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  • Le premier train à hydrogène est entré en service

    Le premier train à hydrogène est entré en service

    Le 16 septembre, le train à hydrogène Coradia iLint d’Alstom est entré en service régulier sur le réseau Elbe-Weser des transports du Land de Basse-Saxe (LNVG), dans le nord de l’Allemagne. C’est dans ce Land que le Coradia iLint, premier matériel roulant ferroviaire au monde à mettre en œuvre une pile à combustible en service régulier, est fabriqué par Alstom dans son usine de Salzgitter.

    Cette mise en service intervient deux jours avant l’ouverture du salon ferroviaire InnoTrans, dont la précédente édition avait vu la première présentation du Coradia iLint, il y a deux ans. Depuis, la concurrence a également travaillé sur la possibilité de faire circuler des trains sans émissions polluantes sur les lignes non électrifiées, comme Siemens et les Chemins de fer fédéraux autrichiens ÖBB ou Bombardier avec la troisième génération du Talent. Plus de détails dans les jours à venir !

  • Syndicats. Pas d’union pour la rentrée

    Syndicats. Pas d’union pour la rentrée

    Les discussions devaient reprendre le 18 septembre avec l’UTP pour élaborer une nouvelle convention collective du rail. Les quatre syndicats représentatifs à la SNCF font le bilan de la lutte engagée en commun contre la réforme ferroviaire et préparent désormais, chacun de son côté, la suite. Avec en perspective les élections professionnelles de novembre.

    Ville, Rail & Transports. Vous avez participé le 30 août à une intersyndicale au cours de laquelle la CGT a proposé une action commune le 18 septembre. Quel est votre état d’esprit en cette rentrée ?

    Laurent Brun, secrétaire général de la CGT Cheminots. Quand nous avons proposé de lancer une grève le 18 septembre, nous ne savions pas encore qu’il y aurait un appel confédéral le 9 octobre. Nous adaptons notre stratégie et avons décidé de relancer le mouvement le 18 septembre en organisant des rassemblements en région qui prendront différentes formes localement. Nous concentrerons nos forces le 9 octobre car tout ce qui a été annoncé par le gouvernement, comme la désindexation des minimums sociaux et des pensions nous touche directement. On voit bien aussi que la volonté gouvernementale de changer l’actionnariat de la Française des Jeux et d’ADP montre que le principe d’incessibilité des titres reste valable jusqu’à ce que la loi le change.

    Le fait qu’il n’y ait pas eu d’unité syndicale n’est pas très logique car durant le conflit, les syndicats réformistes n’ont eu aucune difficulté à exister, comme cela a été le cas des syndicats de lutte. Les médias ont porté l’idée que la CGT était jusqu’au-boutiste. Mais tout le monde a bien compris que nous allions poursuivre la bataille.

    Quant aux cheminots, ils ont pris un coup sur la casquette. Ce qui nous revigore, c’est que les cheminots n’en veulent pas aux organisations syndicales en général, et encore moins à la CGT. Mais ils sont dégoûtés par l’attitude du gouvernement et de l’entreprise.

    Roger Dillenseger, secrétaire général de l’UNSA Ferroviaire. Nous avons l’habitude à la rentrée de nous rencontrer avec les autres organisations syndicales. Il y avait une particularité cette année, après le conflit qui a marqué l’adoption du pacte ferroviaire.

    La volonté de la CGT est de repartir au conflit. Mais pour nous, ce n’est plus l’heure : nous allons entrer en négociation à partir du 18 septembre dans le cadre de la commission paritaire pour discuter des rémunérations et des classifications dans le secteur, ainsi que des critères à prendre en compte en cas de transferts de salariés. Nous disons toutefois avec force que si les discussions n’aboutissent pas comme nous le souhaitons, nous sommes toujours prêts à une mobilisation plus dure que celle que nous avons déjà lancée.

    Erik Meyer, secrétaire fédéral de SUD Rail. Nous avons décidé de ne pas suivre la CGT sur son mouvement du

    18 septembre mais nous participerons à la grève du 9 octobre. Nous avons pris acte de l’échec de la première mi-temps de la lutte contre la réforme ferroviaire et donc de la stratégie de la grève perlée voulue par la CGT, l’UNSA et la CFDT.

    Lors de l’intersyndicale, nous avons bien vu qu’il n’y avait aucune position unitaire. Nous rentrons en période électorale, tout le monde veut faire valoir sa différence. Nous faisons donc le constat qu’il n’est pas possible d’envisager des actions en commun.

    Les 25 et 26 septembre, nous réunirons nos structures en région pour voir comment nous nous organisons pour la deuxième mi-temps qui s’annonce.

    Didier Aubert, secrétaire général de la CFDT Cheminots. L’unité syndicale a été construite pour combattre le projet gouvernemental. Nous n’avons pas réussi à contre­carrer la totalité de la loi mais nous sommes tout de même parvenus à faire passer des amendements. Maintenant que la loi est votée nous devons construire un nouveau pacte social pour les cheminots en nous engageant dans les négociations. Aujourd’hui, chacun est dans sa posture. Nous, nous souhaitons avancer et montrer aux cheminots que la négociation paie.

    VR&T. Comment s’annoncent les négociations avec l’UTP ?

    Laurent Brun. Les échanges de vues que nous avons eus en bilatéral avec l’UTP ne nous semblent pas très positifs. Le patronat ne se montre pas motivé par une convention collective nationale de haut niveau.

    Roger Dillenseger. Avec les élections professionnelles prévues en novembre, tout le monde est convaincu que cela va être compliqué. Les discussions vont se tenir, on avancera mais pas de manière concrète tant que les élections n’auront pas eu lieu. On va certainement vers un gros bras de fer. La CGT voudra sans doute faire monter la pression, et même si SUD Rail conteste la réforme, je ne suis pas sûr que ça sera  avec la CGT.

    Erik Meyer. La loi va rentrer en application le 1er janvier 2020, donc ça nous laisse peu de temps pour voir comment faire en sorte que la loi ferroviaire ne s’applique pas. Nous verrons lors de notre réunion fin septembre si on agit au niveau de l’entreprise, ou au niveau de la branche, ou bien au niveau d’un mouvement interprofessionnel plus large.

    Didier Aubert. Nous n’avons que 15 mois devant nous pour conclure, puisque les cheminots ne seront plus embauchés au statut à partir du 1er janvier 2020. Nous n’avons pas le temps de bricoler. Aujourd’hui, nous sommes les seuls à avoir remis à l’UTP un projet pour mettre au point une nouvelle convention collective. Il n’est pas question de laisser faire n’importe quoi.

    VR&T. Quelles seront vos principales revendications ?

    Laurent Brun. Nous allons porter la bataille sur la reconnaissance des diplômes dans le chapitre sur la classification des métiers. La reconnaissance de l’ancienneté semble acquise. Nous demandons aussi la réouverture des discussions sur le contrat de travail et le temps de travail. Nous avons toujours en tête l’idée que le statut pourrait être maintenu. Nous réclamons une convention collective nationale de haut niveau, qui se rapproche le plus possible des droits actuels des cheminots. Et, si possible, le maintien du statut.

    Dans les prochaines semaines, notre stratégie va consister à montrer que l’État a menti sur l’analyse justifiant la réforme ferroviaire.

    Il a notamment sous-entendu qu’elle permettrait de rouvrir des petites lignes. Or les menaces sur les petites lignes se multiplient, dans le Limousin (Limoges – Angoulême, Brive –
    Aurillac, Limoges – Ussel, Tulle – Ussel), dans les Vosges entre Épinal et Saint-Dié, ou encore en Auvergne-Rhône-Alpes.

    Dans un rapport « Action Publique », le gouvernement propose d’arrêter les cofinancements des CPER. Et il propose de faire payer aux usagers certains services publics. Bien que le train pollue moins, on le fera payer plus cher. Nous serons vigilants sur toutes les déclarations à venir.

    Ce qui est sûr c’est que les problèmes du chemin de fer vont continuer à s’aggraver. Nous voulons en informer les usagers.

    Roger Dillenseger. Nous sommes bien conscients que le nouveau pacte ferroviaire, notamment par la fin du recrutement au statut de la SNCF, impose la reconstruction d’un cadre social pour tous les salariés de la branche, y compris les futurs salariés de l’entreprise historique. Ce qui signifie que l’ensemble des conditions d’emplois des cheminots est à réécrire pour retrouver un équilibre entre contraintes et compensations de l’activité particulière qu’est le ferroviaire.

    En effet, les notions de service public, de sécurité, d’aptitudes physiques, de contraintes d’horaires liées à la continuité de service, de formation aux spécificités ferroviaires, etc., ne disparaissent pas avec cette nouvelle loi ni avec l’ouverture à la concurrence. Sans vouloir prioriser, nous considérons que le nouveau pacte social devra être constitué d’un ensemble permettant de répondre aux attentes des salariés et du ferroviaire dans sa globalité comme cela a été le cas durant des décennies avec le statut des cheminots. C’est dans cet esprit que s’inscrit l’UNSA Ferroviaire avec une volonté ferme de construire une convention collective performante et attractive.

    Erik Meyer. Les négociations sur la convention collective sont ouvertes depuis deux ans. Nous participons aux discussions car c’est un moyen de lutter contre le dumping social : nous voulons obtenir la transcription dans la convention collective du statut de la SNCF et de la réglementation du travail. Aujourd’hui, la branche ferroviaire est constituée à 96 % de personnel SNCF. Il est donc logique que ce soient les éléments du statut et de la réglementation du travail qui s’appliquent dans la convention collective.

    Didier Aubert. Nous savons que les employeurs souhaiteraient accélérer et développer la polyvalence, sans y ajouter la formation et les rémunérations qui vont avec. On est conscients qu’il n’est pas question de reproduire in extenso le dictionnaire des métiers et des classifications de la SNCF qui date de 1950 et qui comprend 450 à 500 classifications. Il y a des distinctions à faire en fonction de la taille des entreprises mais il y a aussi une unité à mettre en place. L’UTP proposait une quinzaine de classifications. Grâce à notre travail et nos propositions, nous avons réussi à en définir autour de 150 à 200.

    De même l’avenir de la Caisse de prévoyance qui pourrait devenir une Caisse de branche nous intéresse car nous avons besoin d’unifier la branche. Notre ambition est que le socle social soit du niveau le plus élevé possible.

    M.-H. P.

  • L’usine d’Aytré fête le futur TGV

    L’usine d’Aytré fête le futur TGV

    Pour le lancement des 100 TGV de nouvelle génération, Henri Poupart-Lafarge, PDG d’Alstom, a accueilli ce vendredi 14 septembre Guillaume Pepy, président du directoire de la SNCF, en présence des équipes Alstom et SNCF, sur le site d’Aytré, tout près de La Rochelle. Au programme, rencontre avec les équipes du projet et visite des lignes de production des voitures du TGV nouvelle génération.

    Après plus de deux ans d’études, rappelle Alstom,  l’équipe d’experts pluridisciplinaires SNCF-Alstom a répondu «  à l’ensemble des objectifs du partenariat d’innovation lancé en 2016  », et a conçu «  une nouvelle génération de TGV, Avelia Horizon : un train flexible et modulaire,  à la capacité augmentée de 20% avec le même niveau de confort ; écologique en consommant 20% d’énergie en moins ; aux coûts de maintenance réduits de 30% ; au coût global d’acquisition et d’exploitation diminué de plus de 20% ; et offrant une nouvelle expérience pour les voyageurs ».

    La visite a permis de présenter les innovations industrielles du site Alstom de La Rochelle et les nouvelles méthodes de travail entre Alstom et SNCF, qui doivent  d’atteindre tous les objectifs du partenariat d’innovation.

    La livraison des premiers trains est prévue courant 2023.

  • Paris : Christophe Najdovski déroule sa vision pour les transports

    Paris : Christophe Najdovski déroule sa vision pour les transports

    Christophe Najdovski, adjoint à la maire de Paris, chargé des Transports, des Déplacements, de la Voirie et de l’Espace public était l’invité du Club VR&T. L’occasion d’évoquer avec lui les sujets chauds du moment : Vélib’ et Autolib’.

     

    C’est avec le dossier Autolib’ que Christophe Najdovski a commencé son intervention. Interrogé sur cette affaire, l’adjoint au maire a rappelé que cette délégation de service public, qui était un engagement de Bertrand Delanoë, avait été signée en 2011, pour 12 ans. Que le système avait été conçu à une époque où il n‘y avait pas de smartphone et que la digitalisation avait depuis bouleversé le monde de la mobilité. Autolib’ prévoyait d’arriver à un excédent à la fin de l’échéancier, en 2023. Mais le contrat comprenait aussi une clause « grand équilibre » qui stipulait qu’en cas de déficit de plus de 60 millions, les collectivités seraient mises à contribution.

    Le service connaît un développement tous azimuts entre 2014 et 2015, s’étend jusqu’aux Yvelines, au Val-d’Oise avec un maillage de stations qui en s’étalant se relâche. Or pour être rentable, Autolib’, avait besoin d’importantes fréquences de locations et d’une durée de location de 50 minutes. Dans les faits, la durée de location n’était que de 30 minutes et les fréquences d’usage étaient moindres que prévues, notamment en banlieue. Le CA n’était donc pas au rendez-vous. Un audit d’Ernst et Young réalisé en 2017, met en évidence un problème de régulation, avec des stations pleines, où on ne pouvait pas remettre de véhicules, et d’autres vides où on ne pouvait pas en prendre, ce qui poussait à choisir d’autres modes de déplacement, à un moment où le service faisait face à l’arrivée de nouveaux services comme le VTC. Autolib’ n’a donc jamais trouvé son modèle économique.

    A partir de 2016 le service atteint son plafond d’usage, même si le nombre d’abonnés continuait à augmenter, (à part un recul de 5 % en 2017), les abonnés prenaient moins fréquemment des voitures. De ce fait, le déficit du délégataire se creuse et il annonce 179 millions d’euros de pertes. Le syndicat réagit en commandant un audit pour proposer des améliorations. Un comité de conciliation est mis en place et rend ses conclusions en mars 2018. Il proposait de payer 88 millions d’euros à Bolloré et de faire sauter la clause grand équilibre. Le groupe Bolloré refuse et adresse le 25 mai dernier, un courrier aux communes du syndicat, les intimant à payer 233 millions d’euros dans les trois mois. Le syndicat refuse, ce qui déclenche la résiliation au 25 juin, en conservant le service jusqu’au 31 juillet.

    Selon l’élu, le délégataire semblait plus préoccupé par son intérêt industriel que par l’intérêt collectif. Pour Bolloré, Autolib’ était un moyen d’éprouver ses batteries, mais la qualité de service n’était pas au rendez-vous, les voitures étaient sales et il n’y a pas eu de campagne pour relancer le service. « Lors des discussions avec Bolloré, nous n’avons pas eu le sentiment d’une volonté de relancer le service, mais plutôt d’encaisser l’argent. C’est pourquoi nous avons été contraints de provoquer la résiliation, regrette l’adjoint au maire. Il fallait dire stop. On nous réclamait 233 millions d’euros, mais quid ensuite ? Puisque le service continuait à se dégrader… »

    Pour l’adjoint d’Anne Hidalgo il est temps de tirer les leçons. « Autolib’ a été frappé d’obsolescence accélérée et nous devons trouver une solution beaucoup plus souple pour le remplacer. C’est le sens de l’accord lancé avec des opérateurs. Nous avons voté la création d’une carte d’autopartage qui permet à des opérateurs de venir proposer des services sur Paris moyennant une redevance de 300 euros/an/véhicule, en électrique. »

    Combien coûtera l’arrêt d’Autolib’ ?

    Ce sera au juge administratif d’en décider, répond l’élu, mais notre estimation est sous les 100 millions, loin des 233 que Bolloré nous réclame. La ville de Paris prendra 55 % à sa charge, les 98 autres communes prendront le reste.

    Que vont devenir les bornes ?

    Les bornes sont des biens de retour et appartiennent aux communes. Le système informatique reste la propriété de Bolloré. On doit assurer la transition, les réutiliser et assurer une interopérabilité avec les autres bornes de BeLib’ : 90 bornes pourront être fusionnées avec les 3 344 bornes Autolib’ dans Paris pour offrir un réseau de recharge électrique. Le stationnement devrait être réservé aux véhicules électriques et limité à six heures. On est déjà dans l’après Autolib’. Renault a été le premier à répondre à notre offre de système souple de carte d’autopartage, PSA est sur les rangs. On est au début d‘un nouveau système dans lequel plusieurs opérateurs pourront proposer leurs services. L’espace public devient une plateforme mise à disposition, avec un cahier des charges incluant des véhicules électriques et une tarification incitative. Il faut amorcer la pompe pour que ces sociétés puissent trouver leur modèle économique. Il faudra pour cela 2-3 ans, avec un modèle qui reste à déterminer.

    Allez-vous travailler avec la région Ile-de-France ?

    La Mairie de Paris est prête à travailler avec l’Ile-de-France et les communes peuvent déterminer le montant des redevances. Mais si on parle de modèle économique, l’un des enseignements de l’échec d’Autolib’, c’est que pour que cela marche, il fallait qu’il y ait de la rotation, de la densité, donc pour un système à l’échelle francilienne, on n’a pas la réponse. De manière provocatrice, on peut dire que si Autolib’ n’avait été que sur Paris, il n’aurait pas été déficitaire. Mais il s’est développé à l’échelle métropolitaine, beaucoup de communes étaient volontaires, sans être conscientes du risque économique qu’il y avait derrière. On doit en tirer les enseignements et ne plus être sur un modèle avec une intervention publique forte, mais au contraire plus souple. La Carte d’autopartage qui est proposée, valable un an, permettra de revoir le tarif et de le moduler en fonction de ce que l’on veut développer, la trace directe ou le système en boucle. Il faut réfléchir à la façon de doser les différents systèmes. Veut-on promouvoir l’autopartage tous azimuts qui pourrait concurrencer le transport collectif ou l’autopartage en boucle ? Et comme les véhicules sont souvent utilisés par une seule personne, réfléchir à proposer des véhicules plus petits de type Twizy.

    Parlons à présent des problèmes de Vélib’. Où en est-on ?

    Vélib’, c’est un sujet différent, même s’il y a coïncidence temporelle entre les deux crises. Vélib’ 1 a été lancé en 2007, puis relancé sur appel d’offres en 2015, époque où il n’y avait pas encore de free floating. Pour Vélib’, il y a défaillance du prestataire. Ce qui pose la question sur la façon dont les marchés sont passés. Certains cassent les tarifs pour les remporter. Cela a aussi été le cas pour le stationnement, avec Streeteo qui a pratiqué des prix agressifs pour remporter le marché et a du mal à mettre en place un système cohérent, contrairement à Moovia. Pour l’appel d’offres Vélib’, pendant un an il y a eu une procédure de dialogue compétitif, avec quatre villes Paris, Grand Paris Seine Ouest, Plaine Commune et Cachan. Nous avons dialogué avec deux candidats sur tous les paramètres économiques, techniques et financiers, et à aucun moment nous n’avons eu d’alerte sur les aspects techniques. Quand la Commission appel d’offres du syndicat, auquel participent deux élus de Paris, a dû se prononcer, toutes les couleurs politiques ont choisi la société Smovengo, qui avait le meilleur prix, mais était moins bonne techniquement. La différence de prix l’a emporté. Suite à ce problème, la mairie de Paris a demandé un audit sur la passation du marché, afin qu’on évite de reproduire les mêmes erreurs. Mais si on en est là, c’est parce que Smovengo ne s’est pas doté des ressources humaines nécessaires pour faire face. Ils étaient « sous-staffés », jusqu’à ce que soit nommé, en juin, un manager de crise, Arnaud Marion, devenu directeur exécutif, et qu’il recrute des cadres et embauche du personnel de maintenance. Depuis on constate une réorganisation qui correspond à ce qui aurait dû être dès le début. Depuis 6-9 mois, on fonctionnait avec des interlocuteurs qui n’arrivaient pas à faire face. Les usagers ont des cartes qui ne marchent qu’une fois sur trois, et le système est à 10 % de ses capacités. On est passé à 10 000 trajets/jour contre 100 000 auparavant. On a le sentiment que la nouvelle direction prend les choses en main, mais on ne peut pas tout régler d’un coup de baguette magique. Le système est pensé pour être réalisé avec des stations autoportantes, ce qui complexifie les choses, sans parler des batteries qui se déchargent. Pour que cela fonctionne, il faut injecter des vélos neufs et retirer ceux qui dysfonctionnent, et qu’il y ait davantage de vélos réinjectés que retirés. En avril nous étions montés à 30 000 courses/jour, mais cela s’est effondré parce que le nombre de vélos à changer tous les jours était trop important pour que Smovengo en réinjecte suffisamment, et on est tombé début juin à 2 000 courses/jour. Depuis on est remonté à 12 000. Les problèmes du système informatique sont encore réglés avec des palliatifs, d’où une impression de bricolage. D’ici fin juillet on devrait voir les premières améliorations, mais le moment de vérité, ce sera en septembre. On verra si sur la base d’un pilote de 800 stations électrifiées cela tient, et si on arrive à remonter à 30 000 courses par jour. C’est là-dessus qu’on jugera et qu’on en tirera les conséquences. On veut que cela marche, si ce n’est pas le cas fin septembre, on essayera autre chose.

    Pourquoi la mairie veut-elle bénéficier de l’ouverture des données des opérateurs de free floating ?

    Nous avons une charte de bonne conduite, sur laquelle nous avons travaillé dès l’arrivée des vélos en free floating en 2017, qui a donné lieu à la signature d’une double charte vélos/scooters. Cette charte vise à intégrer les nouveaux services mobilité comme un vrai plus, mais aussi à les réguler et à éviter les stationnements intempestifs. L’étape suivante c’est d’octroyer des licences dans le cadre de la loi LOM. Il y a une explosion d’offres privées de services de mobilités, la dernière en date étant les trottinettes électriques. La collectivité doit pouvoir réguler ces offres et avoir la main. Et pour cela, la question des données est essentielle. Nous souhaitons y avoir accès pour connaître les besoins de mobilité et offrir un bouquet d’offres plus réglementées au sens tarifaire, pour pouvoir inciter les mobilités vertueuses. Le rôle de la collectivité est essentiel pour qu’il n’y ait pas seulement des initiatives privées non connectées entre elles. Il faut que la collectivité ait accès à toutes les données des opérateurs privés pour organiser le service suivant l’intérêt général.

    Concernant le Grand Paris des Bus, la RATP et Ile-de-France Mobilités disent attendre que la Mairie bouge. L’AOT aussi. Quelle sera la date de mise en service ?

    On travaille à une mise au service au printemps 2019. Le réseau n’avait pas bougé depuis les années 50, nous avons modifié 51 lignes et créé cinq nouvelles pour aller vers le périphérique. On se donne les moyens. Nous avons identifié 100 aménagements à réaliser, mais on ne peut pas créer aujourd’hui de couloirs de bus pour des bus qui n’arriveront qu’en avril prochain. On est dans les starting-blocks pour être au rendez-vous de 2019. On se met aussi en état de marche pour améliorer la vitesse de circulation des bus, mais il n’y a pas que la Ville de Paris dans les discussions, il y a aussi l’autorité organisatrice et l’opérateur.

    Comment éviter que le nouveau quartier Bercy-Charenton ne soit pas le prochain Batignolles ?

    Ce projet est l’équivalent de Clichy-Batignolles, sans le TGI, avec 9 000 habitants et 9 000 emplois qui viendront s’installer sur 80 hectares qui sont actuellement un no man’s land. L’objectif est de le désenclaver notamment en transport et d’ouvrir un lien entre Paris et Charenton, car aujourd’hui on ne peut pas faire le trajet à pied. Il y a un projet de prolongement de la zone urbaine et d’activité. Je plaide auprès d’IDF Mobilités pour que notre projet de ligne de BHNS rive droite soit prolongé avec une connexion avec le T3a. On travaille avec les villes et l’autorité organisatrice sur la desserte. Le maire de Charenton plaide pour la création d’une gare du RER D sur sa commune. On a fait faire des études par Setec pour requalifier la voie express Bercy quai de la Rapée et la transformer en boulevard urbain, car c’est plutôt une autoroute urbaine aujourd’hui. On a la possibilité de créer un pôle multimodal à cet endroit avec la connexion de la ligne 5 du métro et une desserte de la ligne 14, et du ministère des Finances… L’objectif de la Mairie est de proposer un transport collectif rapide qui desserve ce secteur.

    Quid du périphérique ?

    Depuis un an nous travaillons avec le Forum métropolitain du grand Paris et menons une réflexion sur l’avenir du périphérique et des grandes radiales qui y mènent : A4, A3, A1, A6. On va avoir un comité de pilotage. On a un budget de 2,5 millions pour cette consultation internationale avec quatre candidats qui vont faire des propositions pour repenser le périphérique et lever sa barrière mentale et physique.

    Où en êtes-vous de la gratuité des transports en IDF ?

    Nous réalisons des auditions d’économistes et on va ouvrir la question du financement de la mobilité. Il y a une réflexion à mener sur le financement global de la gratuité, ou d’une gratuité partielle. Il n’est pas prouvé qu’on puisse aller vers la gratuité totale. Mais notre objectif est d’ouvrir la réflexion sur le financement de la mobilité. Parce que la révolution digitale va bouleverser ce secteur. Le coût de la voiture peut diminuer avec le véhicule autonome. Se posera alors la question du coût d’usage pour le collectif des différents modes de transport. Si comme à Londres on poursuit l’augmentation de la carte de transport chaque année, pour arriver à des montants de 110/120 euros/mois et qu’on a en face des coûts de systèmes de mobilité partagée moindres, on risque d’avoir une désagrégation de la mobilité. Je vois poindre le risque d’un détour des transports collectifs pour aller vers une myriade de solutions de véhicules autonomes, le risque d’une fuite des usagers qui se détournent des modes collectifs pour aller vers des solutions individuelles qui ne répondront pas aux problèmes de congestion et d’occupation de l’espace public et qui risquent de créer une crise des transports collectifs. La question de la gratuité est là pour provoquer le débat. Est-ce que l’avenir est de payer cher les transports collectifs et d’avoir des transports individuels partagés peu onéreux ? La frontière transport collectif/individuel va devenir de plus en plus floue. Il faut penser la question de la mobilité en fonction des mouvements des véhicules. Si les voitures autonomes tournent tout le temps, on n’aura plus besoin de parking. Cela pose la question de la tarification du mouvement des véhicules. Il faudra un « signal prix » très fort pour éviter la congestion, pour éviter ces mouvements et favoriser les TC.

    Qu’attendez-vous de la loi LOM ?

    J’ai déjà évoqué la question des licences, elle pourrait aussi lever le tabou des péages urbains à échelle francilienne, et permettre de dégager des ressources pour développer des modèles plus vertueux. Il faut aussi poser la question du mouvement des véhicules. Et nous avons une demande concernant les zones à faibles émissions. La France est à la préhistoire avec ses vignettes Crit’air. On a besoin d’un système de contrôle automatique pour faire respecter les règles si on veut sortir du diesel.

    Quelles réflexions sur la logistique urbaine ?

    La logistique revient en centre-ville, après en avoir été écartée ces dernières décennies. A Chapelle International [photo] la Ville de Paris a désigné 64 parcelles pour faire de la logistique urbaine de proximité. La ville en a besoin, la logistique est essentielle au développement de la ville. Il faut des hubs, des plateformes logistiques urbaines. On réfléchit aussi à reconvertir des parkings sous-terrain dans Paris, et les utiliser en logistique urbaine. Un travail est mené avec l’ensemble de la profession et j’ai acquis la conviction qu’on a aussi besoin de revoir le fonctionnement des aires de livraison, de les professionnaliser pour en faire des hubs de proximité. On y travaille, mais cela nécessite des évolutions réglementaires.

    Quel premier bilan tirer de la dépénalisation du stationnement ?

    Avec la municipalisation du stationnement, la ville de Paris table sur 300 millions de recettes par an, contre 100 actuellement. Le bilan est positif malgré les couacs des débuts. Cela a permis de retirer de l’espace public des véhicules ventouses, dont les propriétaires avaient calculé qu’il valait mieux prendre le risque de payer 17 euros d’amende de temps en temps que de payer leur stationnement. On est passé d’un taux de vide des emplacements de stationnement de 3 à 12 %. Il faut moins de temps pour trouver des places pour se garer. Le taux de respect a doublé, on est à 25 %, cela progresse, mais il reste encore beaucoup de fraudes. Mais plus les gens respectent le stationnement, plus il y a de places disponibles, meilleure est la fluidité. Streeteo a dû se réorganiser suite aux pratiques frauduleuses d’un cadre dirigeant, mais désormais on a deux prestataires qui font leur travail, conformément à leurs obligations contractuelles. On est à 25 000 contrôles par lot, et notre objectif est de 75 000 contrôles par jour à Paris. Cela nous conforte dans l’idée que la clé de la bonne politique de stationnement, c’est la fréquence du contrôle.

    Valérie Chrzavzez

  • Rail : urgence d’un avenir

    Rail : urgence d’un avenir

    Par Jacques Chauvineau, président d’Objectif OFP

     

    Plus personne – ou presque – ne nie la réalité du changement climatique. Sa montée en puissance menace l’humanité d’un chaos planétaire, écologique et politique. La France, engagée par la COP21 et par l’accord de Paris, doit a minima respecter ses engagements de réduction des émissions de gaz à effet de serre et de pollution. Cet objectif doit s’insérer dans une action de fond pour une économie plus écologique, plus compétitive, porteuse de comportements nouveaux, renforçant l’attractivité des métropoles, des territoires, des ports.

    La démission de Nicolas Hulot renforce cette exigence.

    Les transports sont au centre de cet enjeu. Il faut en maîtriser la croissance, privilégier les modes les moins impactants. Sans report modal, quels que soient les progrès de la route, nous allons à une congestion routière endémique pénalisant la qualité de vie, la compétitivité, alimentant le réchauffement.

    Le rail, par son efficacité énergétique et écologique, par son aptitude au transport de masse, doit s’emparer de ces enjeux. Il y faut une volonté politique. Mais il faut aussi, adossé à son nouveau pluralisme, qu’il propose à la nation un aggiornamento stratégique.

    La révolution numérique, le suivi de la position et de la vitesse des trains, l’automatisation de la conduite, l’attelage virtuel de trains, une maintenance prédictive, la numérisation du fret… ouvrent des modalités d’exploitation novatrices. Elles recèlent des réserves de capacité, de flexibilité, d’accessibilité des sillons fret, de gestion de la complexité nouvelle née de la concurrence, et bien d’autres progrès associant maîtrise du climat et compétitivité.

    Associer la qualité du temps du voyage et un maillage territorial dense, ferroviaire et intermodal

    Au fil des ans l’offre aux voyageurs s’est polarisée sur les marchés des liaisons TGV en concurrence avec l’avion avec aller-retour dans la journée, et de la mobilité quotidienne, TER et Transilien. Ces services n’utilisent qu’une fraction du réseau. Ils traitent peu le marché mal connu et sous-estimé, de la mobilité occasionnelle pour motif personnel, de loisir ou familial, moins contrainte par le temps, longtemps porteuse du lien des Français avec le train.

    Il faut renouer avec l’écoute des besoins de ce marché, tisser une offre, y compris transfrontalière, conçue au contact des territoires et de responsables de ligne, comportant des correspondances sécurisées, des connexions intermodales (autocar, pistes cyclables, randonnées, trains touristiques…). Le train a besoin de créativité : Intercités vitrines des régions, conçus avec des professionnels du tourisme et du design, valorisant le confort, la qualité du temps à bord, l’accueil de l’enfant, cet oublié du train ? Trains-hôtels de nuit ? Découverte de l’Europe, ciblée vers les jeunes, associée à un réseau d’hébergements ? Développement des chemins de fer touristiques, mariage du rail et des terroirs ?

     

    Réhabiliter le fret ferroviaire au service d’une nouvelle logistique

    La France, avec ses façades maritimes, le lien transmanche, connectée à sept pays, liée, via certains d’entre eux, au Maghreb et au continent africain, occupe une position logistique privilégiée. Elle doit valoriser cet atout économique, s’engager dans l’Europe des corridors ferroviaires fret européens, prolongés par des corridors nationaux, contribuer à maîtriser la dérive vers le tout routier, attirer de nouvelles activités.

    Encore faut-il connecter ces corridors aux ports, aux territoires, aux métropoles. Nos ports, comparés à ceux d’Europe du Nord, ont un retard ferroviaire abyssal. Maîtrisant désormais leurs installations ferroviaires, ils doivent, avec l’aide de SNCF Réseau, reconfigurer leur hinterland ferroviaire, l’élargir à l’Europe, mobiliser des sillons.

    L‘importance de la séquence territoriale ferroviaire est, de longue date, étonnamment sous-estimée en France. C’est pourtant là que se joue une nouvelle logistique de proximité au contact des chargeurs, clé d’une relance du « wagon isolé » (10 % du fret ferroviaire en France, 45 % en Allemagne), du développement du combiné diffus par l’ouverture d’ITE à d’autres chargeurs. C’est là que se joue l’engagement des métropoles pour une logistique urbaine réduisant la pollution, dans laquelle le mode ferroviaire doit s’impliquer. Ce sont ces champs qu’explorent, sans aucune aide, impactés par les grèves, les OFP, PME/TPE à l’origine de 10 % du trafic fret.

    N’attendons pas que la Chine vienne réveiller le rail français. Sortons de la théorie qui a fait des ravages, du déclin inéluctable du fret ferroviaire en France et de l’utopie d’un mode routier à vocation universelle.

    Régions et décentralisation du rail : vers des liens nouveaux avec les territoires et les métropoles

    L’inquiétude grandit sur l’avenir des territoires et des villes moyennes, composante forte de notre identité nationale, et de leur coexistence avec les métropoles. En charge des TER, du développement économique, de la formation professionnelle, les régions doivent pouvoir s’approprier et valoriser leur potentiel ferroviaire territorial, voyageurs et fret. L’insertion des régions dans l’espace ferroviaire européen est un enjeu national.

    SNCF Réseau a besoin d’une organisation décentralisée forte, partenaire des régions des métropoles et des territoires, dotée de marges de manœuvre. Il faudra une impulsion politique car la culture ferroviaire centralisée se méfie de la diversité territoriale. Des « clusters » portuaires et territoriaux peuvent aider à ouvrir ces chemins nouveaux.

    Dans cet esprit, il faut, avec les régions, franchir le Rubicon d’une vision prospective et d’un choc d’innovation pour les lignes capillaires, sortir de l’alternative fermeture ou immobilisme.

    Engager et gagner la bataille de la productivité

    Le rail français, comparé à l’Allemagne, affiche un surcoût de production pouvant aller jusqu’à 30 %, lié à une « inflation ferroviaire » supérieure à l’inflation générale. Il faut éliminer cette inflation ferroviaire. Il y va de la crédibilité du rail, de son retour à un endettement maîtrisé. Il y va de sa compétitivité et de l’éthique du service public dont le coût est supporté par les contribuables.

    Les causes profondes de ce déficit de productivité sont à élucider. Outre la densification de l’utilisation du capital lourd, infrastructures et matériel roulant, la baisse massive des charges de structure est un enjeu majeur. Une part des gains pourrait être redéployée vers des organisations locales et des emplois de terrain créateurs de valeur, au contact des territoires et des clients, en capacité d’intervention en cas d’incident. La reconquête de la productivité doit faire l’objet d’un débat de fond avec les partenaires sociaux.

    Cet enjeu crucial n’ôte rien à l’obligation pour la puissance publique de prendre des mesures stimulant le report modal vers les modes moins polluants.

    Un réseau public, moderne, connecté à l’Europe, aux ports, aux territoires

    La chute du fret, la stagnation des Intercités, le mauvais état des infrastructures ont conduit à la sous-utilisation du réseau. La viabilité du réseau exige de le « nourrir », d’en densifier l’utilisation par des services créateurs de valeur. Cette idée simple et forte est en rupture avec l’idée passive, technocratique, revenue en force, du retour à l’équilibre par la fermeture de lignes ou l’abandon des activités non rentables. C’est l’erreur du plan fret de 2003 qui a fait chuter le trafic de 40 %, sans résorber le déficit, faisant de la France une exception européenne.

    Un réseau n’est pas la juxtaposition de lignes indépendantes. C’est aussi un système d’interactions et de péréquations entre ses lignes. 25 % du trafic fret utilise des lignes capillaires. Sans correspondances fiables l’offre aux voyageurs se « rétrécit ». Le rail a besoin d’offres diversifiées, de nouveaux services, de créativité. Il a besoin des activités voyageurs et fret… SNCF Réseau est légitime à explorer et susciter des utilisations et des utilisateurs nouveaux du réseau public, pourvoyeurs de compétences et d’idées nouvelles.

    Il faut à la fois moderniser le réseau, le projeter dans l’Europe ferroviaire, repenser son ancrage local. La vision radiale du réseau doit s’élargir. Les métropoles, les territoires, les ports en ont besoin : cela passe par un maillage territorial intermodal, élargi au transfrontalier pour les voyageurs et, pour le fret, par la conquête d’un réseau maillé par les ports, les points frontière, les concentrations industrielles, les métropoles, le réseau des territoires et de leurs activités agricoles ou PME.

    L’humanité va devoir aller vers un nouveau développement maîtrisant le climat et les enjeux territoriaux. Les transports ont un rôle déterminant à jouer, à toutes les échelles, du local au planétaire. La France, face à ce défi, s’est mise dans une posture politique forte. Le mode ferroviaire et ses industries doivent se repenser et se mobiliser en conséquence, concevoir une croissance créative offrant aux jeunes générations de cheminots un projet à hauteur des valeurs techniques et humanistes qui ont marqué l’histoire du rail.


    Jacques Chauvineau a été responsable de la recherche commerciale créée en 1969 qui a introduit les sciences humaines à la SNCF et lancé l’idée de Corail. Membre du cabinet de Charles Fiterman lorsqu’il était ministre des Transports, il a également été directeur de l’Action Régionale qui a permis la naissance du TER avec les régions. Il a été représentant de la SNCF au CESE et administrateur de RFF.

    Il est aujourd’hui président d’Objectif OFP dans la continuité d’une mission « Fret ferroviaire et développement territorial » qui lui avait été confiée en 2004 par Gilles de Robien, alors ministre des Transports.

  • Vélib’ ou vélo, pourquoi choisir ?

    Vélib’ ou vélo, pourquoi choisir ?

    Par Agathe Lefoulon et Sylvie Landriève, du Forum Vies Mobiles

    Les nombreuses protestations actuelles, face aux difficultés rencontrées à l’utilisation du service Vélib’ du nouveau prestataire Smovengo, attestent bien de l’utilité de ce service pour les Franciliens. C’est d’ailleurs à l’occasion de ce tournant que nous avons souhaité, au Forum Vies Mobiles, nous pencher sur le sujet et procéder à un premier bilan, dix ans après l’implantation du système de vélos en libre service dans la capitale(1). En bref, quelle utilité du Vélib’, au regard des objectifs politiques de départ d’une part et au regard de l’usage, de l’utilité du service pour les Franciliens, d’autre part ?

     

    Vélib’, quelle utilité ?

    Utilisé, et donc utile. Le système francilien peut se vanter de générer l’utilisation la plus intense de tous les systèmes de vélos en libre service français, avec près de sept utilisations par jour et par vélo. Très simplement, l’existence même de ce service et la présence dans l’espace public des 1 263 stations et des 9 000 Vélib’ (chiffres à fin 2017) permettent de rendre le vélo et sa pratique plus visibles dans la ville, et donc plus légitimes.

    Par ailleurs, le service Vélib’ permet des usages différents – mais complémentaires – à ceux du vélo personnel. Ce qui explique que certains Franciliens utilisent les deux. L’usage du Vélib’ permet des pratiques plus intermodales et multimodales, du fait de la flexibilité propre aux systèmes de vélo en libre service (VLS). Il est possible d’arbitrer avec les autres modes à disposition selon la météo, le programme de sa journée, sa tenue vestimentaire, la disponibilité d’un Vélib’…

    Bien ancré dans des pratiques inter et multimodales, dix ans après sa mise en place, les impacts du service en termes de report de la voiture vers le vélo apparaissent en revanche très décevants. Les anciens automobilistes sont très minoritaires (moins de 5 %) parmi les utilisateurs de Vélib’. L’essentiel des utilisateurs du service se déplaçait auparavant en transports collectifs ou à pied sur les trajets qu’ils font aujourd’hui en Vélib’.

    De plus, si la part modale du vélo a récemment augmenté en Ile-de-France, ce phénomène n’est pas imputable (ou alors, seulement en partie) à Vélib’. Le rebond de la pratique du vélo en région parisienne a commencé bien avant : au début des années 2000, et ce principalement du fait de politiques de modération de la circulation automobile.

    Bien entendu, si le report modal de la voiture vers le Vélib’ est limité, le report modal des transports en commun est en soi déjà un élément positif. Positif au regard de la saturation des transports collectifs franciliens, mais aussi car le report de modes carbonés – quels qu’ils soient : voiture, bus, métro ou encore deux-roues motorisés – vers un mode non carboné – le vélo – a une incidence positive sur l’environnement.

    Le Vélib’, très utilisé en heures de pointe, libère de la place dans les transports en commun sur ces plages, et donc possiblement pour des automobilistes. Et si ce report n’a pas lieu, cela permet en tout cas d’éviter des investissements au niveau de ces infrastructures, et au moins le confort de ceux qui ne peuvent pas changer de mode.


    L’insuffisance des politiques vélos aujourd’hui en France

    En France, le très prégnant « système voiture » organise, structure, modèle, façonne nos territoires, et la pratique des modes actifs comme la marche ou le vélo en est rendue difficile. La concurrence pour l’espace est rude, et la vitesse de marche imposée par l’automobile relègue les autres modes au second plan. Sans oublier que ce système engendre de diverses et nombreuses nuisances (visuelles, sonores, pollution locale, émissions de gaz à effet de serre, etc.) qui ont un fort impact sur notre qualité de vie et notamment notre santé.

    De plus, comme l’analyse La Fabrique Ecologique dans sa publication Vive le vélo ! Une politique publique ambitieuse pour la petite reine(2), on est aujourd’hui d’autant plus aidés (financièrement) par l’Etat qu’on contribue aux dépenses publiques, dans le sens où les dispositifs de soutien aux trajets domicile – travail encouragent l’usage des modes de transports motorisés – non-économes, que ce soit au plan financier ou au plan environnemental.

    Car oui, le rôle du volontarisme politique est déterminant. Et aujourd’hui en France, peu de moyens sont mis dans les politiques vélo : 0,01 euro par habitant et par an, contre 4,82 euros pour le Danemark par exemple.

    Ce dernier, ainsi que des pays comme l’Allemagne et les Pays-Bas, affichent une part modale à deux chiffres pour le vélo. Ces pays non centralisés, avec des territoires de vie plus restreints, pourraient servir d’exemples en termes de politiques vélo pour la France, le Royaume-Uni ou l’Espagne – pays très centralisés –, qui restent à la traîne.

    La politique Vélib’ contribue – même modestement – à un changement de système laissant plus de place aux mobilités actives.

    On pourrait imaginer aller encore plus loin : continuer à étendre le périmètre du service. Et pourquoi ne pas diversifier l’offre ? Vélib’ pour enfants, Vélib’-cargos, tricycles, tandems… D’autres villes, comme Détroit aux Etats-Unis, ont déjà fait cette démarche. Avec la mise à disposition de vélos à assistance électrique (VAE) par Smovengo, qui permet à certaines personnes d’accéder plus facilement à la pratique cycliste, un premier pas a déjà été fait dans ce sens.


    Aller vers un « système-vélo »(3)

    Mais une politique – même excellente – de vélos en libre service ne peut se substituer à une politique de ville cyclable. Le service de VLS ne répond pas aux besoins de tous tout le temps (vélos standardisés, incertitude sur la disponibilité des vélos…). Il permet aux cyclistes de contourner les problèmes qu’ils rencontrent au quotidien (stationnement, multimodalité…), mais ne contribue pas à les résoudre directement, et ne règle pas certains problèmes aujourd’hui inhérents à la pratique cycliste (dangerosité…). Il est indispensable aujourd’hui d’imaginer et de mettre en place des actions complémentaires pour faciliter et développer la pratique cycliste.

    Et pour aller plus loin, dans l’optique de développement d’un réel « système vélo », toutes les composantes du système doivent progresser de concert, à savoir : les aménagements (pistes cyclables…), le matériel (les vélos), les services associés (réparation…), la réglementation, l’information et la formation. C’est ainsi – et seulement ainsi – que le système vélo pourra constituer avec la marche, les transports publics et le covoiturage un « système de transport écologique » capable de concurrencer le système automobile. Il va sans dire que le Vélib’ seul ne permet pas de réduire la circulation automobile, contrairement aux annonces de la Mairie de Paris au moment du lancement du projet.

    Des efforts sont faits dans ce sens : le Plan Vélo 2020 de la Ville de Paris annonce des aménagements de véloroutes, des aides à l’achat de vélos électriques, de triporteurs et de vélos-cargos, la mise en place d’espaces de stationnement… Mais il s’agit d’être exigeants dans sa mise en œuvre, et de consacrer plus de moyens financiers à ce type de démarche. Le montant annoncé pour ce plan à l’objectif ambitieux (passer, entre 2015 et 2020, de 5 à 15 % du total des déplacements effectués) – mais nécessaire – est de 150 millions d’euros (pour quatre ans). C’est encore bien peu quand on sait qu’il est prévu que le stationnement automobile rapporte à la Ville de Paris 334 millions d’euros pour la seule année 2018. Cherchez l’erreur. D’autres types d’actions pourraient également être envisagées, actions n’impliquant qui plus est aucun coût : pourquoi ne pas dédier entièrement aux vélos et piétons un certain nombre de voies, alors fermées à la circulation automobile ?

    Mais l’évolution vers un système orienté vers le vélo – et les modes actifs en général – ne correspond pas seulement à un changement de système technique. Cela revient à changer nos modes de vie. Changer le rapport que l’on entretient à notre propre corps. Ressentir nos capacités physiques. Se sentir capable. Mais également retrouver le plaisir du vent dans les cheveux et du soleil sur notre peau, une forme d’autonomie, la redécouverte de la ville, la solitude ou bien la convivialité d’un trajet avec des proches(4).

    Le vélo se révèle être un élément central pour penser des modes de vie plus désirés et plus soutenables. Pour penser des pratiques plus durables, d’individus en meilleure santé, dans une ville plus résiliente et où il fait bon vivre. 

     

    (1) Vélib’, 10 ans plus tard : quel bilan ?, étude réalisée par des étudiants de l’Ecole d’Urbanisme de Paris, juin 2018, http://fr.forumviesmobiles.org/projet/2018/06/12/velib-10-ans-plus-tard-quel-bilan-12459

    (2) Vive le vélo ! Une politique publique ambitieuse pour la petite reine, décembre 2017, La Fabrique Ecologique

    (3) Le Système vélo, Frédéric Héran, mai 2018, http://fr.forumviesmobiles.org/reperes/systeme-velo-12437

    (4) Politique de la convivialité : la mobilité et le droit à la ville dans le militantisme cycliste à Bogotá, Paola Castañeda, décembre 2017, http://fr.forumviesmobiles.org/mobilithese/2017/12/11/politique-convivialite-mobilite-et-droit-ville-dans-militantisme-cycliste-bogota-12278

  • Le train autonome sur la ligne de départ

    Le train autonome sur la ligne de départ

    Cette fois, c’est parti. Certes, on savait qu’il y avait un programme de recherche piloté par la SNCF, et qu’à l’appellation classique de train automatique avait été préférée celle, plus en vogue, de train autonome. Mais ce 12 septembre a été donné le véritable coup d’envoi, avec l’annonce des objectifs fixés à deux consortiums constitués en janvier dernier, l’un chargé de faire un démonstrateur fret, l’autre de faire un démonstrateur voyageurs. L’un et l’autre doivent développer d’ici cinq ans des prototypes de train autonome.

    Les avantages des trains automatiques sont connus et ont été rappelés à qui mieux mieux par les partenaires de la SNCF. Plus de capacité grâce à une meilleure utilisation des lignes, plus grande régularité des circulations, meilleur contrôle de la consommation d’énergie. Et une sécurité au moins équivalente à celle d’aujourd’hui faute de quoi, dans le train comme dans l’automobile, ce ne serait même pas la peine d’y penser.

    Des avantages, dira-t-on, qui n’existent que sur le papier. Pas vraiment. Avec toute l’expérience accumulée dans le métro depuis plus d’un demi-siècle, on ne part pas de rien. Mais le métro est une infrastructure fermée et dédiée. Le réseau ferroviaire est plus ouvert – en témoignent chaque jour les animaux divaguant sur les voies – et accueille ordinairement des trains de nature diverse. L’expérience développée dans le monde automobile avec capteurs, caméras et lidars, pour détecter les obstacles, en identifier la nature, leur éventuelle trajectoire ou vitesse sera très précieuse. Bosch, très puissant dans la mobilité automobile, participe ainsi au consortium TER autonome. Autre apport bien venu, les compétences en matière de cybersécurité. Le sujet va devenir crucial et la SNCF fait appel à des compétences déjà fortes dans l’avionique. On retrouve Apsys, filiale d’Airbus, dans le consortium Fret, et Thales, fort de son expérience transverse, dans le consortium TER.

    Donc, une architecture ouverte, dans laquelle la SNCF ne cherche plus à tout concevoir ou développer. Une SNCF assistée par Railenium, organisme public connecté avec le monde de la recherche universitaire. L’ouverture à la recherche et à l’industrie n’est pas une première, c’est une tendance lourde qui est en train de s’accentuer. Quant au déploiement d’ERTMS niveau 2 (notamment sur Paris – Lyon) ou au développement de Nexteo (pour le RER E), les voici enrôlés sous la bannière de l’autonomie, ce qui n’est au demeurant pas illégitime.

    Le déploiement ne devrait pas commencer avant 2025. On regardera avec la plus grande attention les progrès des trains autonomes en ligne. De ce point de vue l’expérience conduite par Ansaldo STS en Australie pour Rio Tinto est impressionnante : 280 km parcourus en automatisme intégral (GOA 4) et contrôlés à plus de 1 500 km de là, sur un réseau totalisant 1 700 km de lignes entre mines et ports. Mais on n’oubliera pas que l’autonomie ferroviaire a de fortes chances de faire ses vrais débuts dans des parcours techniques, à l’approche des dépôts et des ateliers de maintenance comme dans ceux-ci : soit dans un milieu fermé où ne se trouvent que des professionnels. La RATP a d’ailleurs mis l’accent, s’agissant de l’autonomie des bus ou des tramways, sur ce type de parcours.

    Le programme train autonome bénéficie de 53 millions d’euros, 30 % venant de la SNCF, 30 % de l’Etat via Railienium, et 40 % des partenaires industriels. Selon Guillaume Pepy, il est trop tôt pour savoir précisément l’investissement que nécessitera le déploiement des trains autonomes. Mais les ordres de grandeur sont de l’ordre de plusieurs centaines de millions. La SNCF, qui investit 7 milliards d’euros par an, a les moyens de s’offrir des innovations dont le retour sur investissement s’annonce extrêmement intéressant. L’annonce tombe à pic, Elisabeth Borne ayant annoncé la veille la fin des grands programmes d’infrastructure. Plus que jamais, la priorité est donnée à la modernisation des systèmes et à l’optimisation de leur utilisation. Ordre de grandeur rappelé par Pierre Izard, DG délégué Système et Technologie ferroviaire de la SNCF : l’ERTMS niveau 2 entre Paris et Lyon représente un investissement d’environ 500 millions d’euros (qui permet de passer de 13 à 16 trains par heure) contre dix milliards pour une ligne nouvelle (qui, tout de même, en offrirait au moins 16 supplémentaires dès l’origine).

    F. D.


    Dix partenaires pour un double programme

    Les consortiums sont pilotés par SNCF et l’IRT Railenium pour une durée de cinq ans.

    • Alstom, Altran, Ansaldo et Apsys sont réunis dans le consortium train de fret autonome.

    • Bombardier, Bosch, SpirOps et Thales sont réunis dans le consortium train TER autonome.


  • Le gouvernement confirme ses choix en faveur des transports du quotidien

    Le gouvernement confirme ses choix en faveur des transports du quotidien

    Un chiffre et encore beaucoup d’inconnues. C’est ce qui ressort du projet de programmation des investissements de transport dévoilé le 11 septembre par le gouvernement. Elisabeth Borne a indiqué que 13,4 milliards d’euros devraient être consacrés aux infrastructures de transports durant la période 2018-2022. Ce qui représente une hausse de 40 % par rapport au quinquennat précédent, rappelle la ministre des Transports. Puis 14 milliards sont envisagés les cinq années suivantes. Soit 27 milliards sur les dix prochaines années.

    Ces investissements dans le rail, la route et les autres modes de transport doivent figurer dans la future Loi d’orientation des mobilités (LOM) qui doit être présentée en octobre en conseil des ministres, avant d’être débattue par les parlementaires. Auparavant, le projet LOM (qui comprend aussi tout un volet pour favoriser la mobilité) aura fait l’objet d’un avis du Conseil d’Etat.

    Pour faire ses choix d’investissements, le ministère des Transports s’est appuyé sur le rapport du comité d’orientation des infrastructures présidé par Philippe Duron, qui avait remis son rapport en février dernier et établi trois scénarios possibles sur la période 2018-2022 : le premier envisageait 12,3 milliards d’investissements publics, le second scénario, médian, allait plus loin avec 14,6 milliards (et était jugé raisonnable par Philippe Duron) et le troisième, le plus ambitieux, s’élevait à 16,6 milliards.

    « On est entre le scénario 1 et le 2 », reconnaît-on au ministère, en expliquant qu’il faudra trouver des ressources nouvelles pour le financer : 300 millions supplémentaires en 2019, puis 500 millions d’euros par an à partir de 2020. Lesquelles ? Le gouvernement renvoie sa décision à plus tard, sachant que l’hypothèse de taxes nouvelles, notamment une vignette sur les poids lourds, risque encore d’échauffer les esprits.

    En attendant, le ministère des Transports a décliné les projets retenus, même s’il reste encore vague sur le calendrier pour chacun d’eux. Deux grands principes ont guidé ses choix, explique-t-il : la priorité aux réseaux existants et aux déplacements du quotidien.

    Après l’audit qui a mis en évidence la dégradation du réseau routier national non concédé (et montré que 7 % des ouvrages d’art nécessitent une intervention d’urgence) et après la catastrophe du pont de Gênes en Italie cet été, il a été décidé de porter l’effort sur l’entretien des routes, en se focalisant plus particulièrement sur les ouvrages d’art. Ces dernières années, le budget des routes atteignait 670 millions d’euros. Il va passer progressivement à 850 millions d’ici à 2022, puis à 930 millions sur la période suivante. Le gouvernement compte aussi consacrer pas loin un milliard d’euros dans les dix ans qui viennent à des opérations de désenclavement routier des villes moyennes et des territoires ruraux.

    Dans le transport ferroviaire, les budgets consacrés à la régénération du réseau ont triplé depuis 2005, atteignant 3,6 milliards sur dix ans. L’effort va être amplifié, augmenté de 200 millions d’euros par an à partir de 2022. Cela permettra de financer par exemple des projets de signalisation ferroviaire, précise le ministère.

    Côté fluvial, l’effort de l’Etat va être doublé, passant de 273 millions à 530 millions d’euros par an entre 2018 et 2022. Et pour favoriser le transport de marchandises, 2,3 milliards seront investis par l’Etat sur dix ans, visant notamment à soutenir les ports et leurs accès.

    Très attendu par les élus, le chapitre « Développement des infrastructures » risque de faire des déçus. Certes, un quatrième appel à projets va être lancé pour développer les mobilités propres et partagées. « Il y aura des moyens pour le vélo », ajoute-t-on, en indiquant que des annonces sont attendues très prochainement. Une enveloppe globale de 1,2 milliard est prévue sur dix ans.

    Mais dans le domaine ferroviaire, on n’est plus à l’époque du tout-TGV et les nouveaux choix portent plus que jamais la marque de la priorité donnée aux transports du quotidien. Le gouvernement s’engage ainsi à renouveler tout le matériel TET pour 3,7 milliards. Il va également orienter ses investissements essentiellement dans des projets permettant d’augmenter la capacité des principaux nœuds ferroviaires. Le but, explique-t-on à l’Hôtel de Roquelaure, est de doubler la part du train dans les déplacements du quotidien autour des grands pôles urbains. Ce programme de traitement des nœuds saturés représente un effort de 2,6 milliards dans les dix ans à venir (hors Ile-de-France), associant l’Etat, les collectivités et la SNCF. L’Etat y contribuera à hauteur de 1,3 milliard.

    Quant aux grands projets de LGV réclamés par les élus, le gouvernement confirme les lignes retenues par le comité d’orientation des infrastructures qui avait déjà réalisé une sérieuse sélection : liaisons à grande vitesse Bordeaux – Toulouse, Montpellier – Perpignan, Marseille – Nice, Paris – Normandie et Roissy – Picardie. Mais ces projets se feront très progressivement, par « phasage », précise le ministère des Transports. Le gouvernement refuse pour le moment d’entrer dans le détail du calendrier tant qu’il n’en aura pas discuté avec les élus concernés. L’idée, c’est que la première phase consiste à commencer par désaturer les grands nœuds ferroviaires. Tout particulièrement autour des gares. Globalement, l’enveloppe prévue par le gouvernement s’élève à 3,4 milliards d’euros entre 2017 et 2022. Mais sur ce total, 1,5 milliard doivent être payés aux concessionnaires des LGV mises en service l’an dernier (principalement à Lisea).

    Quant aux projets de liaisons Lyon – Turin et du Canal Seine – Nord, ils sont, comme toujours, traités à part. Le premier dépend des intentions du gouvernement italien, aujourd’hui tiraillé sur le sujet entre les deux composantes de sa coalition, la Ligue d’extrême droite et le Mouvement 5 Etoiles. « On se cale sur les engagements européens et les discussions en cours avec nos partenaires », commente le ministère des Transports. Quant au second, son tour de table financier est encore incertain.

    Marie-Hélène Poingt

  • Le coup de gueule du patron de la Deutsche Bahn contre ses cadres

    Le coup de gueule du patron de la Deutsche Bahn contre ses cadres

    La Deutsche Bahn est-elle sur la mauvaise pente ? Le patron de la compagnie ferroviaire allemande (DB) vient en effet de lancer un grand coup de gueule pour expliquer à ses cadres dans une lettre interne que les coûts étaient toujours trop élevés et que les performances restaient trop faibles. Richard Lutz, président de la DB depuis mars 2017, a dénoncé une situation qui se « dégrade » et qui devient menaçante pour l’avenir de l’entreprise. Aucun objectif n’est atteint actuellement en termes de qualité, de résultats financiers et de ponctualité. « Il n’y a pas de quoi se vanter », écrit-il.

    Moins 70 % des trains arrivent à l’heure alors que la compagnie s’était fixé depuis déjà des années un taux de 85 %. Seulement un ICE sur six fonctionne au départ sans problème technique (toilettes ou climatisation en panne, pas de restaurant, wagon manquant, maintenance à la traîne, système de réservation défectueux, etc.).

    « Nous ne pouvons pas être satisfaits de nos prestations. Chacun d’entre nous le sait. La situation s’est encore détériorée au cours des trois derniers mois », s’est alarmé Richard Lutz. Sans oublier la dette qui ne cesse d’augmenter (pratiquement 20 milliards d’euros) et les pertes du fret qui pourrait atteindre 200 millions.

    La direction a dû réviser déjà deux fois à la baisse ses objectifs financiers pour cette année. Le résultat opérationnel (Ebit) est actuellement inférieur de 160 millions d’euros aux objectifs (plus de deux milliards d’euros) alors que la fréquentation des trains continue d’augmenter. Le président a exigé une nouvelle réévaluation des coûts « sans que la qualité produit n’en pâtisse ».

    Enfin, la pénurie de main-d’œuvre est venue assombrir encore plus le tableau alarmiste du patron de la DB. Faute de conducteurs, la compagnie ferroviaire allemande a décidé de supprimer provisoirement des liaisons dans la région du Schleswig-Holstein au nord de l’Allemagne. Jusqu’à nouvel ordre.

    A Berlin,
    Christophe BOURDOISEAU

  • La montée en puissance de Ouigo

    La montée en puissance de Ouigo

    Après Montparnasse et la gare de l’Est, la SNCF propose à partir du 9 décembre 2018 des Ouigo au départ de Paris-Lyon vers de nouvelles destinations dans le sud de la France. Une priorité, à l’approche de l’ouverture à la concurrence.

     

    Ouigo continue d’étendre son territoire, tout particulièrement à partir de Paris intra-muros. Ainsi, à compter du 9 décembre, le TGV à bas coûts partira de la gare de Paris-Lyon pour proposer 11 destinations au sud de la France : Lyon-Saint-Exupéry, Marseille, Aix-en-Provence-TGV, Avignon et Valence (gares qui sont déjà desservies par Ouigo via des gares périphériques) ainsi que Nice, Cannes, Antibes, Toulon, Saint-Raphaël et Les Arcs-Draguignan (qui sont des destinations nouvelles pour Ouigo). Ce sera la troisième gare parisienne qui accueillera le TGV aux rames bleu et rose après Paris-Montparnasse depuis la fin 2017 et Paris-Est depuis juillet dernier.

    Le TGV qui a été lancé il y a cinq ans entre Marne-la-Vallée et Marseille-Saint-Charles arrive également en gare de Lille-Flandres, d’où les voyageurs pourront rejoindre Marne-la-Vallée, Roissy-Charles-de-Gaulle, Lyon, Marseille, Aix-en-Provence-TGV, Avignon et TGV-Haute-Picardie.

    Les ventes seront ouvertes à partir du 11 octobre, à des tarifs toujours ultra-compétitifs (10, 16 ou 19 euros par adulte, et 5 ou 8 euros par enfant jusqu’à 12 ans).

    Des tarifs autorisés par des coûts de production très inférieurs à ceux des TGV classiques : plus de rotations des rames, dont la capacité est accrue de 25 % par rapport à un TGV Duplex, maintenance de nuit et distribution 100 % en ligne. Ce qui permet de toucher une nouvelle clientèle : six clients sur 10 n’auraient pas voyagé en train sans Ouigo, affirme la SNCF.

    L’entreprise, qui met en avant le succès de Ouigo, mise sur un fort développement : le TGV a transporté 7,7 millions de voyageurs, il en attend 12,7 millions cette année, avec un objectif de passer à 26 millions de passagers d’ici à 2020 avec plus de 40 destinations. Ce qui représentera 25 % du trafic à grande vitesse en France (contre 18 % en 2018 avec 28 destinations).

    Cette montée en puissance de Ouigo conduirait mécaniquement à une baisse de la part du TGV classique, selon plusieurs syndicats. « Dans un premier temps, Ouigo a commencé à remplacer des TGV intersecteurs les moins fréquentés en partant de Marne-la-Vallée. Ceux sur lesquels la SNCF était le plus déficitaire », souligne l’un d’eux. « Ouigo a d’abord circulé sur les sillons les moins chers et les moins attractifs mais qui attirent une clientèle à la recherche de petits prix. Maintenant il s’étend rapidement. Dans le même temps, on supprime çà et là quelques dessertes par TGV », poursuit cette source syndicale.

    De son côté, la SNCF explique qu’elle s’est fixé l’objectif de diminuer de 2 % par an pendant cinq ans le coût au siège/kilomètre de ses TGV classiques. Un principe validé en juillet lors du conseil d’administration de SNCF Mobilités, qui s’est penché sur le modèle économique du TGV. Le but est de faire la chasse aux coûts partout où c’est possible, en s’inspirant de l’expérience de Ouigo.

    Interrogée sur sa stratégie, Voyages SNCF rappelle que le TGV classique est toujours au cœur de son offre grande vitesse. Avec une montée en gamme sous le label TGV Inoui. « Le parc TGV Inoui sera optimisé avec une intensification des roulements et une massification de l’offre par l’introduction de rames ultra-capacitaires », rappelle-t-on. De quoi se préparer à l’arrivée de la concurrence.

    Marie-Hélène POINGT


    Ouigo en 2020

    30 destinations
    26 millions de voyageurs
    70 circulations quotidiennes
    34 rames

    En cinq ans…

    33 millions de voyageurs
    Soit un nombre multiplié par 9
    65 % ont voyagé pour moins de 25 euros