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Pourquoi la SNCF et la RATP demandent une révision des règles sur les préavis de grève
Auditionnés ce matin par une commission sénatoriale, la SNCF et la RATP se sont expliquées sur le déroulement des acheminements des supporters au stade de France à l’occasion de la finale de la Ligue des champions opposant le Real Madrid à Liverpool le 28 mai. Les deux transporteurs ont réaffirmé que les acheminements des voyageurs se sont passés « dans de bonnes conditions« , leurs compétences s’arrêtant aux portes de leurs gares : 37 000 voyageurs ont été transportés via le RER D pour aller jusqu’au stade de France (soit plus de trois fois les niveaux habituels) et 6200 via le B (soit le tiers des flux habituels).
Interrogées sur les enseignements à en tirer dans le cadre de la préparation des futurs grands événements sportifs prévus en France (Coupe du monde de rugby en 2023, JO en 2024), les deux compagnies ont partagé les mêmes constats et les mêmes souhaits via leurs représentants, Sylvie Charles côté Transilien, Philippe Martin côté RATP.
Préavis de grève dormant
La directrice de Transilien rappelle qu’en toile de fond des événements survenus lors de ce match, il y a le « contournement de la loi par des préavis de grève dormants ». En clair, si le dépôt d’un préavis de grève doit être précédé du déclenchement d’une procédure d’alarme sociale, il est ensuite possible pour un syndicat de déposer un préavis sans limite de temps ou de très longue durée qui peut être activé à tout moment, même par un seul agent. Toutefois, la loi du 21 août 2007 oblige certains salariés du secteur des transports (tout particulièrement les conducteurs et les aiguilleurs) à informer 48 heures à l’avance sur leurs intentions de faire grève ou pas pour permettre à leurs entreprises d’adapter leurs plans de transports en conséquence et d’en informer les voyageurs. Mais ils peuvent aussi, 24 heures avant, changer d’avis! Ce qui complique la vie des entreprises qui ont alors prévu un plan de transport allégé…
« C’est sur un préavis de grève dormant que la grève a été déclenchée à la RATP« , rappelle Sylvie Charles, en estimant qu’une amélioration législative pourrait être apportée sur cette question en vue des grands événements sportifs à organiser.
De plus, la dirigeante souligne l’importance « de l’anticipation des flux de supporters » et de le faire « de bout en bout » en adaptant les dispositifs en fonction des informations transmises. Ce qui n’a pas été le cas le 28 mai. D’où « l’étonnement » de Sylvie Charles constatant qu’il « n’y a pas eu d’adaptation du côté des entrées du stade de France« , alors que les informations sur les flux de supporters étaient transmises par les transporteurs. La SNCF avait notamment un représentant au PC du stade de France à qui elle transmettait des informations toutes les demi-heures depuis 18h05.
Aménagements demandés
Même tonalité du côté de Philippe Martin qui comptabilise « encore 21 préavis de grève dormants à la RATP« . Et le directeur général adjoint Opérations de transport à la RATP de raconter que pour leur journée de grève du 28 mai, « les agents se sont organisés au dernier moment« . D’où sa demande de faire passer de 48 heures à 72 heures la déclaration de faire grève, et de 24 heures à 48 heures la possibilité de changer d’avis.
La perspective d’événements au retentissement mondial fera-t-elle bouger les lignes? Ce n’est pas la première fois que la profession se mobilise sur la question. En 2017 déjà, l’Union des transports publics demandait un meilleur encadrement de la loi pour en éviter les dérives. Quelques années plus tard, en janvier 2020, le Sénat s’emparait de la question via une proposition de loi . Puis La Fédération nationale des association d’usagers de transports demandait à son tour des aménagements. Le tout est resté sans suite à ce jour.
Marie Hélène Poingt

La camionnette électrique ne décolle pas
Selon une étude de Transport & Environnement, la camionnette électrique en France est déjà 25% moins chère au kilomètre que la camionnette diesel
Mais, l’offre faisant défaut, la part de marché reste très faible, avec 3%, bien loin des 10% déjà représentés par les automobiles électriques à batterie. Cette offre devrait rester insuffisante jusqu’à la fin des années 2020. Cette part de 3% est constatée dans l’ensemble de l’UE.Selon T&E, c’est du fait d’une réglementation européenne laxiste que le marché ne décolle pas. Pour le think tank, « le resserrement des objectifs de l’UE en matière de CO2 au cours de cette décennie permettrait de mettre un million de camionnettes électriques supplémentaires sur les routes européennes en cinq ans.». T&E « appelle les législateurs européens à rehausser à 25% les objectifs d’émissions de CO2 proposés pour les VUL en 2025, de mettre en place un nouvel objectif intermédiaire de -45% en 2027, et -80% en 2030 ». »
https://drive.google.com/file/d/1-jqqzKbcC-fJ7cxHR_QdotMgu528KnNH/view

Coup d’accélérateur pour l’association Femmes en Mouvement
A l’occasion de European Mobility Expo, l’association Femmes en Mouvement a annoncé le 7 juin l’arrivée, dans ses rangs, de nouveaux adhérents : vingt entreprises et associations professionnelles, parmi lesquelles des poids lourds du secteur de la mobilité (Keolis, Transdev, RATP, UTP, UITP, Egis, SNCF Mixité pour n’en citer que quelque-uns).
Une reconnaissance bienvenue 7 ans après la création de l’association par Marie-Xavière Wauquiez, dans le but notamment de promouvoir la parole des femmes dans le secteur des transports et de faire bouger les lignes (seuls 25 % des salariés dans les transports en commun sont des femmes, rappelle-t-elle). Selon l’association, « ces organisations, employant plusieurs centaines de milliers de personnes, en France et à l’international, actent, par leur adhésion, leur volonté de renforcer la mixité dans leurs effectifs. Cette mixité leur permettra également de nourrir leurs réflexions et de proposer des offres véritablement inclusives à leur clientèle ».

De nouveaux trains Stadler pour le Mont-Blanc Express
Les Transports de Martigny et Régions (TMR) et la SNCF ont signé un contrat avec Stadler pour l’acquisition de sept nouvelles rames destiné à la ligne franco-suisse du Mont-Blanc Express, entre Saint-Gervais, Vallorcine et Martigny. Désignées Z890 en France et Beh 4/8 en Suisse, ces automotrices à voie métrique pourront aussi bien circuler en adhérence que sur la crémaillère, présente du côté suisse. Ce nouveau matériel devra remplacer, fin 2025-début 2026, les rames Z800 en service depuis 1996-97. Si elles sont populaires pour leurs fenêtres ouvrantes et leurs baies vitrées panoramiques, les rames Z800 présentent toutefois l’inconvénient de ne pas être accessibles aux personnes à mobilité réduite ; en particulier, elles ne répondent pas à la loi fédérale suisse sur l’égalité pour les handicapés (LHand). De plus, leur coût d’entretien est jugé « trop important » par les TMR.
C’est pourquoi les deux entreprises ferroviaires qui exploitent la ligne, SNCF Voyageurs et les TMR, ont effectué un achat groupé des sept nouvelles rames pour un total de 76 millions de francs suisses, soir 72,6 millions d’euros. « La participation à charge de la compagnie suisse s’élève à 43,4 millions de francs. Le Canton [du Valais] et la Confédération, comme commanditaires de l’offre, participent au financement de cette acquisition par la prise en charge des coûts non couverts du Transport Régional Voyageurs », précisent les TMR. La part française est financée par la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui a annoncé avoir voté, lors de sa dernière Commission permanente, « un montant total de plus de 55,6 millions d’euros » correspondant à quatre des sept rames.
Les nouvelles rames devront satisfaire à de multiples critères, tant du côté suisse que français. Outre sa conformité aux normes suisses LHand, le nouveau matériel devra être opérable sur l’ensemble de la ligne, tout en ayant des exigences environnementales élevées, dont la maîtrise de la consommation énergétique. Ce nouveau matériel devra pouvoir circuler en unité doubles, « notamment sur le tronçon crémaillère, ce qui augmente fortement l’efficacité au niveau de l’exploitation », précisent les TMR. Chaque rame pourra transporter jusqu’à 230 personnes, dont les entrées et sorties seront comptées automatiquement pour mieux connaitre la fréquentation de la ligne. Ce matériel sera en outre équipé de caméras de vidéoprotection « avec prédisposition permettant de visualiser les images en temps réel » et d’un système d’information voyageurs embarqué « dernière génération », précise la région Auvergne-Rhône-Alpes, qui ajoute que les vitrages « haut débit » faciliteront l’accès Internet à bord.
La livraison des nouvelles rames est prévue « entre septembre 2024 et juillet 2025 », indiquent les TMR, pour qui ce renouvellement s’inscrit dans la stratégie de mobilité du canton du Valais et s’articule autour du projet de mise en conformité de l’infrastructure de toute la ligne du Mont-Blanc Express, qui se poursuit jusqu’en 2029. Alors que pour la région Auvergne-Rhône-Alpes, ce rajeunissement « permettra d’optimiser l’organisation de la maintenance des rames actuelles, de répondre aux besoins d’exploitation de ligne et de la développer ».
P. L.
Comptes bénéficiaires pour CAF et Talgo
Les comptes pour leur dernier exercice étant bouclés, les principaux constructeurs ferroviaires espagnols affichent une bonne santé. Ainsi Talgo a terminé 2021 sur un bénéfice net de 27,5 millions d’euros avec des recettes en progression de 14 %. Le chiffre d’affaires s’établit à 555,4 millions d’euros et le carnet de commandes prévoit des livraisons de trains pour le Danemark, l’Allemagne, l’Egypte ainsi que des rames pour l’Ouzbékistan et le Kazakhstan. Le constructeur travaille également pour l’opérateur national Renfe avec la fin de la commande des S106 (modèle grande vitesse « Avril ») et avec la reconversion des rames S 107. Par contre, le programme de train régional « Vittal » peine à démarrer. Talgo emploie dans la Péninsule 1 100 personnes, notamment à Las Matas (Madrid) et Ribabellosa (Pays basque).
De son côté, CAF a vu progresser de 9 % ses ventes l’année dernière, à 2,943 milliards d’euros. Le bénéfice net est stable à 85,92 millions d’euros et le carnet de commandes atteint 8,855 milliards d’euros. Parmi les derniers marchés gagnés, des trains pour le métro de Delhi, pour le RER parisien (avec Bombardier-Alstom), pour des rames « Civity » à batteries pour le réseau Rhin-Ruhr ainsi que des tramways « Urbos » pour Tel-Aviv ou le flamand De Lijn. Avec un effectif global de 8 000 salariés, CAF dispose de sites de production à Beasain, Irún, Saragosse en Espagne tout en étant implanté au Pays de Galles, Mexique, Etats-Unis et, bien sur, en France avec Bagnères de Bigorre et maintenant Reichsoffen.
M. G.

4,8 milliards d’euros pour les grands chantiers transports de l’été en Ile-de-France
Comme tous les étés, les semaines réputées les plus calmes de l’année vont être consacrées à la maintenance et à la modernisation – voire à l’extension – des infrastructures des transports publics franciliens. Pour ce premier été à peu près « normal » depuis 2019, RATP et SNCF Réseau investissent quelque 4,8 milliards d’euros au total.
C’est un grand classique : tous les ans, de juin à fin août, d’importants travaux imposent des coupures sur l’ensemble des réseaux ferrés transiliens – RER, trains, métro, tramway – tout en entraînant la fermeture totale ou partielle de stations et de gares. La durée de ces travaux massifiés, qui portent aussi bien sur l’entretien que la modernisation de ces installations, voire sur leur extension, va de quelques jours à plusieurs semaines d’affilée, en profitant de la période de l’année réputée la plus calme, du moins si l’on se fie aux statistiques antérieures à la pandémie de Covid.
En effet, jusqu’à 2019, la fréquentation des transports publics connaissait une baisse de 30 %. « L’été est la période la plus propice, même si cette année risque d’être particulière, avec la reprise du tourisme », tempère Serge Wolf, directeur sécurité et exploitation Transilien SNCF. Il faudra de toute façon informer les voyageurs, qu’ils soient des touristes ou des habitués, et le faire en amont et sur place, tout en organisant des transports de substitution… Dans ces domaines, la RATP et la SNCF travaillent de concert, en coordination avec Île-de-France Mobilités (IDFM) pour adapter leurs plans de transport.
4,8 milliards d’euros de travaux
Au total ce seront plus de 37 km de voies et 56 appareils de voies qui devront être remplacés sur le réseau SNCF cet été, alors que côté RATP, la majorité des lignes de trains, RER, métro et tramways connaîtront des travaux nécessitant des interruptions temporaires de circulation. Le tout représente un investissement de 2,4 milliards d’euros pour la RATP, auxquels s’ajoutent 2,4 milliards d’euros pour SNCF Réseau. Soit un total légèrement supérieur aux travaux estivaux de l’an passé.
Outre un retour à des conditions plus « normales » question mesures sanitaires, le millésime 2022 des travaux estivaux franciliens se distingue des précédents par l’absence de plusieurs grands chantiers patrimoniaux lancés au milieu de la décennie précédente et terminés l’an passé, comme le renouvellement de la voie et du ballast sur le tronçon central du RER A et la réfection des viaducs de la ligne 6 du métro. Si ces chantiers à répétition appartiennent désormais au passé, d’autres opérations se poursuivent, comme l’électrification Gretz – Longueville – Provins (ligne P), le remplacement des ponts ferroviaires de Chartres (RER B) et de Gallardon (RER C) à Massy, les infrastructures de retournement des trains en gare du Bourget (partie nord du RER B), ou les travaux dans le secteur de Mantes dans le cadre du projet d’extension du RER E (Eole) à l’ouest.
Autour du prolongement d’Eole
Ces travaux du prolongement à l’ouest d’Eole se répercuteront sur l’exploitation de la partie déjà en service du RER E, dont les trains auront Paris-Est comme terminus du 18 juillet au 22 août. Plus à l’ouest, les travaux se poursuivent dans le prolongement de 8 km dont le creusement s’est achevé à la mi-février dernier (avec en particulier la pose des rails entre la porte Maillot et Haussmann-Saint-Lazare). Sur les voies destinées à accueillir les nouvelles rames du RER E à l’ouest la nouvelle infrastructure, des travaux seront nécessaires (voies, caténaires, assainissement, signalisation, quais en gare), qui interrompront la circulation entre Épône-Mézières et Mantes-la-Jolie du 2 juillet au 28 août sur la ligne J. Sur cette ligne, les dessertes Saint-Lazare – Mantes auront Les Mureaux comme terminus le week-end des 2 et 3 juillet. Et du 29 août au 4 septembre, sur la ligne L, aucun train ne circulera entre Saint-Cloud et La Défense.
Enfin, le RER A sera également impacté : à l’ouest de Nanterre-Préfecture, les branches vers Cergy et Poissy seront coupées durant quatre week-ends : deux en juillet (9-10 et 16-17) et deux en août (6-7 et 13-14). De plus, aucun train ne circulera entre Achères-Ville et Cergy-le-Haut le week-end des 23 et 24 juillet.
Côté RATP, le RER A encore impacté…
On le voit, les usagers du RER A connaîtront encore des coupures cet été, y compris sur le tronçon central, mais pas pour les mêmes raisons que les années passées, et pour bien moins longtemps : du 13 au 19 août inclus, entre Auber et la Défense. Cette interruption limitée sera mise à profit pour la mise en service d’un poste de signalisation permettant le retournement des trains sur des aiguillages implantés à Charles de Gaulle-Etoile. « Cette opération nécessite des marches à blanc, ce qui aurait été difficile pendant les étés consacrés au renouvellement de la voie et du ballast », explique Jean-Louis Houpert, directeur de RATP Infrastructures.
… et travaux préparatoires pour le B
Pour ce qui est du RER B, cet été verra la reprise de l’étape préparatoire du remplacement des viaducs de Chartres et Gallardon à Massy, qui met en œuvre une grue des plus spectaculaires. Menée conjointement par la RATP et SNCF Réseau, cette opération avait dû être interrompue l’été dernier à la suite d’un tragique accident et doit maintenant se poursuivre jusqu’en décembre prochain. C’est pourquoi le RER B sera fermé entre Les Baconnets et Massy-Palaiseau du 16 juillet au 18 août, alors que le RER C sera fermé entre cette dernière gare et Pont de Rungis du 15 juillet au 20 août.
Enfin, l’arrivée du futur matériel MI20 sur le RER B nécessitera la reprise de certains quais RATP, à Port-Royal (pas d’arrêt jusqu’au 28 août) et La Croix-de-Berny (fermeture les week-ends des 13-14 et 20-21 août).
Côté SNCF, des travaux sur le B, le C, le D
Côté SNCF, la partie nord du RER B ne sera pas épargnée par les travaux, « moins visibles mais nécessaires pour la régularité », comme les qualifie Séverine Lepère, future directrice régionale SNCF Réseau : voies de retournement au Bourget, modernisation des voies, préparation de l’arrivée du MI20 à Drancy et Aulnay-sous-Bois, correspondances avec le Grand Paris Express, chantier CDG Express… Aucune rame de RER B ne circulera donc au nord de la Gare du Nord le week-end des 2-3 juillet et le pont du 13 au 15 août, alors que l’offre sera réduite aux heures de pointe entre Aulnay et Mitry-Claye.
Pas d’été sans travaux sur la traversée parisienne du RER C ! En 2022, aucun train ne circulera donc du 15 juillet au 20 août inclus à l’ouest de Musée d’Orsay, permettant la poursuite du jet grouting afin de stabiliser le souterrain entre Invalides et Pont de l’Alma et d’améliorer son étanchéité. Et tant sur les branches Rive gauche que Pontoise, cinq chantiers de renouvellement de rails sont programmés.
Sur la ligne D, c’est l’arrivée des rames RER NG qui va entraîner des fermetures de gares. Ce sera le cas du 4 juillet au 2 septembre, les fins de soirée en semaine, entre les voies souterraines de la Gare de Lyon et Villeneuve-Saint-Georges, sauf Maisons-Alfort. Pour la même raison, aucun train ne circulera du 18 juillet au 26 août entre Juvisy et Corbeil-Essonnes via Évry-Courcouronnes en heures creuses, le service étant réduit en heure de pointe (vers Paris le matin et retour le soir).
Interruptions de lignes et mises en accessibilité
Les voies empruntées par les rames de RER ne seront pas les seules à être coupées cet été sur le réseau SNCF.
Au nord, sur la ligne H, les travaux à Persan empêchent les trains de circuler entre Creil et Pontoise du 6 au 21 août, ainsi qu’entre Persan-Beaumont et Montsoult-Maffliers du 6 au 15 août et le week-end des 20-21 août. Sur la ligne K, du 9 juillet au 15 août, les trains ne circuleront qu’entre Crépy-en-Valois et Mitry-Claye, où un changement avec le RER B sera nécessaire pour qui voudra poursuivre vers Paris.
A l’ouest, les travaux de modernisation entre Plaisir et Épône entraîneront la suspension des circulations entre Plaisir et Mantes-la-Jolie du 2 juillet au 28 août.
A l’est, un chantier de longue haleine s’achève sur la ligne P, dont les trains Paris – Gretz – Provins pourront être assurés en traction électrique à partir du 29 août. Mais auparavant, il faudra mettre en service le poste d’aiguillage informatisé de Gretz et tester, de nuit, la circulation des trains sous la caténaire, une fois cette dernière mise sous tension, puis supprimer l’ancienne signalisation. Par conséquent, les 2 et 3 juillet, aucun train de la ligne P ne circule vers Provins, Tournan et Coulommiers ; les week-ends des 30-31 juillet et 6-7 août, ce sera au tour des dessertes vers Château-Thierry, alors que les trains pour Meaux ne dépasseront pas Lagny-Thorigny. Et les 28 et 29 août, aucun train ne circulera entre Meaux et Château-Thierry.
A deux ans des Jeux olympiques, la mise en accessibilité des gares se poursuit, 30 d’entre-elles étant actuellement en travaux. Cet été verra ente autres les rehaussements de quais et la création de fosses d’ascenseurs à Ris-Orangis et Bois l’Épine, mais surtout l’ouverture d’un accès vers le tram T1 en gare de Saint-Denis, ou encore d’un accès direct aux quais 1 et 2 à Saint-Quentin en Yvelines.
Sept lignes de métros en chantier !
Dans le métro, les travaux estivaux concerneront sept lignes différentes ! Ils seront d’importance variable, mais ont en commun de « moderniser et préparer le futur », rappelle Philippe Martin, DG adjoint Opérations de transport et de maintenance de la RATP.
Sur la ligne 2, les quais de Stalingrad seront fermés du 4 juillet au 14 octobre pour remplacer deux escaliers mécaniques et la verrière.
Tout à l’est de la ligne 3, le renouvellement de trois appareils de voie fera de Gambetta un terminus provisoire du 14 au 19 juillet.
Sur la ligne 4, les marches à blanc en vue de l’automatisation entraîneront des fermetures du lundi au jeudi à partir de 22 h 15 (sauf 21 juin, 13-14 juillet et 15 août), tous les dimanches jusqu’à 12 h (sauf 14 août), voire toute la journée le 10 juillet.
Sur la ligne 10, les travaux pour l’arrivée des rames MF19 entraîneront une fermeture à l’ouest de Duroc du 27 juin au 3 juillet.
Sur la ligne 11, le quai direction Châtelet de la station Porte des Lilas ne sera pas desservi du 25 juin au 2 septembre, afin de préparer l’arrivée des rames MP14.
Tout au sud de la ligne 13, le trafic sera interrompu certains jours de juin et d’août au-delà de Porte de Vanves à partir de minuit, afin de travailler sur la correspondance avec le Grand Paris Express.
Enfin, pour les travaux préparatoires à son prolongement vers Orly, la ligne 14 sera entièrement fermée les dimanches à mercredis à partir de 22 h jusqu’au 27 juillet (sauf 21 juin et 13 juillet), ainsi que jusqu’à 12 h les dimanches 19 juin, 3 et 31 juillet, voire jusqu’à 16 h les 14 et 21 août. Enfin, les rames automatiques ne circuleront pas au sud du Châtelet du 31 juillet au 20 août.
Allongement de quais de tramway
Tout comme pour le RER et le métro, c’est l’arrivée d’un nouveau matériel roulant sur le T1 qui est à l’origine de travaux. C’est ainsi que l’allongement des quais aux arrêts va entraîner une fermeture de la partie ouest de la ligne, du 20 juin au 31 août entre Asnières Quatre-Routes et Hôpital Delafontaine et du 13 juillet au 24 août entre Asnières Quatre-Routes et La Courneuve Six-Routes. Ces travaux sur le T1 se répercuteront sur la section du T8 entre Saint-Denis Gare et Paul Éluard, où les trams ne circuleront pas du 22 juin au 6 juillet et 28 au 30 juillet.
Des centaines d’agents pour informer
Des années de travaux estivaux ont indubitablement permis d’améliorer la coopération entre RATP, SNCF et IDFM afin de proposer aux voyageurs, après consultation des associations qui les représentent, des plans de transport alternatifs adaptés, ainsi qu’une information renforcée, de plus en plus anticipée par rapport aux lancements des travaux et de façon de plus en plus réactive grâce aux applications… tout en se souvenant que tout le monde n’a pas un smartphone ! C’est pourquoi des centaines d’agents SNCF et RATP seront mobilisés tout l’été pour informer les voyageurs sur les solutions de transport alternatives mises à leur disposition, en portant une attention particulière aux voyageurs occasionnels Des solutions alternatives qui ne sont pas nécessairement une substitution routière, « mais qui peuvent aussi être un rabattement vers d’autres lignes de bus ou de métro, comme la ligne 7 pour le RER E dans Paris », ajoute Serge Wolf, directeur sécurité et exploitation Transilien SNCF.
Patrick Laval

Les trains, cars et navettes maritimes seront gratuits cet été pour les jeunes en Bretagne
350 000 titres de transport gratuits pendant sept semaines cet été en Bretagne pour les moins de 26 ans. C’est l’offre Gratuité BreizhGo Jeunes qu’a annoncée, le 9 juin, Loïg Chesnais-Girard, le président de la région Bretagne. L’opération, qui se déroulera du 9 juillet au 28 août, doit permettre aux jeunes, habitant sur le territoire ou simplement en vacances, de voyager gratuitement sur tout le réseau de transport public BreizhGo. Chaque semaine, 30 000 billets de TER, 18 000 de cars et 2 000 de navettes maritimes seront proposés.Pour en bénéficier, il faudra toutefois réserver son billet la veille de son déplacement. « Il y a un quota de places proposées chaque jour sur les différents trajets trains, cars et navires du réseau BreizhGo », explique Michaël Quernez, vice-président du Conseil de Bretagne en charge du climat et des mobilités « La réservation est indispensable pour garantir une place aux jeunes qui veulent voyager, mais aussi à tous les autres voyageurs. Et puis, c’est aussi une responsabilisation pour des jeunes dont c’est souvent les premiers déplacements, sans leurs parents. »Lors des contrôles, les jeunes voyageurs devront, en plus du billet gratuit, présenter un justificatif d’âge, un justificatif d’étude (carte de lycéen, carte d’étudiant, certificat de scolarité, même d’un établissement hors région, voire d’un pays européen) ou une carte BreizhGo Solidaire destinés aux jeunes de moins de 26 ans, demandeurs d’emploi non indemnisés, bénéficiaires de l’ASS, du RSA, de l’AAH ou de l’ADA.En 2021, lors de la première édition de l’opération, 100 000 billets avaient été écoulés en six semaines. « Cette année, on espère bien doubler ce résultat, et distribuer 200 000 billets gratuits », assure Loïg Chesnais-Girard. « Comme on annonce l’opération plus tôt que l’année dernière, elle devrait rencontrer encore plus de succès », prédit le président de région, prêt à dépasser le quota pour les années qui viennent.Coût pour la région : 2 millions d’euros pour 350 000 billets distribués. Sans cette gratuité, 40 % des utilisateurs ne se seraient pas déplacés, et, parmi les autres, près de la moitié aurait effectué moins de trajets, selon une enquête menée par la Région a posteriori auprès des bénéficiaires de l’année dernière.Autre enseignement de l’enquête : ce sont les cars BreizhGo qui ont été le plus empruntés (un titre sur deux), principalement ceux desservant la côte et les plages bretonnes. Sur le réseau ferroviaire, les grandes lignes TER Rennes – Saint-Malo, Rennes – Quimper et Rennes – Brest, ont concentré 45 % des demandes. Les dessertes des îles bretonnes ont représenté 7 % des réservations. Ce qui reflète bien, selon l’élu régional, la part modale des différents transports.Yann Goubin
Transilien organise une série de « job dating » jusqu’à la fin juin
La direction des lignes P, RER E et Tram T4 en Ile-de-France organise, du 9 au 27 juin, une campagne de recrutement avec une série de « job dating », dans quatre gares et station de tramway : sur le parvis de la gare routière de Chelles le 13 juin, de 9 à 13 h ; en gare de Meaux, le 16 juin de 9 à 13 h ; à la station T4 Hôpital-de-Montfermeil (près de la gare) de 9 à 17 h ; et sur le parvis de la gare l’Est à Paris, le 27 juin de 9 à 13 h.Transilien SNCF cherche des agent(e)s de maintenance, des agent(e)s de conduite, de manœuvre, de production, et des gestionnaires de moyens. Parmi les types de profils, la direction de ces lignes cible des titulaires d’un Diplôme national du Brevet (DNB), d’un CAP/BEP, ou d’un niveau BAC à BAC +3 avec ou sans expérience.Globalement et sur l’ensemble de l’année, la compagnie ferroviaire compte recruter 600 agents en Ile-de-France.Si les postulants ne peuvent se rendre à ses jobs dating, ils pourront envoyer une candidature à l’adresse suivante : [email protected].
Keolis gagne le match à Bordeaux face à Transdev
Dans la compétition acharnée qui a opposé Keolis à Transdev, c’est le premier déjà aux manettes à Bordeaux depuis 2008, qui l’a emporté : la filiale de transport public de la SNCF continuera à exploiter les transports de l’agglomération bordelaise. Le président PS de Bordeaux Métropole l’a annoncé hier, même si le choix doit encore être confirmé par un vote le 8 juillet.
Le nouveau contrat, d’une durée de huit ans à partir de 2023 et d’une valeur de 2,2 milliards d’euros (contre 1,7 milliards pour le contrat actuel 2014-2022), est « le plus gros jamais conclu par une métropole« , a souligné Alain Anziani, en expliquant que le périmètre du contrat a été agrandi.
Parmi les raisons citées justifiant la victoire de Keolis, Alain Anziani a indiqué que l’opérateur actuel proposait deux moyens importants pour « désaturer » le tramway bordelais : la création de deux nouvelles lignes par l’installation d’aiguillages et non par construction de voies, et l’amélioration des fréquences sur la partie centrale du réseau. D’autres améliorations sont attendues comme de nouveaux vélos en libre service, du transport à la demande ou le renforcement de navettes fluviales.

Zones peu denses. Rendre compte de la pluralité des territoires
Selon la LOM , l’ensemble du territoire doit désormais être couvert par des autorités organisatrices de mobilité. Un défi pour desservir des territoires peu denses, où l’automobile s’impose aujourd’hui. Ces territoires sont mal connus. Trop souvent on se contente de les définir comme ruraux, alors qu’il faudrait les appréhender plus finement afin d’apporter les réponses justes aux questions de mobilité. C’est ce qu’invitent à faire Jérôme Godement, consultant chercheur d’Artimon Transports et Josefina Gimenez, directrice de recherche d’Artimon Perspectives, l’institut de recherche d’Artimon, qui travaille précisément sur les problématiques liées au transport et au développement des territoires.
Par Josefina Gimenez et Jérôme Godement
Uber, Lime, Tier, CityScoot ou Vélib ne sont que quelques exemples d’acteurs privés ou publics qui opèrent dans la capitale et les autres grandes métropoles déjà pourvues de réseaux de transports collectifs denses. Ces nouveaux acteurs permettent dorénavant un accès à une multitude de modes de déplacement supplémentaires : VTC, vélos, trottinettes, voitures et scooters électriques partagés. Si l’utilisation du terme « mobilités » au pluriel convient alors, il est forcé de constater qu’il en est tout autre pour les 89 % restants du territoire français. Dans ces zones peu denses, rares sont les offres alternatives à l’automobile et adaptées aux besoins de ses habitants qui représentent plus de 33 % de la population française selon les chiffres Insee 2019 * (Voir les références à la fin de l’article. Toutes les références sont appelés par un astérisque).
Si faire disparaître la voiture du paysage ne semble pas une ambition réaliste dans un territoire qui s’est construit autour de son usage, en diminuer la dépendance et son empreinte est un objectif réaliste et nécessaire dans un contexte d’urgence climatique, mais pas seulement. La crise des gilets jaunes et les augmentations actuelles et futures du coût de l’énergie mettent en avant la vulnérabilité d’une part de la population vis-à-vis d’un poste de coût difficilement compressible lorsque la majorité des déplacements concernent des trajets domicile-travail.
Longtemps restés en dehors du champ des études de mobilité et du politique, ces territoires ont été noyés dans un ensemble monolithique parfois en simple opposition aux aires urbaines : les zones rurales. Ce terme réducteur est porteur d’un imaginaire collectif qui tend à abandonner ces territoires à la seule activité agricole, à des paysages bucoliques, et masque de réelles pluralités géographiques, d’activités et de peuplement.
Ainsi, pour compenser ces biais et accompagner l’échelon local qui s’empare de ces problématiques, comme le prévoit la loi d’orientation des mobilités, il est primordial de définir clairement la notion de zones peu denses au regard de la mobilité. L’objectif est à la fois d’identifier les critères communs à ces territoires sans masquer la pluralité des situations, ce qui permettra la réalisation des diagnostics nécessaires à l’élaboration d’une politique de mobilités adaptée.
Les caractéristiques partagées des zones peu denses
Le critère humain
En France, l’administration territoriale se compose de trois échelons appelés collectivités territoriales : la commune (34 965), le département (96 + 5 DOM), la région (13). Ces trois niveaux territoriaux se partagent des compétences qui vont de la gestion des écoles primaires, collèges et lycées, à l’urbanisme, aux actions sociales ou aux transports (urbain ou interurbain). La commune, maille la plus fine, sert aujourd’hui de référence à l’Insee lorsqu’il s’agit de calculer la densité d’un territoire et d’en construire sa typologie.
Or, l’utilisation d’un échelon territorial qui date de la Révolution se révèle peu adaptée à l’étude d’une mobilité transformée par l’usage de la voiture qui a eu pour conséquence un étalement des espaces de vie de chacun, et ce bien au-delà de nos communes de résidence (les métropoles font parfois exception).
» L’ESPACE PEU DENSE EST DÉFICITAIRE EN EMPLOI ET LA VOITURE DEVIENT UNE VECTEUR IN DISPENSABLE DANS LES TRAJETS DOMICILE – TRAVAIL «
Au problème d’échelle s’ajoute le choix de l’utilisation d’un critère unique. Ainsi, l’emploi de la seule densité de population pour catégoriser un territoire de zone peu dense dans le cadre d’étude de mobilité est source d’interrogation. Facilement exploitables et accessibles, les données de densité font l’objet de mesures précises et récurrentes de la part de l’Insee, mais ignorent les moteurs de la mobilité (ex. emploi, consommation, loisirs, etc.) et l’organisation du territoire dans lequel elle se réalise (ex. topographie, répartition de la population et des acteurs économiques, etc.). Enfin, comme l’indique Frédéric Fortin « la seule appréhension par la notion de densité «manque de finesse, ignorant le relief, le climat, les dynamiques économiques et résidentielles, etc. » *.
Cependant, il est intéressant d’observer que l’Insee a revu en 2021 sa définition du rural. Au critère de densité de population, il ajoute la notion de polarisation des territoires, ce qui va dans le sens d’une prise en compte de l’organisation des territoires qui influe sur les mobilités.
L’accessibilité et les habitudes de mobilité
Des chercheurs tels que Jean-Paul Hubert proposent des définitions alternatives de la zone peu dense tournées sur l’accessibilité et les habitudes de mobilité.
En ajoutant l’accessibilité à la densité comme critère différenciant des territoires, Hubert, Madre et Pistre* mettent en contraste des zones à forte densité d’activité et de population, caractérisées par des trajets courts soutenus par un réseau de transport collectif urbain développé et relayé en périphérie par du transport dit lourd (ex. RER, Transilien). Un modèle qui s’oppose aux zones combinant faible densité d’activité et transport collectif peu développé : c’est « l’espace de dépendance à l’automobile ».
L’usage de l’automobile devient alors un élément discriminant dans la définition de ces espaces qui renferment un tiers de la population française et « où la voiture permet de se déplacer rapidement, c’est‑à‑dire jusqu’à la limite des espaces densément bâtis que nous assimilons aux agglomérations de 10 000 habitants et plus » (Hubert et al., 2016*). L’utilisation de l’automobile par les ménages détermine la définition des territoires peu denses en termes d’accessibilité et d’opportunités pour les populations. Ces éléments sont essentiellement liés à l’emploi : l’espace peu dense est déficitaire en emploi et la voiture devient un vecteur indispensable de la mobilité des populations dans ces trajets domicile – travail (selon l’Insee plus de 89% des salariés des communes des couronnes et hors attraction des villes se rendent sur leur lieu de travail en voiture).
Cependant on observe dans ces territoires un phénomène assez significatif : si l’équipement automobile des ménages y est proche de la saturation (en 2011, 90,3% des ménages disposaient d’au moins une voiture), le kilométrage est en diminution. L’accès à l’emploi explique également ce phénomène. Selon les auteurs, la légère croissance de la motorisation est portée par les ménages inactifs, mais cela ne compense pas la décroissance du kilométrage.
Si, dans ces territoires, les actifs sont captifs de la voiture pour aller travailler, parallèlement « les ménages (actifs ou inactifs) roulent moins : il doit s’ensuivre que la part des kilomètres non dévolus au domicile-travail diminue » (Hubert et al., 2016*). Ainsi, la part de kilométrage dédiée aux déplacements touristiques, aux achats ou aux visites diminue. « Les ménages continueraient donc à réduire leurs déplacements en voiture pour les motifs non obligés notamment les vacances et les sorties de week-end. »
La valeur de la mobilité tient aux possibilités qu’elle offre en termes d’accès aux opportunités professionnelles, mais également dans la création de liens sociaux et l’accès à un grand nombre de services qui participent à l’amélioration de la qualité de vie des populations : tourisme, culture, loisirs, services de santé, etc.
Ainsi, au-delà de la seule caractérisation de la population et de son lien à l’emploi, il est important d’inclure dans la qualification d’un territoire un ensemble de critères complémentaires, tels que :
- La quantité d’opportunités et d’aménités disponibles sur le territoire : ils sont les éléments déclencheurs de l’acte de mobilité (ex. emplois, services, loisirs) ;
- La quantité/qualité des infrastructures et services de mobilité : elles vont déterminer la nature du moyen utilisé pour effectuer la mobilité (ex. voiture particulière, vélo, transports collectifs, trajet multimodal).
Là où la ville réduit les espaces de vie de chacun, en densifiant les territoires en services, infrastructures et activités, la zone peu dense les étale, avec une faible densité de service, un éloignement des pôles d’emploi, des infrastructures de transport déficitaires ou inadaptées aux besoins de la population. Un étalement qui ne fut possible que par l’utilisation intensive de l’automobile.
Cependant, si la dépendance à la voiture est un trait commun à l’ensemble des territoires peu denses, l’intensité du phénomène n’est pas totalement homogène.
On s’aperçoit que les EPCI ruraux (considérés comme les moins denses) s’approchent des caractéristiques du périurbain de la région parisienne lorsque nous nous concentrons sur le seul usage de la voiture. On observe que l’absence de mode de locomotion est un autre critère bien plus discriminant dans l’identification des zones peu denses qui va de pair avec l’absence ou quasi-absence de solution de transport en commun.
Une taxonomie des zones peu denses basée sur une approche multidimensionnelle
S’extraire d’une définition de la zone peu dense trop régressive, car basée sur une échelle qui ne fait plus sens et sur un critère unique trop restrictif, participe à révéler le caractère pluriel de ces territoires longtemps laissés de côté par les grandes politiques publiques d’aménagement de la Ve République.
Les années 60 et 70 marquent la première tentative de revitalisation du territoire d’une France de tradition centralisatrice avec le concept de « métropoles d’équilibre » qui cherchent à combattre le « marginalisme économique ». 50 ans se sont ensuite écoulés avant que les agendas politiques (ex. mission ruralité, agenda rural européen) portent de nouveau leur attention sur ce pan entier du territoire, remis sous la lumière par les enjeux liés au dérèglement climatique, la situation sociale révélée par le mouvement des Gilets Jaunes et la crise sanitaire qui a marqué le début de cette nouvelle décennie.
» LES GRANDS PERDANTS DE CETTE STRATÉGIE DE LA MOBILITÉ DES TRAJETS LONGS, SURCONSOMMATRICE DE RESSOURCES, SONT LES ZONES PEU DENSES, INVISIBILISÉES, QU’ON TRAVERSE SANS LES DESSERVIR «
Un des marqueurs du manque d’intérêt généralisé pour le sujet est le faible nombre d’enquêtes portant sur les comportements et habitudes de mobilité des populations vivant hors des zones urbaines sur ces 30 dernières années : « Depuis l’enquête nationale Transports et déplacements de 2007‑08, il n’existe pas de source statistique donnant une vision globale des utilisations de l’automobile par les ménages vivant dans l’espace peu dense et de leur motorisation ; la dernière enquête aussi détaillée remonte à 1993‑94 » (Hubert et al. 2016*)
Ce constat se confirme dans les politiques de transport, marquées à l’époque par l’arrivée du TGV et le développement du réseau autoroutier, qui ont pour objectif de réduire les distances-temps entre quelques grands pôles, souvent urbains. Les grands perdants de cette stratégie de la mobilité des trajets longs sur-consommatrice de ressources (financières et matérielles) sont les zones peu denses, invisibilisées, qu’on traverse sans les desservir, ce que les géographes ont qualifié « d’effet tunnel ». Même bilan dans la loi Loti de 1982 dans laquelle la notion de ruralité est absente ou se limite au terme de « territoire interurbain ». Ainsi, selon la Gazette des Communes*, les zones peu denses se résument pour la loi Loti à des « interstices dans lesquels l’offre de transport est souvent limitée aux grands axes reliant les villes entre elles ».
Choisir l’échelle et catégoriser le territoire
Comme évoqué plus haut, l’utilisation de l’échelle communale pour l’étude des mobilités est un premier biais qui empêche d’appréhender les habitudes de mobilité dans leur entièreté et donc d’en révéler toute leur complexité. Il est donc nécessaire de redéfinir le cadre de l’objet d’étude avant de se pencher sur le contenant, ce que fait la LOM en encourageant les communautés de communes à s’approprier cette compétence en devenant autorités organisatrices de mobilité (AOM), que ce soit « par la création de syndicat mixte de transport, soit par un pôle d’équilibre territorial, soit en adhérant à un syndicat mixte de transport existant. » (Loi Mobilités, le mémo collectivités, ministère de la transition écologique et solidaire).
La typologie produite en 2021 par l’agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) se différencie en termes d’unité d’analyse territoriale par le choix d’un échelon intermédiaire : l’intercommunalité (EPCI) de type communauté de communes (ComCom) dans le cas des zones peu denses. Cette unité d’analyse permet de rendre compte des relations et transversalités entre différents territoires.
Ainsi, en dehors de la région parisienne et sa banlieue, 70% des actifs ont leur lieu de travail au sein de leur EPCI de résidence. Ce taux peut monter jusqu’à 85% pour les résidents des villes moyennes et des « EPCI ruraux ». Dans un contexte où la part du kilométrage domicile-travail augmente, au détriment des autres déplacements (touristiques, achats ou loisir), l’EPCI semble être désigné comme l’échelle sur laquelle les efforts devront se focaliser.
Il y a pourtant un mais, car comme le précise à juste titre la Gazette des Communes*, la constitution des EPCI « résulte souvent de jeux d’alliances politiques et ne constitue pas toujours une entité géographique cohérente du point de vue de la mobilité quotidienne ».
Typologie basée sur des critères multiples
Depuis sa publication au journal officiel en décembre 2019, la loi d’orientation des mobilités marque donc le grand retour de la problématique de la mobilité du quotidien dans les politiques publiques, et ce sur l’ensemble du territoire.
Sa mise en application prévoit notamment une généralisation des AOM, qui nécessite de se pencher sur les caractéristiques communes et différenciantes de ces territoires afin de dresser des diagnostics de mobilité et de fournir des clés de lecture pertinentes et adaptées à ces nouveaux acteurs d’une mobilité où tout reste à faire.
Ainsi, pour sortir de ce schéma trop englobant et des travers passés, il est primordial de travailler sur une analyse multidimensionnelle qui permettra une typologie plus fine.
Nous pouvons retenir trois premiers axes principaux qui sont géographiques, topologiques et socio-économiques qui permettent de faire une première sous-catégorisation.
A ces critères qui caractérisent les territoires, support de la mobilité, il faut y ajouter ses principaux acteurs : les populations.
Pour dresser des profils pertinents dans l’étude des pratiques, il semble opportun de se baser sur le rapport à la mobilité des individus et des ménages, comme le font Huyghe, Baptiste et Carrière* qui distinguent trois groupes majeurs :
- Les « assignés territoriaux » : personnes en situation de « mobilité dépendante » dont les déplacements sont réalisés dans un environnement très proche ou avec l’aide d’autres personnes (ex. famille ou amis). Ces populations ont un risque d’isolement très important, si ce n’est une forme d’exclusion de la société ;
- Les « vulnérables » devant restreindre leur budget dans d’autres domaines (énergie, alimentation, etc.) afin de pouvoir se déplacer. Une hausse des coûts de vie ou des taxes (notamment concernant le carburant) pourrait entraîner une remise en question de leur qualité et de leur mode de vie ;
- Les « autres mobiles » parvenant à satisfaire eux-mêmes leurs besoins en mobilités.
Dans un environnement où la mobilité est synonyme d’usage de l’automobile et où les trajets domicile-travail représentent la majorité des déplacements, la composante économique est forcément prégnante dans le choix des ménages du fait des coûts élevés de cette forme de mobilité réalisés sur des trajets incompressibles :
- Obtention du permis de conduire ;
- Coûts à l’achat du véhicule : prix du véhicule et coût du prêt bancaire ;
- Coûts à l’usage : carburant, maintenance et assurance.
Comme le montrent les travaux de M. Huyghe sur les comportements de mobilité*, le rapport à la mobilité et la construction des habitudes sont des phénomènes complexes qui nécessitent de s’intéresser à la structure sociodémographique du territoire à la fois pour adapter l’offre. Des exemples simples seraient :
- La différence d’amplitude horaire du service nécessaire entre des territoires essentiellement peuplés de travailleurs du tertiaire, d’ouvriers travaillant en 3×8 ou de retraités ;
- L’effet de la structure familiale : la présence ou non d’enfants au sein d’un foyer influera sur la flexibilité des personnes et leur capacité à accepter les changements et les contraintes du transport collectif.
La notion de « trajectoires mobilitaires » décrite dans Cailly et al., 2020* met en relief les pratiques de mobilité à la lumière des conditions et de ces changements individuels et familiaux qui impactent les pratiques de mobilité, ce qui rend compte de la dynamique et la pluralité des territoires et de leurs populations.
L’objectif est alors de comprendre non seulement les usages de la voiture, mais aussi les déplacements spatiaux et temporels, les changements de modes de déplacement, des pratiques et les ruptures individuelles qui les accompagnent.
Comprendre les territoires à la lumière de la LOM
En permettant la prise de compétence de mobilité par les EPCI de type communautés de communes (effective depuis le 1er juillet 2021), le législateur rapproche la politique de mobilité de son contexte territorial. Ce choix d’échelle laisse espérer des politiques de mobilités au plus proche de la diversité et des spécificités des besoins et territoires.
Cette prise de conscience de la diversité des territoires se traduit dans la LOM par une grande autonomie donnée à ces nouvelles AOM et un outil de planification plus souple : les plans de mobilité simplifiés (PMS). Le PMS se veut complémentaire du plan de mobilité (ancien plan de déplacement urbain) à destination des agglomérations de plus de 100 000 habitants. Comme le précise le Cerema dans sa note de synthèse*, le PMS en étant peu cadré par la loi permet une forte adaptation aux contextes et enjeux de chacun, tout en laissant sa place à l’innovation. Ainsi, malgré le fait que les AOM concernées par le PMS soient bien compétentes sur tout un ensemble de services de mobilité, le cadre législatif ne prévoit aucune obligation de déploiement et de gestion. Chaque AOM est libre de choisir les services les plus adaptés à ses besoins. Cependant, si la volonté d’offrir de la souplesse et de l’autonomie aux AOM semble aller dans le bon sens, l’absence de toute obligation et un PMS conditionné à la seule volonté des acteurs peut susciter des interrogations, d’autant plus que la LOM s’inscrit dans un contexte d’urgence climatique (ex. évaluation environnementale non obligatoire) et d’un équilibre social un peu plus fragilisé par le renchérissement durable de l’énergie.
Cette autonomie atteint ses limites lorsqu’il est question du financement de ces services. Ainsi, le versement mobilité (anciennement versement transport), qui forme la principale source de revenu des AOM, est conditionné par la présence d’un service de transport public régulier sur le territoire, service coûteux et pas toujours adapté à ce type de territoire. À titre indicatif, le financement des nouveaux services de mobilité est aujourd’hui assuré à plus de 40 % par le versement mobilité (VM) prélevé par les AOM sur toutes les entreprises de plus de 11 salariés (Loi Mobilités, Le mémo collectivités, ministère de la transition écologique et solidaire). « En incitant les intercommunalités à prendre la compétence mobilité sans garantir de financement durable associé, la nouvelle loi limite donc fortement leur marge d’action», note la Gazette des Communes*. Outre la possibilité pour les AOM d’avoir accès à des financements dédiés (subventions, appels à projets, etc.) la prépondérance du VM basé sur la vitalité économique du territoire pose plusieurs questions :
- Un risque de création ou de creusement des inégalités entre les territoires, favorisant les territoires les plus dynamiques économiquement ;
- Une absence de VM comme élément d’attractivité des territoires à destination des entreprises au détriment des services de mobilité.
Parallèlement au cadre politique et de gouvernance, l’existence de nouveaux bassins de mobilité pose les questions :
- Des modèles de mobilité à inventer qui ne pourront être une simple transposition du réseau urbain qui s’appuie sur un maillage de lignes régulières denses ;
- Du changement du comportement des usagers, historiquement dépendants de la facilité et de la vitesse de déplacement offertes par la voiture particulière dans ce type de territoires.
Ainsi, si le transfert des compétences de mobilité rapproche la politique des mobilités de son territoire d’application, et encourage la prise en compte des spécificités et besoins des populations et de leurs territoires, le cadre d’opérationnalisation du dispositif n’est pas en l’état l’assurance d’une prise de compétence réussie pour cet échelon territorial encore relativement récent. Se posera également la question de l’accompagnement des territoires dans la définition de leurs besoins, l’application des stratégies et l’assurance d’une égalité de services entre les territoires.
Le transfert de compétences et la création d’AOM « locales » pour travailler les plans de mobilité de territoires jusqu’alors oubliés semblent aller dans le bon sens en termes de retour à la proximité et de prise en compte des spécificités locales. Toutefois, l’absence de financement pérenne, d’obligation de service et les difficultés en termes d’infrastructure risquent de faire ressortir ou d’alimenter des inégalités territoriales déjà existantes, notamment en termes d’intégration de nouvelles solutions, d’innovation ou de vitalité sociale et économique. Ainsi la volonté politique et les ambitions concernant le développement des territoires demeurent, somme toute, des facteurs déterminants de la redynamisation de ces zones.
La recherche permet de mettre en relief des éléments caractéristiques à prendre en compte dans l’élaboration d’un plan de mobilité pour ces territoires, mais aussi dans la compréhension des habitudes et besoins des populations. Prendre en compte ces spécificités signifie apporter une vision proche du terrain qui saisit les motifs des déplacements ou d’absence de déplacement, et leurs impacts (sociaux, économiques, psychologiques…) sur les usagers. Il s’agit également d’apporter une vision qui ne résume pas les territoires et leurs habitants à une typologie d’espace, ce qui permet d’envisager un champ plus large de solutions.
C’est ainsi que la politique de mobilité prend tout son sens, ouvrant les perspectives au travail coordonné avec d’autres politiques publiques (urbanisme, emploi, éducation, mais aussi services publics et services à la personne…), condition nécessaire pour répondre de manière systémique et durable aux enjeux nombreux des territoires.
Voir la version originale du texte avec ses illustrations sur le site d’Artimon : https://artimon.fr/.
Note : Artimon Perspectives, institut de recherche d’Artimon, rencontre différents acteurs dans l’objectif de mieux appréhender les difficultés rencontrées par les communautés de communes dans l’adoption des nouvelles responsabilités d’AOM. Nos lecteurs qui souhaitent partager leur expérience peuvent contacter Artimon Perspectives :
[email protected]
Références :
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- Brutel C., Pages J., La voiture reste majoritaire pour les déplacements domicile – travail, même pour de courtes distances, INSEE Première n°1835, 19/01/2021.
- Cailly L, Huyghe M, Oppenchaim N, (2020), Les trajectoires mobilitaires : une notion clef pour penser et accompagner les changements de modes de déplacements ?, Flux (2020) N° 121(3) 52-66.
- Cerema (2018) Les zones blanches de mobilité : de quoi s’agit-il ?
- Cerema (2019) Expériences d’accompagnement personnalisé pour faciliter les mobilités en milieu rural et périurbain, Rapport d’étude, 78 p.
- Cerema (2020) Le plan de mobilité simplifié.
- Cerema (2021) Loi Mobilités : Les communautés de communes et la compétence mobilité — mode d’emploi, 12 p.
- Colard J. et al. (2021) Mobilité dans les espaces périphériques et peu denses: pour un territoire plus accessible ? France Stratégie Document de travail n° 2021-02, 56 p.
- Fortin F. (2021) Mobilité dans les zones peu denses en 2040 : il faudra encore compter avec la voiture, Banque des territoires.
- George P. (1967), Métropoles d’équilibre, Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest. Sud-Ouest Européen Année 1967 38-2 pp. 105-111
- Hubert J, Madre J, Pistre P (2016), L’utilisation de l’automobile par les ménages dans les territoires peu denses : analyse croisée par les enquêtes sur la mobilité et le Recensement de la population, Economie et statistique (2016) 483(1) 179-203.
- Huyghe M., Baptiste H., Carrière JP. (2013), Quelles organisations de la mobilité plus durable et moins dépendante de la voiture dans les espaces ruraux à faible densité ? L’exemple du Parc naturel régional Loire-Anjou-Touraine, Développement durable et territoire, octobre 2013.
- Huyghe M. (2015), « Habiter les territoires ruraux – Comprendre les dynamiques spatiales et sociales à l’œuvre, évaluer les perspectives d’évolution des pratiques de mobilité des ménages » thèse, Université de Tours. Ecole Doctorale « Sciences de l’Homme et de la Société », UMR 7324 CNRS-CITERES, 16/11/2015.
- Insee, La France et ses territoires, INSEE.fr paru le 29/04/2021, https://cutt.ly/AHdfTgv.
- Labaronne D. et al. (2019), Ruralités : une ambition à partager ANCT, 129p.
- Observatoire des territoires (2021) La France en douze portraits : Rapport 2019-2020, ANCT, 34 p.
- TechniCité, Loi d’orientation des mobilités : une réforme en trompe-l’œil pour les zones rurales, La Gazette des Communes, 07/05/2021, https://cutt.ly/yHdfsv8.

