PIB), les sommes allouées vont progressivement se réduire à peau de chagrin, ne dépassant même pas les 50 millions d’euros en 2014 et en 2020, alors même que le train est érigé en priorité par l’Union européenne et que 700 millions ont été débloqués à Bruxelles entre 2014 et aujourd’hui pour financer sa modernisation.
La crise grecque est passée par là. En 2010, alors que les créanciers passent au tamis les finances du pays, Poul Thomsen au FMI feuillette les comptes d’OSE. Selon une célèbre anecdote rapportée par les médias grecs, le directeur du département européen du FMI s’emporte, envoie balader le rapport et crie : « Fermez-la ! ». Lestée par une lourde masse salariale et par une série d’investissements hasardeux, parfois absurdes, la dette de la société des chemins de fer dépasse alors les 10 milliards d’euros, l’équivalent de 4 % du PIB grec.
Commence une décennie de coupes budgétaires, guidées par l’absolue priorité de diminuer les pertes. Ordonnée dès le mémorandum de 2010, la privatisation de TrainOSE, l’opérateur responsable du fret et du transport voyageurs, se concrétise en 2017 avec la vente à Ferrovie dello Stato, la société italienne des chemins de fer, pour 45 millions d’euros. De 2000 à 2021, les effectifs totaux (OSE et TrainOSE compris) passent de 12 500 à 2 000 personnes ; les fermetures de lignes se multiplient et des dizaines de gares deviennent inactives, faute de maintenance ou de personnel nécessaires. De 2014 à 2021, le réseau opéré en Grèce s’est réduit de 2 586 kilomètres à 2 339, selon Eurostat.
Les défaillances de l’axe Athènes-Thessalonique
C’est au cours de ces années que se propage un sentiment partagé par tous les Grecs : ne pas prendre le train, sauf motif impérieux – un constat corroboré par les chiffres puisque le réseau grec est le plus meurtrier d’Europe rapporté au million de kilomètres parcourus, selon le dernier rapport de l’Agence européenne du rail. Les retards sont fréquents et rarement indemnisés, les accidents de plus en plus nombreux. En janvier 2022, par des températures polaires, 300 personnes restent bloquées toute une nuit dans un train sur l’axe Athènes-Thessalonique, le même où s’est produit la catastrophe de Tempé. Cinq ans plus tôt, en 2017, trois personnes sont également décédées après un accident à Adendro, toujours sur le même axe.
Athènes-Thessalonique : une ligne de 600 kilomètres à double voie (la seule du pays) reliant les deux principales villes de Grèce. Le trajet le plus emprunté du pays, maillon essentiel du corridor « Orient-Méditerranée orientale » de la politique européenne pour un réseau transeuropéen de transport. Quasiment aucun feux de signalisation n’y fonctionne pourtant, et le système ETCS, le système européen de régulation automatique des trains, n’y est que très partiellement opérationnel alors que ce dernier aurait pu corriger la tragique erreur d’aiguillage du chef de gare.
Ce système « reçoit des informations grâce à des équipements (balises ou radio) placés au sol et sur les trains, précise un porte-parole de l’Agence ferroviaire européenne. Le conducteur est supervisé à tout moment et si la vitesse dépasse la limite autorisée sur la section, le freinage d’urgence est déclenché automatiquement ».
Le contrat 717
En Grèce, tous les regards se tournent, depuis le 28 février, sur le « contrat 717 », remporté en 2014 par un consortium formé par Aktor, une entreprise de BTP grec, et Alstom. Prévoyant la mise à niveau de la signalisation – condition sine qua none pour installer le sys tème ETCS – sur une large partie de l’axe Athènes-Thessalonique, il devait notamment être financé par l’aide européenne. Mais le chantier a accusé d’énormes retards et n’est toujours pas livré malgré une facture alourdie de 13 millions d’euros (54 millions au total) et les très nombreuses alertes données par les syndicats de cheminots sur le fait que des trains circulaient à 160 km/heure malgré des défaillances techniques béantes.
Désaccords sur la nature exacte du contrat avec ERGOSE (la filiale d’OSE responsable des chantiers d’infrastructures), conflits entre partenaires, litiges administratifs… les carences dans l’exécution du contrat 717 sont nombreuses. « C’est le contrat noir, celui qui a empêché l’avancement des travaux sur d’autres lignes, pointe une source bien au fait des marchés publics chez Terna, un concurrent d’Aktor. Les deux entreprises se sont partagées les sections alors qu’Alstom devait fournir le savoir-faire et Aktor réaliser les travaux ».
Dans une lettre de démission adressée l’an dernier à sa direction et publiée par les médias grecs, Christos Katsioulis, ancien vice-président du comité supervisant le projet, pointe aussi les responsabilités d’Ergose. « Ils n’ont absolument pas contraint le prestataire [Aktor] à respecter ses obligations contractuelles en obtenant des études approuvées et signées par le fournisseur d’expertise [Alstom] ». Contacté, le géant français n’a pas souhaité commenter. Il s’est engagé auprès du gouvernement grec à terminer le chantier le plus rapidement possible.
B. D.

Jean Pasternak rejoint Getlink pour contribuer au développement du groupe
Getlink a annoncé le 14 mars l’arrivée de Jean Pasternak au poste de directeur du Développement groupe. « Avant de rejoindre Getlink, Jean Pasternak accompagnait depuis 2017 le développement de start-ups spécialisées dans l’économie circulaire en Asie et en Europe« , indique le gestionnaire du Tunnel sous la Manche.
Cet ingénieur diplômé de Mines ParisTech et de l’INSEAD, qui a commencé sa carrière dans le financement de projets d’infrastructures et les partenariats public-privé dans les économies émergentes, accompagnait depuis 2017 le développement de start-ups spécialisées dans l’économie circulaire en Asie et en Europe. Rattaché à Yann Leriche, le directeur général de Getlink, il intègre aussi le comité exécutif du groupe et aura pour mission « de développer les opportunités de croissance du groupe ».

La SNCF s’engage avec une start up polonaise sur le train du futur
A l’occasion du Sommet mondial Hello Tomorrow 2023, qui s’est tenu les 9 et 10 mars à Paris, Nevomo, entreprise polonaise de technologie profonde (Deep Tech) et la SNCF ont signé un protocole d’accord « pour évaluer les avantages de MagRail au sein du réseau ferré français afin d’accroître l’efficacité et la capacité du transport de passagers et de marchandises ». Pour Nevomo, dont la solution MagRail vise à équiper progressivement les infrastructures existantes d’une sustentation magnétique et d’une motorisation linéaire en vue d’y autoriser « des vitesses allant jusqu’à 550 km/h », il s’agit du deuxième accord de coopération avec un acteur majeur du rail en Europe, après celui conclu avec RFI, le réseau ferré italien, en 2021. Un accord a également été signé par Nevomo avec le port allemand de Duisbourg, premier port fluvial d’Europe.
Identifier les technologies émergentes…
« Nous avons remarqué la grande technicité de Nevomo et considérons que les technologies proposées sont susceptibles de faire progresser le chemin de fer », a indiqué Luc Laroche, directeur du programme d’Innovation du Système Ferroviaire, qui précise que le protocole d’accord couvrira trois domaines : « augmenter les performances des trains de marchandises actuels pour des limites de chargement plus élevées et plus de capacité sur nos lignes de fret, augmenter la capacité sur les lignes urbaines encombrées et évaluer MagRail comme un système de propulsion alternatif pour les lignes rurales en combinaison avec des véhicules légers ». Et David De Almeida, directeur scientifique et de la recherche au sein la direction Technologies, Innovation et Projets Groupe de la SNCF, précise que les accords avec des écosystèmes innovants permettent « d’alimenter notre veille scientifique et d’identifier les technologies émergentes à explorer pour les chemins de fer de l’avenir ».
De son côté, Przemek Ben Paczek, PDG et cofondateur de Nevomo, se déclare très fier de devenir le partenaire de la SNCF, « le leader de l’innovation des chemins de fer européens ». Pour le dirigeant de l’entreprise dont le projet est « inspiré par le concept Hyperloop », un accord avec la SNCF « est sans aucun doute la meilleure confirmation de la crédibilité de notre technologie ».
… et utiliser les infrastructures existantes
A la différence des autres projets combinant sustentation magnétique et moteur linéaire, MagRail s’appuie sur les lignes de chemin de fer en place, afin d’en augmenter la capacité et d’exploiter des matériels roulants électriques dans des secteurs non électrifiées comme les terminaux ou les ports. Intégré aux infrastructures ferroviaires existantes, le système MagRail offre entre autres la possibilité de faire fonctionner les trains en mode automatique, « sans caténaire et sans erreur humaine »… mais pas sans installations supplémentaires, puisque des profilés doivent être posés parallèlement aux rails utilisés pour le roulement des trains classiques. En pratique, l’application qui se rapproche actuellement le plus de la solution proposée est le SkyTrain de Vancouver, métro automatique à motorisation linéaire, en service depuis 1985, mais sur des lignes nouvelles construites à cet effet. Car sauf sur de très longs alignements, les lignes en place n’autoriseront sans doute pas des vitesses très supérieures à celles pratiquées par les trains classiques. D’ailleurs, on notera que la SNCF, qui s’y connaît en trains à grande vitesse, ne vise pas, que ce soit avec le fret, l’urbain ou les « petites lignes », des applications particulièrement rapides !
Nevomo rappelle qu’un premier démonstrateur à l’échelle 1/5 de MagRail a été présenté en 2019 et que des essais sur une maquette « de taille moyenne » ont été effectués en décembre 2020. Et l’année dernière, Nevomo « a terminé la construction de la piste d’essai à l’échelle 1 à Nowa Sarzyna, en Pologne, qui est la plus longue piste d’Europe pour tester la sustentation magnétique passive ». Pour ce qui est de l’accord avec le SNCF, des essais devraient se dérouler d’ici 2025.
P. L.

Geodis renforce son offre de livraisons express en Allemagne
Geodis a annoncé début mars avoir reçu le feu vert des autorités pour finaliser l’acquisition du groupe logistique allemand Trans-O-Flex. Avec cette entreprise spécialisée dans le transport sous température contrôlée de produits pharmaceutiques, la filiale de la SNCF affirme se positionner « parmi les acteurs majeurs sur le marché de la santé et renforce considérablement ses capacités de livraison en Europe« .
Geodis vise désormais, outre-Rhin, un chiffre d’affaires de près d’1,5 milliard d’euros avec plus de 3 400 employés.

Pourquoi le service express métropolitain de Strasbourg n’est toujours pas à la hauteur
Au début du mois de mars, la SNCF comptabilisait 580 trains en plus par semaine par rapport à la situation avant le lancement, en décembre 2022, du nouveau service express métropolitain (Reme). Alain Jund, vice-président de l’Eurométropole et co-financeur de cette nouvelle offre ferroviaire aux côtés du Conseil régional du Grand-Est, n’en comptait que 480. Au-delà de cette querelle des chiffres, les syndicats de salariés de la SNCF pointent l’inadéquation entre les ambitions politiques du Reme et les moyens mis en œuvre pour sa production. « On savait très bien, en décembre, qu’avec le nombre de conducteurs présents il était impossible de réaliser la commande de la collectivité« , juge Régis Hoffmann, secrétaire général de la CFDT Cheminots Grand-Est. « La capacité d’entretien est insuffisante au Technicentre en gare de Strasbourg. Il manque une vingtaine d’agents en maintenance et surtout, il n’y a pas eu assez de rames lors du lancement« . Des rames Régiolis auraient été mises en service avec un moteur isolé, suite à une panne, pénalisant la régularité et la robustesse des pans de transport. Régis Hoffmann s’interroge par ailleurs sur les « pressions politiques » qui auraient conduit la SNCF à « mener le projet du REME à marche forcée« , dans un contexte d’ouverture à la concurrence du transport régional.
« Avec un train toutes les 30 secondes, la gare de Strasbourg est arrivée à saturation. Il faudrait recevoir simultanément deux trains par quai avec une signalisation adaptée. Mais cette signalisation n’a pas été mise en place, pas plus que l’information voyageurs qui a été défaillante« , juge le délégué syndical.
Les plans de transport adaptés au fil des difficultés d’exploitation du Reme ont ajouté à la confusion, avec des promesses de remise en service progressive de trains omnibus distillées au fil des semaines en périphérie de Strasbourg.
La direction régionale de la SNCF a pris la défense des « 800 cheminots qui se sont préparés au REME depuis 3 ans« , soulignant le « profond changement opérationnel dont la mise en place implique une refonte complète du plan de transport, construit en partant de zéro ». Au début du mois de mars, les primes conditionnées par la qualité du service du REME, promises aux effectifs concernées, n’avaient pas été versées.
O.M.