Catégorie : Expertise mobilités & transports

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  • « Une des forces de VFLI, c’est d’avoir un personnel polyvalent »

    « Une des forces de VFLI, c’est d’avoir un personnel polyvalent »

    Interview d’Alain Ribat, directeur général de VFLI

    C’est une des rares entreprises de fret ferroviaire à croître et à gagner de l’argent en France : VFLI affiche une hausse de son activité de 5 % en 2017 et un bilan positif. Par la voix de son directeur général, la filiale de fret ferroviaire (et de droit privé) de la SNCF s’attend encore à une belle année 2018. Toutefois, Alain Ribat pointe la difficulté de recruter des conducteurs (et de les former). Difficulté qui pourrait s’accroître demain si de nouveaux opérateurs ferroviaires arrivent sur le marché avec l’ouverture à la concurrence dans le transport de voyageurs.

     

    Ville, Rail & Transports. Quel bilan tirez-vous de l’année 2017 ?
    Alain Ribat. VFLI a enregistré un chiffre d’affaires de 154 millions d’euros en 2017, en hausse de 5 % par rapport à l’année précédente. 2016 avait déjà été marquée par une hausse de 10 %.
    L’année dernière, notre Ebitda a atteint dix millions d’euros. Cela fait sept ans de suite que VFLI dégage des résultats positifs. Je rappelle aussi que 40 % du résultat d’exploitation est redistribué aux salariés sous forme d’intéressement ou de participation. Le reste finance nos investissements.

     

    VR&T. Comment évoluent et se répartissent vos activités ?
    A. R. VFLI qui fêtera ses 20 ans cette année a commencé son activité en étant un exploitant ferroviaire sur site industriel (ITE). A partir de 2007, avec l’ouverture à la concurrence dans le fret sur le réseau ferré national (RFN), les dirigeants de la SNCF ont décidé de nous autoriser à aller sur le RFN pour que nous devenions un nouvel entrant. Cette activité représente désormais 70 % de notre chiffre d’affaires, tandis que notre activité historique s’établit à 13 %. Le reste, nous le réalisons dans les activités travaux, c’est-à-dire que nous mettons des ressources à disposition des entreprises de travaux des voies pour qu’elles puissent mener leurs chantiers.

     

    VR&T. Quelles sont vos spécificités ?
    A. R. Nos trois activités nous singularisent. Ce sont des métiers assez différents en termes de compétences et de cycles de vie. De plus, nous avons des limites claires : nous ne sommes pas prêts à tout pour gagner des parts de marché, nous n’avons pas vocation à chercher une croissance débridée. Notre stratégie, basée sur une croissance maîtrisée, est de fournir une bonne qualité de service en toute sécurité.
    Ainsi, nous sommes notamment très présents sur le transport combiné rail-route (nous sommes sans doute le leader français du secteur) ainsi que sur les marchés des granulats, des céréales, celui de la chimie, de la pétrochimie, sur le secteur de l’agroalimentaire (les eaux minérales), le bois, les voitures, les déchets… Chacune de nos activités est en hausse et rapporte de l’argent.
    Nous tenons à garder une présence forte sur les sites industriels même si cette activité est liée à la situation de l’industrie française et que celle-ci n’est pas florissante. Mais c’est notre ADN. Nous souhaitons accompagner nos clients et leurs marchandises de la sortie de l’usine aux dépôts.

     

    VR&T. Quelle va être votre stratégie à court et moyen terme ?
    A. R. Nous cherchons à développer les synergies entre la partie ITE de notre activité et celle sur le RFN. Nous souhaitons élargir notre palette de services dans les ITE. La proximité avec nos clients en est un des éléments clé. Nous souhaitons rester au plus près de leurs besoins.
    Nous voulons aussi être un acteur majeur des travaux sur voies ferrées. Cette activité est en plein développement avec la multiplication des travaux sur les voies ferrées et depuis que SNCF Réseau a décidé de recourir davantage à la sous-traitance pour les mener.
    La RATP aussi a lancé l’année dernière un appel d’offres et sélectionné cinq entreprises, dont VFLI, pour des prestations de conduite et de location d’engins moteurs sur des chantiers en 2018. Nous avons notamment été retenus pour la ligne A du RER. Ces travaux se déroulent beaucoup en tunnels et nécessitent de disposer d’engins moteurs homologués tunnels.
    Nous sommes sans doute dans le top 3 dans ce domaine. Mais il y a tout de même une difficulté que nous voudrions lever : certaines entreprises ne sont pas soumises à la même convention collective que la nôtre. Nous sommes soumis à la convention collective ferroviaire (très encadrée pour l’organisation des travaux lors des chantiers de nuit) tandis que d’autres se réfèrent à la convention collective des travaux publics moins restrictive que la nôtre. Nous avons interpellé les pouvoirs publics à ce sujet.
    Enfin, nous allons continuer à élargir nos prestations. Nous développons par exemple un service d’agents d’accompagnement des trains de travaux. C’est une prestation que SNCF Réseau demande de plus en plus.

     

    VR&T. Etes-vous propriétaire de vos matériels ?
    A. R. Nous avons un modèle de production spécifique basé sur des moyens dédiés à chaque client (personnel et engins). Nous sommes propriétaires de quelques engins mais recourons principalement à la location de notre matériel auprès d’Akiem ou de fournisseurs hors du groupe SNCF.
    D’où une qualité de service élevée et un plan de transport robuste. Le taux de satisfaction de nos clients est de 97 %.
    Il peut toutefois y avoir un inconvénient à ce modèle de production : quand les volumes sont trop faibles, cela peut être onéreux. Dans ce cas, sur certains trafics, nous pouvons alors être plus chers que nos concurrents. C’est pourquoi, ponctuellement, nous pouvons décider de mutualiser nos ressources, comme ont tendance à le faire nos concurrents.
    Actuellement, nous sommes en train de voir comment nous pourrions agrandir notre parc et sommes en discussion pour commander une dizaine d’engins très novateurs… Mais je ne peux en dire plus pour le moment.

     

    VR&T. Quelles sont vos relations avec Fret SNCF ?
    A. R. Nous sommes concurrents. Mais il nous arrive d’être partenaires. Soit en tant que donneur d’ordre, soit en tant que sous-traitant, comme nous pouvons le faire avec d’autres opérateurs ferroviaires privés. Cela arrive souvent quand un opérateur concurrent est très présent sur un site avec les moyens adéquats. Il vaut mieux alors s’entendre avec celui qui est sur place plutôt que de chercher à tout prix à traiter juste quelques trafics.

     

    VR&T. Comment expliquez-vous vos succès alors que Fret SNCF n’arrive pas à sortir du déficit ?
    A. R. Une des forces de VFLI, c’est d’avoir un personnel polyvalent. Quand nous formons nos agents, nous les formons à plusieurs métiers. Sur les sites industriels, nos opérateurs savent faire les manœuvres, les déchargements. Nos conducteurs savent faire des opérations au sol. De ce fait, nos coûts de formation sont très élevés. Ils représentent 9 % de la masse salariale. C’est très élevé mais cela s’explique car nous travaillons dans un secteur où l’exigence de la sécurité est très élevée et où les réglementations évoluent chaque année, ce qui suppose des remises à jour permanentes. Ce coût énorme représente aussi un investissement pour l’entreprise. La polyvalence est un avantage concurrentiel très clair.

     

    VR&T. Quelle est votre politique d’embauche et de formation ?
    A. R. L’entreprise compte 900 personnes et embauche annuellement 130 personnes. Nous recevons chaque année 35 000 CV, mais, vous le voyez, nous sommes très sélectifs. Cette année, nous allons organiser 12 sessions de formations, dont huit pour les conducteurs. Chaque session compte 14 personnes en début de formation mais il n’en reste plus que huit à la fin Nous disposons de notre propre centre de formation agréé mais nous commençons à sous-traiter quelques sessions.

     

    VR&T. Connaissez-vous des difficultés pour embaucher des profils techniques, comme c’est le cas à la SNCF ?
    A. R. Ce n’est pas facile de recruter des conducteurs. On ne trouve pas de conducteurs formés sur le marché c’est un vrai problème. Problème qui risque de s’accentuer demain lorsque la concurrence sera possible dans le transport de voyageurs. Nous risquons de voir certains de nos conducteurs partir chez d’autres opérateurs ferroviaires. Le coût lié à l’emploi de conducteurs pourrait encore s’alourdir. Conséquence de la loi de l’offre et de la demande, les conducteurs pourraient voir leur rémunération augmenter…
    Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

  • Thierry Mallet : « En France, nous avons de nouvelles opportunités de croissance »

    Thierry Mallet : « En France, nous avons de nouvelles opportunités de croissance »

    Thierry Mallet était, le 8 février, l’invité du Club Ville Rail & Transports. L’occasion pour les participants de poser leurs questions au PDG de Transdev. Des Assises de la mobilité à la concurrence des bus en Ile-de-France, en passant par les TER, les cars Macron, les expériences de véhicules électriques à Rouen, le péage urbain, les bus électriques aux Pays-Bas et en France…

     

    Cela fait un an et demi que vous avez pris les rênes de l’entreprise. Quel état des lieux pouvez-vous dresser ?

    bus Transdev Pays-Bas
    Transdev est présent dans 18 pays en plus de la France. (Ci-dessus, à Amsterdam où l’exploitant fait circuler 300 bus électriques.)

    « Transdev, c’est 83 000 hommes et femmes qui transportent dix millions de personnes chaque jour. L’entreprise a réalisé 6,7 milliards d’euros de CA l’an passé, dont 63 % à l’international [résultats de 2016, ceux de 2017 étant attendus en mars, NDLR]. La France reste son premier marché, avec 34 000 salariés et 19 000 véhicules, puis arrivent les Etats-Unis, l’Allemagne où Transdev est le deuxième opérateur ferroviaire régional, les Pays-Bas où nous faisons circuler 300 bus électriques. Nous sommes aussi présents en Suède, en Australie, en Nouvelle-Zélande… dans 18 pays, sans la France. En France, les Assises de la mobilité, la future loi d’orientation et l’ouverture du fer à la concurrence vont nous offrir des opportunités de croissance. C’est en France que beaucoup d’innovations sont mises en œuvre avant

    Côté ferroviaire, l’exploitant fera jouer son expérience internationale. Il est par exemple le deuxième opérateur ferroviaire régional en Allemagne (ici dans le Land de Saxe-Anhald).

    d’être exportées. Mais il arrive aussi qu’on y importe le savoir-faire d’autres pays, comme l’électromobilité des Pays-Bas ou le yield managment, l’expérience clients des Etats-Unis. »

    Vous avez comme actionnaires la Caisse des dépôts et Veolia qui veut se retirer. On pensait que cette question d’actionnariat serait réglée l’an dernier, elle ne l’est pas, où en est-on ?
    « La Caisse des dépôts détient 70 % de notre capital. C’est un actionnaire historique et un partenaire fort qui nous accompagne dans notre développement. D’ailleurs, le transport est clairement dans la feuille de route du nouveau directeur général de la Caisse. Veolia a, en revanche, annoncé depuis longtemps sa volonté de sortir de notre capital. Il faut lui trouver un remplaçant, en prenant le temps de trouver le bon partenaire. Cela pourrait être un industriel qui nous permettrait d’accélérer notre croissance à l’international. Veolia a aussi la possibilité de demander à la Caisse de lui racheter ses parts fin 2018. D’ici à la fin de l’année, il faut que ce soit réglé. »

    Rapports Duron, Spinetta et projet de loi mobilité, qu’en attendez-vous ?
    « La démarche des Assises a été extrêmement positive. En partant du terrain, elle a permis de faire connaître des solutions et de remonter des idées. En ce qui concerne les infrastructures, la priorité doit être mise sur la mobilité du quotidien et l’entretien du réseau existant. Nous sommes en phase avec le gouvernement et attendons qu’il fasse des choix, car il n’y a rien de pire que les non-choix. Or, le rapport Duron c’est un menu avec plusieurs options. Il va falloir trancher. Mais la question est bien posée. Il faut remettre à niveau le réseau ferré et routier. L’enjeu ce sont les financements. Je pense qu’avant d’en chercher de nouveaux, il faut chercher à faire des économies. Rajouter de nouvelles taxes n’est pas le bon mode de fonctionnement. On a besoin d’un cadre financier clair. Pour cela il faut préserver le versement transport sans l’augmenter. Il faut jouer sur plus d’efficacité dans l’exploitation. Moduler les tarifs en faisant payer davantage les usagers, quitte à accorder la gratuité à certaines classes sociales. Les péages urbains sont aussi une piste intéressante. Quand on regarde l’exemple de Stockholm, l’argent du péage urbain a servi à renforcer les transports publics. Et cela peut être une solution pour lutter contre l’autosolisme. C’est un moyen intelligent d’organiser la ville. On peut mettre en place un système de tarification intelligent et social avec le digital. Le fer paye pour l’usage du rail, l’automobile paye les autoroutes. En ville, il y a une bataille pour l’usage de l’espace urbain. Pourquoi ne pas faire payer l’entrée des villes ? En augmentant le tarif des infractions au stationnement on est arrivé à faire payer davantage les gens qui jusque-là ne le payaient pas, et certains ont renoncé à leur voiture pour ne pas avoir à payer 25 euros de parking par jour. Cela a libéré des places pour se garer. Et a eu un effet positif. C’est une première brique vers l’instauration d’un péage. »

    Comment améliorer l’offre dans les déserts de mobilité ?
    « 40 % de la population ne bénéficient pas d’offre de transport. Il y a deux catégories de déserts de mobilité. Il y a les zones périurbaines, où des gens qui travaillent dans les métropoles sont allés habiter pour faire des économies, mais où, faute de transport, ils sont obligés de posséder deux voitures. L’enjeu est de prendre en charge ces zones. Une solution a émergé aux Assises de la mobilité, celle de la gare autoroutière de Briis-sous-Forges (91), qui permet aux habitants de rejoindre par bus la gare de Massy TGV et RER en laissant leur voiture au parking, avec un départ toutes les cinq minutes. Cela a permis de recréer de la densité et de remettre du cadencement, indispensable pour que le multimodal fonctionne.

    Les autres déserts de mobilité, ce sont les zones rurales pour lesquelles il faut inventer des solutions, notamment autour de mobilités solidaires. On pourrait s’inspirer de ce village néerlandais où, en tant qu’opérateur, nous formons des chauffeurs bénévoles et mettons à disposition des véhicules dix places pour transporter les gens à la demande. Cela s’appelle le door bus. Il y a aussi plus de covoiturage à organiser. On pourrait aussi mutualiser le transport médical pour le déplacement des habitants. Et il faut des plateformes pour que les gens soient au courant des possibilités offertes. Il n’y a pas de solution unique. A chaque territoire ses caractéristiques et ses solutions à inventer. »

    Concernant la mise en concurrence du TER, vous souhaitiez, il y a un an, que l’on se lance rapidement dans une expérimentation, sans attendre que tout soit réglé. Il n’y a toujours pas eu d’expérimentation. Où en est-on ?
    « Plus que d’expérimentation, on a besoin d’anticipation. L’ouverture à la concurrence est prévue pour 2023. Si on ouvre en 2020, ce sera bien. Mais il y a des sujets qui ne sont pas encore réglés comme l’accès à l’information et aux données. Il faut aussi regarder les enjeux de transfert de matériel roulant, d’accès aux dépôts et organiser les transferts de personnel. On a travaillé sur la façon d’assurer les transferts des équipes SNCF vers un nouvel opérateur. On devrait disposer cette année d’une loi d’ouverture à la concurrence pour commencer à anticiper. L’objectif de tout cela, c’est l’amélioration de la qualité de service. Aujourd’hui, lors de chaque appel d’offres, on veut plus de monde transporté pour moins cher. A nous de trouver des solutions en faisant des rabattements, des cadencements, en renforçant certaines lignes ou en les remplaçant par des cars. Il y a de vrais gains à chercher dans l’organisation du fer. »

    Quel est l’intérêt d’ouvrir à la concurrence ?
    « L’ouverture à la concurrence, si elle est bien faite, permet de réduire les coûts. En Allemagne le prix du train-km régional est de neuf euros contre 18 euros en France. C’est une grosse différence. S’il n’a pas de mise en concurrence, il n’y aura pas de pression et les efforts nécessaires pour réduire les coûts ne seront pas faits. Si on ouvre à la concurrence, cela se fera, mais pas instantanément. Il faudra du temps. Il y a un transfert obligatoire du personnel à réaliser, mais pas des conditions de travail. On peut trouver des gains de productivité en faisant plus avec les mêmes équipes. »

    ZOE véhicule autonome Rouen Transdev
    C’est à Rouen que Renault et Transdev vont expérimenter un service de transport à la demande sur route ouverte réalisé avec un véhicule autonome.

    Parlez-nous de votre expérience de mise à disposition de véhicules électriques pour tous à Rouen ?

    « Transdev et Renault vont expérimenter un service de transport à la demande avec des ZOE autonomes sur route ouverte. L’objectif est de regarder la réaction des gens et de tester la technologie en milieu non dédié. C’est une étape pour aller vers le robot-taxi. La prochaine étape sera un système où les véhicules ne seront pas indépendants des infrastructures. Où celles-ci leur donneront des informations afin d’assurer un niveau de sécurité maximale. C’est ce qu’on veut mettre au point à Rouen. »

    Pour les applications, vous dites vouloir lutter contre Google. Comment ?
    « L’application Moovizy à Saint-Etienne a pour objectif de rendre les déplacements intermodaux plus faciles. Moovizy inclut transport public, train, voiture, parking, permet d’acheter des billets, donne de l’info… l’application est utilisée par 35 000 utilisateurs/jour, le même niveau que Google. Ce qui prouve que si on colle au terrain, qu’on bénéficie du nom du réseau local et qu’on fait un produit adapté, on peut avoir un service bien meilleur que ce que propose Google qui reste global. L’enjeu c’est la mobilité locale. »

    On a assisté à la concentration du marché des cars longue distance. Que compte faire Transdev ?
    « C’est un marché important, un vrai succès commercial. Il y avait une vraie demande de mobilité. Le service proposé est de haut niveau, avec des cars confortables équipés de Wi-Fi. Les gens sont ravis. Certes le niveau de prix est très bas, 4 centimes du km, mais c’est un marché important à mi-chemin entre transport privé et public. Transdev n’a pas envie d’en sortir. »

    En IDF vous êtes candidat ou vous le serez sur tous les appels d’offres, les prochains trams, le câble, CDG Express, le métro du Grand Paris Express. Comment et pourquoi être candidat partout ?
    « L’Ile-de-France est une région importante pour Transdev qui y réalise 550 millions d’euros de CA, soit 10 % de son activité. C’est une zone où il y a peu d’appels d’offres. Il n’y a donc rien d’étonnant à se positionner partout. On va voir s’il y a une vraie volonté de l’Etat d’ouvrir à la concurrence. »

    Pour le Grand paris express, vous serez face à la RATP et Keolis, deux géants du métro automatique, ce qui n’est pas votre cas. Allez-vous passer des alliances ?
    « Vous le saurez le moment venu. Nous ferons en sorte d’avoir une bonne proposition. »

    Quelle est votre approche du marché international ?
    « C’est un axe de développement logique. La France et les Pays-Bas sont des marchés matures où la croissance attendue est faible. Et puis il y a l’Allemagne, les Etats-Unis, le Canada, l’Asie, où nous avons une capacité à grandir plus importante, où il y a des projets « Greenfield ». En France, cela faisait longtemps qu’il n’y avait pas eu d’opportunités. Nous espérons profiter du Grand Paris Express, mais notre croissance à l’international sera supérieure à celle de la France. »

    Pour gagner de nouveaux marchés à l’international, avez-vous une stratégie d’alliance ou d’achat de concurrents ?
    « Sur des territoires neufs, un rachat peut avoir du sens. Mais si cela ne crée pas de synergie, ce n’est pas la voie naturelle. On préfère l’appel d’offres. On a racheté un opérateur de rail et de ferry à Stockholm. Nous n’avons pas fait de grosses acquisitions. »
    Un mot pour conclure ?
    « Avec la loi mobilité et le début d’ouverture à la concurrence, la mobilité est à un moment clé de son évolution. Dans les prochaines années, les modes lourds vont rester dominants, car on ne pourra pas les remplacer par des véhicules autonomes. Mais leur arrivée va poser la question du transport et de l’espace urbain. Cela va amener des débats passionnants. »
    Propos recueillis par Valérie Chrzavzez-Flunkert

  • Gilles Savary : « Agiter le chiffon rouge du statut ne fait pas une politique ferroviaire »

    Gilles Savary : « Agiter le chiffon rouge du statut ne fait pas une politique ferroviaire »

    Ville, Rail & Transports. Le gouvernement dit que, pour une fois, on ne va pas partiellement traiter la question du ferroviaire, mais le faire dans son ensemble. Vous avez été rapporteur de la loi de la réforme ferroviaire de 2014. La réforme qui s’annonce vous semble-t-elle complète ? Plus que la précédente ?

    Gilles Savary. On ne pourra répondre à cette question que lorsqu’on saura en quoi consiste vraiment la réforme gouvernementale.
    Le rapport Spinetta est finalement une compilation de travaux dont beaucoup ont été conduits depuis une quinzaine d’années. La classe politique comme la classe syndicale sont parfaitement informées de la situation du ferroviaire français. On s’est plusieurs fois penché à son chevet. Notamment depuis 2011, lorsque Nathalie Kosciusko-Morizet a lancé les Assises du ferroviaire. Le diagnostic était totalement posé. On s’est alors pour la première fois alarmé de l’endettement du ferroviaire et, depuis, on n’a pas cessé d’y réfléchir. On avait donc le diagnostic d’ensemble mais, effectivement, on n’a pas été au bout de la réforme. On a reculé devant un obstacle : l’obstacle syndical ; le conservatisme syndical. Or, depuis, il y a eu une radicalisation syndicale avec la compétition très étroite et très serrée entre SUD-Rail et la CGT Cheminots.

    En 2014, lorsque nous avons lancé la réforme, nous nous sommes posé toutes les questions. Faut-il anticiper la concurrence ? L’arbitrage a été : non. Faut-il conserver Gares & Connexions au sein de Mobilités ? L’arbitrage a été : oui. Nous avons ouvert la possibilité de recruter hors statut. Cela n’a quasiment pas été exploité. On s’est limité à une politique des petits pas. La politique, gauche et droite réunies, a dominé les intérêts du ferroviaire français et ceux de la SNCF.

    VR&T. La nouvelle réforme s’annonce donc comme une façon de parachever celle de 2014 ?
    G. S. Il est clair que le mur de la dette approche à grande vitesse. Le mouvement s’est même accéléré avec le financement des quatre nouvelles LGV lancées simultanément. De plus, les dates d’ouverture à la concurrence s’imposent à nous : le quatrième paquet ferroviaire a été voté. Enfin, la SNCF connaît d’énormes problèmes techniques dus à l’état du réseau, avec 4 500 km de voies ralenties et des incidents qui se sont multipliés dans les gares.

    Il y a donc des facteurs de mûrissement d’une réforme plus complète. Et puis, peut-être aussi y a-t-il plus de courage politique aujourd’hui de la part d’Edouard Philippe et d’Emmanuel Macron. Une réforme vigoureuse et complète sera beaucoup mieux comprise qu’elle n’aurait pu l’être il y a quelques années. L’état du chemin de fer était une affaire de famille entre syndicats, politiques et direction de la SNCF. Aujourd’hui, les choses apparaissent en plein jour : il y a de plus en plus d’usagers mécontents, la SNCF, ce super monopole du service public ferroviaire, ne cesse de reculer dans les classements (même s’il a de très beaux restes), que ce soit en termes de ponctualité, de sécurité, comparé aux réseaux ouverts à la concurrence comme en Grande-Bretagne, en Allemagne, ou en Suisse.

    Il y a une opportunité pour faire une réforme complète. Néanmoins, pour le moment, les choses ne sont pas complètement consommées, ou ne sont pas dites.

    VR&T. Que reste-t-il à dire ?
    G. S. Edouard Philippe a finalement assez peu parlé de ferroviaire. Il a tapé là où ça fait mal. Il a surtout agité le chiffon rouge du statut. La seule chose qui est claire, c’est qu’il n’y aura plus de statut, qu’on le supprime par extinction générationnelle. Mais cela ne fait pas une politique ferroviaire. Il est à la fois légitime et nécessaire d’alléger la SNCF d’un fardeau qui lui nuirait beaucoup dans un environnement ouvert à la concurrence. Il faut en garder certains éléments et, les autres, les réformer profondément. Mais je ne sais pas encore comment le gouvernement compte organiser la concurrence. Va-t-il le faire en ménageant une position dominante à la SNCF telle que personne ne veuille entrer sur le réseau ? Regardez comment Alain Vidalies a ouvert les TET à la concurrence : de telle sorte qu’aucun opérateur alternatif ne se présente.

    VR&T. Que pensez-vous du recours aux ordonnances ?
    G. S. C’est surtout une façon peu élégante d’éviter un débat parlementaire. Ceci dit, les organisations syndicales connaissent tous les tenants et aboutissants du débat. On n’a pas arrêté de mener des concertations avec les syndicats. Tous les éléments de l’équation d’aujourd’hui étaient posés.

    Il est nécessaire de rebattre les cartes en revenant sur le statut car il ne permet pas de se séparer du personnel pour incapacité professionnelle. Il faut aussi transformer la SNCF en société anonyme à capitaux publics, placer Gares & Connexions sous le giron de SNCF Réseau et filialiser Fret SNCF. Il faut peut-être aussi revenir sur la loi de 2014 pour alléger l’Epic de tête. Toutes ces perspectives ont toujours effarouché les pouvoirs publics.

    Les ordonnances ne changeront pas grand-chose. En 2014, on avait négocié très tôt avec les syndicats, et ils nous ont lâchés en rase campagne et nous avons eu 15 jours de grève. Il y aura une grève mais, même si le gouvernement n’avait pas annoncé qu’il y aurait recours, il y aurait eu une grève… qui aurait pesé sur les débats à l’Assemblée nationale et au Sénat. Les organisations syndicales jouent les vierges effarouchées, et je comprends que le recours aux ordonnances n’est pas très courtois à leur égard. Je pense surtout qu’il est dommage que cela ne permette pas à certains syndicats moins conservateurs que d’autres de se différencier, de porter une autre voix. Une voix de réforme de la SNCF et de relance du rail. C’est une question qu’illustre le débat ferroviaire mais qui est plus générale. A force de décider de tout directement, le gouvernement compromet une modernisation syndicale. Et c’est particulièrement vrai pour le chemin de fer, qui n’a pas les syndicats qu’il mérite.

    VR&T. Ce qu’a dit le Premier ministre, notamment sur sa préférence pour un groupe intégré, conduit-il à remettre en cause la précédente réforme de 2014 dont vous avez été l’un des artisans ?
    G. S. Il est possible que le gouvernement, pour faire plaisir aux cheminots, sacrifie une vraie concurrence à la suppression du statut. Le fait d’avoir un groupe très intégré est fatalement porteur de conflits d’intérêts et de favoritisme entre la branche Réseau et la branche Mobilités. Si on retourne à une SNCF une et indivisible plutôt qu’à un groupe, on reviendra à un monopole qui aura changé de statut, coûtera moins cher à l’Etat. Ce sera une réforme financière et comptable, on aura diminué la facture de l’Etat, mais on n’aura pas stimulé le rail par plusieurs opérateurs, comme dans tous les pays où le rail se développe. Aujourd’hui, je l’ai dit, on ne sait pas encore en quoi consistera la réforme. Mais je redoute que, pour des raisons politiques, on vise avant tout la fin du statut et que la concurrence devienne une variable d’ajustement. Et qu’il sorte de tout cela un modèle ferroviaire assez peu dynamique.

    Mais, si on filialise Fret SNCF, si on transforme les Epic en SA à capitaux publics et si on place Gares & Connexions dans SNCF Réseau, on sera sur un modèle DB et, en réalité, pas très loin de la réforme de 2014 qui sera ainsi complétée.

    VR&T. Sur la dette, l’Etat ne dit pas ce qu’il fera, dit simplement qu’il prendra sa part, sans préciser laquelle, à la fin du quinquennat. N’est-ce pas étrange et regrettable ?
    G. S. Emmanuel Macron a pris les syndicats à leur propre piège : ceux-ci avaient dit refuser le donnant-donnant consistant à demander des efforts aux cheminots contre une reprise de la dette. Désormais, il dit : vous n’aurez plus le statut et je ne m’engage pas sur la dette… Le donnant-donnant a été tout de suite récusé par les syndicats. Ils n’avaient pas entièrement tort, car la dette est surtout liée à la politique d’investissement de l’Etat plutôt que statut. Que l’Etat désendette ou pas ne change rien au fait qu’une partie de la dette est maastrichtienne. Et donc qualifiée déjà comme dette d’Etat. Pour l’Etat, c’est neutre… mais pas pour le système ferroviaire. S’il n’y a pas de reprise de la dette et si l’entreprise en ressort encore plus intégrée, ce serait une très faible réforme ferroviaire.

    Il faut une véritable réforme car le rail peut avoir un bel avenir, alors qu’il est empêtré dans des conservatismes invraisemblables. Pour qu’elle réussisse, il faut mettre à profit les deux mois qui viennent pour informer les Français de l’état de leur chemin de fer. La SNCF est une grande entreprise publique marquée par une grande opacité, et les Français n’ont pas vraiment idée de ce qu’est leur chemin de fer.

    VR&T. Les petites lignes risquent de disparaître à terme…
    G. S. Ce qu’a fait le gouvernement – déconnecter le sort des petites lignes du statut – est assez habile vis-à-vis des Français qui sont attachés à l’aménagement du territoire. Je crois que le statut des cheminots n’est plus populaire auprès des Français. Par contre, pour eux, les petites lignes, ça a du sens.

    On voit bien où veut aller Edouard Philippe pour ne pas cumuler toutes les oppositions. Il ne veut pas régler le problème depuis Paris et, comme les régions adorent les petites lignes, il compte probablement leur refiler la patate chaude…

    Ce n’est pas parce qu’il fait preuve d’habileté tactique que le problème a disparu. Il faut faire attention : il y a des petites lignes très déficitaires mais qui ont du sens. Il y a aussi des lignes qu’on a laissées tomber alors qu’elles pourraient avoir du sens. La concurrence pourrait d’ailleurs les faire revivre et amener une dimension d’aménagement du territoire.

    Il faut que les Français comprennent que c’est une réforme pour développer le rail et non pas pensée contre les cheminots. Il ne faudrait pas qu’on enferme le débat dans la question du statut et qu’on ostracise les cheminots. Ils défendent leurs avantages acquis, on peut le comprendre et ils ne sont pas les seuls à le faire.

    Les ordonnances ont mis au centre du jeu le statut et cela ne va pas éclaircir le débat. Il faut vite en sortir et j’espère qu’on parlera enfin de relance du ferroviaire.

    Propos recueillis par François Dumont et Marie-Hélène Poingt

  • « Le retour du vélo dans toutes les grandes villes du monde est une tendance massive »

    « Le retour du vélo dans toutes les grandes villes du monde est une tendance massive »

    Entretien avec Frédéric Héran, économiste et urbaniste

     

    Frédéric Héran, économiste et urbaniste, est maître de conférences à l’Université de Lille I. Il prône une politique des transports dans la ville, qui amoindrit la part de l’automobile pour faire une place à tous, et se dit convaincu que le nombre de vélos dépassera demain celui des voitures à Paris. Il pointe aussi les limites du développement actuel des vélos en libre service et sans station. Explications.

     

    Ville, Rail & Transports. Quelle politique mettre en place, selon vous, pour obtenir un réel report modal en faveur des vélos ?
    Frédéric Héran. Avant tout, il faut modérer la circulation automobile. Il faut comprendre qu’une politique de déplacements ne peut se découper en tranches : une pour la voiture, une pour les vélos, une pour les piétons… Tout est complètement lié.

    C’est d’ailleurs ce que nous enseigne l’histoire des déplacements urbains, avec l’effondrement puis le retour du vélo, comme l’explique mon livre Le retour de la bicyclette qui met en lumière la croissance actuelle de la pratique du vélo dans les grandes villes occidentales. On a laissé se développer la voiture dans toutes les grandes villes. Mais aujourd’hui, il y a un mouvement très fort, mondial, pour modérer la part de l’automobile et donner de la place aux autres modes.

    Prenons l’exemple d’Amsterdam, où on pourrait croire qu’il y a toujours eu des cyclistes. En réalité, on a observé une diminution de leur nombre par trois ou quatre entre les années 50 et le début des années 70. Puis, il y a eu une bagarre des habitants pour reconquérir les rues, permettant son grand retour.
    Stockholm aussi où la part des vélos était tombée à 1 % en 1974 a vu cette part remonter à 10 % en 2006. Citons encore Berlin où la part modale des cyclistes s’établissait à 2 % en 1974 et atteint 15 % aujourd’hui. Quant à Paris, où le vélo était à 0,2 % en 1976, il représente désormais 4 ou 5 %.

    Evolution des déplacements mécanisés à Paris en milliers de déplacement par jour. Source : EGT jusqu’en 2010, puis hypothèse de Frédéric Héran au-delà.

     

    VR&T. Quelles mesures préconisez-vous pour modérer le trafic automobile ?
    F. H. Il faut tout d’abord réduire les vitesses autorisées. A Paris, entre 1992 et 2015 (dernier chiffre connu pour le moment), la vitesse moyenne a reculé de 28 % et tourne aujourd’hui autour de 15,9 km/h.

    Il faut ensuite abaisser le volume de trafic. La baisse de la vitesse y contribue déjà, mais il faut aussi réduire les capacités. Si on se réfère à l’Est parisien, on constate que la réduction du nombre de files de circulation a permis de diminuer de moitié le trafic automobile sur les grands boulevards.

    Le tram des Maréchaux a également fait reculer de 50 % le nombre de voitures le long des axes où il passe. De même, la fermeture de 3 km de voies sur berges a retiré 43 000 voitures sur cet itinéraire…

    Cette politique suscite des protestations mais de nombreuses villes dans le monde ont fait bien pire. A commencer par Strasbourg qui a supprimé le passage de 50 000 voitures en plein centre-ville, en lançant en 1992 les travaux pour son tramway. Les gens étaient inquiets. Aujourd’hui, ils sont satisfaits.

    Enfin, il faut rendre le stationnement plus compliqué et plus cher. La décentralisation et la dépénalisation du stationnement qui sont mises en place depuis le 1er janvier représentent une vraie révolution. Ses effets vont être rapidement visibles. Les temps de recherche d’une place de stationnement vont s’effondrer. Cela réduira le trafic automobile d’autant puisque 5 à 10 % des voitures qui circulent en ville sont en réalité à la recherche d’une place pour se garer. Si le trafic diminue effectivement de 5 à 10 %, ce serait énorme ! Avec un risque : que ces nouvelles facilités de circulation incitent d’anciens automobilistes à reprendre leur voiture.

     

    VR&T. Que pensez-vous du péage urbain évoqué par les pouvoirs publics ?
    F. H. Le péage urbain fait aussi partie des actions possibles. On dit qu’il y a beaucoup de villes qui l’appliquent. Mais lesquelles, à part Milan, Stockholm, Oslo, Bergen et Londres ? En réalité, on les compte sur les doigts d’une main. En revanche, on compte des centaines de villes qui ont « calmé » le trafic automobile.

    Le péage urbain fait gagner de l’argent, c’est « modélisable », selon les économistes standards, qui considèrent au contraire que baisser la vitesse est absurde car le temps, c’est de l’argent. Selon moi, il vaut mieux prendre des mesures de restrictions de circulation en zone urbaine car elles sont de nature à apaiser les villes et à les rendre plus attractives.

     

    Source : Certu, La mobilité urbaine en France : enseignement 2000-2010.

     

    VR&T. Vous prônez donc la généralisation des zones 30 ?
    F. H. C’est très efficace. En France, la première grande ville qui l’a fait est Lorient dès 2011. La seconde ville, un peu plus grande, Grenoble, s’y est mise en 2016. Paris voudrait y arriver en 2020. Beaucoup de villes estiment qu’elles vont y parvenir dans pas longtemps. Finalement, on ne fait que suivre l’Allemagne, qui elle-même n’a fait que suivre les Pays-Bas, dont toutes les villes sont en zone 30. Mais bien sûr, si on réduit le trafic automobile, dans le même temps, il faut développer les transports publics en leur donnant la priorité aux carrefours ou en installant les arrêts de bus au milieu de la chaussée. Il y a d’innombrables mesures comme celles-là qui sont très favorables aux transports publics.

     

    VR&T. La prime pour les vélos envisagée par le gouvernement est-elle vraiment efficace ?
    F. H. Pour que le vélo se développe, il faut un système complet. Par exemple, il ne peut fonctionner si vous ne pouvez pas le faire réparer. Il y a des villes comme Roubaix, forte de 90 000 habitants, où on ne trouve aucun vélociste.

    La solution, ce sont ces ateliers de vélo qui se créent ici ou là. En France, on en comptait six en 2005. Il y en avait 230 en juillet 2017. Ces ateliers se développent à hauteur de +20 à +40 % par an, c’est une explosion ! Ils sont pris en mains par les habitants eux-mêmes qui cherchent des locaux (c’est le plus compliqué), puis s’échangent des outils. C’est convivial et cela existe dans tous les quartiers y compris populaires. Ce n’est donc plus une activité bobo.

     

    VR&T. Alors que les pouvoirs publics s’apprêtent à dévoiler leurs solutions pour favoriser le report modal dans la nouvelle loi sur la mobilité, êtes-vous optimiste sur les chances de succès du vélo ?
    F. H. Optimiste ? Non, réaliste ! Nous vivons une tendance de fond, une transition écomobile, qui consiste à passer du tout-automobile à des rues pour tous. Cela concerne tous les pays occidentaux, et même la Chine ainsi que les pays émergents. Il n’y a aucun doute là-dessus.

    Aux Etats-Unis, depuis dix ans, la part du vélo croît de 10 % par an dans toutes les grandes villes, y compris des villes improbables comme Washington et Chicago. A Londres, qui est partie de plus bas que Paris, la pratique du vélo augmente très vite (3 % de parts) alors que le réseau ne s’y prête pas du tout. Londres pourrait même dépasser Paris prochainement.

    La tendance est massive. Ce n’est pas un effet de mode. La pratique de vélo se développe même dans les grandes périphéries. Le mot vélo n’est plus tabou. Il y a dix ans, je ne pensais pas qu’on pourrait revenir aussi facilement à cette situation. Je me suis trompé ! Je suis même surpris de la vitesse à laquelle le vélo se répand. Cela dit, à Paris, le vélo n’atteindra jamais des sommets, puisqu’il a un concurrent redoutable : le métro, qui est le meilleur du monde avec ses stations tous les 500 mètres ! Toutefois, avec une courbe de croissance de 10 % par an tandis que la voiture recule de 3 à 4 % par an, il devrait dépasser le nombre de voitures, peut-être à l’horizon 2030.

    Evolution de l’usage du vélo dans les grandes villes américaines de 2005 à 2014 (déplacements domicile – travail sur trois ans). Source : New York City Department of Transportation, Cycling in the City.

     

     

     

    VR&T. Est-ce que l’arrivée de nouveaux acteurs, comme les opérateurs de vélos en libre service et sans station, peut favoriser le report modal ?
    F. H. A mon avis, il y a trois coûts cachés dans ce système. D’abord, l’espace public n’est pas gratuit. Il est même onéreux, surtout dans les grandes villes. Il est cher car il faut le construire, le maintenir, le nettoyer, l’éclairer… Toutes les villes se résolvent peu à peu à faire payer cette occupation. Paris notamment veut le faire.

    Autre coût : toutes les dégradations, les vols, les incivilités que ces vélos génèrent. La police doit s’en occuper. Cette délinquance est essentiellement juvénile et masculine. Elle est particulièrement forte à Paris qui est la ville la plus dense d’Europe. On y compte donc deux fois plus de délinquants au m² qu’à Londres par exemple. C’est très tentant pour un adolescent de prendre un vélo sans attaches. Les opérateurs ont sous-estimé ce risque.

    De plus, les vélos sans station sont dispersés. Il faut les chercher pour les réparer alors que quand il y a des stations, la gestion est beaucoup plus facile.

    Enfin, troisième coût, les vélos encombrent l’espace public, ils gênent les passages, les piétons, les restaurateurs, les gestionnaires de réseau… Il y a toujours un moment où on finit par les écarter. Regardez ce qui s’est passé dans certaines villes chinoises où des dizaines de milliers de vélos ont été rassemblés dans un même endroit. Tous ces vélos qui s’accumulent… Nous allons sûrement vivre la même chose. A un moment nous dirons : cela suffit ! Les opérateurs ne s’en occupent pas, ce n’est pas dans leur modèle économique. Ils disent : notre modèle ne coûte rien aux contribuables. Mais évidemment cela a un coût !

     

    VR&T. On entend dire que ces opérateurs seraient surtout intéressés par les données qu’ils récoltent auprès des utilisateurs de leur service. Qu’en pensez-vous ?
    F. H. Leur modèle économique n’est pas clair. D’où viennent leurs recettes ? Je pense que c’est surtout la caution qu’ils prélèvent auprès des utilisateurs qui les intéressent. Cet argent est placé, parfois sur des marchés risqués, et rapporte des intérêts. Il semble que certains utilisateurs aient un mal fou à la récupérer quand ils renoncent au service…

    Quant aux données qu’ils pourraient récolter, je ne suis pas convaincu qu’elles aient un grand intérêt en elles-mêmes et qu’ils puissent en retirer beaucoup d’argent.
    VR&T. Comment jugez-vous l’arrivée ratée de Smovengo à Paris ?
    F. H. Smovengo a une logique industrielle, ce n’est pas un groupe qui a fait un coup. Il a, semble-t-il, sous-estimé le temps qu’il faudrait pour raccorder et renforcer l’alimentation électrique.

    Une fois ces difficultés passées, nous verrons. C’est une société qui innove sans arrêt pour rendre son système plus fiable. Grâce à son système d’accroche, il devrait y avoir beaucoup moins de vols, même si je ne suis pas sûr qu’il arrivera à tenir son objectif de pas plus de 5 % de vols.

    Propos recueillis par Marie Hélène Poingt

    *Le Retour de la bicyclette. Une histoire des déplacements urbains en Europe de 1817 à 2050, La Découverte, Poche, 2014, 256 pages (10 euros).

  • Ligne 18 du Grand Paris Express Des prévisions de trafic très sous-estimées

    Ligne 18 du Grand Paris Express Des prévisions de trafic très sous-estimées

    Par Guy Bourgeois, consultant.

    Aujourd’hui, des voix s’élèvent pour remettre en cause la décision de construire la ligne 18 du métro du Grand Paris Express et son objectif de désenclavement du plateau de Saclay. Elles s’appuient pour ce faire sur les prévisions de trafic réalisées à la demande des pouvoirs publics par les équipes de modélisation franciliennes à l’occasion des dossiers d’expertise et de contre-expertise du projet.
    Je vais montrer que ces prévisions sont très sous-estimées.

    Le graphique ci-dessous à gauche représente le « serpent de charge » de la ligne 18 du métro du Grand Paris Express sur le plateau de Saclay, tel qu’il a été initialement produit par la RATP par utilisation du modèle « Global » pour dimensionner la ligne à l’heure de pointe du matin. Le graphique de droite présente le même « serpent de charge » obtenu par le modèle Antonin d’Ile-de-France Mobilités (anciennement Stif).

    « Serpent de charge » de la RATP.                                      « Serpent de charge » du Stif.

     

     

    Il s’agit de la prévision de trafic dite « HPM », heure de pointe du matin, tous motifs de déplacement confondus. Dans les deux cas, ces prévisions sont établies à l’horizon 2030, date prévue pour l’ouverture complète de la ligne, les deux modèles ayant pris en compte une prévision d’augmentation de la population et des emplois desservis par la ligne. La prévision d’Ile-de-France Mobilités ne prend plus en compte la station Guyancourt-Université, retirée du projet initial.

    Les chiffres diffèrent très sensiblement. Mais les deux modèles arrivent à la même conclusion : la ligne sera utile sur sa partie est, beaucoup moins sur sa partie Ouest.
    En regard de ces deux graphiques, je présente les résultats que j’ai obtenus avec Optirel. Optirel (OPTimisation des REseaux Locaux de transports) est un modèle plus particulièrement dédié aux territoires hétérogènes des périphéries urbaines, dont le but est d’aider les décideurs à optimiser les réseaux locaux de transport. Optirel permet de modéliser de façon très détaillée un territoire limité, et notamment les réseaux locaux qui vont permettre le rabattement des voyageurs sur les lignes ferroviaires du réseau structurant et rapide. La question très centrale du choix modal des voyageurs se règle par l’utilisation d’un calculateur d’itinéraires, qui compare les différentes solutions possibles, et permet de ce fait d’introduire de façon pertinente de nouveaux services de mobilité.

    Voici donc ci-dessus les quatre serpents de charge obtenus grâce à Optirel. Ils se limitent aux seuls déplacements domicile – travail – pour lesquels les matrices OD ont pu être établies avec une grande précision à partir des données de l’Insee (DADS) de 2012.

    Les ordres de grandeur peuvent être comparés avec ceux de la RATP et d’Ile-de-France Mobilités : on peut en effet grosso modo considérer que la moitié des déplacements domicile – travail se produisent à l’heure de pointe du matin, mais que ces déplacements représentent la moitié des déplacements tous motifs confondus. A ce stade, l’augmentation prévisible de la population et des emplois aux abords des stations de la ligne n’a pas été prise en compte. Je reviendrai sur cette importante question.

     

     

     

     

     

     

    Les quatre graphiques ci-dessus diffèrent par les modalités de rabattement sur la ligne 18, présentées sous forme de quatre scénarios. Dans le premier (SC1), le rabattement se fait uniquement en marche à pied, ce qui constitue une hypothèse très minimaliste. Dans le second (SC2), il se fait grâce à un réseau de bus restructuré ; dans le troisième (SC3), il s’y rajoute une offre de 6 000 places de parkings-relais. Ces deux scénarios SC2 et SC3 sont ceux qui vont encadrer au mieux la réalité. Le quatrième (SC4) fournit une hypothèse maximaliste, dans laquelle le stationnement serait possible sans limite dans les parkings-relais de la ligne : il faudrait pour le réaliser une offre de près de 11 000 places de parkings.
    Il est alors frappant de constater que plus le système de rabattement s’améliore, plus la partie ouest de la ligne se remplit.

    Il est intéressant de rentrer dans le détail station par station, en regardant comment leur fréquentation varie selon le dispositif de rabattement pris en compte, et en confrontant, station par station, les résultats obtenus par les différents modèles, mais aussi à la réalité du terrain.

    Satory
    La station n’a de sens que dans la perspective du développement du plateau de Satory. Aujourd’hui, la population résidente est pour l’essentiel composée de militaires qui travaillent sur place, et le nombre d’emplois implantés sur le site est très modeste. Il apparaît par contre que son emplacement est très favorable à des solutions de P+R pour les habitants de Guyancourt et de Buc les plus proches.

    Aucun modèle ne peut avoir la prétention de fournir une prévision de trafic correcte pour une telle station. On peut toutefois assurer que si, effectivement, les 45 000 logements et les 30 000 emplois prévus au contrat de développement territorial sont créés à proximité de la station, son trafic deviendra tout à fait comparable aux autres stations de la ligne, ce que ne prévoient, ni le modèle de la RATP, ni le modèle d’Ile-de-France Mobilités.

    Guyancourt
    Pour moi, ce sera la station la plus chargée de la ligne (en dehors de Versailles-Chantiers et Massy-Palaiseau), et je considère que ni le modèle « Global » de la RATP ni le modèle « Antonin » d’Ile-de-France Mobilités n’ont apprécié convenablement le trafic potentiel de cette station.

    Selon la RATP, la ligne se décharge de 1 100 voyageurs dans le sens Massy – Versailles et se charge de 500 voyageurs dans le sens Versailles – Massy. Selon Ile-de-France Mobilités, la ligne se décharge également dans le sens Massy – Versailles, mais seulement de 200 voyageurs, et elle se charge dans le sens Versailles – Massy, mais seulement de 400 voyageurs. Or il y a, dès aujourd’hui, quelque 12 000 emplois dans un cercle de 1,5 km autour de la nouvelle station, dont les 8 000 de l’implantation principale du Technocentre de Renault, situé à 450 m de la station. Et, dans ce même cercle de 1,5 km de rayon, on peut évaluer la population active à 6 000 personnes.

    Dans ce secteur de Guyancourt, les déplacements se font très majoritairement vers les Yvelines, les Hauts-de-Seine et Paris, beaucoup moins vers l’Essonne. Avec de telles données, la ligne ne peut que se décharger vers Massy (beaucoup plus de salariés qui viennent de Versailles-Chantiers que d’habitants de Guyancourt-Est qui vont vers l’Essonne), et, inversement, se charger vers Versailles-Chantiers (beaucoup moins de salariés qui viennent de Massy que d’habitants de Guyancourt-Est qui vont vers Versailles). Or les modèles Global et Antonin nous donnent des résultats inverses. Qui plus est, ils nous donnent un total de voyageurs sur le tronçon Guyancourt – Satory étonnamment faible : 2 200 pour la RATP, 1 400 pour Ile-de-France Mobilités. Ces chiffres, qui comprennent aussi les voyageurs en provenance des stations en amont sur la ligne sont inférieurs, à ceux que donne Optirel pour les seules montées à cette station !

    Il apparaît en outre que cette station est particulièrement bien située sur le plateau de Saclay pour attirer les rabattements, qu’il s’agisse des réseaux de bus ou des parkings-relais. Elle est incontestablement la station la plus attractive de la ligne en termes de parking-relais, car, sans limitation de capacité, la demande dépasserait 6 000 places.

     

    CEA-Saint-Aubin
    Les résultats de la RATP et d’Ile-de-France Mobilités sont très différents. Dans le sens Versailles – Massy, pour la RATP la ligne se charge de 800 voyageurs, alors que pour Ile-de-France Mobilités, elle se charge autant qu’elle se décharge. Dans le sens Massy – Versailles, pour la RATP, la ligne se décharge de 100 voyageurs, tandis que pour Ile-de-France Mobilités elle se décharge de 200 voyageurs. Nous savons que dans un rayon d’un peu plus de 1 km autour de la station, se trouvent les 6 000 emplois du CEA de Saclay et quelque 300 emplois au Christ de Saclay. Et on peut évaluer autour de 1 000 la population active voisine de Saint-Aubin, de Villiers-le-Bâcle et du Christ-de-Saclay. La ligne doit donc fortement se décharger au passage de cette station. La prévision de la RATP peut être qualifiée d’invraisemblable. Celle d’Ile-de-France Mobilités réduit l’écart à la réalité.

    La station CEA-Saint-Aubin n’est pas très bien située pour bénéficier d’un apport de voyageurs rabattus grâce au réseau de bus. Elle est moins attractive pour accueillir un parking-relais que ses deux stations voisines, mais elle peut bénéficier des restrictions de capacité qu’il faudra imposer aux P+R de Guyancourt-Est et d’Orsay-Gif.

    Orsay-Gif
    Aujourd’hui, cette station dessert un important potentiel d’emplois, mais une population limitée. Sa position géographique est particulièrement favorable pour l’organisation des rabattements par un réseau de bus restructuré ou par un parking-relais. Elle est en effet à courte distance de la zone la plus peuplée de la vallée de Chevreuse. Il faut noter que ces rabattements seront particulièrement nombreux dans la direction Massy – Versailles : les habitants de la Vallée de Chevreuse ne disposent aujourd’hui d’aucune alternative crédible pour se rendre vers les Yvelines et l’ouest des Hauts-de-Seine, alors que le RER B leur permet de se rendre vers Paris et le sud-est des Hauts-de-Seine. Il faut noter aussi un nombre important de voyageurs (de l’ordre de 500) qui descendront de cette station en provenance de Versailles ou de Saint-Quentin-en-Yvelines pour terminer ensuite leur parcours vers leur destination finale dans la Vallée de Chevreuse en utilisant le réseau de bus.

    Dans le sens Massy – Versailles, la RATP prévoit que la ligne se charge autant qu’elle se décharge, alors qu’Ile-de-France Mobilités prévoit qu’elle se décharge de 800 voyageurs : les deux modèles ne prennent pas en compte ce très important potentiel de rabattement. Pour Optirel, la ligne va se charger d’au moins 600 voyageurs.

    Dans le sens Versailles – Massy, la RATP prévoit que la ligne se charge de 1 200 voyageurs, tandis que Ile-de-France Mobilités prévoit qu’elle se décharge de 100 voyageurs. Pour Optirel, la ligne doit se décharger d’au moins 300 voyageurs.
    Palaiseau
    Sur cette station, les trois modèles donnent des résultats convergents. L’explication tient sans doute au fait que le territoire qu’elle dessert est nettement circonscrit et que son positionnement exclut que la station soit utilisée pour y rabattre des lignes de bus ou pour y installer un parking-relais qui n’aurait aucune attractivité.

     

    Le cas particulier du plateau de Saclay
    Il est particulièrement important de revenir sur la question du développement du plateau de Saclay et de sa prise en compte dans les modèles de la RATP et d’Ile-de-France Mobilités.

    En référence aux projets de développement du territoire de l’Etablissement public d’aménagement Paris-Saclay, d’ici 2030, ce sont 80 000 emplois et 120 000 logements qui auront été créés. Si l’on compte prudemment, ce sont au moins 150 000 déplacements domicile – travail qui seront générés à proximité des stations de la ligne 18 par le développement du territoire. Compte tenu de la volonté de plus en plus forte des Franciliens de ne plus être dépendants de la voiture particulière, une hypothèse très modeste est que 20 % de ces déplacements se fassent par utilisation de la ligne 18, soit 60 000 voyageurs par jour pour le seul motif domicile – travail, qui représente environ la moitié des déplacements tous motifs confondus sur une ligne périurbaine comme la ligne 18. Cette évaluation globale, faite sur une hypothèse prudente d’utilisation de la ligne 18, est à mettre en regard des prévisions pour l’ensemble de la ligne : le chiffre prévisionnel de 150 000 voyageurs par jour retenu par la Société du Grand Paris, qui a fortement réévalué la prévision initiale d’Ile-de-France Mobilités de 105 000 voyageurs par jours, apparaît ainsi comme une hypothèse basse.

    Il est parfaitement possible d’expliquer pourquoi les modèles Global de la RATP et Antonin d’Ile-de-France Mobilités donnent des résultats aussi contestables.
    Ces modèles appartiennent à la famille des modèles dits « à quatre étapes », jusqu’à présent les plus couramment utilisés pour effectuer des prévisions de trafic sur les infrastructures nouvelles. Même si les modalités de mise en œuvre diffèrent quelque peu entre ces deux modèles, leur principe de base reste le même : la région Ile-de-France est découpée en zones élémentaires, des matrices origines – destinations sont fabriquées à partir des données disponibles, les modèles sont « calés » pour représenter au mieux la situation actuelle, notamment le partage modal entre voitures particulières et transport public. Les prévisions sont effectuées en prolongeant les tendances constatées dans le passé.

    Trois défauts majeurs permettent d’expliquer la défaillance de ces modèles sur un territoire comme le plateau de Saclay :

    – Pour fonctionner correctement, ils font face à une contradiction redoutable : les résultats qu’ils vont livrer seront d’autant plus précis que les zones seront petites et homogènes, mais les traitements statistiques ne seront pertinents que si les données sont quantitativement et qualitativement suffisantes, ce qui n’est possible que si les zones sont suffisamment peuplées.
    De ce fait, les auteurs des modèles recherchent le meilleur compromis possible dans le dessin du zonage. Ce mécanisme de zonage a une conséquence inéluctable : dans le centre d’une agglomération, les zones sont petites, homogènes et bien peuplées. Mais dans la périphérie, elles sont grandes, voire étalées, et surtout très hétérogènes. Les procédures statistiques, qui savent traiter correctement des « individus moyens » se déplaçant dans des zones petites et homogènes, se révèlent alors inadaptées dans les grandes zones périurbaines.

    – Les modèles ignorent purement et simplement tous les déplacements internes aux différentes zones. Une zone du centre de l’agglomération peut être parcourue en marchant en un temps très réduit, si bien que l’élimination de ces déplacements internes ne prête pas à conséquence. Mais il n’en est pas du tout de même dans une zone périphérique vaste et dans laquelle les déplacements internes se font de façon multimodale. De ce fait – et nous avons vu à quel point cette question est importante pour la ligne 18 – les modèles à quatre étapes qui ont été utilisés ignorent la question de l’organisation des rabattements sur les stations de la ligne.

    – Même si les zones sont très hétérogènes, les modèles ne peuvent répartir la population et les emplois à l’intérieur d’une même zone que de façon statistiquement homogène. Ainsi, ces modèles sont dans l’incapacité de déceler une importante concentration d’habitations ou d’emplois à proximité immédiate d’une nouvelle station de métro : on comprend ainsi que ces modèles noient les nouveaux emplois et logements de Satory dans un quartier de Versailles, qu’ils ne voient pas que le Technocentre de Renault et ses 10 000 emplois vont être directement desservis par la station Guyancourt-Est, ou que le CEA de Saclay est juste à côté de la station qui porte pourtant son nom…

    Pour conclure, je voudrais souligner que ma critique des modèles Global de la RATP et Antonin d’Ile-de-France Mobilités ne porte que sur leur utilisation dans la grande périphérie de l’Ile-de-France. Pour la partie centrale, dense et homogène du territoire francilien, ces deux modèles sont, sans nul doute, ce que l’on fait de mieux. Mais il serait vraiment regrettable qu’un excès de confiance apporté à des modèles qui ont été poussés aux limites, en dehors de leur champ de pertinence, ait comme conséquence une remise en cause de la décision de construire la ligne 18 du Grand Paris Express !

  • Mobility as a service, est-ce l’avenir ?

    Mobility as a service, est-ce l’avenir ?

    Mobility as a service est un concept qui suscite beaucoup d’engouement et pourrait bouleverser l’architecture des transports demain. De quoi s’agit-il ? Est-on prêt à passer le cap ? Décodage avec des spécialistes lors de la première table ronde organisée par VR&T dans le cadre de son Palmarès des mobilités.

     

    Isadora Verderesi.

    « Maas, Mobility as a service, est un concept consistant à agréger les différents modes de transport. Il est apparu avec le digital et les nouvelles économies collaboratives, explique Isadora Verderesi, directrice de Transdev Digital Factory. Maas agrège toute l’offre grâce à une seule interface et propose le meilleur moyen d’aller d’un point A à B sans avoir à ouvrir une quantité d’applications. L’objectif ultime est de démontrer que l’on peut se passer de posséder une voiture », ajoute-t-elle.
    Transdev a investi en 2016 dans la start-up Finlandaise Maas Global, qui propose cette application. Un bêta test a été ouvert à une centaine d’utilisateurs, avant d’être proposé à tous, sous forme d’abonnement cet été. Il y aurait 2 000 utilisateurs.
    La start-up vient de lancer en novembre un passe illimité à 499 euros mensuel. Mais il faut convaincre les utilisateurs de sauter le pas. Pas facile ! C’est pourquoi, Maas Global propose aussi un dispositif de pay as you go.
    « Il faut comparer le prix de Maas avec celui d’une voiture individuelle », justifie Isadora Verderesi. Or les enquêtes montrent que les automobilistes minimisent de 60 % le coût de possession d’une voiture. « Ils ont du mal à croire que Maas peut répondre à leurs besoins de déplacements tout en leur revenant moins cher que la détention d’un véhicule. Les consommateurs manifestent de l’intérêt pour ce service, mais la notion de prix reste un problème », constate-t-elle.
    La représentante de Transdev insiste aussi sur la nécessité d’avoir un « facilitateur » pour que le système fonctionne. « Sans partenariat, cela ne marche pas. Personne ne peut offrir tous les services de mobilités sur un territoire. Maas se positionne comme un agrégateur de toutes les solutions : transports publics, taxis et location de voitures… Maas propose un fonctionnement disruptif, dont on est loin en France, où on a plutôt tendance à offrir un transport public ++ », assure-t-elle.

    Alain Krakovitch.

    Qu’en pense la SNCF ? « On a besoin de travailler ensemble si on veut un Maas puissant », reconnaît Alain Krakovitch, directeur de SNCF Transilien, qui rappelle que 50 % des clients du Transilien prennent en moyenne, lorsqu’ils se déplacent, trois modes de transport différents, et que 50 % de français prendraient plus le train s’ils avaient un billet de bout en bout. « L’objectif de Maas est que davantage de personnes abandonnent leur voiture en solo. On doit travailler ensemble pour y parvenir », poursuit-il.
    Plusieurs niveaux de partenariat sont possibles. « Au premier niveau, on intègre une offre de transport et l’information. Au niveau supérieur, on ajoute le paiement. Mais il faut aussi offrir des possibilités d’abonnements, de forfaits (versus pay as you go), pour avoir une offre complète et des données de comptage. L’ambition est d’offrir un service complet. »
    Reste à savoir comment y arriver. « Il faut construire ce mur avec les briques élémentaires de transport, les assembler avec le ciment de l’application et rajouter la peinture, c’est-à-dire le forfait, pour que nos clients puissent arriver à profiter de tout », illustre Alain Krakovitch.

    Valère Pelletier.

    La SNCF a déjà commencé à travailler avec Transdev et la RATP sur ces bases. Pour Valère Pelletier, responsable de l’unité Développement et Digital à la RATP, le passe Navigo en Ile-de-France en est un embryon. « On a créé une carte permettant de prendre tous les transports publics, puis on a ajouté le Vélib et l’Autolib’. Ce qui a été un coup d’accélérateur des usages. » Mais pour aller plus loin, il faut lever des freins psychologiques. « Les gens sous-estiment le prix de leur voiture et le montant à réallouer aux transports. C’est un premier point d’achoppement. » Autre défi : il faudra savoir être pragmatique. « Si la station de Vélib’ ou de taxi est loin du RER ou de la gare, s’il y a rupture de charge lors des changements de mode, cela ne pourra pas fonctionner. » Troisième difficulté : les différences culturelles. « Les pays scandinaves et anglo-saxons acceptent de payer pour aller plus vite. Ils savent évaluer la valeur du temps. » Dernier obstacle à prendre en compte selon Valère Pelletier : le business model. « Mélanger Uber et le transport public, c’est mélanger une société qui recherche la rentabilité et un service public déficitaire par construction. » Enfin il s’interroge, volontiers provocateur : « Est-ce que les autorités organisatrices sont prêtes à abandonner leurs prérogatives de donneur d’ordre ? »

    Jean-Jacques Bernard.

    « Le rôle des AOM change, répond Jean-Jacques Bernard, vice-président de Rennes Métropole, en charge des Transports et des Déplacements. Elles se sont longtemps cantonnées à organiser des services de transport en commun. On franchit une étape dans la mobilité. L’augmentation de parts modales a longtemps été permise par des investissements dans des infrastructures lourdes. On est dans un contexte financier différent, et les AOM ont le défi de la transition écologique à relever. Ce qui les amène à poser le problème de mobilité de manière différente. Dans ce contexte, le concept Maas va se développer progressivement », prédit-il avant d’ajouter : « Le rôle des AOM est de garantir la cohérence politique de la mobilité et l’accessibilité pour tous. » Ce qui en France veut dire : proposer des tarifs sociaux. La rentabilité ne doit pas être une fin en soi. « Les services de covoiturage courte distance sont indispensables pour que les gens abandonnent leur voiture solo, mais leur équilibre financier n’existe pas. Il faut que la collectivité les aide à perdurer », estime M. Bernard.

    Louis Brosse.

    « Notre objectif commun est de développer l’usage des mobilités collectives et de réduire l’utilisation de la voiture particulière », rappelle Louis Brosse, CEO de Wizway Solutions, start-up créée en décembre 2015 avec pour actionnaires SNCF, RATP, Orange et Gemalto. « Wizway propose de faire du smartphone la télécommande du quotidien en permettant aux voyageurs de l’utiliser pour accéder aux informations, d’acheter leur titre de transport et de valider leur billet. Nous évoluons dans un écosystème de plus en plus complexe, note Louis Brosse. A Paris il y a cinq opérateurs de vélos. Il est de plus en plus compliqué de savoir comment en réserver. Le smartphone permet de faire de l’intermodalité sans que les réseaux soient interconnectés, de dématérialiser les titres de transport, de rendre interopérable l’expérience de voyage », précise-t-il.

    Pierre Aubouin.

    Quant à la Caisse des dépôts, elle compte jouer aussi un rôle en finançant les mutations technologiques prometteuses de notre pays. « Nous cherchons à faire émerger une palette de solutions de mobilités intelligentes et durables », explique Pierre Aubouin, directeur du département Infrastructures et Transport. La Caisse investit dans des solutions d’autopartage, de transports à la demande, de covoiturage… Pierre Aubouin assure « rester flexible sur la capacité d’ouvrir des financements à de nouvelles solutions ». Citant en exemple le concept de Scooters électriques en libre service. « Cela aurait pu sembler inutile dans une ville comme Paris où il avait déjà Autolib’ et Vélib, pourtant il y a bien une demande. » D’où la nécessité « de ne pas brider l’innovation », conclut-il

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

  • A quoi ressemblera la ville de demain ?

    A quoi ressemblera la ville de demain ?

    Les villes sont confrontées à de multiples défis, liés à l’environnement, qui incitent de plus en plus d’élus à restreindre la circulation. Et des défis liés à la révolution numérique. Quelles opportunités peuvent-elles saisir pour se transformer ? Lors de la deuxième table ronde le 6 décembre, VR&T a questionné quatre acteurs, qui chacun à leur manière sont des partenaires de la ville de demain, intelligente et durable.

     

     

    Mohamed Mezghani.

    « Dans toutes les villes du monde on observe une hausse de la demande de mobilités. Ce qui nécessite un développement du mass transit », constate Mohamed Mezghani, secrétaire général de l’UITP. Ce qui implique de pouvoir investir dans des infrastructures lourdes à l’instar du Grand Paris. Autre tendance du moment : la digitalisation. « L’économie du partage favorise de nouvelles solutions de mobilité plus flexibles, à la demande et l’émergence de nouveaux acteurs. » D’où la nécessité de repenser la place donnée à chaque mode en prenant en compte des préoccupations de santé ou d’environnement. « La voiture en solo doit céder la place. L’autopartage se développer. Il faut augmenter l’usage du vélo. Et il faut anticiper le développement des véhicules autonomes partagés à la demande », résume Mohamed Mezghani avant de donner quelques exemples permettant d’aller dans le bon sens. « Pour diminuer la place de la voiture, Barcelone a créé des îlots urbains limités à 10 km/h. Cela a permis de faire baisser la circulation de 26 %. A Londres on construit des autoroutes à vélos et on interdit la construction de nouveaux parkings dans les nouveaux bâtiments. »

    Arthur Nicolet.

    « Il faut expérimenter », confirme Arthur Nicolet, président de Transdev Rouen, en rappelant que des véhicules autonomes à la demande seront testés l’année prochaine dans la ville normande, avec quatre Renault ZOE. Une opération qui coûtera 11 millions d’euros.

    Jean-Louis Houpert.

    A Paris, Jean-Louis Houpert, directeur Valorisation immobilière, Achat et Logistique de la RATP cherche à contribuer à l’édification d’une ville « inclusive et mixte ». « Comme le terrain est rare, nous cherchons à construire en superposant. Avec une ville du dessous utilisée pour de la maintenance, du remisage des bus et une ville du dessus avec des logements, des crèches. Et on essaye de financer la ville du dessous avec les droits à construire de la ville du dessus ». C’est ainsi que le centre de Montrouge qui a coûté 56 millions d’euros a été financé à 80 % par les droits à construire des bâtiments logés sur la plateforme.

    Nathalie Leboucher.

    Pour répondre aux besoins croissants de mobilité et au souhait des citoyens de pouvoir disposer de services personnalisés, Nathalie Leboucher, vice-présidente Europe de l’Ouest et Maghreb Kapsch trafficCom mise sur les possibilités offertes par la révolution digitale. « Pour contribuer à une mobilité intelligente, Kapsch peut mettre en place des péages urbains contribuant à une meilleure fluidité, organiser des voies gérées pour encourager le covoiturage ou les transports collectifs, équiper les parkings de capteurs permettant d’identifier les places libres, ou encore fournir des solutions permettant de lisser des pointes et d’avoir un meilleur paiement de la valeur temps. » Ce qui a été fait sur l’A14 avec des péages différenciés selon les horaires. Nathalie Leboucher constate que « les collectivités sont friandes de ces solutions parce que la mobilité est le problème numéro 1 des citoyens ».

    Jacques Van Wittenberghe.

    « En concevant la ville de demain, il ne faut oublier de prendre en compte la logistique urbaine », rappelle de son côté Jacques Van Wittenberghe, cofondateur d’Electric road, association qui se positionne comme une interface permettant d’accélérer le déploiement d’une mobilité propre pour tous les types de transports. Son projet E-Way a remporté un appel à manifestation d’intérêt de l’Ademe pour l’électrification des poids lourds sur l’A13. L’association travaille aussi sur un projet de livraison urbaine en électrique pour Carrefour et Monoprix. « On a besoin de 19 ou 26 tonnes pour livrer en ville, car si on limite l’accès aux centres-villes au VUL, on multipliera par quatre le nombre de camions nécessaires », affirme Jacques Van Wittenberghe. Enfin, ajoute-t-il en guise de conclusion, « construire la ville de demain implique de dialoguer et de n’oublier personne ».

     

    Valérie Chrzavzez-Flunkert

  • Transport ferroviaire. Comment mettre la France à l’abri d’une régression

    Transport ferroviaire. Comment mettre la France à l’abri d’une régression

    Par Yves Crozet, professeur émérite à l’Université de Lyon (IEP) et membre du Laboratoire Aménagement Economie Transports (Laet).

     

    L’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), dans le cadre de son Observatoire des transports et de la mobilité, a mis en ligne en novembre 2017 un document intitulé Le marché français du transport ferroviaire de voyageurs 2015-2016. En 45 pages, plus 41 pages d’annexes, une foule de données statistiques est soumise à la sagacité du lecteur. Plusieurs thèmes sont abordés : les trafics, l’état du marché, la qualité de service, les données économiques et financières, etc. Le document se veut informatif, il n’est pas accompagné d’analyses ou de recommandations. Mais on ne peut s’empêcher de lire entre les lignes, de rapprocher les indicateurs produits de la mission confiée récemment par le Premier ministre à Jean-Cyril Spinetta. Le 2 octobre 2017, ce dernier a été chargé rien moins que de « préparer une stratégie d’ensemble pour refondre le système ferroviaire ». Son rapport doit être remis en janvier 2018 et aborder : la stratégie de desserte, la stratégie économique et financière, la tarification de l’infrastructure et l’ouverture à la concurrence. Excusez du peu !

    Chacun aura compris que l’ancien patron d’Air France a été chargé des travaux d’Hercule. Pour mesurer l’ampleur de la tâche rappelons d’abord qu’il n’y a pas un mais des marchés ferroviaires, divers et problématiques. Pour que se dessine une nouvelle cohérence stratégique intégrant l’ouverture à la concurrence, un changement de paradigme serait nécessaire mais il heurte des habitudes solidement ancrées ?

     

    Les marchés ferroviaires : disparates et problématiques

    L’excellent travail de l’Arafer doit être salué. Avec la Cour des comptes, le régulateur est en France une de seules entités publiques à aborder sans tabou les difficultés que connaît notre « modèle » ferroviaire. Une de ces difficultés réside dans l’utilisation du singulier, dans le fait de parler d’un marché ferroviaire alors qu’il en existe plusieurs, très spécifiques et, chacun à leur façon problématiques car ils posent la question de la zone de pertinence des services ferroviaires.

     

    Les services commerciaux et l’indispensable péréquation

    Le transport ferroviaire de voyageurs a représenté en France en 2015 un chiffre d’affaires de 13,4 milliards d’euros. Dans cet ensemble, les activités commerciales, celles qui ne sont pas subventionnées, ont représenté un peu moins de la moitié, 5,7 milliards, les services TGV représentant la majeure partie de ce total (4,6  milliards). Compte tenu du trafic TGV domestique (45,7 milliards de passagers-km), cela représente une recette moyenne de dix centimes par Pkm. Notons d’abord la modestie de ce chiffre. Contrairement à l’idée répandue selon laquelle le TGV serait hors de prix, cela donne par exemple un prix de 50 euros pour 500 kilomètres à grande vitesse. A titre de comparaison, de Paris à Bordeaux en voiture par l’autoroute, il faut compter au moins 85 euros, rien que pour l’autoroute et le carburant, sans compter l’amortissement du véhicule.

    Les usagers du TGV ne vont pas se reconnaître dans ce prix moyen. Ils pourront aisément montrer que même en seconde classe, ils ont souvent payé deux fois plus, voire au-delà. Une première explication à cette différence entre recette moyenne et prix payé nous est donnée par l’Arafer. 5 % des clients du TGV circulent gratuitement ! Ce ne sont pas les bénéficiaires de promotions commerciales, mais les agents de la SNCF et leur famille. C’est un détail révélateur des spécificités, des charges que génère l’organisation, le monopole produisant les services ferroviaires.

    Pour le client, ces « facilités de circulation » sont problématiques car pour que les TGV soient rentables, il est indispensable de pratiquer le yield management, c’est-à-dire une modulation tarifaire très fine. Sur certains trains, des billets Prem’s sont vendus à 25 euros, alors que quelques semaines plus tard il faut débourser trois ou quatre fois plus pour le même service. Cette modulation des tarifs dans l’espace et dans le temps est indispensable car, comme le rappelle la SNCF, près de 70 % des services TGV ne sont pas rentables. Les 30 % restants doivent donc dégager des marges substantielles, au grand dam des voyageurs qui circulent en période de pointe. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas fini de contribuer à l’équilibre du système comme l’a montré la récente vague de contestation des tarifs pratiqués pour Noël et le jour de l’an. Les principaux plaignants dans cette affaire étaient les jeunes bénéficiaires de la formule TGV Max. Mais ces derniers doivent comprendre qu’avec leur abonnement, certains de leurs trajets rapportent à la SNCF moins de 10 euros, à peine 2 centimes du km. Les prix cassés ont une contrepartie sous forme de prix majorés. Ainsi, pendant l’été, les billets TGV coûtent en moyenne 20 à 25 % de plus qu’en hiver.

    La tarification des TGV est donc une mécanique très élaborée organisant une gigantesque péréquation entre les clients. Cette réalité est problématique et mal acceptée. Beaucoup de clients verraient d’un bon œil un système tarifaire proche de celui des trains de la vie quotidienne où les subventions remplacent la modulation.

     

    Des services conventionnés coûteux

    Les subventions publiques sont indispensables pour les services conventionnés que sont les TER, les TET et les Transiliens de la région parisienne. Pour assurer ces services, la SNCF a perçu en 2015 plus de 7,6 milliards d’euros de recettes dont près de 65 % (4,9 milliards) provenaient de subventions publiques. En 2016, pour chaque kilomètre parcouru par passager dans un service régional conventionné, l’usager a payé en moyenne 6,5 centimes d’euros, et l’autorité organisatrice a payé le complément de 17,7 centimes d’euros soit un coût total de 24,2 centimes par Pkm.
    Selon la définition de l’Insee, ces services peuvent ainsi être qualifiés de non marchands puisque les recettes couvrent moins de 50 % du coût et même beaucoup moins.


    L’Arafer nous apprend que les situations varient très fortement d’une région à l’autre (voir graphique 1). Dans l’ancienne région Limousin, les recettes commerciales du TER couvrent seulement 10 % du coût contre 35 % en Alsace, 31 % en Rhône-Alpes et 30 % en Ile de France.
    Cette disparité est à mettre en relation avec deux autres constats
    – Le premier concerne la fréquentation, en baisse en 2016 dans toutes les régions à l’exception de l’Alsace, de la Picardie et de l’Ile-de France. Le nombre de Pkm a ainsi diminué de 10,3 % en Poitou-Charentes, de 9,3 % en Auvergne, de 7,5 % en Bourgogne et de 7,3 % en Champagne-Ardenne… Les débuts de l’année 2017 ont marqué un redressement qui n’est pour l’heure qu’un rattrapage partiel.
    – Il existe des explications conjoncturelles à ces mauvais résultats (grèves du printemps, faible prix des carburants) comme au rebond de 2017 (reprise économique). Mais des facteurs structurels jouent en défaveur des TER, au premier rang desquels se trouve la réduction de l’offre, -3,7 % pour les TER (de 43,3 à 41,7 millions de trains-km par trimestre) et -2,7 % pour les Transiliens. Un autre élément péjorant est la médiocre qualité du service. 5 % des trains programmés ont été supprimés et 11 % des trains sont arrivés à destination avec un retard d’au moins six minutes. La fréquentation baisse donc plus que l’offre. Les clients se détournent des TER où l’on retrouve de plus en plus les seuls abonnés, ceux qui contribuent le moins. Un abonné rapporte en moyenne 4,1 centimes par Pkm contre 10,7 pour un non abonné.

    Les régions sont ainsi confrontées à un effet de ciseaux : une baisse des recettes commerciales (-5,2 % en 2016) associée à une hausse des coûts (+3,4 % pour le train-km). C’est pour cela qu’elles ont réduit leur offre au cours des dernières années, un plafond ayant été observé en 2012. Le coût élevé du train a conduit à supprimer des services ou à les transférer sur l’autocar, près de cinq fois moins cher. Nous retrouvons à nouveau ici la question de la pertinence des dessertes ferroviaires. L’Arafer le fait de façon indirecte mais explicite en rappelant que les taux d’occupation des trains sont très faibles : 28 % pour les Transiliens, 25 % pour les TER avec là encore des disparités importantes entre régions : 15 % en Limousin, 16 % en Bourgogne, 18 % en Champagne-Ardenne contre 31 % en Midi-Pyrénées ou 30 % en Bretagne, Pays de la Loire ou Alsace. L’Arafer enfonce le clou dès le début de son rapport en rappelant que sur 31 % du réseau ne circule que 1 % des trains. On ne pouvait poser de façon plus claire la question des dessertes !

     

    Cohérence stratégique vs préférence pour la dépense publique

    Les chiffres diffusés par l’Arafer rappellent que le ferroviaire est proche en France d’une spirale de déclin. Cette situation était assez générale en Europe il y a 25 ans. C’est pour y faire face que l’Union européenne a engagé les différents paquets ferroviaires au cœur desquels se trouve l’ouverture à la concurrence. L’arrivée de nouveaux opérateurs est un remède contre la baisse de la fréquentation et la hausse des coûts. La diversité des marchés va de pair avec la pluralité des transporteurs et l’aiguillon de la concurrence est indispensable face à l’inertie des anciens opérateurs. Mais comme la concurrence vise surtout à maîtriser les dépenses publiques, cela suscite en France plus de méfiance que d’adhésion.

     

    Les services conventionnés : concurrence, fermeture ou… gratuité ?

    L’ouverture à la concurrence pour les passagers est déjà une réalité dans de nombreux pays d’Europe, le plus souvent sous la forme d’une concurrence « pour le marché » dans le cadre de délégations de service public. Dans un pays comme l’Allemagne, le résultat le plus notable a été la baisse sensible des coûts. Les subventions publiques qui étaient, en euros constants de 2010, proches de 16 par train-km en 1996 sont aujourd’hui inférieures à dix (-37,5 %). Cela a permis de développer l’offre. La taille du marché a augmenté au point que l’opérateur historique a perdu des parts de marché mais n’a pas subi de pertes significatives de chiffre d’affaires. Une telle configuration « gagnant-gagnant » est-elle possible en France ?

    Il faudrait pour cela que l’ouverture à la concurrence conduise vraiment à une baisse des coûts stimulant l’offre.
    Une baisse pour les nouveaux entrants d’une part, ce qui signifie qu’il ne faudra pas trop charger la barque en leur imposant des contraintes qui relèvent des coûts de structure ou des conventions collectives propres à la SNCF. La façon dont le futur texte de loi organisera les choses sera décisive.
    Une baisse pour l’opérateur historique d’autre part grâce à des gains de productivité. L’Etat actionnaire doit faire pression en ce sens. La concurrence n’est pas une baguette magique. Comme l’a montré l’exemple du fret elle conduira à de piètres résultats si la productivité de l’opérateur historique restait médiocre.

    Si, malgré l’ouverture à la concurrence les coûts restaient orientés à la hausse, la conséquence logique serait la fermeture progressive des services les moins fréquentés. Comme l’a indiqué la Fnaut en 2014 à propos de 25 lignes menacées de fermeture, l’appel à de nouveaux opérateurs est une solution pour redonner au ferroviaire une pertinence dans les zones peu denses. Il existe donc bien une alternative qui se résume ainsi : baisse des coûts versus fermetures de lignes. Il n’est pas certain que la première branche l’emporte d’autant que nous sommes en France, un pays qui cultive une passion pour la dépense publique. Certains élus pourraient être tentés de transformer l’échec en mesure démagogique. Plusieurs villes françaises (plus de 25) n’ont-elles pas décidé la gratuité des transports collectifs urbains en considérant qu’elle était plus simple qu’une tarification qui ne couvre que 10 à 20 % des coûts ? Comme plusieurs sous-ensembles régionaux sont dans ce cas (voir graphique 1), la tentation existera de faire de même pour les TER, notamment lors des campagnes électorales pour les prochaines élections régionales (2021).

     

    La grande vitesse à tout prix ?

    Il n’y a pas que les TER qui peuvent servir de marqueur et d’étendard politique. Les TGV sont ainsi devenus des sujets de conflits entre acteurs territoriaux et pouvoir central. La région Occitanie vient d’en faire la démonstration, mais elle n’est pas la seule. Beaucoup d’élus locaux, y compris ceux qui réclament à l’échelon national la baisse des dépenses publiques, expliquent que le TGV est indispensable au développement économique et à l’équité entre les territoires. Mais l’extension du réseau doit se traduire dans les trafics. En 2016-2017, le réseau de LGV s’est agrandi de 32,8 %. Le trafic sur les lignes domestiques progressera-t-il dans la même proportion, soit de 15 milliards de Pkm ? La concurrence peut y contribuer mais elle ne peut se résumer à un écrémage autorisant le nouvel entrant n’assurer que les services profitables.

    Les services rentables doivent équilibrer les autres fautes de quoi, il est nécessaire de réduire l’offre déficitaire. Déjà, en 2016, le nombre de trains-km TGV a baissé de 5,5 %. Doit-on en conclure que l’offre TGV a atteint sa taille optimale ? Ou peut-on étendre encore le réseau de LGV en espérant des gains de productivité et de trafic pour les services TGV ? C’est une première question à laquelle devra répondre M. Spinetta.

    D’autres ont déjà répondu pour lui en évoquant non pas des gains de productivité mais la mobilisation de fonds publics.
    – D’abord une baisse des péages compensée par des dotations publiques plus importantes de l’Etat à SNCF-Réseaux.
    – Ensuite des montages juridiques, sur la base du modèle de la Société du Grand Paris, permettant de lever des impôts nouveaux pour financer de nouvelles LGV.
    – A cela s’ajouteront ultérieurement des subventions de fonctionnement pour les TGV.
    Ces trois solutions correspondent à une augmentation des impôts. Alors que la lettre de mission du Premier ministre évoque un modèle économique maîtrisé c’est une autre musique qui monte des territoires, celle de l’accroissement de la dépense publique. C’est une autre question à laquelle devra répondre M. Spinetta. Le TGV, pour étendre sa toile, doit-il devenir à terme un service non plus commercial, mais subventionné ? Et si oui, à quel niveau ?
    Dans le domaine du ferroviaire, comme dans d’autres, la France n’est jamais à l’abri d’une régression. Ainsi, en 2014, alors que l’Union européenne préparait un quatrième paquet ferroviaire centré sur l’ouverture à la concurrence et la recherche d’efficience, la France engageait une réforme ferroviaire bâtie sur la nostalgie du monopole(1). Nouvelle illustration de la préférence pour le statu quo, les négociations du printemps 2016 sur la convention collective propre à la SNCF ont sanctuarisé le fameux RH077. La loi d’ouverture à la concurrence annoncée en 2018 pourra-t-elle se garder de tels écueils ? M. Spinetta trouvera-t-il les bons arguments pour aider le gouvernement à éviter trois solutions de facilité.

    Celle qui ferait de l’ouverture à la concurrence une réforme cosmétique, simplement destinée à donner le change à Bruxelles.

    Celle qui ferait que cette réforme ne soit pas accompagnée d’objectifs clairs en matière de gains de productivité pour l’opérateur historique.

    Celle qui accepterait de transformer le TGV en service conventionné sur le modèle que nous connaissons : toujours plus d’argent public !

    Hercule a mis 12 ans pour réaliser ses douze travaux. Disposons-nous d’un tel laps de temps pour refondre du système ferroviaire ? Ou faut-il aborder plusieurs tâches en même temps ?

    Yves Crozet

    (1) Voir Champion national ou nostalgie du monopole ?, VR&T n° 555, P.57-59.

  • L’innovation au centre des discussions

    L’innovation au centre des discussions

    Dans le cadre du Palmarès des mobilités et suite au succès de la dernière édition, Ville, Rail & Transports a de nouveau proposé à des start-up et des entreprises de transport de participer au « Village de l’innovation » pour favoriser les échanges entre professionnels et élus. L’occasion de faire connaître de nouvelles solutions en matière de mobilités connectées et partagées. Présentation expresse.

     

    Olivier Binet et clémentine Guilloux, Karos.

    L’assistant intelligent artificiel selon Karos

    « Karos est une solution intermodale connectée au transport en commun avec un assistant intelligent artificiel, qui rend le covoiturage plus simple. Nous transformons les sièges disponibles dans les voitures en circulation, en un véritable réseau structuré de transports en commun de porte à porte, pour un faible coût pour la collectivité. Nous avons permis 150 000 trajets de covoiturage depuis le début de l’année en Ile-de-France, sur l’île de la Réunion et à Bordeaux », nous a expliqué Olivier Binet, son président et cofondateur.

     

     

    Sébastien Hurtaux, Ubitransport.                                             

    Ubitransport, pour partager l’information

    « Notre start-up a réalisé une croissance de 6 528 % sur les quatre dernières années, parce que notre offre a trouvé son marché. Ubitransport propose une solution connectée favorisant le partage d’informations en temps réel, entre les flottes de véhicules, le conducteur, l’opérateur, la collectivité et l’usager, pour améliorer la mobilité au quotidien. Nous équipons 80 réseaux en métropole, en Outre-Mer, aux Etats-Unis et au Canada. Nous voulons être une entreprise globale et nous internationaliser en 2018 », souligne Sébastien Hurtaux directeur produit et solutions d’Ubitransport.

    Pierre Reinhart et Julien Bahri, Dietrich Carebus.

    Dietrich Carebus, distributeur de Yutong

    « Nous distribuons les bus électriques du constructeur Chinois Yutong. Ses véhicules sont importés de Chine, mais équipés de batteries 100 % françaises offrant 200 à 250 kilomètres d’autonomie. Le coût catalogue de ces véhicules reste élevé : 355 000 euros pour un car, 450 000 euros pour un bus. Mais nous tablons sur une accélération du marché pour faire baisser les prix et pouvoir lancer une ligne d’assemblage en Alsace afin de produire ces bus en France », précise Julien Bahri, responsable commercial véhicules urbains de Dietrich Carebus.

    Denis Vanderydt (à droite), Version Traduite.

    Parler transports avec Version Traduite

    « Nous sommes une agence de traduction spécialisée en transport. En plus de traductions en anglais, français, allemand, italien ou espagnol, nous avons étoffé notre offre avec du mandarin, du russe et du brésilien pour répondre à la demande. Et nous proposons aussi un service d’accompagnateurs internationaux, en mettant à disposition des entreprises un interprète », assure Denis Vanderydt responsable développement de Version Traduite.

     

     

    Charlotte de Vilmorin et Kévin Molinari, Wheeliz, avec Marie-Emmanuelle Huillo, Transdev.

    Wheeliz, le service de location qui s’adresse aux PMR

    « Wheeliz est une société de location entre particuliers de voitures avec arrimage, ou avec poste de conduite adapté aux personnes en fauteuil roulant. Nous mettons en relation des personnes ayant besoin de ces véhicules et des propriétaires, notamment des associations qui ne les utilisent pas durant les vacances ou les week-ends. Le prix conseillé de location, est trois fois moindre que celui des agences spécialisées. Nous avons 6 000 utilisateurs et 700 véhicules mutualisés en France et une forte demande pour dupliquer notre service dans d’autres pays », explique Charlotte de Vilmorin co-founder et CEO de Wheeliz.

     

     

     

    Olivier Deschaseaux et Lucie de Masse, Zenbus.

    Zenbus pour géolocaliser les transports collectifs

    « Zenbus est un service de géolocalisation des transports collectifs, permettant à l’usager de voir précisément où est son bus en temps réel. Le conducteur du bus se connecte via une application dédiée sur son smartphone, ou via un boîtier Zenbus installée dans son véhicule. Zenbus est précurseur et aujourd’hui leader sur son marché, avec plus de 70 réseaux publics et privés, en Europe et Amérique du Nord, et plus d’un million de connexions voyageurs en 2017 », assure Olivier Deschaseaux co-founder de Zenbus.

     

     

    Baptiste Rogé, Wayzup.                                                 

    Wayzup, le covoiturage dédié aux entreprises

    « Wayzup est une plate-forme de covoiturage domicile – travail
    proposé aux entreprises pour remplacer des transports collectifs.
    Nous travaillons avec une centaine d’entreprises et assurons plus 100 000 trajets dans des zones isolées comme la Vallée de l’Arve,
    à Massy dans l’Essonne ou à Lille Métropole. Nous avons réalisé
    une levée de fonds de 1,4 million en juillet dernier auprès
    de la RATP qui nous permettra de poursuivre notre développement. Depuis quatre mois nous proposons notre service aux collectivités
    et la ville d’Orléans est notre premier client », explique Baptiste Rogé responsable développement de Wayzup.

     

    Philippe Vappereau, Calypso.

    Calypso, spécialiste du ticketing
    « Nous avons 20 ans d’expérience en ticketing et voulons être des pionniers en offrant au marché un ticketing open source, en apportant une ouverture à tous les opérateurs et toutes les mobilités. Nous travaillons sur des proofs of concept de notre technologie. Par ailleurs nous avons lancé Hoplink, une application d’interopérabilité permettant au client d’un réseau d’utiliser sa carte de transport dans tous les réseaux de transport membres d’Hoplink. Nous assurons l’interopérabilité entre les réseaux de transport de Lille et de la Wallonie », souligne Philippe Vappereau, CEO de Calypso.

     

     

    Louis Brosse, Wizway.                                                     

    Sur la voie de la dématérialisation des billets avec Wizway
    « Wizway est une start-up créée en mars 2016 qui propose de voyager
    avec un mobile, en dématérialisant le titre de transport de manière sécurisée. Wizway peut vendre des titres de transport à distance et les stocker dans la puce du téléphone afin de pouvoir l’utiliser éteint ou sans batterie. Après une phase d’expérimentation, le service est proposé à Strasbourg, et Wizway qui a remporté l’appel d’offres de la SNCF et d’Ile-de-France Mobilité va démarrer une phase d’expérimentation à l’été 2018 pour une généralisation en 2019 », rappellent Louis Brosse, CEO, et Audrey Delavarenne, Marketing & user experience manager de Wizway.

     

     

     

     

    Hale Ucan, Nathalie Leboucher et Agneta Björklund, Kapsch.

    Kapsch au service de la mobilité intelligente
    « Kapsch est une société autrichienne née en 1892 sur le marché de la téléphonie, qui s’est diversifiée sur le secteur de la mobilité, comme fournisseur de systèmes de télépéages. Mais nous travaillons aussi sur la smart city, avec des solutions de contrôle d’accès des parkings ou des zones à basse émission et de l’ITS coopératif, une technologie
    permettant aux véhicules de communiquer entre eux et avec les infrastructures. Kapsch a 6 000 salariés dans le monde, dont cinq en France chargés du business development et de gestion de projet », souligne Teeruth Nathoo, directeur commercial de Kapsch.

    Dominique Descolas, Xavier Guyot et Florent Cetier, Digimobee.

    Le passe NFC pour tous selon Digimobee
    « Nous proposons une solution qui permet, via un smartphone NFC, d’acheter n’importe quel abonnement de transport public, quel que soit l’opérateur, français ou étranger. Notre agilité et notre indépendance nous permettent de travailler avec tous les opérateurs de téléphonie. Nous proposons aussi une solution d’analyse des données en temps réel provenant des véhicules, qui permet aux équipes de maintenance d’anticiper et de savoir précisément sur quelles pièces intervenir, ce qui raccourcit considérablement les délais d’immobilisation des véhicules », explique Dominique Descolas, son PDG.

    Abder Gharbi, Parkeon.

    Parkeon, spécialiste des solutions de stationnement
    et de billettique

    « Parkeon est numéro un mondial des solutions de stationnement et de billettique de transport public. Nous proposons des solutions de paiement par mobile, par cartes dédiées ou bancaires dans 4 000 villes. En France nous travaillons avec la RATP et la SNCF, à qui nous fournissons des automates de distribution et de validation des billets. En novembre dernier nous sommes entrés en négociation pour reprendre notre concurrent Suédois Cale, dans le but de créer le futur leader mondial des technologies de mobilité urbaine. L’opération devrait être finalisée début 2018 », nous confie Abder Gharbi business developpement manager chez Parkeon.

  • Comment préparer l’après pétrole ?

    Comment préparer l’après pétrole ?

    A partir de 2020, les collectivités devront opter obligatoirement pour des motorisations considérées comme propres pour au moins la moitié de leurs achats lorsqu’elles renouvelleront leurs flottes, conformément à la législation sur la transition énergétique. Quels pourraient être leurs choix ?  Eléments de réponse lors de notre troisième table ronde.

     

    Jean-Michel Lattes.

    En 2001, le dépôt de bus de Toulouse a été rasé par l’explosion d’AZF qui a détruit 300 véhicules. Pour les renouveler, la ville a décidé de passer au gaz. « Les débuts n’ont pas été simples », se souvient Jean Michel Lattes, premier adjoint au maire et vice-président de Toulouse Métropole, « mais aujourd’hui cela fonctionne bien ». La moitié des bus de la ville sont au gaz, et la flotte est complétée par des bus hybrides et quelques électriques. « Nous continuons à commander des bus au gaz, mais nous allons lancer une ligne électrique en test. Car nous estimons que le gaz reste

    Catherine Brun.

    une technologie polluante. On s’oriente vers un mix électrique/hydrogène à un horizon lointain. » Catherine Brun, directrice Commerciale de GRTgaz, rappelle que « même s’il reste des émissions de CO2 avec le gaz, c’est moins qu’avec le diesel. Et l’intérêt de passer en électrique dépend de la façon dont l’électricité est produite. Si c’est à partir de charbon, ce n’est pas solution pertinente écologiquement. » Ce qui n’est bien sûr pas le cas en France.
    Catherine Brun ajoute que l’utilisation de biométhane permet de réduire encore les émissions, et que produire du biogaz à partir des traitements des déchets est un moyen pour les collectivités de mettre en place une économie circulaire.
    Après des débuts difficiles, la filière gaz connaît un décollage depuis deux ans. Tirée par la filière poids lourds qui a fait du marché français le plus dynamique d’Europe, avec un doublement du nombre de véhicules chaque année ces deux dernières années. Quant aux stations, malgré leur coût (compter un million d’investissement), le réseau se développe. De 40 aujourd’hui on devrait passer à 100 l’an prochain et plus de 250 en 2020.

    Richard Dujardin.

    Richard Dujardin, directeur général France de Transdev, précise que pour qu’une station soit rentable, il faut une flotte de 40 véhicules. D’où la nécessité, « en matière de transition énergétique, de penser à long terme ». Parvenir à passer 50 % de sa flotte en véhicules propres d’ici 2020 n’est pas aisé sachant que l’électrique et l’hydrogène ne sont pas des techniques mûres et demandent des investissements conséquents. « Il ne faut pas se tromper sur la filière. On est là pour conseiller, mais c’est avant tout un choix politique structurant pour des collectivités qui ont des budgets contraints. »
    A Eindhoven, Transdev exploite des bus électriques. « En termes d’accueil des clients et des conducteurs c’est une réussite », assure Richard Dujardin qui précise qu’un autre paramètre est fondamental : la recharge. « A Eindhoven, la charge lente de nuit n’était pas satisfaisante. Cela nous a obligés à investir dans 43 bus articulés électriques pour remplacer 26 bus articulés diesel de manière à pouvoir les recharger entièrement la nuit et en partie dans la journée. » Soit un doublement de l’investissement. « Cela n’a été possible que parce qu’il y avait une volonté politique. »

    Xavier Hubert.

    Pour Xavier Hubert, directeur Industriel de Keolis, le gaz présente l’avantage d’être une solution mature tandis que l’électrique est appelée à progresser. « Avec le gaz les problèmes techniques et de maintenance sont derrière nous. On a une bonne vision du coût d’exploitation. On sait que la maintenance revient 30 % plus cher, tandis que les véhicules coûtent 15 % de plus. Mais on a une énergie deux fois moins cher au kilomètre. On peut donc faire le calcul pour savoir où est l’équilibre. » Mais si des clients ont la volonté de réduire plus fortement les émissions polluantes et disposent de moyens financiers conséquents, ils peuvent s’orienter vers l’électrique. « On travaille avec 11 constructeurs, on apprend beaucoup en expérimentant et on est capable de conseiller les autorités organisatrices », assure-t-il.
    Selon lui, si la RATP semble revoir à la baisse ses objectifs d’équipement en véhicules électriques, « c’est que leurs expérimentations ont permis de se rendre compte que la technique n’était pas adaptée immédiatement. Mais d’ici cinq ans, cela pourra évoluer ».
    Richard Dujardin ajoute que « la RATP n’avait peut-être pas anticipé les besoins d’autorisation des dépôts électriques et la difficulté de les obtenir quand il y a des habitats autour ». On retiendra qu’en matière de transition énergétique, « les transports publics doivent être exemplaires. L’appel d’offres de la RATP a bouleversé le marché. Le mouvement est en route. On va encore progresser », conclut Xavier Hubert.

    Valérie Chrzavzez-Flunkert