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Catégorie : Ferroviaire
Retrouvez toute l’actualité ferroviaire: lignes, matériels ferroviaires et l’actualité des constructeurs et des opérateurs en France et l’international.

L’Espagne prolonge ses abonnements de train gratuits
Le gouvernement espagnol a annoncé le 4 octobre qu’il allait prolonger les abonnements gratuits proposés sur les trains de banlieue et une partie du réseau régional. La mesure, qui avait été lancée en septembre, devait prendre fin le 31 décembre. Mais face à son succès, la ministre du Budget, María Jesús Montero, a annoncé son maintien pour au moins un an.Financé par le gouvernement, ce dispositif a pour but d’aider les usagers face à l’inflation et à restreindre l’usage de la voiture.
« SNCF Réseau est au centre d’injonctions contradictoires » affirme Patrick Jeantet
Ancien PDG de SNCF Réseau, Patrick Jeantet est aujourd’hui consultant chez Vauban Infrastructure Partners. Nous lui avons demandé de réagir au limogeage de son successeur, Luc Lallemand, et sur la nomination de Matthieu Chabanel à sa place, à la tête du gestionnaire des infrastructures.
Ville, Rail & Transports : Comment analysez-vous le limogeage de votre successeur, Luc Lallemand?
Patrick Jeantet : Quand vous êtes PDG de SNCF Réseau, vous êtes au centre d’injonctions contradictoires, entre d’un côté les régions, et de l’autre l’Etat. Et chacun instrumentalise un peu SNCF Réseau. Il faut l’accepter et savoir naviguer…
Les dépassements de coûts des projets ne sont pas faciles à gérer. Mais il faut reconnaître que Luc Lallemand a pris des positions assez dures, ce que le monde politique a du mal à accepter. Il était assez cash mais je ne suis pas persuadé que c’est la meilleure option.
VRT : Le fait d’être belge, avec peut-être une autre culture, peut-il expliquer cet affrontement avec les pouvoirs publics français qui ne sont pas habitués à un ton aussi cash?
P. J. : C’est vrai, il paie le fait d’avoir dit clairement les choses dans un monde où les choses ne se disent pas… Mais à un moment donné, si Nexteo coûte plus cher, il faudra payer.
Désormais SNCF Réseau consolide ses comptes dans le budget de l’Etat. Les comptes sont donc largement décidés par l’Etat. C’est à l’Etat de définir s’il faut plus de subventions ou plus de redevances. Alors que le rôle du PDG est avant tout de mettre en place des plans de performance pour que les projets et les coûts d’exploitation de SNCF Réseau soient les plus optimum possibles. Il doit donc proposer aux politiques les programmes les plus performants.
VRT : Mais comment faire quand on ne dispose pas de suffisamment de financements?
P. J. : Aujourd’hui, le contrat de performance ne permet pas de renouveler le réseau. Avec l’inflation, l’effort d’investissement est en diminution. Ce n’est pas acceptable! Selon moi, il faut absolument une loi de programmation des investissements à 5 ans, avec une priorité donnée au renouvellement du réseau structurant. Ainsi, on pourra déterminer les lignes sur lesquelles il faudra décider des ralentissements de circulation des trains.
VRT : Dans les conditions actuelles, la mission de Matthieu Chabanel est-elle impossible?
Selon moi, le PDG a trois responsabilités : s’assurer que le système est performant du point de vue de la sécurité, optimiser les coûts et l’exploitation, enfin obtenir une pérennité des investissements avec une loi de programmation. On ne peut pas gérer le réseau avec des budgets annuels. Et il faut consacrer l’effort de renouvellement du réseau.
Matthieu Chabanel est un très bon choix, il saura tout à fait mener à bien ces missions : il connaît bien la production, les projets et, ayant travaillé dans les cabinets ministériels, il a le sens des relations politiques. La confrontation frontale ne marche pas.
Propos recueillis par Marie-Hélène Poingt

La justice espagnole face à l’accident ferroviaire meurtrier en Galice 9 ans après
Neuf ans après l’accident de train qui avait fait 80 morts et plus de 140 blessés près de Saint-Jacques-de-Compostelle, le procès s’ouvre le 5 octobre en Galice dans le nord-ouest de l’Espagne pour déterminer les responsabilités. Deux personnes sont mises en cause : le conducteur du train et l’ancien directeur de la sécurité d’Adif, le gestionnaire espagnol des infrastructures ferroviaires. Le Parquet a requis 4 ans d’emprisonnement pour chacun des deux, accusés « d’homicides résultat d’une très grave négligence professionnelle« . Le montant des dommages et intérêt réclamé par les victimes s’élève à près de 58 millions d’euros selon le tribunal.
La catastrophe s’était produite le 24 juillet 2013, en fin d’une ligne à grande vitesse neuve, à l’approche de Santiago, avec du matériel tout récent : longue de 88 km, la ligne Ourense – Santiago avait en effet été mise en service le 10 décembre 2011. Le train à grande vitesse, qui venait de Madrid et circulait à une vitesse excessive (179km/h au lieu de 80 km/h sur cette portion de voie) avait déraillé avant de s’encastrer dans un mur.
L’association des familles, qui met aussi en cause des responsabilités politiques, regrette l’absence au procès de responsables et ainsi que celle des institutions. Ce procès-fleuve doit se tenir jusqu’en février.

Bientôt un concurrent de plus sur la liaison Barcelone-Madrid
La concurrence ferroviaire monte d’un cran en Espagne. Le 25 novembre, la compagnie Ilsa, filiale de Trenitalia et de la compagnie aérienne espagnole Air Nostrum, doit lancer ses rames rouges Iryo sur la liaison Madrid, Saragosse et Barcelone. Les billets sont d’ores et déjà en vente.
A bord de ces trains, des « Zefiro 300 », les services proposés seront plutôt haut de gamme, semblables aux trains Frecciarossa que Trenitalia a lancés sur Paris, Lyon et Milan.
Le nouvel opérateur ouvre ainsi un quatrième service entre Madrid et Barcelone, l’axe le plus chargé et le plus profitable du réseau ibérique. A côté des dessertes classiques des AVE de l’opérateur historique Renfe (Madrid-Barcelone en 2h30), Iryo s’ajoute aux Ouigo que la SNCF met en ligne depuis le 10 mai 2021 et aux Avlo, service low cost de la Renfe sur les rails depuis juin 2021.
Le nouvel opérateur ne compte pas s’arrêter là. Il s’alignera, en décembre prochain, sur Madrid-Cuenca-Valence, avant Madrid-Alicante en juin 2023. Ensuite, grâce à son parc de 20 rames, il mettra le cap depuis la capitale espagnole sur l’Andalousie : Séville et Málaga. Rappelons que le gestionnaire espagnol des infrastructures Adif a accordé 30 % des droits à la grande vitesse espagnole à Iryo, 60 % à Renfe et 10 % à Ouigo Espagne.
Michel Garicoix

Après la canicule… et si on blanchissait les rails ?
Les longues et intenses périodes de chaleur ont contraint la SNCF à ralentir, voire à supprimer des trains cet été. « Quand leur température dépasse 45 degrés (soit à partir de 35 degrés dans l’air), les rails peuvent se dilater. La caténaire quant à elle, peut se détendre et pour bien fonctionner, elle se doit d’être parfaitement tendue », rappelle Frédéric Didelot, expert des plans saisonniers chez SNCF Réseau. En cas de risque, un plan de surveillance s’enclenche : « Nous multiplions les tournées à pied sur le terrain. Nous utilisons un outil de prédiction de la température du rail (en fonction des prévisions de météo France, et d’un certain nombre d’autres paramètres) », poursuit-il. Si un impact est constaté sur le réseau, « la vitesse des trains peut alors être réduite par précaution, pour ne pas faire subir plus de pression à l’infrastructure ».
La perspective de voir se multiplier, à l’avenir, ces épisodes caniculaires conduit à étudier de nouvelles solutions. Notamment le blanchiment des rails et des bâtiments, une technique utilisée dans différents endroits du monde (Milan, New York, Melbourne…) pour éclaircir les bâtiments afin qu’ils emmagasinent moins la chaleur.
La solution a aussi été testée par plusieurs gestionnaires d’infrastructure européens ces dernières années. Selon plusieurs études menées par les chemins de fer suisses (CFF), la Deutsche Bahn et les chemins de fer autrichiens (ÖBB), blanchir les rails permettrait de réduire leur température d’environ cinq degrés. Mais ce résultat « ne suffit pas pour être considéré comme une mesure de sécurité efficace », assure Frédéric Revaz, porte-parole des CFF. De son côté, Infrabel qui a recouvert de peinture blanche une dizaine de kilomètres de rails au début de l’été 2020, a enregistré une diminution de la température de quatre à cinq degrés. « Soit un seuil qui ne s’est pas avéré déterminant, comme aurait pu l’être une baisse de l’ordre de 8 à 10 degrés« , précise le gestionnaire belge.
Un avis partagé par SNCF Réseau : « Effectivement, cette méthode ne semble pas apporter les gains espérés mais nous sommes très attentifs aux résultats des autres gestionnaires d’infrastructures », indique Frédéric Didelot. Pour Monika Heiming, la directrice exécutive de l’EIM (the European Rail Infrastructure Managers, l’organisation regroupant les GI européens), cette solution ne doit pas être abandonnée, mais elle est difficile à généraliser : « Les réseaux européens ont des caractéristiques différentes, ils sont localisés dans des géographies différentes et ne sont donc pas tous exposés aux mêmes risques », rappelle-t-elle.
Que prévoit SNCF Réseau, face à des périodes caniculaires annoncées toujours plus longues et récurrentes ? « La plus grande précocité des épisodes nous a déjà amenés à anticiper nos mesures préventives, dit Frédéric Didelot. Les limitations de vitesse pour juguler les effets de la chaleur sur certaines lignes devraient continuer à être concentrées aux heures les plus chaudes de la journée ». Il prévient : ces ralentissements risquent à l’avenir d’être mis en place
« sur un nombre de jours plus important. Le refroidissement naturel observé la nuit pourrait ne plus être suffisant. Pour y pallier, un travail de fond va être engagé avec les ingénieries, tant côté SNCF Réseau et que SNCF Voyageurs, pour améliorer la fiabilité des matériels et des installations en période caniculaire ».Les risques doivent aussi être davantage anticipés pour mieux réguler le trafic : « De nouveaux scénarios pour adapter certains plans de transport en cas de canicule prolongée seront travaillés, en tenant compte des impacts prévisibles liés aux ralentissements (il faudra alors revoir les correspondances et les mesures de prises en charge) et en améliorant l’information des voyageurs, précise l’expert. Même si la fiabilité des informations météo anticipées progresse, nous prévoyons de renforcer l’utilisation des datas déjà disponibles pour mieux anticiper les effets des fortes chaleurs et adapter plus finement les mesures prises ».
Parmi les innovations envisagées par SNCF Réseau, les armoires électriques situées au bord des voies pourraient être implantées de façon à être moins exposées au soleil, la ventilation naturelle pourrait être améliorée par la circulation d’air frais (type puits canadien), d’autres matériaux moins sensibles à la chaleur pourraient être davantage utilisés, et les toitures et les faces latérales repeintes en blanc… La peinture blanche trouvera donc son utilité !
Et au niveau européen ? « Tous les acteurs sont conscients de l’urgence à prendre des décisions », assure Monika Heiming. Dans son document Stratégie pour une mobilité durable et intelligente, la Commission européenne demande que les infrastructures soient résilientes, et évoque une résilience physique et opérationnelle. L’EIM espère voir cette volonté de l’UE se concrétiser rapidement dans des investissements : « Nous souhaitons que cette stratégie de résilience soit mise au premier plan à l’horizon 2027, par le biais des fonds européens, notamment avec le mécanisme d’interconnexion en Europe ».
Thomas Renou
Les CFF misent sur les traverses en béton
Les CFF utilisent de plus en plus de traverses en béton qui résistent mieux à la chaleur. Explications par Frédéric Revaz, un de ses porte-parole. « Les rails sont conçus pour résister à des températures très élevées. Cependant, les températures extrêmes peuvent parfois causer des déformations des voies ou « déjettements ». Autrefois, les rails étaient éclissés les uns aux autres et des interstices leur permettaient de se dilater. Aujourd’hui, ils sont soudés, ce qui permet d’améliorer le confort des voyageurs. Lors de hautes températures, cela ne pose pas de problème aussi longtemps que la superstructure, formée de traverses et de ballast, supporte la contrainte engendrée par la chaleur. Néanmoins, lorsque le ballast ne supporte plus cette contrainte, un déjettement de voie se produit. Dans un tel cas de figure, il faut corriger la géométrie de la voie et remplacer les rails. Sur l’ensemble du réseau des CFF, seuls trois à sept déjettements en moyenne sont enregistrés et corrigés chaque année. Il est possible de réduire le risque de déjettement en recourant à des traverses en béton plutôt qu’à des traverses en bois. Les CFF utilisent de plus en plus ces traverses en béton. Elles amortissent mieux la pression résultant de la dilatation des rails sous l’effet de la chaleur.
Par ailleurs, lors d’épisodes de canicule, les rails sont refroidis au moyen d’eau stockée dans des wagons-réservoirs. Cette méthode permettant d’éviter les déformations de la voie est utilisée aux endroits particulièrement exposés, sur les vieilles voies ou à l’issue de travaux d’entretien.
Peindre les rails en blanc est une opération complexe qui présente divers inconvénients. Une fois les rails peints, il n’est par exemple plus possible d’y détecter les éventuelles fissures. De plus, l’utilité de la couleur blanche diminue au fur et à mesure que les rails se salissent. Il ressort d’études menées par les CFF, la Deutsche Bahn et les chemins de fer autrichiens (ÖBB) que peindre les rails en couleur claire permet de réduire leur température d’environ cinq degrés. Ce résultat ne suffit cependant pas pour être considéré comme une mesure de sécurité efficace. »

Le Portugal veut relier à grande vitesse Lisbonne à Porto
Le Portugal a présenté le 28 septembre un projet de liaison à grande vitesse mettant Lisbonne à 1h15 de Porto à partir de 2030 (contre 3 heures actuellement). Un projet « stratégique pour l’avenir du pays » qui favorisera la compétitivité, a expliqué le Premier ministre portugais, Antonio Costa. Et qui permettrait d’accroître le trafic passagers, en le faisant passer de 6 millions de voyageurs annuels à 16 millions.
L’investissement est de près de 2,9 milliards d’euros pour la première phase de travaux entre Porto et Soure, qui pourrait débuter en 2024. Le projet prévoit aussi plus tard de desservir Vigo, dans le nord ouest de l’Espagne, ce qui représentera « le premier pas en vue d’une intégration avec le réseau ibérique à grande vitesse », selon le chef du gouvernement portugais.
Le Portugal relance ainsi son programme de lignes à grande vitesse après avoir été contraint, à cause de difficultés économiques et financières dans le passé, de reporter plusieurs projets de ce type, dont la liaison Lisbonne-Madrid, initialement prévue pour 2013.

Pourquoi un écartement commun des rails en Europe n’est pas forcément une bonne idée
Le Connecting Europe Express, ce train qui avait traversé l’année dernière 26 pays européens et parcouru 20 000 km, se voulait le symbole de l’année européenne du rail lancée par Bruxelles. Mais il avait aussi mis en lumière le manque d’harmonisation ferroviaire sur le continent, obligeant les organisateurs à un travail complexe, notamment à changer trois fois de train pour boucler le périple.
Pour favoriser les échanges européens par rail, la Commission européenne souhaite désormais que les nouvelles lignes de chemin de fer soient construites en adoptant l’écartement standard de 1,435 mètre. Dans le cadre de la révision son programme de construction des corridors transeuropéens (TEN-T), elle a aussi proposé fin juillet, que les lignes déjà existantes de ces corridors soient adaptés à cet écartement, appelé à devenir la norme sur tout le continent.
Ce n’est pas le périple européen de l’an dernier qui l’a poussée à proposer cette évolution mais l’agression de la Russie contre l’Ukraine, qui a redéfini le paysage géopolitique. Selon une de ses porte-parole, « les principaux impacts sur les marchés mondiaux, tels que la sécurité alimentaire mondiale, ont souligné que le marché intérieur et le réseau de transport de l’Union ne peuvent être considérés de manière isolés. De meilleures connexions avec les pays partenaires voisins de l’UE sont plus que jamais nécessaires« .
En présentant cette proposition fin juillet, Adina Vălean, commissaire chargée des transports, avait déclaré : « En étendant quatre corridors de transport européens au territoire de l’Ukraine et de la Moldavie – y compris les ports de Marioupol et d’Odessa – la proposition d’aujourd’hui contribuera à améliorer la connectivité des transports de ces deux pays avec l’UE, à faciliter les échanges économiques et à améliorer connexions pour les personnes et les entreprises. Ces corridors seront également une priorité clé dans la reconstruction de l’infrastructure de transport de l’Ukraine une fois la guerre terminée. Nos efforts pour faciliter l’exportation de céréales d’Ukraine via les « voies de solidarité » ont également démontré l’importance de l’interopérabilité dans le système de transport, renforçant la nécessité d’accroître la convergence au sein du réseau de l’UE, de le rendre plus résilient et de renforcer le marché intérieur ».
La Russie et la Biélorussie supprimées de la carte du réseau transeuropéen
Compte tenu de la guerre menée par la Russie en Ukraine et de la position adoptée par la Biélorussie dans ce conflit, la coopération avec la Russie et la Biélorussie dans le domaine des transports n’est plus considérée comme appropriée. La proposition supprime donc la Russie et la Biélorussie des cartes du réseau de transport transeuropéen.
Il est donc proposé, pour tous les États de l’Union disposant d’une connexion ferroviaire terrestre avec d’autres États membres, d’inclure une obligation de développer toutes les nouvelles lignes ferroviaires TEN-T avec un écartement nominal des voies normalisé européen de 1 435 mm et également d’élaborer un plan de migration vers cet écartement nominal des voies standard européen pour toutes les lignes existantes des corridors de transport européens.
Rappelons que la grande majorité des chemins de fer européens ont adopté l’écartement de 1 435 mm et qu’en 1922, lors de la création de l’Union internationale des chemins de fer (UIC), l’écartement de 1 435 mm a été adopté comme « écartement standard ». Mais plusieurs États membres ont un réseau ferroviaire avec un écartement nominal des voies différent : ce sont l’Irlande mais le pays est isolé (écartement 1 600 mm), la Finlande (écartement 1 524 mm), l’Estonie, la Lettonie et la Lituanie (écartement 1 520 mm) ainsi que le Portugal et l’Espagne (écartement 1 668 mm).
Un travail colossal et coûteux
La Commission européenne n’a pas évalué financièrement son projet, laissant simplement entendre que des subventions seraient possibles au nom des barrières à l’interopérabilité. Mais pour l’expert ferroviaire Olivier Cazier, la proposition de Bruxelles est avant tout politique car sur le plan pratique, elle s’avère très compliquée, lourde et onéreuse à mettre en place. Sauf à reconstruire complètement un réseau. Selon lui, la solution la plus simple, mais pas toujours possible, passe par l’installation d’un troisième rail. Car il faut qu’il y ait de la place : ce n’est pas possible pour les réseaux à écartement de type russe mais c’est ce qui a été fait en Espagne, sur quelques lignes qui sont ainsi interopérables. « Cette solution est techniquement relativement facile pour un coût pas trop élevé« , souligne-t-il .
Ces propositions doivent être discutées par les Etats et les euro-députés ce mois-ci. Lorsque le nouveau porgramme TEN-T sera adopté, les Etats concernés auront deux ans pour présenter à Bruxelles un plan de conversion. Ils auront « une marge d’appréciation » et pourront décider du calendrier, selon la Commission. Mais ils devront justifier d’un éventuel refus, analyse socio-économique à l’appui. « L’objectif à long terme est de créer un réseau européen unifié« , dit le texte européen.
MH P
Un héritage de l’Empire russe
Les écartements en vigueur en Finlande et dans les pays baltes, qui ont plusieurs points de contact avec la Russie actuelle, sont un héritage de l’Empire russe (1524 et 1520 mm sont originalement – et en pratique – le même écartement, mais on a officiellement enlevé 4 mm du temps de l’URSS). La Finlande n’a en fait qu’un point de contact avec le reste de l’UE (la Suède) et pour les pays baltes, la Lituanie communique avec la Pologne. Pour mieux arrimer les pays baltes au reste de l’UE, la ligne nouvelle Rail Baltica, orientée nord-sud entre l’Estonie et la Pologne via la Lettonie et la Lituanie, sera à voie normale.
Quelles solutions pour passer les frontières?Lorsque deux réseaux ferrés ne sont pas interopérables, on peut transborder les conteneurs d’un train à un autre dans les gares où le changement d’écartement a lieu (exemple : trains Chine – Europe via les réseaux à voie large).Dans la même logique, une correspondance peut être organisée pour les voyageurs entre trains d’écartement différents (comme à Villefranche-de-Conflent entre les TER venus de Perpignan et le Train jaune, à écartement métrique).Pour les trains classiques, de voyageurs en particulier, on peut recourir à une autre solution : les caisses des voitures sont soulevées et les bogies sont échangés (c’était le cas des trains de nuit Paris – Moscou, quand il y en avait, à la frontière Pologne – Biélorussie).Citons aussi les trains à écartement variable, spécialité de Talgo, mais qui n’en a plus le monopole (par exemple les trains de nuit Paris – Madrid, avant leur suppression, ou certains trains à grande vitesse espagnols qui continuent sur réseau classique).Enfin, pour régler le problème, quand c’est possible, on peut envisager la pose d’un troisième rail (avec l’écartement espagnol) ou de quatre files de rails (avec l’écartement russe).P. L.
Le RER de Copenhague à 100 % en CBTC… avec quatre ans de retard
Extinction des feux pour la signalisation latérale le long du réseau du S-tog, le RER de Copenhague. Depuis le 26 septembre, un contrôle des trains de type CBTC Trainguard MT de Siemens est en service sur les 170 km de lignes de S-tog, qui se distinguaient déjà du réseau ferré danois par leur électrification en 1,5 kV continu (contre 25 kV 50 Hz pour le réseau national).
Outre un gain de fiabilité (la signalisation lumineuse, installée entre l’ouverture du réseau en 1934 et les années 1960, était notoirement sujette à des dysfonctionnements), le CBTC devra augmenter la capacité du réseau par l’automatisation de la marche des trains (à court et moyen terme avec conducteur, le niveau GoA4 étant envisagé dans une quinzaine d’années) et la diminution des intervalles de 120 à 90 secondes entre trains.
C’est le 29 février 2016 que l’équipement d’un premier tronçon (Hillerød – Jægersborg, 25 km) a été mis en service par Banedanmark, le gestionnaire danois des infrastructures ferroviaires. Situé au bout de la branche « nord » du réseau, ce tronçon fréquenté par quelque 70 000 voyageurs quotidiens (sur les 350 000 du S-tog) avait été choisi pour une phase d’essais de cinq semaines en raison des règles d’exploitation simplifiées qui y sont en vigueur. L’équipement du reste du réseau, qui devait être réalisé pour 2018, s’est avéré bien plus complexe. En particulier sur le tronc commun dans le centre de la capitale danoise, où l’on devrait passer à 40 trains par heure et par sens, contre 30 auparavant. A cette fin, Siemens a fourni, en plus du CBTC, les enclenchements (Trackguard Sicas ECC), la commande centralisée (Controlguide OCS) et les équipements à bord des 135 rames S-tog, construites par Alstom/LHB et Siemens entre 1996 et 2005.
Dans les faits, le tronc commun n’est passé au CBTC qu’à la mi-janvier dernier, suivi le 26 septembre des trois dernières branches du réseau encore exploitées avec la signalisation latérale. Pour autant, Banedanmark est bien conscient des maladies de jeunesse du nouveau système, qui fera l’objet d’une surveillance attentive.
P. L.

Comment l’Ile-de-France tente de mettre fin à la pénurie de conducteurs
Valérie Pécresse change de ton. Après avoir envoyé, le 22 septembre, à Catherine Guillouard un courrier pour la sommer de présenter « un plan d’action » visant à rétablir un trafic normal des bus en Ile-de-France et à en finir avec les longues attentes pour les usagers, la présidente de région a convoqué cinq jours plus tard les opérateurs de transport puis fait part des solutions à mettre en œuvre pour redresser la situation.La dégradation du service touche avant tout les bus à Paris intra-muros : il est inférieur d’un quart à ce qu’il devrait être, conformément au contrat signé entre la RATP et IDFM. Ailleurs, en Ile-de-France, il est de 7 à 10 % inférieur au niveau attendu.
La RATP affirme « reconnaître ces difficultés » à tenir l’offre demandée. Elle l’explique principalement par deux causes : la montée de l’absentéisme et des difficultés de recrutements. Elle a lancé un grand plan de recrutement de 1500 conducteurs. Elle n’en a trouvé pour le moment que 700. « Il y a également 300 salariés en certificats d’isolement, certificats qui devaient prendre fin en juillet mais que le Gouvernement a décidé de prolonger jusqu’en janvier », rappelle Valérie Pécresse qui pointe aussi de nombreux arrêts de travail frauduleux : « La RATP compte 500 arrêts de travail frauduleux et 130 procédures de licenciement en cours pour ces arrêts de travail frauduleux ». Et l’élue de critiquer aussi « le recours abusif au droit de grève avec des préavis permanents et des grèves de 54 minutes qui désorganisent le fonctionnement des réseaux ».
Le constat posé, place aux remèdes. Pour soutenir les efforts des opérateurs dans leurs recrutements, IDFM va proposer une prime de 2000 euros aux candidats qui s’engageront dans des formations et se feront ensuite embaucher. La RATP propose déjà des primes de 300 à 500 euros à ses machinistes qui réussiraient à attirer de nouveaux conducteurs dans ses rangs. L’autorité organisatrice des transports franciliens appelle aussi à la rescousse les conducteurs de bus retraités ou les anciens militaires, en leur proposant de recourir au cumul emploi retraite. « Une formule déjà mise en place par Keolis ou Transdev », rappelle Valérie Pécresse.
La présidente d’IDFM assure aussi vouloir multiplier par deux l’offre de formation dans ces métiers. « A la demande des opérateurs, nous allons ouvrir dès la rentrée de septembre, dans un lycée professionnel d’Ile-de-France, un CAP de conducteur routier et de transport de voyageurs en Ile-de-France ». Elle annonce enfin qu’elle va participer aux programmes de construction de logements de la SNCF et de la RATP.
Côté administratif, il faut aussi, souligne l’élue, réduire les délais de reconnaissance d’un titre professionnel de conducteur, faute de quoi les candidats, découragés, partent vers d’autres métiers. D’où son appel à l’intervention de l’Etat.
Ces mesures suffiront-elles ? Elles seront surtout longues à produire leurs effets. « Il faut 3 mois pour former un conducteur de bus », rappelle Valérie Pécresse, en reconnaissant que la situation pour les utilisateurs de bus parisiens risque encore d’être difficile durant tout l’automne.
M.-H. P.¶
Le transport ferroviaire bien moins impacté que le bus par le manque de conducteurs
Pour Valérie Pécresse, en Ile-de-France, le réseau ferroviaire est très peu impacté par la pénurie de conducteurs. Côté SNCF, il manque en Ile-de-France 50 conducteurs sur un total de 2650. « La SNCF est en train de résoudre ce problème », affirme la patronne de région, en rappelant que le déficit d’offre sur le RER C atteint 4 %. « Dès la semaine prochaine, six trains seront rétablis sur la ligne C. »
Sur le réseau de métro, il manque 100 conducteurs sur un effectif de 2500. D’où une offre représentant 96 % de ce qu’elle devrait être.

Des prévisions optimistes pour le marché ferroviaire mondial
Tradition à nouveau respectée avec le retour d’InnoTrans : le premier jour du salon berlinois a donné lieu à la publication de l’étude sur le marché ferroviaire mondial réalisée par Roland Berger pour le compte de l’Unife (The European Railway Industries). En dépit des nuages qui se sont accumulés ces dernières années, au premier rang desquels figurent le Covid et l’invasion russe de l’Ukraine, la neuvième édition de cette étude reste optimiste pour les années à venir, après une légère baisse constatée entre 2019 et 2021.
La raison de cet optimisme ? « Avec une volonté politique accrue dans le monde entier d’élaborer des solutions de mobilité verte et les investissements nécessaires en matière de résilience et de reprise, l’étude prévoit une demande encore plus rigoureuse de nouvelles technologies de transport », explique l’Unife.
Dans 65 pays, regroupés en sept régions et représentant 98 % du trafic ferroviaire mondial, l’étude estime en effet à 3 % le taux de croissance annuel moyen du volume de marché ferroviaire, qui devrait atteindre une valeur de 211 milliards d’euros sur la période de 2025 à 2027. « Les taux de croissance les plus élevés sont prévus sur les marchés relativement petits d’Afrique/Moyen-Orient et d’Europe de l’Est, avec des augmentations de 7,1 % et 6,1 % respectivement. Cependant, des marchés plus matures comme l’Europe occidentale, l’Asie-Pacifique et l’Alena se développeront également de manière significative et représenteront donc la plus grande part de la croissance absolue », résume l’Unife.
« Cependant, ce marché en constante croissance devrait être ouvert à tous les fournisseurs pour permettre des systèmes ferroviaires vraiment efficaces. Par conséquent, une action politique forte est nécessaire pour atteindre des conditions de concurrence équitables sur le marché mondial du rail », a ajouté Henri Poupart-Lafarge, président de l’Unife et PDG d’Alstom. Et de fait, à l’heure actuelle, « seulement 61 % du marché ferroviaire mondial est ouvert aux fournisseurs ferroviaires internationaux, ce qui limite la pleine utilisation de nouveaux produits innovants qui promettent de décarboner le transport et de fournir à des millions de personnes des offres de mobilité fiables », indique l’Unife.
Selon l’étude, « des investissements considérables dans les infrastructures et le contrôle ferroviaire ont été entrepris en Asie-Pacifique, par exemple en Chine, ainsi qu’en Europe occidentale (par exemple, l’Allemagne et la France), qui ont augmenté de 1,6 % et 4,1 % respectivement ». Une grande partie de la hausse constatée est « liée aux progrès réalisés dans le domaine de l’infrastructure ». Depuis la dernière édition de l’étude, la longueur des voies ferrées en service a en effet augmenté d’environ 39 000 km, principalement sur les grandes lignes et celles à très grande vitesse, portant le cumul mondial à plus de 1,7 million de km de lignes urbaines et interurbaines. « Les voies supplémentaires ont été posées en majorité dans la région Asie-Pacifique, alors que la Chine a accéléré son plan de développement des infrastructures et que l’Inde a commencé à étendre ses corridors grandes lignes et fret ».
L’étude constate également un progrès de la numérisation, avec le déploiement des systèmes ERTMS et CBTC, de la maintenance prédictive, ainsi que la toute récente adoption de l’attelage automatique numérique (DAC) ou de nouvelles solutions innovantes (applications 5G pour le rail, amélioration des informations destinés aux voyageurs, billetterie et cybersécurité…)
« En outre, les initiatives phares telles que le Green Deal européen – avec l’objectif clé d’atteindre la neutralité climatique d’ici 2050 – auront des effets bénéfiques sur la demande de solutions ferroviaires. En particulier, la promotion de systèmes de propulsion alternatifs tels que les trains à hydrogène et à batterie. En tant que mode de transport le plus durable, le rail a le meilleur potentiel pour devenir l’épine dorsale de la mobilité durable dans le monde entier et pour atteindre les objectifs climatiques », envisage l’étude, selon laquelle l’industrie s’est redressée rapidement après la crise de Covid.
P. L.