Le retour de la SNCF – Eole souffle quand il veut – Ramette après Rapoport – Poissons d'avril dans le métro.
Le retour de la SNCF
A force de conférences de presse et de communiqués, on avait fini par s'y faire : SNCF par-ci, SNCF par-là. Jamais « la » SNCF. Ce qui est bien, quand on s'adresse aux Français, c'est qu'il vaut mieux parler comme eux. Et Guillaume Pepy, invité dimanche matin du Grand rendez-vous i-Télé, Europe 1 et Le Monde, dimanche matin, a parlé comme tout le monde. La SNCF. Jamais SNCF. Il faut dire qu'il était attendu et qu'il avait intérêt à se faire entendre. Exercice réussi, haut la main.
Il avait pourtant passé un sale début de semaine. Lundi l'Arafer refuse Farandou. Mardi, on annonce que Barbara Dalibard s'en va, et Yves Ramette dans la foulée de Jacques Rapoport devance son départ à la retraite. De quoi donner aux observateurs l'idée d'un sauve-qui-peut. Sur ces sujets, très sérail, il a été à peine interrogé. Il a répondu quand même, par son attitude qui signifiait : je suis là et la SNCF sait où elle va.
Mais les questions qui intéressent les gens ne sont pas celles-là. Fortement interrogé sur la sûreté après les attentats, Guillaume Pepy a su annoncer ce que savent ceux qui suivent les sujets : la mise en place de caméras intelligentes, de dispositifs de détection d'armes et d'explosifs, de chiens renifleurs, d'unités de profileurs, de patrouilles dans les trains d'agents de la Suge en civil, armés et de ce fait autorisés à tirer. Sans en rajouter, sans inquiéter, ni désavouer Ségolène Royal et ses portiques, mais en avançant son programme de patron.
Brétigny, la dissimulation, Le Canard et Mediapart ? « Aucun membre de la direction de la SNCF n'a donné d'autre instruction que de dire la vérité. » Proposition habile, qui ne préjuge pas de ce qui se passe dans les échelons inférieurs, et met chacun face à ses responsabilités. Et permet de passer à la vraie réponse : les travaux.
La SNCF en danger de mort ? La vaste question initiale, énoncée par Jean-Pierre Elkabbach, était sans doute excessive, si bien qu'elle ne pouvait être vraiment étayée. Guillaume Pepy a pu dérouler un programme assez convainquant et désormais bien rôdé sur la priorité, la remise à niveau du réseau. Il faut tout de même dire que depuis près de 20 ans on sait où sont les priorités. Pourquoi a-t-il fallu tant d'années pour que la décision de réagir entre dans les faits ? Ce n'était pas le lieu d'écrire une histoire qui nécessite de revenir sur l'organisation de la SNCF et sur les incohérences de l'Etat. Ce qui était demandé, c'est plus pratiquement : que fait-on ? et Pepy avait des réponses. La sécurité des circulations n'est pas engagée, et le couple travaux plus ralentissements en est la garantie. Une image forte : « le renouvellement du réseau est aujourd'hui le plus grand chantier d'Europe ». Ça vaut ce que vaut une image, mais c'est bien venu, car cela permet aussi aux ministres ou aux élus de se prévaloir, à défaut d'un grand chantier, d'une immense ambition à laquelle chacun apporte sa contribution.
Quant au plus grand projet de la SNCF, a rappelé le président de la SNCF, c'est un RER et c'est Eole. On y revient ci-dessous. Pour terminer, l'avenir personnel de Guillaume Pepy. En répondant qu'il ne fera pas plus de deux mandats de président, il dissipe l'éventuelle urgence de la question et prend de la hauteur en se référant explicitement à la figure tutélaire de Louis Gallois. Bien vu.
Eole souffle quand il veut
C'est d'autant mieux vu que certains sujets évoqués les annonces sortent. Sûreté ? Voir la loi Savary et les décrets d'application. Low cost ? dimanche soir à Bruxelles était officiellement lancé Izy, le Thalys qui n'en est pas tout à fait un, le TGV qui ne va pas si vite que cela. Eole ? vendredi 1er avril, tombait le communiqué de presse annonçant l'attribution de trois des quatre lots du génie civil pour le prolongement de RER E à l'ouest. Un groupement emmené par Vinci remporte la réalisation de la gare de la Défense et des tunnels adjacents (496 millions d’euros), un autre par Bouygues réalisera le tunnel foré de 6,1 km et la gare de la Porte-Maillot (460 millions) et l'entonnement, ouvrage de transition entre Haussmann-Saint-Lazare et le nouveau tunnel a été attribué à un groupement, dont Guintoli est le mandataire (60 millions). L'attributaire du quatrième lot de génie civil (jonction de la Défense à la nouvelle gare de La Folie à Nanterre) sera attribué ce mois-ci.
On croyait que tout était suspendu à la convention de financement. Eh bien non. Le communiqué de presse se réfère à l'annonce par le Premier ministre, lors de l'inauguration de Rosa-Parks, du bouclage du financement, annonce qui pour l'instant suffit. Nexteo a pu être signé, c'est maintenant l'essentiel du génie civil qui est conclu. Il était temps, et le projet a pris du retard. Il faudra tout de même dire un de ces jours ce que tout le monde sait : 2020 pour le premier tronçon jusqu'à la Défense, 2022 jusqu'à Mantes-la-Jolie, ce n'est pas tenable.
Yves Ramette cède la place à Didier Bense
« Très à l’aise avec la maison SNCF », Yves Ramette DG de SNCF Réseau Ile-de-France, que nous avons rencontré le 1er avril, trois jours après sa démission, explique qu’il n’a pas été foutu dehors (ça va sans le dire) et qu’il ne claque pas la porte (par les temps qui courent, ça va mieux en le disant). De fait, on savait qu’il devait faire valoir ses droits à la retraite en septembre. Et que Didier Bense, nommé le 7 mars DG adjoint de SNCF Réseau en Ile-de-France était appelé à lui succéder. S’il quitte l’entreprise plus tôt que prévu, c’est, explique Yves Ramette, du fait de la démission de Jacques Rapoport. Autant que le nouveau président de SNCF Réseau puisse avoir une équipe nouvelle. Yves Ramette devrait rester quelque temps à Réseau, mais pas au-delà de septembre, en tant que conseiller du nouveau président. Le temps de bien transmettre les grands dossiers. Veiller particulièrement à CDG Express, dont on prépare aujourd'hui la Société de projet. Soutenir Frédéric Delorme dans le renouvellement de l’approche de la sécurité. Yves Ramette devrait avoir une retraite active, puisqu’il va succéder à Jacques Rapoport à la présidence de Railenium.
Rappelons que Didier Bense, polytechnicien, 55 ans, est, comme Yves Ramette, un ancien de la RATP, et qu'il a transité par la SGP, dont il a été l'un des deux directeurs. Qu’il était depuis janvier 2015 à SNCF Réseau. La forte présence de la RATP au sein de l'Ile-de-France SNCF est bien le signe d'une avance technologique de la Régie sur les questions décisives pour le mass transit que sont les CBTC, la supervision et les centres de commandement unifiés. Yves Ramette avait joué un rôle important dans la conclusion d'un accord entre RFF, SNCF Transilien et la RATP, permettant la mise à disposition du savoir faire de la RATP et donc, le lancement de Nexteo. Alors qu'il s'en va, une lettre à Valérie Pécresse doit être adressée ce lundi par Guillaume Pepy, Jacques Rapoport et Elisabeth Borne. Une lettre dont nous avons eu connaissance informant la présidente de la région Ile-de-France « que la RATP, SNCF Réseau et SNCF Mobilités se sont engagés à travers un accord de collaboration stratégique et technique pour le développement et la mise au point d'un système d'exploitation "zones denses" partagé et interopérable, de type CBTC (Communication based train control), à l'instar de ce qui a déjà été fait au bénéfice du projet Eole. Ces systèmes d'exploitation de type CBTC, qui devront être disponibles à l'arrivée des nouveaux matériels roulants, permettront d'améliorer la performance du tronc commun des lignes B et D essentielle à leur qualité de service ». Autrement dit : Nexteo, prêt pour Eole, pourra bien être étendu grâce à l'entente des mêmes partenaires aux autres RER.
Nous reviendrons sur tous ces sujets, dans un entretien avec Yves Ramette que nous publierons prochainement dans notre magazine.
Poissons d'avril à la RATP
A la RATP, où l'heure n'est pas grave comme à la SNCF, on a pris le temps de faire aux Parisiens un beau poisson d'avril, à l'aide de panneaux provisoires posés dans les stations choisies, opération reprise sur tweeter ou Facebook. Opéra devenu « Apéro », Monceau « Ma Pelle », ou Télégraphe « #tweet ». Anvers mis à l'envers. 13 en tout. Parfait.
On se souviendra pour l'an prochain que Marcel-Sembat peut être Sans-culotte ou devenir Marcel-Salsa. On consultera le recueil de Mots croisés sur Paris de Georges Pérec, récemment republié en Folio, dont les définitions peuvent donner des idées pour d'autres stations.
Et puisqu'un esprit oulipien souffle sur la RATP, on rappellera à Elisabeth Borne qu'à la station Pyramides, pour célébrer le centenaire du métro son prédécesseur Jean-Paul Bailly avait commandé au plasticien Philippe Favier et au poète et mathématicien Jacques Roubaud un merveilleux plan lumineux, détournement des vieux Pili, offrant des itinéraires qui semblaient des constellations. Et que ce beau plan est tombé en panne peu de temps après son inauguration et n'a à notre connaissance jamais été réparé. Quand même ! Faire ça à Favier ! A Roubaud ! Quand on est champion du CBTC, on peut bien remettre en état un Pili !
F. D.