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Les opérateurs s’inquiètent de la « neutralisation » des circulations de fret ferroviaire du 4 au 9 décembre
Indignation du côté des opérateurs de fret ferroviaire : l’AFRA (l’Association française du rail, qui représente les transporteurs concurrents de la SNCF) affirme que ces entreprises ont reçu cette semaine de la part de SNCF Réseau un mail leur affirmant que les circulations de fret ferroviaire seraient « neutralisées » du 4 au 9 décembre.
« Les opérateurs de fret regrettent cette décision unilatérale » et demandent à la SNCF de revenir sur cette décision, écrit l’AFRA dans un communiqué du 29 novembre.
Contacté par VRT, SNCF Réseau dément avoir pris une telle décision. Le gestionnaire des infrastructures va mettre en place un dispositif d’accompagnement de ses clients comme il le fait à chaque fois qu’il y a une situation perturbée. Dans ce cas, un point téléphonique quotidien est organisé avec les entreprises ferroviaires et les équipes commerciales et de production de SNCF Réseau afin de faire le point sur la situation. Par ailleurs, une carte montrant les lignes ouvertes à la circulation est mise à la disposition des clients qui peuvent ainsi disposer d’informations en temps réel sur les trains qui peuvent circuler.
Reste que, malgré l’appel au volontariat auprès des cadres de la SNCF habilités à conduire pour remplacer des grévistes, on s’attend à un trafic extrêmement faible, sinon inexistant, au moins les deux premiers jours de grève, que ce soit pour le fret ou les voyageurs. Il faudra attendre le 3 décembre à 17 heures pour savoir combien de trains circuleront à partir du mardi 4 à 20 heures, date du démarrage du mouvement.
M.-H. P.

6,2 milliards d’euros seront investis dans le réseau en 2020
Cela n’aura pas été sans mal. Le 28 novembre, SNCF Réseau a enfin annoncé que son conseil d’administration avait approuvé le projet de budget pour 2020. Il a fallu en effet de multiples réunions et allers-retours pour parvenir à un accord avec l’État qui s’était engagé à augmenter sensiblement son effort en faveur de la rénovation du réseau ferré vieillissant. Mais c’était sans compter sur Bercy qui a cherché à rogner quelque 500 millions d’euros.
Finalement, ce projet de budget (le premier budget de la future société anonyme qui naîtra le 1er janvier prochain au sein du groupe SNCF unifié) prévoit que 6,2 milliards d’euros seront investis en 2020 (contre 5,7 milliards l’année précédente). Sur ce total, 2,8 milliards seront consacrés au renouvellement du réseau, auxquels s’ajoutent 90 millions d’euros pour le financement de l’ERTMS sur la LGV Paris – Lyon.

De nouvelles mesures pour contrer l’insécurité dans les transports franciliens
Recrutement d’agents de sécurité privés, création d’un centre régional de la sécurité, généralisation des caméras piétons, harmonisation des amendes… Le 28 novembre, la présidente d’Ile-de-France Mobilités, également présidente de la région, a annoncé une série de mesures concernant la sécurité dans les transports de la région.
« Nous avons décidé de recruter 250 agents de sécurité privés en 2020. Nous avions d’abord regardé du côté d’un personnel statutaire. Mais, comme le processus est exigeant puisque les agents portent des armes, c’est long. Et nous voulions recruter vite », a expliqué Valérie Pécresse. Ils s’ajouteront en effet aux 785 agents chargés de sécurité ou de médiation à la Régie, dont l’emploi a été financé par la région Ile-de-France entre 2016 et 2020, comme Valérie Pécresse l’avait déjà annoncé, le 14 novembre (voir La Vie du Rail n° 3756, p. 8).
Une fois encore, la présidente d’IDFM a regretté les suppressions des postes de policiers, qui passent de 1 350 à 1 000. D’autant que les policiers ont des prérogatives que ne possèdent pas les agents des réseaux de transports. La patronne de l’Ile-de-France souhaiterait d’ailleurs que ces derniers puissent également avoir un droit d’accès au fichier des personnes recherchées. Elle se félicite toutefois que le délit de multirécidive se traduise par une interdiction de l’accès au réseau de transports, comme le prévoit la loi LOM votée le 19 novembre dernier. Elle espère qu’elle sera rapidement applicable, afin de faire baisser la délinquance ou le sentiment d’insécurité dans les transports en commun.
Valérie Pécresse a également annoncé la généralisation du 3117, créé par la SNCF, pour signaler les actes de harcèlement sexuel. Elle souhaiterait aussi simplifier les amendes dont les différentes catégories sont nombreuses et augmenter leur tarif. Elle trouve que le taux de recouvrement des billets lors des contrôles, de 60 % actuellement, n’est pas suffisant. Notamment parce que les contrevenants peuvent délivrer un faux nom ou une fausse adresse. Elle voudrait que les agents de sécurité des réseaux puissent vérifier ces informations. Si la loi Savary autorise ces recherches, le décret d’application est toujours attendu.
Pour mieux coordonner les actions des agents chargés de la sécurité dans les différents réseaux, la région a enfin abouti à la création d’un centre régional de la sécurité dans les transports. Pour ménager les susceptibilités de chacun, il devrait s’installer dans les locaux de la Préfecture de Police de Paris, « à l’été 2020 ».
IDFM attend aussi au printemps prochain les résultats complets de l’étude qu’elle a lancée auprès des 515 255 clients abonnés du Pass Navigo annuel et Imagine R, âgés de 18 ans et plus, et où le taux de réponse est particulièrement élevé. Près de 10 % ont répondu à l’enquête soit 50 222 voyageurs. On sait déjà que les usagers ont identifié 700 lieux de transports collectifs ferrés « pointés […] comme particulièrement anxiogènes ». En tête de cette liste, on trouve la gare du Nord, suivie de Châtelet-les Halles, de la gare Saint-Lazare, la station de métro Châtelet, La Défense et la gare de Lyon.
Yann Goubin
Les départements d’Ile-de-France vent debout contre une ponction financière de l’État
Très remontés, les 7 départements franciliens et la Ville de Paris ont dénoncé, le 27 novembre lors d’une conférence de presse, la décision de l’État de ponctionner une partie des ressources des départements (les droits de mutation à titre onéreux) pour un montant de 75 millions d’euros en 2020 « pour soi-disant financer la Société du Grand Paris ». Une décision qualifiée de « racket » et passée via un amendement déposé par le gouvernement qui l’a fait adopter le 14 novembre dans le cadre du projet de loi de finances 2020.
Dans un communiqué, les collectivités expliquent que le gouvernement « a menti » aux Parlementaires en affirmant que ces droits de mutation avaient augmenté d’un milliard d’euros en Ile-de-France en 2018 « alors que cette hausse est en réalité de 75 millions et qu’elle a déjà été entièrement retournée aux départements de province dans le cadre de la solidarité ».
Second mensonge pointé : cette ponction « ne servira pas à financer prioritairement la Société du Grand Paris mais la part Etat du contrat de plan Etat-Région prorogé jusqu’en 2022 ».
Les départements de Seine-et-Marne, Seine-Saint-Denis, Yvelines, Hauts-de-Seine, Val-de-Marne, Essonne, le Val d’Oise ainsi que la Ville demandent l’abandon de cette décision et le déblocage de leur projet de création d’un Fonds de solidarité et d’investissement interdépartemental. En attendant, ils ont décidé de ne plus siéger au conseil de surveillance de la SGT et sont en train de déterminer selon quelles modalités ils pourraient se retirer de projets cofinancés avec l’État, dans les mêmes proportions que la ponction réalisée.

Réforme des retraites- Les organisations syndicales s’expliquent
Ville, Rail & Transports a demandé à chacune des quatre organisations syndicales représentatives de la SNCF sa position sur la réforme des retraites et ses revendications.
Interviews de Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, Rémi Aufrère-Privel, secrétaire général adjoint de la CFDT-Cheminots, Didier Mathis, secrétaire général Unsa-Ferroviaire, Erik Meyer, délégué syndical Sud-Rail.
Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots : « Ce conflit a une double dimension, interprofessionnelle et propre à la SNCF »
Ville, Rail & Transports. Pourquoi avoir boycotté les réunions sur la réforme des retraites ?
Laurent Brun. Nous avons boycotté ces réunions car depuis sa nomination, le nouveau secrétaire d’État aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari, nous convoque sur la réforme des retraites alors que ce n’est pas de sa compétence. Nous demandions à le rencontrer sur la politique des transports. Nous venons enfin d’être entendu sur ce point.
De plus, après tout ce que dit le gouvernement et sa caricature de la situation des cheminots, nous n’avions pas envie d’entrer dans ce jeu-là.
Très clairement, nous ne voulons pas d’un système à points et soutenons le système actuel. Nous demandons aussi de revenir à un départ à la retraite à 60 ans, au versement d’une pension équivalent à 75 % du salaire et à la prise en compte des spécificités avec le maintien des régimes spéciaux basés sur une surcotisation.
Notre régime spécial va se fermer avec la fin des embauches au statut. Nous demandons sa réouverture pour les futurs embauchés. L’espérance de vie moyenne des cheminots est plus basse que l’espérance de vie des salariés du droit privé. Les cheminots vivent moins longtemps, donc ils doivent travailler moins longtemps.VRT. Est-ce que vous voulez prendre votre revanche après la grève de 2018 qui s’est soldée par un échec ?
L. B. Nous ne sommes pas dans la revanche, nous continuons la bataille. Cela fait un an que nous disons que nous ne pourrons pas mettre en place la réforme le 1er janvier comme prévu.
Réforme des retraites ou pas, nous avions prévenu qu’il y aurait un conflit fin 2019. Ce conflit a une double dimension : interprofessionnelle et professionnelle, propre à la SNCF. Le cadre social (soi-disant de haut niveau), se révèle pour le moment extrêmement bas. Nous en sommes à la moitié des négociations sur la convention collective. Comme le patronat veut terminer pour le 31 décembre, il a mis sur la table un projet sur les classifications qui n’est pas satisfaisant. Et son projet sur les rémunérations fait hurler tout le monde. C’est une convention de branche a minima, mis au point pour n’imposer rien à personne. On se cale systématiquement sur le moins-disant de la branche. C’est donc une convention collective de branche qui ne sert à rien car elle n’oblige à rien.Didier Mathis, secrétaire général Unsa-Ferroviaire : « Nous voulons une réforme équitable, pas égalitaire »
VRT. Que demandez-vous au gouvernement ?
Didier Mathis. Nous sommes vent debout contre un système de retraites à points car elle occulte la question de la pénibilité. Nous voulons un système équitable et non pas égalitaire. C’est pourquoi nous revendiquons six points : d’abord, nous demandons le maintien du calcul de la pension sur les six derniers mois. Nous voulons aussi une bonification de 5 ans pour les contractuels actuels et futurs pour cause de pénibilité : en effet, 58 métiers sont déjà reconnus comme étant pénibles à la SNCF. Nous voulons qu’ils permettent de partir plus tôt en bénéficiant d’une bonification de 5 ans. Nous réclamons par ailleurs un plan d’épargne retraite pour les contractuels grâce aux économies que va pouvoir réaliser la SNCF qui ne devra plus payer le T2 pour les cheminots à statut. Nous demandons également que le calcul de la pension de réversion soit maintenu en l’état et que les pensions soient indexées au niveau de l’inflation. Enfin, nous demandons que la période de transition pour basculer dans le régime à points soit la plus longue possible.VRT. Quelles sont les revendications propres à la SNCF ?
D. M. Nous demandons l’arrêt des suppressions d’emplois tant que les réorganisations ne sont pas stabilisées et une revalorisation salariale à deux niveaux : d’une part une hausse des salaires de 5,2 % pour compenser 5 ans sans augmentation, d’autre part une progression de tous les éléments variables qui n’ont pas non plus été augmentés depuis des années (comme les primes de nuit par exemple).
Nous demandons aussi un moratoire sur les restructurations en cours ainsi qu’une meilleure représentativité des cheminots. Parmi nos autres demandes, nous souhaitons que la Caisse des retraites des cheminots devienne la Caisse de branche pour tous les salariés ferroviaires.VRT. Cette grève n’est-elle pas aussi l’expression d’une revanche après la grande grève à répétition de 2018 qui s’est traduite par un échec ?
D. M. On ne peut pas l’exclure. Au printemps 2018, nous avons mené la plus longue grève de l’histoire de la SNCF et nous avons été humiliés. C’est encore tout frais et nous n’avons pas encore pu en mesurer les conséquences avec la fin du statut en janvier prochain et l’ouverture à la concurrence qui ne devrait être effective que dans trois ans environ.Erik Meyer, délégué syndical Sud Rail : « Nous voulons défendre l’ensemble des salariés, pas seulement les cheminots »
VRT. Pourquoi avoir boycotté les réunions sur la réforme des retraites ?
Erik Meyer. Nous avons boycotté ces rencontres parce que c’étaient des réunions d’explication et non pas de négociations. Nous n’avons pas besoin de pédagogie, nous avons déjà fait nos analyses et nos calculs.
Notre position est le rejet de cette réforme non pas pour défendre les régimes spéciaux mais pour défendre l’ensemble des salariés.
L’attitude du gouvernement est paradoxale : d’un côté il pointe les méchants de la SNCF et de la RATP qui se battraient pour leurs avantages et de l’autre, il les convoque à des réunions sectorielles en disant vouloir négocier. Mais on voit bien qu’il ne s’agit pas de négociations.
Si vous prenez les chiffres de l’INSEE et vous les croisez avec ceux du COR (Conseil d’orientation des retraites), vous voyez que le budget général des retraites atteint 330 milliards d’euros, alors qu’on parle d’un déficit de 11 milliards par an pendant 3 ans. Après, le système sera excédentaire.
La réforme va aboutir à baisser le niveau des pensions pour ouvrir le système à la capitalisation.
Le gouvernement rejoue le même scénario qu’avec la Sécurité sociale. Après la guerre, la Sécu remboursait entièrement les frais de santé. Puis peu à peu, avec les déremboursements, on a abouti à obliger ceux qui le pouvaient à avoir une Mutuelle. Ce sera la même chose avec les retraites : ceux qui le pourront cotiseront à des fonds de retraites. Cette réforme va accentuer les inégalités.VRT. Vous vous battez toujours contre la réforme ferroviaire ?
E. M. L’application de la réforme ferroviaire fragmente la SNCF en 5 nouvelles sociétés indépendantes qui vont avoir tous pouvoirs (sur les salaires, l’organisation du travail…). c’est la fin de l’unité de la SNCF. Avec à la clé des questions sur la polyvalence, des surcoûts (comment seront gérées les interfaces ?) … Nous demandons que l’ensemble des dispositifs de la politique salariale, de l’organisation du travail, tout ce qui fait l’unicité d’une entreprise soit négocié pour l’ensemble du groupe. Le service public doit être pensé globalement.
Ce n’est pas une revanche après les grèves de 2018, mais la continuité du combat. Les conséquences de la réforme ferroviaire (développer l’offre, réduire les coûts, défendre les petites lignes, régler la question financière…) vont à rebours de ce qui était annoncé.Rémi Aufrère-Privel, secrétaire général adjoint de la CFDT : «Nous demandons une réforme systémique prenant en compte la pénibilité »
VRT. Pourquoi avez-vous déposé un préavis de grève à partir du 5 décembre suite à votre dernière rencontre avec Jean-Paul Delevoye et Jean-Baptiste Djebbari ?
Rémi Aufrère-Privel. Au cours des quatre réunions qui ont été organisées avec le haut commissaire aux retraites, nous avons à chaque fois demandé la même chose. Mais nous n’avons obtenu aucune réponse sur le respect du contrat social qui comprend le régime spécial des retraites pour les 138 000 cheminots au statut.
Les cheminots n’ont pas à assumer la responsabilité de la situation difficile résultant de la loi de 2018 qui a décidé de la fin des embauches au statut. Le régime des retraites des cheminots va devenir de fait un régime d’extinction : il s’éteindra lorsque les derniers cheminots au statut partiront à la retraite. C’est ce qui s’est passé pour les Charbonnages de France. Aujourd’hui, il ne reste plus que 350 ou 400 personnes de l’ex-GDF qui relèvent encore du statut.
Nous demandons un système similaire ou, si vous préférez l’application de la clause du grand-père même si nous n’aimons pas cette formulation.
Nous voulons aussi une réforme des retraites systémique (et non pas paramétrique) qui prenne en compte la pénibilité du travail. Toutes les formes de pénibilité (et pour tous les métiers) doivent être intégrées dans le futur régime.VRT. Qu’est-ce qui pourrait vous faire renoncer à la grève ?
R. A-P. Il y a une première ligne rouge : le respect du contrat. Ce serait la preuve que le gouvernement prend en compte nos demandes. Il serait alors possible que nous retirions notre préavis, mais bien sûr seulement après consultation de nos instances.
Obtenir des mesures sur la pénibilité contribuerait aussi à la détente. Cela montrerait qu’il y a une vraie démarche pour aller vers la négociation. La CFDT exige maintenant des positionnements clairs. Il y a eu une quantité d’échanges mais on en est resté aux constats.Propos recueillis par Marie Hélène Poingt

L’UTP se prépare à l’après-LOM
Satisfaction pour l’Union des transports publics : l’utilisation des modes collectifs progressent en France, de 10 points, selon son Observatoire de la mobilité 2019 qui se réfère à la première enquête datant de 2014. Autre tendance notée par l’organisation professionnelle patronale, si les transports publics couvrent aujourd’hui 73 % de la population française, soit 49 millions d’habitants, les différentes législations qui se sont succédés, notamment les lois Maptam (2014), NOTRe (2015) et LOM (votée le 19 novembre dernier) ont conduit à élargir les territoires desservis par les transports publics. « L’extension des périmètres à desservir à fait un bond entre 2016 et 2017 », souligne Thierry Mallet, le président de l’UTP. « Parmi les records, Cherbourg, qui a fusionné avec 8 autres communautés de communes, est ainsi passé de 6 à 132 communes à desservir ! ».
Malgré ces extensions, la population bénéficiant d’un service de transport collectif n’a augmenté elle que de 7 %. Résultat, « les extensions de réseaux pour couvrir de nouveaux périmètres peuvent conduire à délivrer un service de moindre qualité car dilué dans des zones de desserte élargies », indique l’UTP, en estimant que l’équilibre économique peut être ainsi fragilisée. Un argument, selon elle, pour ne pas aller vers la gratuité des transports, alors que le secteur a d’immenses besoins de financement pour améliorer le service. Or, avec les municipales en mars prochain, le thème de la gratuité devrait redoubler de vigueur.
Un des rares pays à ouvrir la billettique à la terre entière!
L’équilibre pourrait aussi être bousculé dans un avenir proche dans la distribution des billets. « La LOM va permettre aux GAFA de vendre un accès à la mobilité. Or l’intérêt des GAFA est avant tout d’élargir leurs bases de clients et d’engranger de la valeur qui ne bénéficiera pas aux transports publics », prévient Marie-Claude Dupuis, la directrice Stratégie, Innovation, Développement du groupe RATP. « Nous allons ainsi être l’un des rares pays dans le monde à ouvrir la billettique du transport public à la terre entière ! Ce sera possible à partir de juillet 2021 », ajoute-t-elle.
Deux types de plateformes sont envisagées par la loi : d’une part des plateformes de mise en relation, d’autre part des plateformes permettant d’offrir des packages de mobilité dans le cadre d’un contrat avec les AOT, explique la responsable de la RATP. « La LOM a recours à des principes qui nous vont bien, tels que transparence, neutralité, non-discrimination… Maintenant, il faut les préciser dans les décrets. L’UTP sera très vigilante sur ces décrets à venir. Il ne s’agit pas que de vendre des billets. Il faut aussi s’assurer de la qualité de service », explique-t-elle.
La Commission européenne travaille aussi sur la question de la responsabilité des plateformes numériques en matière de droits des voyageurs pour éviter par exemple qu’elles ne vendent un trajet multimodal qui ne serait pas réalisable. Qui serait alors responsable ?
« Il ne faut pas que l’intérêt général et l’intérêt des voyageurs soient oubliés », résume l’UTP qui demande « un juste partage des responsabilités et de la valeur ». Un sujet complexe. Il ne reste plus qu’un an et demi pour s’y préparer.
Marie-Hélène Poingt

Eloi Courcoux devient directeur général de Newrest Wagons-Lits France
Le 28 novembre, Newrest a annoncé la nomination d’Eloi Courcoux, 47 ans, au poste de directeur général de Newrest Wagons-Lits France.
Après avoir successivement occupé les fonctions de directeur Marketing et directeur général des Groupes et Evénements à la Walt Disney Company, il était depuis 5 ans, directeur général d’un groupe familial de restauration implanté au Cambodge et au Myanmar.
Chez Newrest il sera chargé « d’assurer le pilotage opérationnel de l’activité Rail et de la marque Newrest WagonsLits en France sous la responsabilité d’Emmanuelle Puig, CEO France de Newrest ».
Alstom modernisera le métro de Marseille
C’est Alstom qui a été choisi par la Métropole Aix-Marseille-Provence pour renouveler le matériel roulant et automatiser le métro de la cité phocéenne, face à la candidature commune de CAF et de Thales, qui avaient formé le groupement Maévi à cette fin. Dans le cadre de ce contrat, évalué à 430 millions d’euros, Alstom devra développer, fournir et installer le système d’exploitation et les équipements du pilotage automatique des deux lignes du réseau marseillais, qui totalisent 22 km. Le constructeur devra également mettre en service 38 nouvelles rames sur pneu et moderniser l’ensemble des moyens audiovisuels d’information voyageurs dans les 30 stations.
Longues de 65 mètres, les nouvelles rames de quatre voitures à intercirculation pourront transporter jusqu’à 500 voyageurs, à raison de quatre par mètre carré. Ce nouveau matériel disposera de larges baies vitrées, d’un système de climatisation « performant » et de systèmes d’information voyageurs « modernes », offrant une expérience à bord « agréable », selon les qualificatifs donnés par Alstom, qui a fait appel aux designers marseillais Ora-ïto et Fabien Bourdier pour imaginer le design et la mise en scène sonore des nouvelles rames… Ou plutôt trois designs, qui ont été proposés à la Métropole Aix-Marseille-Provence. Cette dernière a mis en place une consultation sur internet afin de permettre au public de choisir le design du futur métro parmi les trois propositions, intitulées « écouter la ville », « s’amuser des contrastes » et « sculpter la mer ».
La mise en service des nouvelles rames est prévue en 2024, date à laquelle elles commenceront à remplacer les actuelles rames MPM 76, en service depuis 1977. Par rapport à ces dernières, le nouveau matériel devrait consommer 25 % d’énergie en moins « grâce notamment au freinage électrique (jusqu’à 0 km/h), à l’éclairage LED et d’autres optimisations ». Dans un premier temps, les nouvelles rames circuleront en mode semi-automatique avec conducteur (jusqu’à la mi-2025 sur la ligne M2 et jusqu’à 2026 pour la ligne M1), avant de passer à la conduite automatique intégrale. A cette fin, Alstom fournira sa solution Urbalis 400.
Alstom précise qu’au total, « plus de 400 personnes en France travailleront sur ce projet dont plus de 60 sur le territoire de la Métropole Aix-Marseille-Provence ». En effet, le site Alstom d’Aix-en-Provence assurera le pilotage du projet ; les cinq autres sites français mis à contribution seront Valenciennes pour la conception, l’aménagement intérieur, l’assemblage, les essais et la validation des rames, Ornans pour les moteurs, Le Creusot pour les bogies, Villeurbanne pour l’informatique embarquée, l’information voyageurs, la maintenance prédictive et les équipements du système de signalisation, et Saint-Ouen pour la coordination du design artistique, le développement et l’intégration du système de signalisation. Des emplois devraient également être générés chez les fournisseurs d’Alstom en France, « mais aussi au sein de la Métropole pour les activités d’installation et de déploiement du système de signalisation ».
Patrick Laval

La SNCF retenue pour exploiter des trains sur le marché espagnol
Alors que le 3 décembre marque le début de l’ouverture à la concurrence dans les TER et les TET pour le marché ferroviaire français, la SNCF cherche de son côté à étendre son terrain de chasse. Candidate sur le marché espagnol, elle s’est vue attribuer fin novembre par le gestionnaire du réseau ferré Adif un lot comprenant cinq allers-retours par jour entre Madrid et Barcelone, cinq entre Madrid et la région de Valence (Valence ou Alicante) et cinq autres entre Madrid et la région méridionale d’Andalousie (Séville ou Malaga). A partir du 14 décembre 2020, date d’ouverture des lignes ferroviaires commerciales, la SNCF pourra donc concurrencer la Renfe sur le marché espagnol. Contacté par Ville, Rail et Transports, SNCF Voyages, qui devrait lancer sur ces lignes un TGV low cost sur le modèle de Ouigo, s’est refusée à tout commentaire.
La société espagnole Ilsa, filiale de la compagnie aérienne Air Nostrum, alliée à l’italien Trenitalia qui détient 45 % de son capital, a également remporté un lot, de même que l’opérateur historique, la Renfe.
Dans un communiqué, Ilsa a indiqué qu’elle lancerait ses liaisons en janvier 2022 et proposerait en particulier 16 allers-retours quotidiens entre Madrid et Barcelone. Elle desservira aussi Valence, Malaga, Séville et Alicante et disposera au total de 23 trains Frecciarossa 1 000.
Prochaine étape importante : le 15 mars aura lieu la signature des accords définitifs entre les opérateurs et le gestionnaire des infrastructures qui en attend « une augmentation de 65 % par rapport à l’offre commerciale actuelle ».

« Sans changement radical de la performance ferroviaire, le report modal ne se fera pas »
Alors que la part du fret ferroviaire est de 18 % en moyenne en Europe, la Commission européenne fixe l’objectif d’un taux de 30 % en 2030. Peter Reinshagen, directeur général d’Ermewa, explique à VRT les conditions qu’il faut réunir si le secteur veut y parvenir.
Ville, Rail & Transports. Le fret ferroviaire cherche toujours ses marques face à la route. Quel rôle peut jouer un loueur de wagons comme Ermewa ?
Peter Reinshagen. Le ferroviaire est à un moment charnière de son histoire et le wagon a un rôle à jouer dans les changements à venir. Un loueur de wagons comme Ermewa doit profondément réfléchir à son avenir. En effet, sans progression de la performance ferroviaire, le report modal ne se fera pas et les objectifs climatiques ne seront pas atteints.
Actuellement, le fret ferroviaire ne fonctionne pas efficacement alors qu’il représente un mode propre. La part modale du fret en Europe est de 18 %. Mais cette moyenne recouvre des réalités différentes d’un pays à l’autre. Elle atteint 17 ou 18 % en Allemagne, un peu moins de 12 % en France, mais 30 % en Suisse ou en Autriche. L’objectif fixé par l’Union européenne est d’atteindre un taux de 30 % en 2030. Pour y arriver, il faut plus que doubler les quantités transportées par le fer. Comment ? Ce qui est sûr, c’est que ce mode ne réussira pas s’il continue à fonctionner avec les méthodes du passé. Il faut un changement radical.
VRT. Que faut-il faire selon vous ?
P. R. Les évolutions techniques comme le couplage automatique des wagons et le digital peuvent y aider. Pour moi, c’est le cœur du changement. Aujourd’hui en Europe, le couplage des wagons se fait manuellement, alors qu’ailleurs, il est automatique.
L’association allemande TIS (qui réunit des entreprises comme VTG, BASF ou DB…) a publié un livre blanc sur l’innovation lors du dernier salon de Munich. Elle estime que le couplage automatique digital permettra de lancer le train intelligent. L’objectif est de connecter les données et d’apporter l’électricité sur le wagon. De cette façon, nous pourrons automatiser les opérations ferroviaires et doter le matériel de freins électropneumatiques. En nous dirigeant dans cette voie, nous sommes persuadés que nous pourrons changer d’ère.
VRT. Quels sont les avantages attendus ?
P. R. Aujourd’hui, quand vous envoyez des marchandises par train, vous ne savez pas quand elles vont arriver. Les informations fournies par les entreprises ferroviaires ne sont pas fiables, en particulier quand un train traverse une frontière. Un chargeur doit prévoir des marges de sécurité pour ne pas être gêné par l’arrivée tardive d’un train.
En connectant les données des trains, le temps d’arrivée estimé ne sera plus calculé sur la base d’un plan de transport mais sur la base de l’historique de l’opération. Sur cette base, nous pourrons optimiser la taille des flottes, et les chargeurs pourront réduire leurs stocks de sécurité, planifier leurs besoins et réaliser ainsi des économies très importantes.
Enfin, toutes ces avancées technologiques (digitalisation, suivi individualisé des wagons, monitoring du wagon, du freinage, des bogies, des essieux…) et toutes ces informations reçues vont permettre de faire progresser la sécurité ferroviaire. Et d’optimiser la maintenance des wagons : actuellement un wagon qui entre en atelier tous les deux ans peut rester immobiliser 35 jours, le temps de l’amener, de le réviser et de le faire repartir. C’est beaucoup trop long. Nous pourrons diviser ce temps par 2 ou 3.
VRT. Quels sont les investissements à réaliser pour le couplage automatique digital ?
P. R. Aujourd’hui, ces équipements coûtent cher car le volume de production est très faible. Il faut démontrer au secteur industriel que nous allons pouvoir réduire drastiquement les coûts en équipant massivement la flotte avec des produits standardisés. Il faudrait aboutir à un coût de 10 000 euros l’équipement par wagon. Ce n’est pas encore le cas. Mais compte tenu de l’étendue de la flotte européenne (quelque 500 000 wagons), on peut y arriver, d’autant que plusieurs entreprises dont trois grandes (Faiveley-Wabtec, CAF et Voith) sont capables de produire ces équipements.
VRT. Qui doit supporter les coûts ?
P. R. Il faudra répondre à deux questions : la première porte sur la migration du matériel ancien. Une étude est en cours, commandée par le ministère allemand des Transports. Pour l’heure, le sujet est porté par l’Allemagne et la Suisse. Il faut que la réflexion s’européanise.
Autre sujet qu’il faudra résoudre : si ce sont les propriétaires des wagons qui investissent, comment faire revenir le bénéfice de l’opération à celui qui a investi ?
En automatisant les opérations ferroviaires, les opérateurs vont en effet gagner temps et argent. S’ils passent par des opérations manuelles, un train peut rester immobiliser jusqu’à 4 heures avant de partir en raison des nombreux tests à réaliser. L’automatisation va permettre d’accélérer les rotations du matériel roulant, en gagnant 2 heures dans la préparation d’un train, ce qui est phénoménal.
L’automatisation est aussi intéressante pour les wagons isolés qui sont très difficiles à gérer et nécessitent la réalisation de plusieurs couplages manuels. Souvent dans des conditions éprouvantes, la nuit, le froid…
Si on arrive à automatiser le couplage et à digitaliser le suivi, les wagons isolés deviendront un mode de transport intéressant pour les chargeurs car beaucoup moins chers à produire.
S’ils sont dotés de freins électropneumatiques, cela permettra aussi d’améliorer la sécurité car le train ralentira beaucoup plus vite : la durée et la distance de freinage peuvent être réduites de 30 % et l’impact est moins important pour les infrastructures.
Il faut se dépêcher d’agir. Il y a un vrai intérêt économique mais nous avons besoin du soutien des pouvoirs publics. On estime que l’aide publique pourrait atteindre 3 milliards d’euros, ce qui représenterait 50 % de l’investissement total nécessaire à l’équipement des 500 000 wagons en Europe.
L’écologie justifie cette participation publique : le transport de marchandises représente une énorme part des émissions de CO2.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt
Pour en savoir plus : retrouvez l’article dans son intégralité dans le numéro de décembre de VRT