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Et si l’on remettait le Grand Paris à l’endroit ?
Un rapport très critique sur le Grand Paris a été publié à la fin de l’année dernière par le Cercle des Transports. Il estime qu’il vaut mieux concentrer l’effort sur l’existant avant de se lancer dans de nouveaux projets coûteux dont l’utilité est discutable D’autant que leur financement n’est pas totalement clair et qu’une dérive des coûts semble inévitable. Les défenseurs du Grand Paris Express rappellent que le projet, désormais en phase opérationnelle, est le fruit d’un long débat démocratique. Et que sa réalisation doit densifier l’emploi et la population à l’intérieur et autour de la future rocade de métro.
Les sages ont jeté un pavé dans la mare. En décembre dernier, un groupe de travail du Cercle des Transports, institution respectable composée de personnes fort sérieuses (qui sont souvent d’anciens hauts responsables) a publié un rapport très critique sur le financement et les objectifs du Grand Paris. Il y a récidive. En avril 2012, déjà, une équipe un peu différente mais portant les mêmes couleurs était intervenue dans le débat sur le Schéma national des infrastructures de transport (Snit). Le propos ? Arrêter d’augmenter la dette par des projets trop coûteux ; mieux évaluer les retombées économiques et socio-économiques des dits projets ; cesser d’oublier systématiquement les coûts de fonctionnement. Leur position paraissait d’autant plus intéressante que certains de ces experts (ils ne s’en cachent pas) avaient parfois, dans l’exercice de leur fonction, contribué à la présentation optimiste des grands projets. De ce fait, pour employer les grands mots, leur prise de position marquait une conversion de l’appareil d’Etat ou de la technostructure à des vues apparemment modestes, comme la rénovation des réseaux existants. D’ailleurs, quelque temps après leur rapport, la commission Mobilité 21 retrouvait nombre de leurs conclusions. Alors, quand nous avons vu arriver leur nouveau rapport, déployant une argumentation parallèle sur le Grand Paris, il nous a semblé qu’il fallait en entendre les auteurs. Car l’argumentation est intéressante et elle a des chances d’être suivie d’effets.
Problème : cela peut sembler tard venu. Pour le Snit et les futures LGV, les choix étaient à venir. Pour le Grand Paris, ils sont faits. Après des tensions extrêmement vives dont on ne refera pas la chronique, l’Etat et la région ont fini par accorder leurs vues, leurs projets et leurs priorités. Tout est pour le mieux… et, s’il y a des doutes, il n’est pas sûr qu’ils s’expriment haut et fort, tant il a fallu tant d’habileté et d’énergie pour enterrer la hache de guerre… Bien fou qui ira remuer tout cela.
Le Cercle des Transports le fait pourtant. De crainte que l’on aille dans le mur. Convictions ? on ne pourra pas tout faire dans les délais impartis ; les coûts de fonctionnement du nouveau métro vont s’inviter dans la facture ; de plus, depuis les débats sur le Grand Paris, la situation des transports publics et particulièrement des RER n’a fait qu’empirer, ce qui conduit à renverser la priorité. Et d’ailleurs, c’est peu de jours après le 29 janvier, jeudi noir du RER A que notre rencontre a eu lieu. Certes, la grande panne du RER, due à un arrêt de travail, n’avait rien d’un incident d’exploitation. Mais elle a souligné la faiblesse du système de transport francilien et la nécessité de soulager le RER A.
Nous avions entendu les experts du Cercle des transports dès la publication de leur rapport (voir VR&T de février). Mais il nous a semblé important de les placer face à des responsables qui ne partagent pas tous leurs vues (ou ne les partagent pas toutes). Aussi, le 10 février, Philippe Essig et Claude Gressier ont-ils pu confronter leurs analyses à celles de Sandrine Gourlet, directrice des transports de la région IdF, François Durovray, maire UMP de Montgeron, président de la CA de Sénart Val de Seine, administrateur du Stif, Jean-Claude Prager, directeur des études économiques de la SGP et Yves Ramette, DG de SNCF Réseau en Ile-de-France.
Claude Gressier a ouvert les débats en rappelant les principales analyses de Réorienter les priorités du Grand Paris. Diagnostic : « le réseau ferroviaire francilien est extrêmement puissant et le monde nous l’envie… mais les RER et les Transiliens subissent des perturbations au quotidien. » C’est vrai, en dix ans, la fréquentation des transports publics a augmenté de 21 %. Mais est-ce vraiment la raison du dysfonctionnement ? Pas forcément, puisque l’augmentation frappe avant tout les heures creuses. Aux heures de pointe, cette augmentation n’est que de 4 %. Pas suffisant pour justifier tout un réseau d’infrastructures nouvelles. Mais de quoi alerter, puisque le réseau craque, sur ce qu’il convient de faire en priorité ; faire mieux fonctionner le réseau pour qu’il réponde aux attentes des usagers.
« Nous avons fait des études socio-économiques qui montrent qu’il y aurait des avantages beaucoup plus importants et rapides si on s’occupait des voyageurs d’aujourd’hui avant de s’occuper de ceux de demain. Et que les dépenses de fonctionnement s’accroîtraient de façon plus modérée. » Pour ce qui est des projets, le Cercle des transports les limite pour l’instant au prolongement de la ligne 14 et du RER E. Pas trop de soucis pour le prolongement de la 14 au nord, dont les travaux ont commencé ; pour Eole à l’ouest, c’est plus compliqué, même si, à l’heure où nous débattions, le conseil régional rendait public le projet de contrat de plan 2015-2020, avec un volet de 1,75 milliard pour Eole, qui semble la première étape d’une opération massive de sécurisation.
Or Eole est attendu pour soulager définitivement le RER A (qui, cela dit, respirera déjà mieux une fois toutes les nouvelles rames arrivées et la nouvelle signalisation en service). Mais cela ne va pas suffire et, dit Claude Gressier, « il est vrai que les lignes du Grand Paris Express vont soulager l’existant, à terme, mais pas tant que ça. Par exemple la ligne 15 n’aura aucune incidence sur le RER A, tant que ne sera pas réalisé le prolongement ouest jusqu’à la Défense ! »
A quoi une voix dans la salle s’élève spontanément pour répondre que « la ligne 15 n’a pas vocation à soulager le RER A, elle a vocation à transporter les usagers de la ligne 15. » C’est d’une façon un peu cavalière la meilleure manière de résumer les arguments du Grand Paris Express tel qu’il est prévu actuellement. « Le Grand Paris est le fruit d’un long travail de débat démocratique, auquel tout le monde a participé. Les premiers débats remontent à au moins 20 ans, en 1994, tient à rappeler Jean-Claude Prager, directeur des études économiques de la Société du Grand Paris. Le débat a été très vif entre 2008 et 2011 mais un accord a été trouvé en janvier de cette année-là. » Et de rappeler que l’on est aujourd’hui dans une phase « extrêmement opérationnelle », au moins pour la ligne 15 sud. Mais Jean-Claude Prager ne se contente pas de plaider que le coup est parti, après un choix démocratique. Il rappelle aussi que le métro s’inscrit dans un objectif de croissance : « L’objectif est de pousser à une certaine densification de l’emploi et de la population à l’intérieur et sur la rocade. On avance aussi vite que l’on peut sur la ligne 15, sur la 16 on négocie et on prépare les lignes 17 et 18. »
Ces lignes supplémentaires sont justement les outils que conteste le plus le Cercle des transports. A l’appui de leur argumentation, ces experts ont aussi des arguments financiers. L’inévitable dérive des coûts de réalisation. Et, remarque Philippe Essig. « Il y a aussi des zones d’ombres sur le financement de l’exploitation. Et le financement du matériel roulant n’est pas clair non plus ! » Le cercle des transports, face à ces inconnues financières, préfère sécuriser l’amélioration de l’existant en mutualisant les ressources prévues pour le Grand Paris.
S’occuper de l’existant, c’est un point de vue quasiment partagé par François Durovray, maire de Montgeron et président de la communauté d’agglomération de Sénart Val de Seine. « Il faut reconnaître au Grand Paris une volonté forte de rééquilibrage est-ouest, commence-t-il. Mais ces décisions ont été prises sans certains éclairages technico-administratifs. Il y a la question du dimensionnement du nouveau réseau. Est-ce qu’il faut vraiment certains réseaux ferrés lourds ? Certains paraissent évidents comme le prolongement de la ligne 14, de la ligne E ou encore la création de la ligne 15 ».
Là où cet élu d’opposition à la région Ile-de-France se distingue du Cercle, comme il le dit lui-même, c’est sur les ambitions. « Vous justifiez l’abandon de certains tronçons par des raisons économiques, lance-t-il. Je ne suis pas d’accord ! On consacre 30 milliards par an aux transports : un ou deux de plus pour gérer les problèmes des Franciliens cela ne me gêne pas. »
La position d’Yves Ramette est bien sûr singulière. Directeur général du gestionnaire d’infrastructure unifié d’Ile-de-France (SNCF), il a fait toute sa carrière à la RATP. 35 ans de RATP… et un rôle majeur dans le projet de métro du Grand Paris. Depuis deux ans dans le groupe SNCF, il découvre de l’intérieur l’état du réseau ferroviaire, la difficulté d’exploiter un réseau mixte et ouvert… et qui n’a pas été maintenu comme il devait l’être. Yves Ramette le reconnaît sans difficultés ; « Je souscris aux conclusions du rapport ». Donc, priorité à l’existant. RFF (maintenant SNCF Réseau) a dégagé 200 millions par an pendant des années pour la rénovation du réseau d’Ile-de-France, ce qui est notoirement insuffisant. 650 millions y sont aujourd’hui consacrés. Cela ne suffit pas encore mais permet déjà de faire face. « On a changé deux fois plus d’appareils de voies en 2014 qu’en 2013… J’ai défini une zone où il faut intervenir de toute urgence : elle concerne 40 % des incidents quotidiens, il faut y ajouter une zone plus vaste, elle aussi responsable de 40 %. En les traitant toutes deux, au bout de cinq ans bien des problèmes seront derrière nous. »
Yves Ramette confirme l’obsolescence du réseau SNCF actuel, tel que décrite par Philippe Essig et Claude Gressier. « La moitié du linéaire de voies a plus de 35 ans, les appareils de voie aussi, le système de signalisation a 50 ans. Le tout dans un réseau hypersensible puisqu’il compte 6 500 trains par jour. Pensez qu’au bout de 8 minutes d’arrêt en pleine voie, les gens descendent sur les rails et on perd toute la journée. » D’où la limite à une mise en œuvre rapide des recommandations du Cercle des Transports. « Comment voulez-vous moderniser dans des conditions pareilles ? Ce serait jeter l’argent par les fenêtres. » Il faut rénover d’abord. Changer de modèle et investir plus, certes, mais surtout travailler plus longtemps de nuit et bénéficer d’interceptions plus longues l’été.
Car, il faut le rappeler – et Sandrine Gourlet s’en charge aussi, s’il faut remettre de l’argent – « il faut se souvenir que la question du RER n’est pas qu’un sujet de financement. Sur la période précédente nous avions mis beaucoup d’argent sur ce réseau et il n’a pas été dépensé. Les lignes fonctionnent de 5h à 1h du matin et il est très compliqué d’y faire des travaux. »
Reste la question de ce que le Cercle des transports décrit comme des coûts cachés ou en tout cas mal estimés jusqu’ici : les coûts d’exploitation. « Les dépenses de fonctionnement augmentent plus vite que l’offre mais aussi plus vite que l’inflation. Tout cela a-t-il été pris en compte ? », interroge Claude Gressier. Il estime à 25 % la hausse de ces coûts du fait des nouvelles lignes, ce qu’il sera impossible d’équilibrer par une hausse de la tarification.
C’est un des points sur lesquels l’analyse est contestée, par exemple par Daniel Cukierman (ex-SNCF et conseiller du président de Transdev) qui, dans l’assistance, lance : pourquoi partir vaincu d’avance et s’attendre à des coûts d’exploitation importants du futur métro automatique ? le recours à la concurrence ne va-t-il pas permettre d’abaisser ces coûts bien en deçà de ceux d’un opérateur historique ?
Sensible aux arguments du cercle des transports, François Durovray le sait bien, « les élus préfèrent sûrement couper des rubans pour des lignes neuves plutôt qu’inaugurer des aiguillages et des automatisations de lignes ». Pas toujours à tort. Se démarquant du cercle des transports, il assure : « Il ne faut pas être malthusien. Ce qu’il faut savoir, c’est bien : de quoi aura-t-on besoin dans dix ans ? Il faut être dans une logique de développement et ne pas l’opposer à l’existant. »
Au cœur de propositions portées par Philippe Essig, l’automatisation. Le prolongement d’Eole, on le sait, va s’accompagner du nec plus ultra du pilotage automatique et du contrôle-commande des trains, avec le futur Nexteo, qui équipera les RER 2N NG. Pas besoin d’aller jusque-là pour tous les RER et les lignes du Transililen juge Philipe Essig, mais installer un pilotage automatique sur l’ensemble du réseau RER et Transilien s’impose. Des propositions que Claude Gressier et Philippe Essig souhaitent voir examinées par un audit sur l’exploitation que l’on pourrait confier à un grand exploitant, par exemple MTR, le métro de Hong Kong, « afin d’aider les responsables de l’Ile-de-France à y voir plus clair. »
S’il faut améliorer l’existant – personne n’en doute – Sandrine Gourlet établit un « diagnostic pas aussi sombre » que celui qu’elle entend. « D’abord, le réseau francilien fonctionne bien. A part les journées noires, il permet 11 millions de transports par jour », avance la directrice des transports au Conseil régional d’Ile-de-France. « Nous avons fait énormément d’investissements, comme 1,5 milliard pour le RER A ». Et pour ce qui est du Grand Paris elle refuse d’opposer le neuf à la rénovation de l’existant. Le programme, c’est de parvenir à tout faire. Essentiel, car « certaines zones n’étaient pas desservies jusqu’à maintenant. La ligne 15 Est par exemple va desservir des zones urbaines sensibles et l’équité de la desserte des territoires est importante. »
Une réflexion d’urbanisme que le Cercle des Transports ne récuse pas mais ne fait pas sienne. « Nous ne jugeons pas de la question en tant qu’urbanistes ou même sur le thème de l’urbanisme ». Mais on l’a compris, au nom des Franciliens à la peine aujourd’hui dans les transports en commun.
Quelles suites seront données aux critiques et aux recommandations du Cercle des transports ? On l’a dit plus haut, les arbitrages semblent définitifs et le Premier ministre a même demandé une accélération du calendrier. Mais, d’expérience, on sait bien que des programmes prévus sur 20 ans, ne se réalisent jamais comme prévu. Et l’on peut penser que les membres du Cercle des transports comptent sur les prochaines échéances électorales pour relancer le débat et remettre les priorités, selon eux, à l’endroit.
François Dumont,
avec Julien SartreLes chiffres clés
• 650 : C’est la somme annuelle, en millions d’euros, que la SNCF affirme consacrer à la rénovation de son réseau. Il y a une dizaine d’années, c’était 200 millions.
• 6 500 : Le nombre quotidien de trains qui circulent dans la région Ile-de-France.
• 135 : En milliards, le nombre de places kilomètres offertes (PKO) aujourd’hui en Ile-de-France. Pour comparaison, on en trouve 137 milliards à Londres.
• 7,3 : Le nombre de milliards d’euros dédiés au transport dans le contrat de plan Etat-Région sur la période 2015-2020.
• 90 ans : L’âge des caténaires de la ligne du RER C.Le cas épineux du RER D
Une partie des discussions sur l’amélioration du réseau existant s’est concentrée sur le cas du RER D. « La ligne du RER D a trois branches et c’est à celle qui concentre tous les problèmes qu’on fait traverser Paris ! », déplore Philippe Essig. « Sur ce tronçon, la ligne Malesherbes, la caténaire est limite, il y a une trentaine passages à niveau. Il n’y a qu’une solution : nous disons, il faut sortir cette ligne du réseau RER. Et cela peut se faire très rapidement… »
Mais est-il si facile de « débrancher » le RER D comme le réclament si souvent ses détracteurs ? « Non, cela n’a rien de simple, rien de naturel », défend Sandrine Gourlet, directrice des transports au Conseil régional d’Ile-de-France. « Il faut trouver un équilibre. Sur le RER on n’enlève une branche que lorsqu’on fournit un service supplémentaire, comme le tramway. Il faut bien comprendre que chacun veut son bout de métro et de RER chez lui… »
« Il vaut mieux ne pas utiliser le terme “débrancher » le RER D comme on débrancherait un malade », renchérit François Durovray. « Il y aurait des avantages à se replier sur la Gare de Lyon mais c’est une solution dont nous ne disposons pas dans les prochains mois. »
Surtout, pour le RER D, Philippe Essig préconise aussi l’arrivée d’un nouveau matériel, les trains de cette ligne n’étant pas du tout adaptés à une desserte RER. Autant, juge-t-il, se lancer dans un renouvellement anticipé et commander pour le RER D aussi les RER 2N NG prévus pour Eole. D’autant qu’un pilotage automatique est plus facile à installer sur un matériel neuf.La région Ile-de-France défend ses investissements
Le débat de VR&T a eu lieu alors qu’était présenté le Contrat de plan Etat-Région et en particulier son volet transports. La directrice des transports au Conseil régional d’Ile-de-France a rappelé tout de même que « des investissements massifs dans les transports ont été faits depuis la décentralisation en 2006 ». Et elle a expliqué qu’au Contrat de plan 2015-2020, « 9 milliards d’euros sont prévus pour la partie transports. Dont 7,3 sur la période 2015-2020 pour les transports en commun. Sont prévus et budgétisés l’amélioration du RER et du Transilien et le développement du RER E à l’ouest. Pour ce dernier, nous allons faire un protocole de financement qui va s’ajouter au 1,7 milliard qui financera tout le projet. La ligne 11 va également être prolongée. Deux trams-trains vont être lancés et il y a plusieurs projets de TCSP. »
Francis Jutand : « Nous devons encourager la création de communautés de PME innovantes »
Le directeur scientifique de l’Institut Mines Télécom a présidé le comité du débat national sur l’open data dans les transports qui a donné lieu à un rapport de 148 pages remis le 12 mars au secrétaire d’Etat aux Transports, Alain Vidalies. Francis Jutand nous explique les principes qui doivent présider à la libération des données produites par tous les opérateurs de mobilité. Ville, Rail & Transports. Quelle sera la philosophie des règles d’ouverture des données de transport ?
Francis Jutand. Il n’y a pas de transport qui ne soit pas en situation de concurrence, fondamentalement. Il ne s’agit plus de s’inscrire simplement dans le cadre de la loi Cada qui visait les données publiques, mais d’aller plus loin. Car peu importe au fond que le service soit géré en régie, qu’il soit conventionné, délégué sous concession… Ce qui doit guider la démarche d’ouverture, c’est tout simplement l’intérêt général. C’est le moyen de mettre fin à ce que j’ai appelé “le gruyère“ car aujourd’hui, en fonction du statut de l’opérateur ou selon la façon dont le service public est rendu, certaines données sont accessibles, d’autres ne le sont pas. C’est difficilement acceptable pour créer un calculateur d’itinéraire. D’où notre préconisation pour que toutes les données qui sont produites par un opérateur de mobilité soient ouvertes. Sachant que l’ouverture se comprend comme la capacité à les réutiliser pour développer des services. La licence Etalab est parfaitement adaptée, sa seule contrainte est d’être vertueux sur l’usage et de citer les données sources.
VR&T. Toutes les catégories de données doivent-elles être traitées de la même manière ?
F. J. Naturellement non. Nous proposons de les classifier dans trois catégories différentes. Dans la première – celle qui comprend topographie, arrêts, structure du réseau, données horaires théoriques et offre tarifaire – les données seront ouvertes sans condition. La deuxième classe englobe tout ce qui touche au temps réel et les services du ministère tiendraient une liste à jour. Elle pourrait s’ouvrir mais cette fois sous conditions parce qu’il y a des questions de sécurité sous-jacentes. Prenant l’exemple d’un accident dans le tunnel de Fourvière ; imaginons qu’un calculateur propose un itinéraire de détournement et engendre une congestion monstre du trafic, ce sera une catastrophe. Donc le gestionnaire de crise doit pouvoir reprendre la main. Enfin, troisième type de données, celles à caractère commercial, typiquement liées à la fréquentation. Elles seront ouvertes pour un usage de recherche et d’analyse, mais pas forcément réutilisables dans le cadre de la création de service, ou alors encore une fois sous conditions. C’est pourquoi, nous préconisons de les diffuser sous une forme agglomérée.
VR&T. Qu’en est-il de la propriété de la donnée, notamment quand sa diffusion donnera lieu à rémunération ? S’agit-il de l’exploitant ou de l’autorité organisatrice ?
F. J. Nous avons évité ce débat. D’ailleurs, il n’est pas sûr que le terme de “propriété“ soit défini. Nous préférons nous appuyer sur la notion d’intérêt général dans le but de faciliter la vie des utilisateurs. Puisqu’il y aura un égal accès aux données, les autorités organisatrices pourront bien entendu s’en emparer pour produire leurs propres services. Si une AO traite les données en produisant de la valeur ajoutée, elle peut ensuite en faire ce qu’elle veut, comme toute entreprise privée le ferait.
VR&T.? Comment la classification élaborée s’applique-t-elle à la SNCF ? En particulier à ses données TGV ?
F. J. On pourra utiliser ses données relatives à tous les services conventionnés,TER et Intercités. En revanche, les données relatives aux services qu’elle crée en situation de concurrence, donc celles du TGV, ont été exclues dans un premier temps. J’ai cependant cru comprendre que la SNCF envisageait de les rendre accessibles, même en l’absence d’obligation formelle. La recommandation générale que nous prônons est d’aller vers un espace de données publiques et privées qui soit ouvert. D’ailleurs, l’Europe, qui travaille sur le sujet, ira probablement vers une préconisation d’ouverture. Nous renvoyons donc la question à l’échelle européenne. Il n’est sans doute pas inutile de gagner un peu de temps car des plateformes pourraient utiliser les données pour réaliser un service de qualité – comme un calculateur d’itinéraire – ce qui leur permettrait d’attirer une clientèle, puis de les monétiser via le référencement, comme cela s’est fait avec les hôtels. On recommande toutefois à la SNCF de commencer dès maintenant à développer des services. De plus, si elle pratique l’open data de manière volontaire, elle peut y mettre les contions qu’elle souhaite, comme par exemple du “share alike“. Dans ce cadre, ceux qui utilisent et enrichissent s’engagent à rendre ouvertes leurs contributions. On crée ainsi des espaces coopératifs. JE pense qu’il y a beaucoup de valeur ajoutée à créer des calculateurs multimodaux et temps réel à l’échelle des agglomérations. Mais nous n’en sommes plus à l’ère des grands projets d’Etat. Nous devons encourager la création de communautés de PME innovantes.
Propos recueillis par Cécile NANGERONI

Open data. Donner, protéger ou partager
Faut-il ouvrir le robinet des données de transports à grands flots, en exigeant des transporteurs qu’ils mettent tout sur la place numérique publique, comme l’ont demandé les députés le 27 janvier par l’adoption, contre l’avis du gouvernement, d’un amendement surprise pendant les débats sur le projet de loi Macron ? L’open data est certes dans l’ère du temps. De plus en plus de collectivités locales ouvrent leurs données, au premier rang desquelles celles liées à la mobilité, qu’il s’agisse des réseaux de transport public urbain, des VLS ou des parkings publics. Rennes a ouvert le bal en 2010, bientôt suivie par les agglomérations de Montpellier, Lyon, Strasbourg, Toulouse (la première à avoir ouvert le temps réel), Bordeaux, Nantes, Nancy, Issy-les-Moulineaux, quelques régions (Auvergne, Alsace…) et départements. Mais le sujet est complexe. Il a d’ailleurs fait l’objet d’un comité du débat national piloté par l’Agence française pour l’information multimodale et la billettique (Afimb) pour harmoniser les positions et obtenir un consensus, en amont du projet de loi numérique. Président du débat, Francis Jutand, directeur scientifique de l’Institut Mines Télécom devait remettre son rapport au secrétaire d’Etat chargé des Transports, Alain Vidalies, le 12 mars.
L’idée : étendre l’ouverture des données publiques aux acteurs hors périmètre de la loi Cada de 1978, en créant la notion « d’information d’intérêt général ». Le but : la simplification de l’accès aux diverses sources de données de transport dans le but de stimuler les initiatives, les innovations, et, in fine, d’améliorer les qualités des transports. Louable, simple sur le papier, l’objectif se heurte à de multiples contraintes : formats utilisables par tous, licences, définition des données et limites du secret des affaires… Sans parler des freins psychologiques ou financiers. C’est pourquoi, de l’avis du député UDI Bertrand Pancher, fervent défenseur de l’open data, l’amendement voté est trop flou. Le texte demande à toute entreprise assurant « un service régulier de transport public de personnes » de rendre accessible les horaires théoriques, de manière « à permettre leur réutilisation aisée ». Rien sur les aspects pratiques, les modalités d’application étant renvoyées à un décret en Conseil d’Etat, rien sur les informations en temps réel, pourtant les plus utiles du point de vue du voyageur…
Il faut dire que les députés visaient là principalement la SNCF, qui bien qu’ayant ouvert 52 jeux de données – contre 18 il y a un an – notamment Transilien, y compris le temps réel, ou son référentiel des gares (voir https://data.sncf.com), répugne à diffuser les données commerciales du TGV. Sollicitée pour une interview, elle nous a opposé un refus de principe au nom d’une actualité brûlante… Il faudra donc se contenter des déclarations d’intention de son directeur Digital, Yves Tyrode qui, le 10 février, évoquait leur ouverture selon un modèle freemium. « Les start-up, les utilisateurs qui utilisent peu de données ne paieront pas, ou très peu, l’accès à ces données.
En revanche, les gros utilisateurs – je pense en particulier aux multinationales du Net – paieront davantage », a-t-il dit, sans dévoiler de tarif.
Un modèle qui a déjà séduit le Grand Lyon.
Il faut dire aussi, comme le souligne un participant au comité du débat, que « le retour sur investissement à l’open data est encore relativement faible. Il y a peu d’applications très pertinentes et surtout durables. » A titre de contre-exemple, le partenariat entre la RATP et Sharette, start-up présente à son opendatalab, qui devrait aboutir au lancement cet été d’une appli de covoiturage local dynamique, en rabattement sur les TC.
Il y a encore quelques années, le Gart s’inquiétait de la monétisation des informations par les géants du web, par l’intermédiaire de la publicité. Les AO finançant la mise à disposition des données d’informations voyageurs, il préconisait « l’instauration d’une redevance d’usage ». Un argumentaire abandonné au profit d’une redevance prenant en compte les coûts supplémentaires engendrés par la mise à disposition des données temps réel, qu’opérateurs et AO s’accordent à juger élevés.
C’est l’une des raisons du « oui mais » à l’ouverture qui ressort de la position de l’UTP en juillet 2014. Les opérateurs souhaitent conserver la maîtrise des données dont ils sont propriétaires. L’UTP suggérait de ne pas ouvrir les données « enrichies » comme les infos en temps réel ou celles issues des services d’information multimodaux. Ou encore, pour cause de secret commercial, les taux de remplissage et les composants de la tarification. L’argumentaire repose sur le risque de délivrer une fausse information au voyageur « susceptible d’engager la responsabilité juridique de l’opérateur. » De manière générale, sont considérées comme sensibles, toutes les données qui pourraient servir à un concurrent. C’est ainsi que la SNCF, entreprise publique qui se prépare à l’ouverture à la concurrence, juge que ses données TGV relèvent du champ concurrentiel (aérien, autocar, et plus tard nouvel entrant ferroviaire). La RATP de son côté cite la validation dans les bus, détaillée par ligne, par arrêt et à la minute. En réponse, le rapport de l’Afimb préconise l’agrégation : « les données d’usage et billettiques pourraient être mises à disposition sous une forme agrégée ». Pour reprendre l’exemple
du bus, elles seraient agrégées sur une tranche horaire pour tous les jours de la semaine.
« Dans le domaine de l’open data, la mobilité occupe une place à part car la demande des réutilisateurs est forte, c’est par les transports – à Rennes – que l’open data a été popularisé, et c’est là qu’on trouve le plus d’utilisations sauvages quand les données ne sont pas ouvertes », juge de son côté Simon Chignard, consultant, formateur et auteur d’« Open data, comprendre l’ouverture des données publiques ». Le rapport de Francis Jutand prend en compte les craintes des acteurs en proposant une classification. Ainsi, trois classes couvriraient les services publics de transports : la première regroupe la topographie des réseaux et les horaires théoriques ; la deuxième, tout ce qui relève du temps réel, la troisième, les OD, données de validation et de sûreté. Seules les deux premières s’ouvrent totalement, sauf l’offre tarifaire si elle « alourdit inutilement la présentation ». Les nouveaux services de mobilité (VLS, autopartage, aires de covoiturage courte distance et stationnement) sont pris en compte sur le même principe.
Les conditions de réutilisation préconisées sont celles de la licence ouverte Etalab. Lorsque leur accès est payant, cette licence serait complétée d’une clause de tarification dont « le prix ne couvre que les coûts supplémentaires engendrés par la mise à disposition. » Concernant les services concurrentiels, le risque d’abus de position dominante de la part des Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple) est mis en avant. « Il ressort que le risque de captation de la valeur des données est crédible », peut-on lire. L’ouverture ne devrait donc être réalisée qu’« accompagnée de mesures robustes permettant de prévenir l’abus de position dominante d’un fournisseur de service d’information ». Le comité estime que l’Europe devrait effectuer la régulation, via un règlement « sur le modèle de ce qui a été fait pour les systèmes informatisés de réservation dans le transport aérien ». La France n’est par ailleurs pas en retard puisque selon l’open data barometer de janvier 2015, elle est 4e derrière la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l’Allemagne, et même 3e (après Grande-Bretagne et Danemark) selon le global open data index 2014 où elle n’était que 12e en 2013. « Les applis mobiles sont la face la plus visible de l’open data, rappelle Simon Chignard. Or une offre de conseil, d’analyse et de prédictif se développe, à l’instar de QUCIT qui fait de l’analyse prédictive des stations de VLS pour en optimiser le remplissage et la maintenance. » Gageons que l’imagination des développeurs sera sans borne.
Cécile NANGERONI
Des freins et des coûts à l’open data
Financiers, techniques, psychologiques, les freins à l’ouverture des données sont de tous ordres. Le Cerema les a identifiés pour expliquer les difficultés rencontrées par certaines collectivités dans le tout récent ouvrage Démarches open data en collectivité – l’éclairage des données de mobilité de David Caubel et David Dubois. « Il y a tout d’abord une mauvaise compréhension de ce qu’est l’open data et de ses enjeux, or elle est nécessaire pour motiver les décideurs à ouvrir leurs données », explique Laurent Chevereau, chef de projet multimodalité au Cerema, coordinateur de l’ouvrage.
Viennent ensuite, en vrac : le manque de confiance dans la qualité de sa propre donnée ; la crainte des agents d’avoir du travail supplémentaire (corrections, fourniture d’explications…) ; les questions juridiques (droit d’auteur, droit de diffusion, de rediffusion, licences etc.) et économiques (gratuit, payant, freemium*) sources de questionnements réels, mais aussi de peurs. « Dans les services, l’idée d’ouvrir peut aussi être vécue comme une perte de pouvoir, parce qu’on n’est de fait plus les seuls experts », souligne-t-il.
Naturellement, la question « combien ça coûte ? » ne manque jamais d’être mise sur la table, surtoutquand il s’agit de mettre en ligne des info en temps réel. Montage de projet, plateforme de mise à disposition des données, état des lieux par catégories et formats, animation éventuelle de la communauté open data (un poste au moins), les centres de coûts sont multiples. « D’après les quelques témoignages que nous avons recueillis, l’investissement initial pour la plateforme va de 20 000 à 85 000 euros et parfois la version 2 coûte aussi cher », continue Laurent Chevereau. Le fonctionnement coûterait 5 000 euros annuels à Montpellier, 37 000 à Nantes, la Loire-Atlantique et les Pays de la Loire (qui font plateforme commune). Quant aux moyens humains, ils iraient d’un demi à trois équivalents temps plein. Enfin, tri et nettoyage représentent une somme, « mais il y a un intérêt pour le producteur qui peut bénéficier des améliorations apportées par la communauté. De plus, en réutilisant en interne ses propres données ouvertes, selon le principe “eating your own dog food“, on peut en analyser la qualité ». Quant à la principale motivation pour ouvrir ses données, sans surprise, c’est une question d’image positive associée à la collectivité. Et comme aucune ne souhaite être noyée dans la masse, elles préfèrent généralement avoir leur propre site d’open data plutôt que d’utiliser le portail data.gouv.fr.C. N.
* Contraction de free et premium.
Pour en savoir plus : http://www.territoires-villes.cerema.fr/open-data-les-travaux-du-cerema-a1219.html
Trois questions à Bertrand Pancher
Bertrand Pancher est député (UDI) de la Meuse, il s’était engagé il y a un an à présenter une proposition de loi pour encourager l’ouverture des données publiques.
VR&T. Pourquoi est-il urgent d’imposer aux transporteurs d’ouvrir toutes leurs données ?
Bertrand Pancher. Urgent, oui et non. Oui, parce que l’ouverture des données est vraiment un des enjeux importants pour le développement économique, puisque ça crée de l’activité, mais aussi pour la démocratie car le partage de l’information renforce les liens entre nos concitoyens, les entreprises et les décideurs publics. Non, dans la mesure où une concertation nationale est en cours dans le cadre de la préparation du projet de loi numérique car c’est un sujet complexe et technique. L’imposer dans le cadre d’un amendement à la loi Macron, je pense que c’est une erreur. On n’était pas à quelques mois près. Je suis même peiné de ce camouflet infligé au gouvernement.VR&T. Des décrets d’application sont néanmoins nécessaires, qui préciseront les modalités techniques… Quels sont les aspects techniques qui posent encore question ?
B. P. Le premier touche aux formes de mise à disposition qui conviennent, à la façon de regrouper et transférer les informations, notamment sur un site par collectivité ou un site national. Le deuxième, la qualité des données : brutes, consolidées ? Jusqu’à quel niveau de détails impose-t-on l’ouverture ? La troisième question, c’est celle de la gratuité. Tout le monde dit « ça doit être gratuit », mais qui paye ? L’usager, le contribuable… Par ailleurs, Vinci, qui exploite des parkings, gagne de l’argent avec ces données publiques. Puisque sur cette question il y a un comité du débat national et une future loi, si j’étais à la place du gouvernement, je ne les prendrais tout simplement pas ces décrets ! L’opinion publique est suffisamment troublée par la rapidité des décisions en France.VR&T. Est-il souhaitable d’ouvrir les données temps réel et que répondre aux transporteurs inquiets de la réutilisation mercantile de leurs données par les géants de l’Internet ?
B. P. Il faut prendre garde à ne pas créer d’obligation qui soit hors de portée des opérateurs et notamment de la SNCF. Ces données sont-elles considérées comme publiques ? Sont-elles fiables ? Cela coûte-t-il de les mettre à disposition ? Ces questions font naturellement partie du débat. L’inquiétude des transporteurs est légitime car l’appropriation des données, c’est l’appropriation des futures richesses. On est quand même aussi dans une compétition économique. Il n’est pas question de dire puisque c’est « gratos », on reprend tout et l’on fait du business avec les données. Non vraiment cet amendement, c’est de la diarrhée législative !
Propos recueillis par Cécile NANGERONI
Navitia encourage la réutilisation des données
« Si vous avez des données, sans tri ni mise en forme, c’est un peu comme avoir de l’essence sans moteur », a comparé Guillaume Crouïgneau, directeur général de Canal TP, la filiale de Keolis, spécialisée dans le numérique, lors de l’Open World Forum de novembre dernier. Face à la masse de données disponibles, trois problèmes peuvent en effet venir compliquer le travail du développeur : « la multitude d’émetteurs et de formats de données, la diversité des modes de transports et bien sûr, le fait que ce que tout le monde veut, dans toutes les villes du monde, c’est pouvoir combiner tous les modes de transports », listait-t-il. D’où l’idée de créer la plateforme d’open service avec l’API navitia.io, censée faciliter et encourager la réutilisation des données.
Sur un seul site, on trouve tous les jeux de données en rapport avec la mobilité dans les villes du monde qui les ont ouvertes, comme Rennes, Toulouse, Lyon, Nantes ou San Francisco, pour ne citer qu’elles. Des données au format GTFS organisées selon l’interface de programmation (API) Navitia. Par le biais de son site, Canal TP reçoit le feed-back des utilisateurs, mais aussi des contributions directes destinées à améliorer le logiciel d’information-voyageurs déjà utilisé par une quarantaine d’agglomérations en France. « L’objectif est de créer avec la communauté ouverte une plateforme de services pour promouvoir les transports publics », poursuit Guillaume Crouïgneau. « L’initiative a déjà donné lieu à plusieurs utilisations dans des applications comme Mytripset, Mappy, HomeNow ou Flat Turtle notamment », précise Bertrand Billoud, directeur marketing de Canal TP.
De plus, sachant que jusqu’à aujourd’hui, la très grande majorité des applications d’information-voyageurs ou de calcul d’itinéraires sont proposées par les exploitants de transport public et que « chacun dans son coin travaillait à créer son calculateur d’itinéraire, nous avons en avril dernier, ouvert notre propre logiciel Navitia », poursuit-il. Un logiciel resté propriétaire pendant 10 ans, désormais en open source sous licence AGPL. « C’est dans le partage et l’échange de savoir-faire que vient la valeur de nos technologies. Et l’innovation ouverte, c’est un continuum, souligne Guillaume Crouïgneau. Un peu comme tous les ingrédients d’un plat bio doivent être bio, tout doit être ouvert : les data, l’API et les codes sources. »
Seul petit bémol : les données ouvertes des réseaux de transport public qui restent très majoritairement au niveau des horaires théoriques. Notamment parce que diffuser les infos temps réel coûte en dispositifs techniques pour les développeurs, en serveur, en bande passante… Le faire via navitia.io permet de libérer ces données à moindre coût, grâce à une diffusion mutualisée. Bref, un dispositif gagnant-gagnant. Car « quand on ouvre les codes, on change la culture de l’entreprise, sa façon de travailler, assure encore le patron de Canal TP. On ne voit plus le monde de manière bipolaire avec d’un côté des clients, de l’autre des concurrents ! ». C. N.
La RATP a entamé sa révolution
D’abord réticente, la RATP a pris le train de l’open data il y a un peu moins de deux ans.
A coups d’événements et de concours, elle stimule activement les développeurs
qui proposent ainsi des services utiles, mais ne touchant pas à son cœur de métier.On se souvient que par le passé, la RATP était très chatouilleuse sur la propriété de ses données. Elle avait notamment argué de la propriété intellectuelle de son plan des lignes de métro pour interdire à une start-up – en l’occurrence CheckMyMetro – de l’utiliser dans son appli mobile. C’est terminé, le transporteur a fait sa révolution numérique
et libéré un grand nombre de données (http://data.ratp.fr.) parmi lesquelles le fameux plan. Le schéma est utilisable à loisir en respectant la licence qui impose naturellement de ne pas le dénaturer : on peut y ajouter des informations sur les commerces de proximité par exemple, mais pas supprimer des lignes. « Comme tous ceux qui se sont lancés, avant de le faire, nous étions opposés à l’open data, reconnaît Dominique de Ternay, le directeur marketing. Culturellement, ce n’est pas évident : c’est le fruit de notre travail, ça nous coûte etc. »
Le transporteur francilien se penche tout de même sur la question en 2011. Petit benchmarking pour s’apercevoir que le phénomène devient incontournable et qu’ouvrir ses données peut présenter des avantages, « notamment pour le développement de services additionnels dont nous ne souhaitons pas forcément avoir la paternité », poursuit-il. Elle se lance dans l’open data en août 2012. Prête à innover sur ce qui ressort de son cœur de métier – recherche d’itinéraire, géolocalisation des arrêts de bus à proximité, horaires de passage en temps réel – la RATP n’a en effet pas forcément l’envie d’investir en développements pour des applis jugées plus périphériques voire anecdotiques – destinées à occuper son temps de transport par exemple. Autre exemple typique : l’accessibilité. « On ne s’en désintéresse pas, mais on préfère laisser faire ceux qui ont l’information la plus complète sur la chaîne de l’accessibilité, car ces experts feront bien mieux que nous, d’autant qu’ils connaissent également très bien les attentes de ce public », poursuit-il.
Il y a parfois aussi des obstacles techniques. L’opérateur reçoit ainsi une amicale pression pour diffuser l’info sur la disponibilité en temps réel de ses ascenseurs et escaliers mécaniques. « On y travaille activement et durablement, assure Dominique de Ternay. Mais tous nos équipements n’étant pas télésupervisés, c’est très compliqué de fournir une information fiable liée aux pannes. » Pour la même raison technique avouée, elle ne sait pas ouvrir ses données de temps réel. « Pour des questions d’hébergement, de vitesse de transmission d’une grande quantité d’informations et de fiabilité, prévient-il. Mais nous n’y sommes pas opposés ». Dans certains cas, la RATP accepte cependant de diffuser une « donnée imparfaite, mais en prévenant la communauté », plutôt que de ne rien ouvrir du tout. Mais imparfaite ne signifie pas erronée. Aussi énorme soit-il, un fichier comprenant des millions de données doit être stable pour que la RATP accepte de le diffuser. « ce que nous diffusons permet de construire un système de recherche d’itinéraire très performant », assure-t-il encore.
L’avantage de l’open data, c’est aussi de développer des relations avec la communauté des développeurs, un univers qui lui était auparavant totalement inconnu. Elle échange notamment régulièrement avec l’association OpenStreetMap. La RATP a ainsi organisé en octobre 2013 son openDataLib et un an plus tard un concours d’applications (Bang ! Bang ! Challenge). Le jury de ce hackathon a primé Métropoly, jeu d’aventures pour jouer avec les passagers de sa rame, ainsi que PimpMonTrajet fondé sur l’utilisation des émetteurs Beacon pour transmettre automatiquement des infos par SMS selon l’envie des voyageurs. De son côté, le public a plébiscité le projet #MDRatp ou comment découvrir ses voisins de trajet sous un autre jour grâce à une série de stickers collés sur les vitres des rames de métro…C. N.
Entretien. Francis Jutand : « Nous devons encourager la création de communautés de PME innovantes »
Le directeur scientifique de l’Institut Mines Télécom a présidé le comité du débat national sur l’open data dans les transports qui a donné lieu à un rapport de 148 pages remis le 12 mars au secrétaire d’Etat aux Transports, Alain Vidalies. Francis Jutand nous explique les principes qui doivent présider à la libération des données produites par tous les opérateurs de mobilité.
Ville, Rail & Transports. Quelle sera la philosophie des règles d’ouverture des données de transport ?
Francis Jutand. Il n’y a pas de transport qui ne soit pas en situation de concurrence, fondamentalement. Il ne s’agit plus de s’inscrire simplement dans le cadre de la loi Cada qui visait les données publiques, mais d’aller plus loin. Car peu importe au fond que le service soit géré en régie, qu’il soit conventionné, délégué sous concession… Ce qui doit guider la démarche d’ouverture, c’est tout simplement l’intérêt général. C’est le moyen de mettre fin à ce que j’ai appelé “le gruyère“ car aujourd’hui, en fonction du statut de l’opérateur ou selon la façon dont le service public est rendu, certaines données sont accessibles, d’autres ne le sont pas. C’est difficilement acceptable pour créer un calculateur d’itinéraire. D’où notre préconisation pour que toutes les données qui sont produites par un opérateur de mobilité soient ouvertes. Sachant que l’ouverture se comprend comme la capacité à les réutiliser pour développer des services. La licence Etalab est parfaitement adaptée, sa seule contrainte est d’être vertueux sur l’usage et de citer les données sources.
VR&T. Toutes les catégories de données doivent-elles être traitées de la même manière ?
F. J. Naturellement non. Nous proposons de les classifier dans trois catégories différentes. Dans la première – celle qui comprend topographie, arrêts, structure du réseau, données horaires théoriques et offre tarifaire – les données seront ouvertes sans condition. La deuxième classe englobe tout ce qui touche au temps réel et les services du ministère tiendraient une liste à jour. Elle pourrait s’ouvrir mais cette fois sous conditions parce qu’il y a des questions de sécurité sous-jacentes. Prenant l’exemple d’un accident dans le tunnel de Fourvière ; imaginons qu’un calculateur propose un itinéraire de détournement et engendre une congestion monstre du trafic, ce sera une catastrophe. Donc le gestionnaire de crise doit pouvoir reprendre la main. Enfin, troisième type de données, celles à caractère commercial, typiquement liées à la fréquentation. Elles seront ouvertes pour un usage de recherche et d’analyse, mais pas forcément réutilisables dans le cadre de la création de service, ou alors encore une fois sous conditions. C’est pourquoi, nous préconisons de les diffuser sous une forme agglomérée.
VR&T. Qu’en est-il de la propriété de la donnée, notamment quand sa diffusion donnera lieu à rémunération ? S’agit-il de l’exploitant ou de l’autorité organisatrice ?
F. J. Nous avons évité ce débat. D’ailleurs, il n’est pas sûr que le terme de “propriété“ soit défini. Nous préférons nous appuyer sur la notion d’intérêt général dans le but de faciliter la vie des utilisateurs. Puisqu’il y aura un égal accès aux données, les autorités organisatrices pourront bien entendu s’en emparer pour produire leurs propres services. Si une AO traite les données en produisant de la valeur ajoutée, elle peut ensuite en faire ce qu’elle veut, comme toute entreprise privée le ferait.
VR&T.? Comment la classification élaborée s’applique-t-elle à la SNCF ? En particulier à ses données TGV ?
F. J. On pourra utiliser ses données relatives à tous les services conventionnés,TER et Intercités. En revanche, les données relatives aux services qu’elle crée en situation de concurrence, donc celles du TGV, ont été exclues dans un premier temps. J’ai cependant cru comprendre que la SNCF envisageait de les rendre accessibles, même en l’absence d’obligation formelle. La recommandation générale que nous prônons est d’aller vers un espace de données publiques et privées qui soit ouvert. D’ailleurs, l’Europe, qui travaille sur le sujet, ira probablement vers une préconisation d’ouverture. Nous renvoyons donc la question à l’échelle européenne. Il n’est sans doute pas inutile de gagner un peu de temps car des plateformes pourraient utiliser les données pour réaliser un service de qualité – comme un calculateur d’itinéraire – ce qui leur permettrait d’attirer une clientèle, puis de les monétiser via le référencement, comme cela s’est fait avec les hôtels. On recommande toutefois à la SNCF de commencer dès maintenant à développer des services. De plus, si elle pratique l’open data de manière volontaire, elle peut y mettre les contions qu’elle souhaite, comme par exemple du “share alike“. Dans ce cadre, ceux qui utilisent et enrichissent s’engagent à rendre ouvertes leurs contributions. On crée ainsi des espaces coopératifs. JE pense qu’il y a beaucoup de valeur ajoutée à créer des calculateurs multimodaux et temps réel à l’échelle des agglomérations. Mais nous n’en sommes plus à l’ère des grands projets d’Etat. Nous devons encourager la création de communautés de PME innovantes.
Propos recueillis par Cécile NANGERONI
Grand Paris Express. Des données pour concevoir des services innovants
En juin 2014, la Société du Grand Paris (SGP) promettait d’ouvrir ses données devant 170 contributeurs à l’appel à manifestations d’intérêt sur le numérique. Chose faite le 3 mars 2015, avec les premiers jeux sur data.gouv.fr, en format ouvert : études sur le fuseau et position prévisionnelle des gares de la ligne 15 sud ; prévisions des temps de trajets et de correspondances pour les gares du Grand Paris Express ; fréquences des trains à l’heure de pointe du matin pour les lignes 14, 15, 16, 17 et 18. A mesure de l’avancement du projet, la SGP ouvrira de nouvelles données, tout en actualisant les anciennes. A venir prochainement : les chantiers, études d’impact environnemental, évaluations socio-économiques et projets architecturaux de gares (3D).
Capitaine Train simplifie les données ferroviaires
La jeune entreprise vend des billets de trains sur Internet grâce aux données fournies par les entreprises ferroviaires. Des données qu’elle doit parfois obtenir au « forcing ».
Pour Capitaine Train, la jeune entreprise qui vend des billets de trains par Internet, les données des opérateurs de transports sont essentielles. Ce n’est, bien sûr, pas son cœur de métier, mais c’est indéniablement le socle de son activité. Sans ces données, impossible de proposer son offre de transport à ses clients. Or ces données de transports, qui regroupent aussi bien, les origines-destinations des trains, les horaires, le quai de départ, d’arrivée et celui des correspondances, Capitaine Train a eu du mal à les obtenir auprès de la SNCF, au moins au début de son activité. Une situation que Daniel Beutler, directeur général de Capitaine Train, non seulement comprend, mais accepte, mi-diplomate, mi-philosophe. « C’est normal qu’un grand groupe comme la SNCF, ne donne pas facilement accès à ses données. Il a une notion de prestige et la volonté de ne pas déprécier la qualité de ses données. Il faut du temps pour se connaître et s’apprécier. Capitaine Train était une jeune entreprise qui bousculait les habitudes, il fallait qu’on assoie auprès de la SNCF notre crédibilité technique notamment ».
Pour avoir accès aux données de la SNCF, Capitaine Train a dû se satisfaire du statut d’agence de voyage. « C’était le seul moyen d’avoir accès aux données », explique Daniel Beutler. Mais ce statut ne lui convenait et ne lui convient toujours pas car « c’est à la fois inexact et réducteur, poursuit-il. D’abord nous n’avons pas d’agence physique, nous vendons uniquement par Internet. Ensuite, notre modèle économique est différent des agences puisque nous ne prenons pas de commission auprès des clients. Nous nous rémunérons grâce aux importants volumes de billets vendus pour le compte des transporteurs ».
Capitaine Train revendique plutôt le statut de partenaire, comme avec la DB, pour qui elle est un canal de vente officiel par Internet. Pour pouvoir vendre des billets, Capitaine Train s’est plongé, dès ses débuts, dans l’informatique. Pendant deux ans, entre 2009, au lendemain de la décision de l’Autorité de la concurrence obligeant la SNCF à ouvrir ces données, et 2011, lorsque la version bêta du site a été lancée, Capitaine Train a dû affronter ces problèmes de données. Car les agences de voyages, dont Capitaine Train a le statut, ne sont pas directement connectées aux données de la SNCF réunies sur Résarail, mais indirectement via un système de réservation (Global distribution system). Or les informations y sont déjà encodées par VSC Technologies, puisqu’elles sont destinées au site Voyages-sncf.com. « Prenez les gares par exemple, dit Daniel Beutler. Elles ont un code propre à la SNCF, mais qui n’a pas de sens en dehors. Pour construire notre architecture ouverte et capable d’évoluer, nous devions créer notre propre nomenclature ». Les quelques ingénieurs de Capitaine Train ont passé deux ans à mettre au point une solution informatique satisfaisante, plus fluide car uniquement axée sur le train, et qui ne s’encombre pas des propositions d’autres modes de transports. Malgré tout, le système informatique de Capitaine Train a, depuis, ajouté toutes les offres de la SNCF, y compris Ouigo, les trains étrangers comme ceux de la DB, ou privés comme les trains de Thello. La recherche d’une simple origine-destination devient un véritable défi informatique, mêlant différentes combinaisons de trajets et de tarifs. Et même si aujourd’hui, l’analyse et la simplification des données de la SNCF sont au point chez Capitaine Train, Daniel Beutler plaide pour une mise à disposition des données – sous une forme la plus pure possible – à même d’être utilisées telles quelles.
Ces développements informatiques sont aujourd’hui l’atout de Capitaine Train. Alors que quelques opérateurs de transport parlent de monétiser leurs données, comme l’a notamment évoqué Yves Tyrode directeur digital et communication à la SNCF, le 12 février à l’occasion des Techdays de Microsoft, en tout cas pour les gros utilisateurs, Daniel Buttler n’a pas envie de payer. « D’abord, nous n’avons pas la taille de Google ni des autres géants du net », avance-t-il. Certes, il reconnaît que Capitaine Train tire un bénéfice de ses données à travers la vente de billets, mais relativise le bénéfice en précisant que l’entreprise y apporte une grande valeur ajoutée.
Quant à la crainte qu’inspirent les GAFA (Google, Apple, Faceboock, Amazon) aux opérateurs de transports, qui y voient une intermédiation rampante, les privant de la distribution de leurs billets, grande source de revenus, Daniel Beutler ne voit pas les choses de la même manière. « Le ferroviaire est un domaine très complexe. Généralement, le modèle de Google, c’est un marché de masse, mais superficiel qui n’entre pas trop dans le détail », juge l’ancien responsable des ventes de la DB pour l’Europe de l’ouest, arrivé chez Capitaine Train, il y a quelques mois. La volonté de la SNCF de protéger ses données n’est d’ailleurs pas partagée par la DB. Lorsque Google est venu à Paris il y a environ deux ans, demander à la SNCF l’accès à ses bases informatiques, le géant a été éconduit, alors que le lendemain, il obtenait le feu vert de la DB, à Berlin. Une attitude qui a surpris les Français, avant de les irriter. La DB avait aussi ouvert à Google les données concernant les trains internationaux de sa filiale commune avec la SNCF, Aleo !
Yann GOUBIN
Témoignage. « Il nous faut des données brutes et normalisées »
La donnée transport est essentielle pour Instant System, entreprise informatique qui construit des systèmes d’aide au déplacement. Selon elle, il faut des données régulièrement mises à jour et faciles à collecter grâce à des normes communes.
Instant System est une entreprise informatique qui conçoit des systèmes d’aide aux déplacements pour le compte de collectivités, d’AOT, ou d’opérateurs de transports. Pour elle, la donnée transport, c’est sa matière première. Sans les précieuses informations sur les déplacements, les gares, les arrêts, les horaires, les statistiques d’embouteillages, la disponi-
bilité des vélos, ou
d’autres paramètres indirectement liés aux transports comme la météo, pas moyen de nourrir les applications informatiques qui constituent les plateformes intelligentes de mobilité qu’elle développe. Alors évidemment, le vote des députés contraignant les opérateurs à ouvrir leurs données, est perçu comme une bonne chose, qui « va dans le sens d’un plus grand attrait pour les transports publics », commente Yann Hervouet, PDG d’Instant System.
Ce qui ne l’empêche pas d’émettre quelques souhaits annexes. D’abord concernant la fiabilité de ces données. « Il est important que les données, même statiques, soient régulièrement mises à jour », afin d’intégrer les nouvelles dessertes par exemple, ou qu’elles tiennent compte des changements d’horaires des périodes de vacances scolaires, même courtes, pendant lesquelles beaucoup de réseaux de taille moyenne allègent leur service. Il est également nécessaire d’adopter des normes communes de diffusion des données (Siri, Neptune, GTFS) afin de faciliter la collecte. « On constate souvent que les données sont un peu prêtes à l’emploi », comme si elles étaient destinées aux fameux étudiants « startuppers » qui ont seulement besoin d’enrichir un site ou un projet avec les deux fonctions les plus demandées : les « origines-destinations » ou les « départs à l’arrêt ».
Instant System, qui a dépassé ce stade, a besoin de décortiquer les informations afin de proposer des fonctions plus avancées. Les horaires de passages vont nourrir ses algorithmes plus complexes de calcul d’itinéraires, et proposer des alternatives à un automobiliste en cas de travaux ou de météo exécrable. D’où le souhait de l’entreprise de disposer de données brutes et non d’interface de programmation (API). Quant à payer, ça n’est pas dans les habitudes de la maison. « Habituellement, nous n’achetons pas les données, qui sont fournies par nos clients », explique Yann Hervouet. Mais il défend aussi le principe de la gratuité à des fins de travail et d’expérimentation. « Nous avons développé de notre propre chef une application pour la région toulousaine, qui sert de démonstrateur et qui s’appuie sur les données ouvertes par Tisséo, raconte-t-il. Il nous aurait été difficile de le faire si les données avaient été payantes ».
Yann GOUBINQuid du crowdsourcing
A l’heure où les députés obligent les opérateurs de transports à ouvrir leurs données, la demande n’est-elle pas obsolète ? N’est-on pas déjà passé à l’étape suivante, celle de la collecte des données auprès des utilisateurs de transport, via le crowdsourcing, dans l’esprit du partage de données ? Déjà, l’application Tranquilien, proposée par la SNCF en Ile-de-France, et développée à l’origine par Rand Hindi, fondateur de Snips, s’appuie notamment sur la géolocalisation des voyageurs, pour estimer leur répartition dans une rame et en déduire le taux d’occupation des voitures. C’est également sur le crowdsourcing des automobilistes que fonctionne l’application d’embouteillages Waze, ou encore son pendant pour les transports en commun Moovit.
Malgré ces exemples, le crowdsourcing n’est pas la panacée. « C’est bien sûr efficace dans certains cas, mais ça ne permet pas, par exemple, de prédire une situation, souligne Yann Hervouet, PDG d’Instant System. Avec Waze, les premiers automobilistes pris dans un embouteillage permettent, certes, d’informer les suivants, mais pour eux-mêmes, rien ne leur a permis d’y échapper… » De même, le crowdsourcing n’empêchera pas le voyageur de ne pas trouver de bus à son arrêt habituel, parce que celui-ci aura été déplacé à cause de travaux. Dans ce cas, rien ne remplace l’information fournie par l’opérateur de transports, qui la connaît souvent bien avant l’événement. A condition bien sûr qu’il la diffuse dans son flux d’open data…Y. G.
A Rennes, l’open data a boosté les développements d’applis de mobilité
Les Rennais n’ont que l’embarras du choix devant les nombreuses applis transports astucieuses créées depuis l’ouverture des données. En plus de la sienne, Keolis en a labellisé six de qualité, ce qui lui permet de surveiller que leur mise à jour est effectuée régulièrement.
Pionnière de l’open data, l’agglomération de Rennes a ouvert ses données en octobre 2010. Un peu plus de quatre ans après, aucun regret. « C’est vraiment une volonté politique, une intention de transparence, raconte Hervé Letort, vice-président chargé de la communication et de la citoyenneté à Rennes Métropole. Nous voulions donner un vrai pouvoir d’invention à toute personne souhaitant utiliser nos données publiques, afin de les rendre utiles », L’agglo avait le pressentiment que les data touchant à la mobilité seraient prisées. Bingo ! Dès le concours « data connexion » lancé jusqu’en mars 2011, avec à la clé 50 000 euros, la majorité des applis inventées touchent à la mobilité. Aujourd’hui sur la cinquantaine de développements, la moitié est spécifique au transport. En 2012, les données temps réel du réseau Star sont venues enrichir la base et les possibilités pour les développeurs, les passionnés et autres start-up.
Le résultat a même été tellement bluffant que l’exploitant a labellisé certains produits, ce qui lui permet de vérifier que les mises à jour sont faites. « Keolis s’est bien sûr intéressé aux applis et devant la qualité de ces outils, en a reconnu officiellement six, dont Handimap qui est dédiée au transport des PMR, poursuit l’élu. C’est un avantage et un aiguillon pour Keolis dont l’appli Starbusmétro s’est aussi inspirée de ce qu’ont fait les autres. » Du coup, les Rennais n’ont que l’embarras du choix en matière d’application pour le calcul d’itinéraire, les horaires, les VLS etc. Entre Rengo Rennes, qui a même essaimé depuis à Strasbourg, Bordeaux ou Nantes en gardant la dénomination Rengo, Go2Rennes, qui intègre les données des parkings et des places disponibles, Rennes Bus Métro qui géolocalise l’utilisateur et lui annonce la distance jusqu’au Vélo Star le plus proche… « C’est l’usage qui crée l’outil, avec des demandes de plus en plus spécifiques, considère Hervé Letort. Ainsi, on a vu se créer un produit pour un lycée : quel bus à la sortie du cours. Il y a une demande d’étudiants de pouvoir éditer un billet de retard etc. Il y a aussi un effet boomerang pour le gestionnaire de services car le retour des usagers lui permet de se questionner sur le positionnement de son offre. »
Il semble que de plus en plus, les données de transports soient utilisées en surcouche dans le cadre d’une appli de services ou de loisirs, via un lien « comment y aller », ce que fait déjà l’appli Keolis officielle pour les événements ponctuels locaux. En cours de développement aussi, l’appli qui compare les temps de déplacement auto-transports en commun, et propose en temps réel un itinéraire de substitution. Rennes Métropole n’a posé aucune limite à l’ouverture de ses données et n’en considère aucune comme confidentielle, pas même celles liées aux tarifs. « Elles sont préparées et normalisées, prêtes à être utilisées et actualisées de manière permanente », ajoute l’élu. Ce qui nécessite 1,5 équivalent temps plein. Malheureusement, la SNCF ne suit pas les mêmes traces et les informations liées aux TER ne sont pas divulguées. Fâcheux pour les applis de mobilité multimodale. La prochaine étape ?
Cécile NANGERONI
A Lyon, des données gratuites pour favoriser l’innovation
« Métropole Intelligente » habituée aux expérimentations de technologies numériques dans les usages quotidiens, Lyon a créé trois licences permettant de réutiliser ses données.
Depuis début 2013, la métropole de Lyon dispose d’une plateforme web de diffusion des données publiques et privées de l’agglomération (smartdata devenu data.grandlyon.com, principal outil de sa politique open data dont la mobilité urbaine constitue un vecteur prioritaire (48 données sur 536 disponibles au total). « Notre politique est de développer au maximum l’information numérique pour favoriser le report modal », indique Gilles Vesco, en charge des Nouvelles mobilités à la Métropole.
Pour faciliter le report modal et les déplacements tous modes, le Grand Lyon a créé des services de mobilité multimodale dont la centrale de mobilité OnlyMoov’ (ex-Info-trafic) et le calculateur Optimod’ sont les plus emblématiques de ces réseaux fédérateurs basés sur les ITS et se nourrissant à l’open data du Grand Lyon. Avec un objectif prioritaire : « renforcer les capacités d’innovation des acteurs de l’agglomération et permettre avant tout au secteur privé de créer des services innovants, facteurs de croissance et de création d’emplois », indique Antoine Courmont, chargé de projet Open Data au Grand Lyon.
Priorité donc aux applications des start-up et autres boîtes spécialisées dans les ITS qui peuvent aujourd’hui bénéficier – et plus encore demain – de la réutilisation des données collectées et croisées sur la plateforme.
« On compte une trentaine d’opérateurs producteurs de données avec lesquels nous avons passé une convention. In fine, nous garantissons la bonne utilisation des données grâce au filtre du licencing », explique Gilles Vesco. Des opérateurs dont les principaux acteurs sont le Grand Lyon et le Sytral (depuis février 2015 seulement) à côté des partenaires Bolloré, JCDecaux, Aéroport de Lyon, parkings, SNCF, autocaristes, départements couverts par l’aire métropolitaine, etc. Tous mettent à disposition leurs données gratuitement (dans 99 % des cas) selon le principe de la licence ouverte Etalab destinée à favoriser la réutilisation commerciale des données, par exemple celles sur « les chantiers perturbants » du Grand Lyon intégrées par les transporteurs routiers.
Cependant, deux autres niveaux de licence prévoient une déclaration-authentification sur l’usage des données pour des raisons de compatibilité avec les politiques publiques d’intérêt général (licence engagée) et une possibilité de redevance en fonction du chiffre d’affaires (licence associée). Dans ce dernier cas, la redevance peut aller jusqu’à 450 000 euros par an pour un opérateur type Google, mais beaucoup moins pour les acteurs à moindre audience (50 000 euros pour moins de 600 000 visites par mois) et même être gratuite pour moins de 300 000 visites par mois. « Ce principe garantit un écosytème concurrentiel équitable et évite les monopoles potentiels des géants de l’internet. La finalité est bien de multiplier les applis et de booster le marché », précise Antoine Courmont.
Selon Gilles Vesco, les demandes en accès « licence associée » connaissent une forte augmentation : 60 demandes pour début 2015 contre 140 en 2014. Outre sept jeux lancés et de nombreuses demandes en cours d’instruction, d’autres sont signées ou très avancées, dont le navigateur Optimod’/Cityway, le compagnon routier CompaLyon/Tekigo, le calculateur GeoVélo, le système carto/GPS Here Navtech, etc.
Claude FERREROPremière mondiale avec Optimod’Lyon
Le 30 avril, Optimod’Lyon deviendra le premier navigateur urbain multimodal prédictif. Mieux que le temps réel, il permettra de prévoir le trafic à une heure et d’adapter son itinéraire ou son mode de déplacement en conséquence. Fruit de la collaboration de 13 partenaires, Optimod’ a bénéficié d’un investissement de 7 millions d’euros, dont 50 % de l’Ademe.
C. F.
Vincent Roger devient Directeur général d’atelier Villes & Paysages, la filiale urbanisme et paysages du Groupe Egis.
Agé de 43 ans, architecte-Paysagiste diplômé de l’ESAJ (Ecole supérieure d’architecture des jardins), Vincent Roger a été nommé Directeur général d’atelier Villes & Paysages, la filiale d’Egis où il excerçait jusqu’à a présent la fonction de Directeur général adjoint.
En 2008, il intègre l’atelier du Paysage à Mulhouse, qui deviendra atelier Villes & Paysages, filiale du groupe Egis.
L’atelier Villes & Paysages, une société d’urbanisme et de maîtrise d’oeuvre des espaces publics qui conçoit l’évolution des villes et des paysages, en France et à travers le monde. La filiale urbanisme et paysages du groupe Egis, intervient sur la réalisation d’un simulateur de ville durable pour la ville d’Astana au Kazakhstan, la maîtrise d’oeuvre pour la construction d’une ligne de tramway à Luxembourg, en groupement avec Egis, Paul Wurth,Luxplan, Beng architectes, Felgen, ou encore la maîtrise d’oeuvre de l’aménagement du parc du Heyritz de Strasbourg, inauguré il y a quelques mois.
La société vient également de remporter l’étude de détail de la zone économique d’Um Alhoul à Doha au Qatar, l’étude sur la charte générale des terrasses de Monaco ou encore l’aménagement des espaces publics de la place Hérold de Courbevoie en région
© Mathias Ridde

La Défense expérimente la circulation des vélos
L’Etablissement public de gestion, de promotion et d’animation de La Défense, Defacto, et la Communauté d’agglomération Seine-Défense, vont autoriser, du 13 avril au 13 septembre 2015, une expérimentation de circulation des vélos dans le quartier d’affaires, jusque-là uniquement dédiée aux piétons… Pour ce faire, le parvis va devenir une zone d’aire piétonne au sens où l’entend le code de la route. Toutefois, la circulation des vélos sera autorisée à la vitesse du pas et le piéton restera toujours prioritaire, du fait de l’extrême densité des circulations piétonnes aux heures de pointe et du revêtement spécifique de La Défense, constitué de dalles indépendantes et de nombreux emmarchements.
Cette mesure s’accompagnera d’une campagne de communication spécifique lancée au mois d’avril dans le quartier d’affaires, qui fera notamment intervenir des comédiens pour sensibiliser cyclistes et piétons aux nouveaux comportements à adopter à La Défense.
Le bilan dressé à l’issue de l’expérimentation débouchera sur la décision d’autoriser de manière pérenne ou non, la circulation des vélos à la Défense.
Après Dubaï, Alstom compte sur le tram clé en main
Au royaume de la démesure, un tramway ne peut être qu’exceptionnel. Celui de Dubaï l’est à plus d’un titre. Il concentre quelques premières mondiales. Un Citadis au… nez taillé tel un diamant ; une alimentation par le sol (APS) déployée sur l’intégralité du tracé, soit 10,6 km ; des stations fermées et climatisées ; et des composants développés pour supporter des conditions climatiques extrêmes. Au final, ce tramway, signé de l’industriel français Alstom et du groupe de BTP belge Besix pour le génie civil, a – presque – tout d’un métro.
Premier tramway du Golfe persique, il constitue une vitrine parfaite, qu’Alstom a présentée à une quarantaine de journalistes venus du monde entier, quatre mois après la mise en service, le 11 novembre dernier. Ce tram hors du commun afficherait des qualités pour l’exploitant, Serco, quasi parfaites, avec « un taux de disponibilité de 99,99 % et une ponctualité de 99,65 % »,affirme Vincent Prou, directeur du projet à Dubaï et directeur général d’Alstom pour la région du Golfe. L’APS, lancé si laborieusement à Bordeaux il y a une dizaine d’années, serait désormais tout aussi performante que l’alimentation traditionnelle par fil de contact.
Le secret ? En dehors d’un coût plutôt pharaonique, de l’ordre de 68 millions d’euros du km, soit deux à trois fois plus que le prix habituel d'un projet de tram, celui-ci a été conçu et fabriqué comme un système de transport dans son ensemble. Cette stratégie de développement de solutions intégrées est jugée suffisamment prometteuse pour qu’Alstom en fasse l’un des grands axes de sa stratégie de vente, pour les pays du Golfe notamment, mais pas seulement.
« Cette offre répond à une vraie demande et comporte de nombreux atouts : un seul appel d’offres et un contrat unique, des coûts et des délais de réalisation optimisés et respectés car la coordination de toutes les activités est plus aisée… » estime Christian Messelyn, directeur du marché des solutions systèmes et des concessions chez Alstom Transport.L’autorité organisatrice garde bien sûr la supervision du projet « et peut se focaliser sur les services, sachant que la mise en œuvre du réseau est prise en charge par un expert »,continue-t-il.
En apparence plus coûteux, ces projets seraient, selon lui, financièrement plus intéressants sur le long terme que ceux menés via des contrats séparés. Et d’énumérer les projets de tram qui ont été ou seront traités de cette manière : de Reims, « un projet phare livré en 26 mois » – et une infrastructure qu’il connaît bien puisqu’il a présidé la société concessionnaire Mobilité Agglomération Rémoise (Mars) jusqu’en 2012 – à Sydney, « contrat signé il y a trois semaines ». En passant par Orléans, Alger (qui transporte 50 000 personnes par jour), Oran, Lusail au Qatar ou Rio (appel d’offres gagné en 2014). Et bien sûr Dubaï, pour lequel le maître d’œuvre avait reçu le feu vert en janvier 2012, soit 34 mois seulement d’exécution. A l’actif du groupe, 16 projets de tram intégré vendus dans dix pays, dont la moitié en service.
Le Français revendique la place de leader mondial sur le segment du tram, avec 50 % de parts de marché. Une place qu’il entend conforter. L’analyse d’Alstom est limpide. Selon les estimations de l’Unife, la demande sur le marché du ferroviaire urbain devrait croître de 4,1 % l’an. Le tramway représente environ un tiers des projets, et sa part est croissante. Rien que pour le tramway intégré, l’Union des industries ferroviaires européennes évalue le gâteau à 3,2 milliards d’euros sur la période 2015 – 2017, contre 1,4 milliard pour 2012 – 2014. L’une des raisons invoquées : « les marchés émergents où les pouvoirs publics financent souvent leurs projets sous forme de PPP sont très demandeurs de solutions clés en main »,souligne le directeur des systèmes intégrés.
En tête de cette formidable croissance, la région du Moyen-Orient et de l’Afrique (MEA) représenterait 882 millions d’euros, soit plus de 27 % du CA mondial 2015-2017. Une proportion qui, si l’on inclut les solutions métros, monterait même à « 80 % pour la zone MEA d’ici à 2017,estime de son côté Gian Luca Erbacci, “senior vice-président“ pour la zone MEA chez Alstom Transport. Afrique du Sud, Turquie, Arabie saoudite sont les principaux pays où cette demande se développe, mais il y a aussi beaucoup de projets dans le Golfe et au Moyen-Orient en général. Seconde zone de fortes opportunités : l’Amérique latine… »
Alstom estime n’avoir pas de vrai concurrent sur ce segment du tram intégré : « Nous sommes les seuls à pouvoir livrer tous les composants du sous-système tramway et les services qui vont avec, entretien et maintenance, à proposer l’ingénierie, à avoir l’expertise du PPP etc. » assure Christian Messelyn. Alstom concentre donc une bonne part de sa R&D aux systèmes intégrés. Dans le métro, c’est l’offre “Axonis“ fondée sur le matériel roulant de la gamme Métropolis, le CBTC Urbalis, le système automatisé de pose de voie Appitrack, ou les sous-stations réversibles Hesop. Puisqu’il est conçu à 100 % à partir de produits éprouvés, le directeur assure qu’il aura un taux de fiabilité de 97 % au démarrage…
Ce métro léger entièrement en viaduc (grâce à un partenariat avec VSL, filiale de Bouygues construction spécialisée dans les viaducs) est conçu pour « transporter de 10 000 à 45 000 voyageurs par heure et par sens ».Il se déploie « en trois ans au lieu de 4 ou 5 pour un métro classique, pour moins cher qu’un monorail, et avec son écartement UIC, il ne s’agit pas d’un système propriétaire »,argumente encore Christian Messelyn. Concurrent potentiel sur ce créneau : Mitsubishi.
Développée en 2012, lancée officiellement pour le salon UITP de Genève en juin 2013, Axonis a fait l’objet des premières offres commerciales l’an passé. Et déjà des premières marques d’intérêt, même si rien n’est finalisé. Les premières villes à succomber au charme de ce mode pourraient bien être Alger et Rio. Il serait aussi adapté aux villes indiennes, dans lesquelles l’insertion urbaine d’un tram se révèlerait impossible. Axonis serait un mode standard et modulable à la fois, au point qu’Alstom ambitionnerait d’en faire « le Citadis du métro léger ».Tout un programme ! .
Et puisque la méthode semble faire recette, Alstom annonce son intention de proposer également une offre tramway labellisée « intégré » sous la même forme qu’Axonis. Vu l’importance de la demande, « le retour sur investissement est sécurisé à long terme »,a-t-on analysé. Mais chut ! Le groupe a choisi d’attendre à nouveau la grand messe de l’UITP à Milan, dans à peine trois mois, pour nous la détailler…
Gares & Connexions à l’heure des chefs
C’est dans la gare Saint-Lazare, et précisément dans le restaurant Lazare d’Eric Fréchon, que Patrick Ropert, qui a succédé à Rachel Picard à la tête de Gares & Connexions a présenté à la presse les ambitions du groupe SNCF pour cette activité. Saint-Lazare évidemment : la gare rénovée — au bout de longues années de travaux — apparaît comme une vitrine de la nouvelle conception des gares à la SNCF, laissant une large part aux activités urbaines, et notamment aux commerces. La vitrine de Saint-Lazare devait être complétée par l’ouverture, en 2016, dans les étages de la gare, jadis occupés par de grandes directions de la SNCF, de 2000 m2 de bureaux (par Multiburo) à louer pour 6 mois comme pour une demi-journée, d’un club de sports (L’Usine), et, en 2016, d’un nouveau restaurant tendance faisant de Saint-Lazare the station to be. Dispositif complété par l’ouverture de deux kiosques de restauration (Naked, et Maison Pradier) fin 2015 sur le parvis. La SNCF — outre le développement des bureaux, le renforcement des réseaux 3G et 4G, l’installation de consignes pour récupérer les commandes passées sur internet, la location de véhicules pour les derniers kilomètres, etc. — veut accompagner grâce à ses gares le renouveau des brasseries. Un kiosque vient d’ouvrir en février Gare du Nord, confié au pâtissier Michalak. Une brasserie sera confiée à Thierry Marx gare du Nord en 2016 et une autre à Alain Ducasse gare Montparnasse en 2017. Des opérations de prestige qui doivent apporter leur contribution à l’objectif que se fixe Gares & Connexions pour son activité. Un doublement du chiffre d’affaires des activités commerciales, permettant à la fois d’investir dans le développement des gares (programme de 2,2 milliards pour transformer Bordeaux, Rennes, Nantes, Paris-Austerlitz, Paris-Lyon et Paris-Nord) et de diminuer la redevance demandée aux opérateurs (aujourd’hui la SNCF) pour l’utilisation des gares.
F. D.
Paris lance une consultation sur son nouveau plan anti-bruit
Le Conseil de Paris a approuvé le 16 mars un projet de plan de prévention du bruit routier. Ce PPBE fera l'objet d'une consultation publique pendant deux mois, avant son adoption définitive. Son préambule estime qu'environ 11% des Parisiens (soit 231.000 personnes) "résident dans un environnement que l'on peut qualifier de bruyant à cause du trafic routier" (soit un indicateur de bruit "LDEN" supérieur à 68 dB(A)).
Le plan comporte 34 mesures, dont beaucoup relèvent des politiques menées par ailleurs pour lutter contre la pollution de l'air. Il prévoit notamment la création d'un "baromètre de l'environnement sonore à Paris"; une sensibilisation du grand public, et tout particulièrement des conducteurs de deux roues motorisés; la couverture du périphérique avec un enrobé phonique sur "l'ensemble des tronçons mitoyens des zones d'habitation" d'ici 2020 (30% des 35km); la réalisation d'ici 2020 d'un "programme de création de nouvelles zones 30 en vue de leur généralisation en dehors des grands axes"; la création de zones à trafic limité, fermées à la circulation auto à certains horaires.La Ville entend également "favoriser le développement de véhicules moins bruyants", en expérimentant notamment l'équipement des véhicules légers municipaux en pneus silencieux, améliorer le confort acoustique des logements, en "s'assurant du confort acoustique des nouveaux logements sociaux", ou renforcer le contrôle acoustique des motocyclettes et vélomoteurs.
Exclusif. Les usagers réclament des appels d’offres pour l’exploitation des trains Intercités
Quasiment un mois après que la Cour des comptes a publié coup sur coup deux rapports sur les trains Intercités, l’un « soft » appelant à une optimisation, l’autre, une autosaisine de la Cour, beaucoup plus radical, appelant à des restructurations (et dévoilé par notre Lettre confidentielle n° 55), c’est maintenant la Fnaut (Fédération nationale des associations d’usagers des transports) qui monte au créneau.
Elle s’apprête à adresser aujourd’hui, lundi 16 mars, à tous les parlementaires, son Manifeste des usagers pour le renouveau des trains Intercités. Ce document de 16 pages, que VR&T s’est procuré, est un appel à l’ouverture à la concurrence pour l’exploitation des Intercités, ces trains qui doivent assurer les relations entre les grandes agglomérations ainsi qu’avec et entre les villes moyennes sur les lignes non desservies par la grande vitesse. Et auxquels s’ajoutent les trains de nuit.
Or, les trains Intercités sont dans une situation alarmante : leur déficit atteint 325 millions d’euros et leur financement n’est plus tenable puisqu’il repose essentiellement sur l’activité TGV, elle-même en repli. Un déficit en pleine dérive, puisqu'il a fait un bond de plus de 70 % entre 2011 et 2014, rappelle la Fnaut. Quant à la qualité du service, elle laisse à désirer puisque seuls 72 % des trains sont arrivés avec un retard de moins de 5 minutes en 2014, selon des données Infolignes.
Pour les représentants des usagers, il est impératif de baisser les coûts de ces trains. Ce qui « passe inévitablement par l’exploitation en délégation de service public, l’Etat choisissant l’exploitant délégataire le mieux disant à la suite d’un appel d’offres sur un bouquet d’une ou plusieurs lignes ».
Pour relancer ces trains, la Fnaut recommande aussi une modération tarifaire et la généralisation de la réservation facultative. « Les bas prix doivent être développés à l’exemple du train de jour Paris – Toulouse sous la formule 100 % Eco », précise le manifeste.
La décision récente du gouvernement de reconduire sans appel d’offres la SNCF comme exploitant des Intercités ne va pas dans le sens souhaité par la Fnaut. D’autant que ce n’est pas la première fois que la fédération s’empare du sujet. « Depuis plus de dix ans, la Fnaut a multiplié les interventions pour alerter l’opinion et les décideurs politiques sur les dangers qui pèsent sur les trains Intercités », écrit Jean Sivardière, son président, dans le manifeste. Mais en vain jusqu'à présent.
La Fédération attend désormais le futur schéma national des services de transports prévu par la loi d’août 2014 qui doit fixer les orientations de l’Etat dans ce domaine. Auparavant, d'ici juin, les conclusions de la commission Duron, qui planche sur l’avenir de ces trains, pourraient peut-être ouvrir quelques fenêtres de tir.

Qatar : Thales équipera le futur tramway de Lusail
Thales et l’entreprise qatarienne QDVC, filiale de Qatari Diar et Vinci Construction Grands Projets, ont signé un contrat pour la fourniture d’un système… style= »margin-top: 15px; margin-bottom: 15px; padding: 0px; font-family: arial; font-size: 15px; line-height: 20px; background-color: rgb(255, 255, 255); »>
… intégré de supervision, télécommunications, sécurité et billettique pour le futur tramway de Lusail.Le réseau de tramway de la ville de Lusail sera composé de 4 lignes. Il s’étirera sur 32 kilomètres dont 7 en sous-terrain et desservira 37 stations. De son côté, Alstom livrera 35 rames Citadis équipées d'une technologie sans caténaire, ainsi que l'alimentation électrique et les moyens de télécommunication et de contrôle. (contrat remporté en juin 2014)
Le tramway devrait entrer en service commercial en 2018 avec pour objectif d’accueillir jusqu’à 450 000 usagers par jour.