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Fréquentation en hausse dans les transports strasbourgeois
La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) a transporté 124,8 millions de voyageurs sur son réseau en 2018, soit 4,2 % de plus que l’année précédente. Cette performance représente environ 255 voyages par an et par personne à l’échelle de cette agglomération de 490 000 habitants. L’offre kilométrique de la CTS a augmenté de 2,7 %, avec deux évolutions significatives : l’extension en novembre 2018 de la ligne de tramway transfrontalière sur 1,2 kilomètre jusqu’au centre de la commune allemande de Kehl, et la restructuration des lignes de bus dans la deuxième couronne de l’agglomération.
Le taux de couverture des dépenses par les recettes commerciales (55,99 millions d’euros) s’est établi à 47 %. « La contribution versée par la collectivité à la CTS pour chaque kilomètre produit a baissé de 25 % en dix ans », note Jean-Philippe Lally, son directeur général. L’année passée a aussi été marquée par le passage à la billetterie sans contact qu’il qualifie de « réussi », notamment pour ses aspects liés au développement durable.
Changement de statut
La CTS a changé de statut le 6 juin : la société d’économie mixte (SEM) opérationnelle depuis 1912 a été remplacée par une société publique locale (SPL) détenue à 80 % par l’Eurométropole et à 20 % par le conseil régional du Grand Est. La collectivité s’affranchira ainsi d’une procédure d’appel d’offres au terme du contrat de concession en cours, fin 2020. Le contrat de partenariat se poursuit avec Keolis qui assure pour un forfait annuel de 200 000 euros des prestations d’animation métiers, de partage de bonnes pratiques financières et technologiques, de promotion de l’innovation, de communication et de centralisation d’achats.
L’extension du réseau de tramway se poursuivra le 17 juin avec la mise en service d’un tronçon de 1,4 kilomètre supplémentaire (trois stations) sur la ligne E dans le secteur résidentiel de la Robertsau. Cette extension présente des caractéristiques environnementales spécifiques : elle s’insère dans une trame verte engazonnée et encadrée par des allées arborées, afin de répondre aux caractéristiques urbaines de ce quartier pavillonnaire. Un autre chantier, encore au stade des travaux de voirie et de plate-forme dans le faubourg de Koenigshoffen, aboutira mi-2020 à la mise en service de la ligne F prolongée vers l’ouest depuis le quartier gare.
Saturation en centre-ville
« Il faudra très vite trouver des solutions alternatives pour contrer la saturation du réseau de tramway en centre-ville. Un tramway passe toutes les 45 secondes en moyenne au croisement de l’Homme-de-Fer », observe Jean-Philippe Lally. Deux projets de lignes tangentielles sont déjà à l’étude. Le premier projet (ligne H) consistera à mettre en service dès novembre 2019 un BHNS entre le Parlement européen et la gare centrale. Le matériel roulant sera fourni par Alstom (Aptis). La CTS prévoit également l’extension du BHNS existant (ligne G), en provenance de la zone tertiaire de Schiltigheim jusqu’au quartier administratif de l’Etoile.
Olivier MIRGUET

Les trottinettes mises au pas à Paris
« La loi d’orientation des mobilités a malheureusement été reportée plusieurs fois et n’est toujours pas adoptée à ce jour par le Parlement. L’une des dispositions de la loi actuellement examinée à l’Assemblée consiste à réguler les vélos et trottinettes électriques en libre-service et sans station, dite en free floating. La Maire de Paris, tout comme de nombreux autres maires de France, ont donc décidé d’agir sans attendre » : dans un communiqué du 6 juin, Anne Hidalgo annonce la fin du débarquement sauvage des trottinettes avec de nouvelles mesures de régulation dans la capitale.
Elles devraient être mises en œuvre dès début juillet. Sans attendre l’adoption de la loi Mobilités (LOM) prévue courant juillet, si les sénateurs et les députés arrivent à se mettre d’accord sur le texte final.
Cinq nouvelles mesures
- interdiction de stationner sur les trottoirs et dans les jardins publics : les utilisateurs de trottinettes devront les garer sur les places de stationnement situées sur la chaussée et déjà utilisées par les voitures et les deux-roues motorisés. Aux opérateurs de faire appliquer cette règle, au risque de voir leurs engins mis en fourrière.
- vitesse bridée à 20km/h maximum dans tout Paris et à 8km/h maximum dans les aires piétonnes (la vitesse s’abaisserait automatiquement lorsque le GPS de la trottinette repère une zone piétonne).
- gel (voire réduction) du nombre de trottinettes disponibles à Paris, « tant que le gouvernement n’aura pas précisé le cadre légal« . Elles sont 20 000 actuellement selon le décompte de la mairie.
- la ville, la Préfecture de police et l’Assistance publique des hôpitaux de Paris vont évaluer l’accidentologie liée aux trottinettes électriques.
- Le port du casque est recommandé pour les conducteurs de trottinettes électriques.
Trois opérateurs de trottinettes maximum
« Dès que le gouvernement aura précisé le cadre légal des trottinettes électriques – ce qui devrait être effectif à la rentrée 2019 – la Ville de Paris franchira une nouvelle étape, en lançant un appel d’offres qui limitera à 3 le nombre d’opérateurs et fixera un nombre maximum de trottinettes électriques en libre-service à Paris« , précise la mairie. A ce jour, les équipes d’Anne Hidalgo estiment à 20 000 le nombre de ces engins en circulation. Sans compter les trottinettes privées.
« La sélection de ces trois opérateurs se fera sur la base de clauses sociales et environnementales« , précise le communiqué. Un autre volet de la LOM porte sur le statut des travailleurs des plate-formes numériques, afin de lutter contre le travail précaire des employés des start-up des nouvelles mobilités. Et un autre, sur la filière de recharge des véhicules électriques. En attendant, Lime, l’un des 12 opérateurs, se targue d’être en mesure de recycler 77% des batteries de ses trottinettes (lire l’interview de son dirigeant en France : ici).
N.A.

Quelle place pour les trains de la concurrence sur l’axe Paris – Lyon ?
Après l’effet d’annonce, le principe de réalité. Le 4 juin, Thello, filiale de la compagnie ferroviaire italienne Trenitalia, a annoncé sa volonté d’ouvrir deux allers-retours quotidiens à grande vitesse entre Paris et Milan. Avec des arrêts intermédiaires à Lyon, Chambéry, Modane, Turin et Milan (lire ici).
Une ouverture envisagée en juin 2020, année de la mise en place de la concurrence sur le marché des lignes ferroviaires non subventionnées, principalement à grande vitesse.
Saturation des sillons
Dans un tweet fort à propos, Laurent Monjole, directeur des Affaires publiques au cabinet d’avocats Samman, et anciennement à l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer), a mis le doigt sur les questions qui risquent de fâcher :

La saturation des sillons sur l’axe Paris – Lyon, c’est toute la question en effet. Même si son projet de liaisons à grande vitesse passe avec succès le « test d’équilibre économique » de l’Arafer (lire ci-dessous), rien ne dit qu’il y aura des sillons disponibles entre Paris et Lyon aux horaires propres à séduire la clientèle affaires visée par Thello lorsque l’italien commandera ses sillons à SNCF Réseau (dès maintenant pour faire rouler ses trains en 2020). En prévision de la concurrence, la SNCF, aujourd’hui en situation de monopole, a fortement renforcé son offre.
« C’est comme le périph’ à 8h du matin »
Il suffit d’aller sur le site oui.sncf pour s’apercevoir qu’à partir de 5h50 au départ de la gare de Lyon, les horaires des TGV de la SNCF entre Paris et la capitale des Gaules sont cadencés presque toutes les demi-heures, en semaine. « C’est le périph’ à 8 heures du matin : saturé ! », image un observateur du secteur. Pas de quoi intercaler un nouveau train aux heures les plus fréquentées, celles du matin et de la fin de journée, prisées par la clientèle affaires, celle que vise Thello. SNCF Mobilités semble avoir anticipé la concurrence en saturant le réseau.
Dans ces conditions, comment va s’y prendre SNCF Réseau pour trouver des sillons disponibles et répondre aux besoins du premier concurrent déclaré ? « Nos horairistes vont bientôt instruire les demandes de Thello, ça ne sera pas simple car l’axe n’est pas banal », admet Arnaud Sohier, directeur commercial de SNCF Réseau, gestionnaire de l’infrastructure ferroviaire.
L’épreuve du feu pour SNCF Réseau
D’autant qu’outre les Ouigo et les inOui de SNCF Voyages, circulent aussi des TER et des trains de fret. « Il ne s’agit que de deux allers-retours par jour, veut toutefois tempérer M. Sohier. Nous mettrons toutes les entreprises ferroviaires autour de la table de négociation, c’est la procédure de coordination annuelle habituelle, et chacun devra faire des compromis, nous avons l’obligation d’allouer les sillons en toute équité et en toute transparence. Notre intérêt, c’est que le réseau soit le plus circulé possible [pour percevoir plus de redevances, NDLR] », poursuit-il.
SNCF Réseau a surtout l’ardente obligation de réussir cette première expérience de la concurrence ferroviaire sur les lignes à grande vitesse. Pour les équipes de Jean Ghedira, en charge de la direction Clients, c’est l’épreuve du feu. Et si d’autres concurrents se montrent intéressés par cet axe, l’un les plus rentables du réseau ferroviaire français, l’attribution des créneaux de circulation risque de se tendre un peu plus encore.
Nathalie Arensonas
En quoi consiste le test d’équilibre économique ?
L’Arafer vérifie si les nouveaux services envisagés par une entreprise ferroviaire ne risquent pas de porter un préjudice économique (pertes de recettes, coûts supplémentaires) aux contrats de services publics existants : les liaisons Intercités et surtout, les liaisons TER subventionnées par les régions qui sont d’ailleurs parfois assurées par des TGV.
+ d’information sur le site de l’Arafer : ici

Grande vitesse GB – Alstom et Bombardier-Hitachi dévoilent le design des trains
Le 5 juin, à moins d’une heure d’intervalle, Alstom et le groupement Bombardier-Hitachi ont présenté le design de leurs trains respectifs pour la ligne à grande vitesse britannique HS2. Outre ces deux candidats, CAF, Siemens et Talgo ont également été présélectionnées par le ministère des Transports britannique (DfT) pour la fourniture de 54 trains à grande vitesse (360 km/h) destinés à relier Londres, Birmingham et le nord de la Grande-Bretagne.
L’industriel qui remportera au printemps 2020 ce contrat évalué à 2,75 milliards de livres sterling (3,1 milliards d’euros) devra concevoir, construire et assurer la maintenance à Washwood Heath (Birmingham) de ce matériel, qui devra être mis en service en décembre 2026, tant sur la première étape de la ligne nouvelle HS2 que sur les lignes classiques au gabarit britannique.
Alstom défend ses positions« La vision d’Alstom est de proposer avec les trains HS2 un design intemporel, offrant une expérience unique aux passagers, calme et spacieuse », a déclaré Nick Crossfield, directeur général d’Alstom Royaume-Uni et Irlande. Le constructeur rappelle à l’occasion son « expertise inégalée en matière de trains à grande vitesse, des trains emblématiques tels que le TGV en France, Avelia Liberty aux Etats-Unis et AGV en Italie, ainsi que 20 ans d’expérience relative aux trains Pendolino sur la West Coast Mainline au Royaume-Uni ». Alstom défend ses positions outre-Manche avec le matériel roulant de la HS1, la première génération de trains Eurostar, un partenariat avec le National College for High Speed Rail et son récent investissement dans le Centre des technologies de transport à Widnes, dans le nord-ouest de l’Angleterre.
Great BritishDe leur côté, Bombardier et Hitachi avaient annoncé l’été dernier leur intention de déposer une offre commune. Celle-ci est désormais qualifiée de Great British, en jouant sur le mot Great (« grand », mais aussi « formidable ») et sur le fait que les deux groupes disposent déjà d’usines en Grande-Bretagne. « Ce train sera le plus avancé et le plus tourné vers le client qui aura jamais roulé au Royaume-Uni », proclament donc Bombardier et Hitachi, rappelant également leurs mérites respectifs dans le domaine de la grande vitesse ferroviaire : « Hitachi a été le pionnier des Shinkansen, tandis que Bombardier présente une expérience internationale diversifiée grâce à ses trains à grande vitesse circulant en Europe et sur le plus grand réseau mondial, en Chine ». Sans oublier d’indiquer que les deux groupes travaillent déjà ensemble sur le train italien Frecciarossa 1000, « le train à grande vitesse en service le plus rapide et le plus silencieux d’Europe », dont 14 rames de plus ont été commandées le 4 juin.
P. L.

Ile-de-France Mobilités lance la location de vélos électriques longue durée
Après Véligo, le stationnement sécurisé pour les vélos, Ile-de-France Mobilités va lancer Véligo Location. Ce service de location longue durée de vélos à assistance électrique (VAE) sera mis en service en septembre prochain. Mais les Franciliens peuvent dès aujourd’hui s’inscrire sur le site veligo-location.fr.
Facturée 40 euros par mois (avec possibilité d’une prise en charge à 50 % par l’employeur), la location est prévue pour six mois et inclut l’entretien et l’assistance. Des équipements et accessoires seront également proposés en options, par exemple des casques, chargeurs, pompes ou encore sièges-enfants.
10 000 VAE seront progressivement déployés, chiffre qui pourra doubler si la demande est suffisante.
Financé par IDFM et la région Ile-de-France, c’est le groupement d’entreprises Fluow (La Poste, Transdev, Vélogik et Cyclez) qui exploitera ce service. 200 points de commercialisation seront déployés dès septembre pour la remise des vélos et leur entretien, via des agences de La Poste, des relais du groupe Transdev et des commerces partenaires.

Keolis restera à Château-Thierry neuf ans de plus
Le réseau de transport urbain Fablio de Château-Thierry, dans l’Aisne, continuera d’être exploité par Keolis. La nouvelle délégation de service public entre la Communauté d’agglomération de la région de Château-Thierry (CARCT) et l’exploitant commencera le 1er juillet pour neuf ans. Elle devrait générer un chiffre d’affaires de 23 millions d’euros.
Keolis s’engage à augmenter le nombre de voyages de 14,3 % grâce à une restructuration du réseau urbain et à la création de nouvelles lignes de transport à la demande. Celles-ci permettront de desservir les 87 communes de l’agglomération, contre 35 actuellement. La gamme tarifaire doit être simplifiée et les voyageurs bénéficieront d’informations en temps réel à la rentrée. Une application et un site de réservation en ligne sont également au programme.
Keolis vise une hausse des recettes de 22,6 % d’ici à la fin du contrat.

Affaire IBM-SNCF : perquisitions au siège de la SNCF et à la direction des Achats
Selon une information révélée par Le Parisien, des agents de l’Office central de lutte contre la corruption et les infractions financières et fiscales ont mené des perquisitions mardi 4 juin au siège de la SNCF à Saint-Denis ainsi qu’à la direction des Achats de la compagnie ferroviaire, à Lyon. C’est au sein de cette direction que travaillait le lanceur d’alerte Denis Breteau, qui avait porté plainte contre X en 2012 pour dénoncer les procédures de passation des contrats entre la SNCF et l’informaticien IBM (lire l’article dans notre numéro de mars 2019).
La perquisition s’inscrit dans le cadre de l’enquête préliminaire ouverte en 2016 par le Parquet national financier (PNF) qui vise à vérifier si la SNCF a favorisé, ou non, le groupe américain IBM lors d’appels d’offres pour acheter des prestations et du matériel informatiques dans les années 2010. Marchés que Denis Breteau, alors acheteur à la direction des Achats, avait jugés biaisés, car « saucissonnés en contrats inférieurs à 1,5 million d’euros », et passés via une filiale dédiée, Stelsia, dissoute en 2017 par Florence Parly (l’actuelle ministre des Armées était alors directrice Stratégies et Finances de la SNCF) suite à une mise en demeure de la Commission européenne.
Marchés de gré à gré avec IBM
Les juges d’instruction s’intéressent justement à cette filiale créée en 2010 et qui a servi à passer des marchés de gré à gré avec IBM, alors que la SNCF est soumise aux procédures de la commande publique qui l’oblige à organiser des appels d’offres. Selon des sources syndicales, ce contournement des règles serait un renvoi d’ascenseur pour l’énorme marché logistique d’un milliard d’euros lancé par IBM et remporté deux ans plus tôt par Geodis, filiale de SNCF.
Licencié fin 2018, le lanceur d’alerte (statut que ne lui reconnaît pas la SNCF), s’est vu donner raison en avril dernier par le tribunal des prud’hommes qui a annulé son licenciement. La SNCF a fait appel. Quelle que soit l’issue de l’affaire Breteau, l’enquête sur les marchés potentiellement truqués poursuit visiblement son cours.
N. A.

Devenir des champions de l’e-industrie
Patrick Jeantet, PDG de SNCF Réseau était l’invité du Club Ville Rail & Transports pour parler de son livre Les nouveaux industriels. Nourri par son expérience dans le BTP et les services, en France et à l’International, que ce soit la gestion et la distribution de l’eau, l’aéroportuaire ou le transport urbain, il expose sa vision sur la façon dont l’industrie doit se développer. Un point de vue qu’il applique à SNCF Réseau.

Le Club VRT accueillait Patrick Jeantet
le 9 avril dernier, dans les Salons de la mairie
du VIIe arrondissement à Paris.« J’ai écrit ce livre après avoir constaté qu’aujourd’hui on parle davantage de virtuel et de plateformes que d’industrie. Les Gafa captent l’attention et la capitalisation boursière. En réalité ces plateformes ne sont possibles que parce que des industries et des infrastructures réelles extrêmement puissantes existent », soutient Patrick Jeantet. Contrairement aux idées reçues, estime-t-il, nous ne sommes pas dans une ère de désindustrialisation, mais dans une ère hyper industrielle : « Cela ne se voit pas sur les indicateurs, car le PIB industriel a baissé, mais cela est dû aux gains de productivité réalisés qui ont permis de faire baisser les prix. » Selon sa thèse, développée dans son livre, les entreprises qui gagneront demain seront à la fois capables d’avoir des actifs industriels et de faire la convergence avec l’actif digital. L’e-industrie reposera sur l’alliance du virtuel et du réel. « Les Gafa ne s’y trompent pas. Google travaille à la conception de la Google Car, Elon Musk a lancé Space X et Tesla et une usine de batteries entièrement automatisée, qui permettra de les produire aux Etats Unis pour 10 % moins cher que le marché mondial. La convergence du virtuel et du réel est essentielle pour les entreprises de demain. Celles qui ne feront que du virtuel perdront pied », prédit-il.
Trois défis à surmonter
Pour réussir leur mue, les industries sont face à trois défis. Il faut, d’abord, continuer à développer ses produits phares tout en développant ceux de demain. « En ce qui concerne le ferroviaire, cela implique de s’intéresser au projet Hyperloop ou à la lévitation magnétique. La technologie a tellement évolué qu’elle pourrait être celle de demain. Les entreprises doivent être ambidextres, pour continuer à développer leurs produits historiques, tout en s’organisant pour investir sur des systèmes en rupture qui pourront remplacer ces produits historiques. Si la lévitation magnétique coûte moitié moins cher que le TGV, ce dernier pourrait disparaître à son profit. » C’est pourquoi il plaide pour que soient montées dans les entreprises, parallèles aux anciennes structures, des entités séparées capables de produire des innovations de rupture.
Le deuxième enjeu pour les entreprises consiste, selon Patrick Jeantet, à revoir la méthode de développement de produits nouveaux. « Historiquement, les ingénieurs avançaient dans leurs recherches de manière séquentielle. Ils ne cherchaient pas à savoir ce qui existait dans d’autres secteurs. Aujourd’hui, il faut aller voir ce qui a été inventé ailleurs pour croiser ces avancées avec la recherche de notre domaine. Les start-up apportent beaucoup de bonnes idées. Il faut articuler leur travail avec les grands groupes. Parce que l’organisation de produits nouveaux se fait différemment qu’avant, la SNCF a créé les “574“ pour accélérer les projets digitaux. C’est à la fois une place de coworking, un endroit où on teste, où l’on fait travailler les start-up avec des ingénieurs maison, un showroom… La transdisciplinarité permet l’agilité avec les partenaires à la fois internes et externes à l’entreprise », assure Patrick Jeantet.
Et le troisième défi auquel les entreprises doivent se préparer, c’est d’être capable de combiner la force de l’industrie et du digital. L’industrie s’est fondée sur l’idée de standardiser pour réduire les coûts et vendre en masse, tandis que l’approche du digital permet la personnalisation en fonction de la connaissance de chaque client. « Les nouveaux industriels seront capables de garder des coûts bas en prenant en compte la connaissance des clients. C’est ce qu’essaye de faire l’industrie automobile. A la place des chaînes, on a des équipes qui personnalisent les voitures. »
En plus de ces défis, les industries doivent prendre en compte l’écologie et le développement durable. « Car même si la France est parmi les pays les plus vertueux, nous sommes en retard par rapport aux objectifs de la COP21, et les jeunes générations réclament une réaction. Dans tous les produits, il faut du low carbon by design, et ne pas faire les choses après coup. »
L’e-industrie, une chance pour l’Europe
Patrick Jeantet voit dans l’émergence de l’e-industrie une opportunité de relancer le projet européen autour d’objectifs concrets et fédérateurs. « L’Europe a perdu la révolution du numérique (B to C) contre les Gafa et les BATX [Baidu, Alibaba, Tencent et Xiaomi, NDLR], c’est irrattrapable, mais l’e-industrie démarre seulement. Si on parle beaucoup d’intelligence artificielle, de maintenance prédictive, des drones d’Amazon, cela reste des concepts, des trucs de communicants. Il y a là quelque chose à jouer. Mais pour pouvoir transformer l’essai, il faut une fédération européenne. Si une politique industrielle n’est pas poussée par l’Europe, chaque pays européen deviendra le vassal des Chinois ou des Américains », prévient-il. A ce titre il regrette que l’Europe n’ait pas autorisé la fusion Siemens-Alstom. « Ensemble ces deux entreprises auraient eu plus de moyens pour financer des projets d’innovation. La Commission était contre pour des raisons de concurrence, parce que la fusion aurait limité le nombre de concurrents dans certains pays, mais le refus a aussi été motivé parce qu’ensemble ces entreprises auraient représenté 66 % des parts de marché de la très grande vitesse. Mais il n’y a pas de marché de la grande vitesse, il y a un appel d’offres tous les trois ans. Ensemble ces sociétés auraient pu faire des TGV moins cher pour faire face à la concurrence chinoise qui arrive. Cette décision pose la question de savoir où est la politique industrielle de l’Europe. Nous avons su faire Airbus, mais depuis nous avons perdu la vision originaire de l’Europe de la CECA. Il faut la reconstruire. Si les Français n’aiment pas leurs industries, il y a peu de chance qu’elles reviennent en France. Une étude récente a démontré que la jeune génération attend beaucoup de la renaissance industrielle, ce qui laisse de l’espoir. Mais on a besoin d’une Europe fédérale. L’Europe économique sans politique budgétaire ne marche pas. Si on ne fait rien au niveau Européen, on risque de décliner. Il faut une convergence physique et digitale pour créer les grands groupes de demain. C’est ce que j’explique dans ce livre. »
Une révolution culturelle nécessaire
Et, pour faire le lien avec le ferroviaire, le président-directeur général de SNCF Réseau explique : « La SNCF a toujours été innovante, mais le temps du transport ferroviaire n’est pas celui du digital. Il est beaucoup plus lent. Dans les années 50 l’électrification a été une rupture majeure, comme les TGV dans les années 80, et le site Internet ouisncf.com est l’un des sites qui vend le plus. Le groupe a rarement raté un tournant. Aujourd’hui il prépare celui de l’automatisation complète du transport ferroviaire prévue pour dans 10 ou 20 ans. On commence en installant Nexteo sur Eole, et ERTMS niveau 2 et bientôt niveau 3 sur le réseau structurant. C’est un premier pas vers l’automatisation. Pour les attributions de sillons, demain nous aurons des systèmes intelligents qui reconnaîtront les conflits, sauront simuler et, en cas d’incident, optimiser le système pour aider à la décision puis donner des ordres aux trains. On arrivera ensuite aux trains autonomes. Ce sera une grande révolution dans le ferroviaire. »
Le deuxième champ d’application du digital à la SNCF concerne la maintenance prédictive avec l’analyse des données. « Pour avoir davantage d’informations, SNCF Réseau va rajouter des capteurs qui permettront de surveiller ses 30 000 km de voies automatiquement. Pour mettre cela en place et pouvoir travailler avec le monde du digital, nous avons monté les Fab 574, un digital open lab, avec la FIF et nous travaillons avec Fer de France pour améliorer l’ensemble du système ferroviaire avec tous les industriels », détaille-t-il.
Mais le dirigeant constate que les changements qui arrivent nécessitent une révolution culturelle. « Le premier frein dans les groupes comme la SNCF, c’est la culture trop cartésienne de nos ingénieurs. Ils proposent trop souvent une seule solution pour un problème donné. Il faut transformer la culture et analyser les risques de probabilité. Cette transformation culturelle est essentielle, mais implique le droit à l’erreur. Et il faut amplifier la coconstruction. Nous avons lancé un programme de poste d’aiguillage du futur sous forme de partenariat d’innovation avec quatre industriels qui ont comme objectifs finaux d’être 15 % moins cher et compatibles avec ERTMS, mais ont la liberté des moyens technologiques pour y parvenir. Cette nouvelle approche partenariale permettra de faire baisser les coûts des trains, et d’augmenter la qualité de service et la capacité du système ferroviaire. »
Valérie Chrzavzez
Questions & Réponses
Un membre du club demande à Patrick Jeantet si une entreprise comme la SNCF peut être disruptive et comment il envisage le financement de la recherche dans les grandes structures. Il reconnaît : « A la SNCF nous sommes des cartésiens au carré, mais on sent un ras-le-bol de ce système de la part des ingénieurs de Réseau. Il faut devenir disruptif, changer, sinon nous disparaîtrons. Avec l’équipe de direction nous en avons la volonté. Nous avons lancé le programme Nouvel’R pour travailler différemment : en coconstruction, en transversalité, en ouverture. Nous allons y arriver, mais cela nécessite de convaincre. Nous avons longtemps eu tendance à faire des infrastructures pour des infrastructures et à poser, après seulement, la question du service, tandis que le digital part des failles du marché pour proposer quelque chose qui y réponde. Il faut parvenir à combiner les deux approches. Le Comex de SNCF Réseau est aligné avec cette stratégie. L’enjeu de la réforme du ferroviaire, c’est le changement radical de la façon dont le groupe est géré, il nous faut le décentraliser. Concernant les recrutements, les Gafa sont tellement riches qu’elles peuvent embaucher tous ceux qui font de l’intelligence artificielle à des salaires triples de ceux que nous pouvons offrir. Heureusement, il existe encore des gens qui ne veulent pas travailler pour elles et considèrent que le service public reste essentiel. Et comme la SNCF a la réputation d’être une société innovante, elle a un pouvoir d’attractivité envers de jeunes talents qui ont envie de faire avancer les choses. Si, face aux Gafa, il y a un sujet financier, il faut reconnaître que les sociétés d’Etat ont les moyens d’innover, y compris via le Crédit impôt recherche, que la SNCF n’utilise pas assez. »
On interroge aussi Patrick Jeantet sur la façon dont SNCF Réseau se positionne sur l’ouverture à la concurrence. « Il y a déjà de la concurrence dans le fret. On y compte 20 entreprises autres que la SNCF, ce qui implique des interfaces plus complexes à gérer. Le rôle de SNCF Réseau est de piloter et coordonner ces activités. En matière de concurrence, mon objectif est de donner confiance aux nouveaux entrants. La réforme réunifie l’ensemble du système et on pourrait penser que SNCF Réseau ne sera pas impartial, même si la loi a mis des garde-fous. Aussi, pour donner confiance, j’ai mis en place une équipe qui démarche les entreprises ferroviaires pour étudier avec elles la mise en place de nouveaux services. Il y a deux ans, j’avais déjà mis en place une équipe pour accompagner les Régions dans l’ouverture du marché. Nous avons besoin de concurrence, car nous avons le réseau ferroviaire le plus grand d’Europe, mais il est aussi le moins circulé. Il faut y mettre davantage de trains. C’est possible, mais il faut convaincre les entreprises pour qu’elles ouvrent de nouveaux services. Et c’est pour cela que nous travaillons sur les péages, et proposer des mesures spécifiques pour les nouveaux entrants, par exemple des péages adaptés durant les trois premières années. »
Avez-vous un avis sur l’ouverture des données ? « L’ouverture des données fait l’objet d’un chapitre de la LOM. A titre personnel je suis favorable à l’ouverture de beaucoup de données, mais je ne vois pas pourquoi le TGV donnerait celles qui relèvent du secret commercial à ses concurrents. On peut aussi se poser la question de leur ouverture dans la maintenance. Il est légitime de donner les standards de maintenance, mais l’optimisation qu’a pu faire un opérateur, c’est son savoir-faire. Il ne faut pas le lui enlever, au risque de l’affaiblir. »
Vous avez évoqué l’intérêt d’externaliser certaines activités, comment avancez-vous sur ce sujet avec vos équipes ?
« On se cherche et on avance en marchant. Dans l’externalisation, il faut faire plus de prestations complètes, alors qu’aujourd’hui on externalise des métiers par spécialité et cela pose la question du pilotage. Il faut que les industriels s’améliorent sur la gestion de la sécurité, mais plus encore sur la gestion de projet. Autant nous sommes remarquables dans la gestion de grands projets comme Eole, autant, dans la gestion de projets de taille moyenne, il faut progresser. Nous n’avons pas encore de stratégie claire sur l’optimum de l’externalisation. En ingénierie, nous externalisons 20 à 30 %, paradoxalement, nous sommes frileux pour externaliser les études d’exécution alors que nous externalisons trop souvent des études d’exploitation ou de conception. »
V. C

Concurrence – Thello veut lancer des trains à grande vitesse en France
Ce sera une première sur le marché de la grande vitesse en France. Alors que Trenitalia n’a jamais caché son intention d’exploiter des trains à grande vitesse entre les réseaux ferrés italiens et français, sa filiale Thello a notifié le 4 juin à l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer) « son intention d’exploiter, à compter de juin 2020, un nouveau service international de transport ferroviaire de voyageurs entre Paris et Milan, utilisant les réseaux à grande vitesse français et italien ».
Côté Thello, il est précisé que « le service Paris-Milan sera lancé par Trenitalia […], par le biais de Thello sur le territoire français ». La fréquence serait de « deux allers et retours quotidiens y compris samedi, dimanche et jours fériés » entre Paris (gare de Lyon), Lyon (Part-Dieu), Chambéry-Challes-les-Eaux, Modane, Turin et Milan (Centrale).
Concurrence frontale pour la SNCF
Le matériel roulant serait du type Zefiro V300, offrant 457 places assises (300 places Standard, 76 places Premium, 69 places Business, dix places Executive et deux places PMR). A noter que le même jour que l’annonce de l’Arafer, Bombardier et Hitachi annonçaient avoir reçu une commande supplémentaire de Trenitalia portant sur 14 rames Frecciarossa 1000, « dérivées du Zefiro V300 ».
Selon Thello, « Au moins pour la/les premières années d’exploitation, la clientèle italienne est principalement visée par ce service qui vient enrichir l’offre de service de transport de l’opérateur historique. Ce service a pour principale ambition d’étoffer l’offre de transport international de Trenitalia. Sur l’origine-destination Paris-Lyon, nous espérons un chiffre d’affaires compris (dans une fourchette comprise entre [10-20] et [20-30] % du CA total (de la liaison). »
Pour la SNCF, la concurrence sera frontale. Les trains Thello/Trenitalia circuleront environ une demi-heure après les TGV Paris – Milan de l’opérateur historique. De plus, ce dernier est actuellement cantonné à la gare milanaise de Porta-Garibaldi et non à la gare centrale…
P. L.

Patrick Jeantet fait souffler son Nouvel R’ sur le terrain
Après Lyon (20 mai pour tout le Sud-Est), Poitiers (23 mai pour l’Atlantique), et Lille (30 mai pour les Hauts-de-France, la Normandie et le Grand Est), c’est en Ile-de-France que se sont terminées, ce 4 juin, les conventions de managers de SNCF Réseau. Elles rassemblaient à chaque fois environ 500 personnes, soit les managers de terrain, « là où se crée la valeur », dit Patrick Jeantet.
Augmenter la capacité du réseau
Objectif : les sensibiliser à Nouvel R’, le projet d’entreprise de Réseau. Pour son président, le pacte ferroviaire voulu par le gouvernement donne de nouveaux leviers. Et Nouvel R’ les utilise pour améliorer les performances du système. En termes économiques, mais aussi en qualité de service et en innovation. Exemple, l’augmentation des capacités du réseau. Soit avec ERTMS : en cours d’appel d’offres pour la LGV Paris – Lyon, afin de passer de 13 à 16 trains par heure et par sens ; en projet sur Marseille – Vintimille, pour augmenter de 20 à 30 % la capacité de la ligne. Soit, en Ile-de-France, avec le CBTC Nexteo. Déployé d’abord sur le RER E, puis sur les RER D et B, en profitant à chaque fois de l’arrivée de nouveaux matériels, le système, après un palier à 22 trains, permettra à terme le passage de 28 trains par heure et par sens à 120 km/h.
Patrick Jeantet voit dans ces capacités nouvelles une « révolution technologique un peu similaire à celle qu’on a connue avec les LGV dans les années 80 ». Sauf que la construction des LGV nécessite des milliards, tandis que les systèmes de signalisation ou de contrôle-commande se chiffrent en centaines de millions.
Confier les flux des trains et des passagers
à Gares & ConnexionsDeuxième grand sujet des conventions, le nouveau rôle de Gares & Connexions, qui va migrer de SNCF Mobilités à Réseau et devenir une SA. L’idée, c’est, « comme dans un aéroport », dit l’ancien directeur général d’ADP, de confier à la future filiale de Réseau la gestion de l’intégralité des flux : mouvements des trains, flux des passagers en gare, accès aux gares aussi afin d’assurer la plus grande fluidité. Le projet précédemment porté par Patrick Ropert de déploiement de commerces et services connus sous le nom de « City Booster » n’est pas remis en cause, mais s’inscrit dans ce cadre plus large. Patrick Jeantet reprend l’équilibre vertueux mis en place par Gares & Connexions : la moitié de la valeur dégagée par les commerces et services est rétrocédée au système ferroviaire, et permet de faire baisser les redevances demandées aux opérateurs pour accéder aux gares. Prochain grand rendez-vous pour les City Booster, la future gare de Paris-Nord, qui doit (cela fait partie des rares rendez-vous confirmés pour cette échéance), être ouverte pour les JO.
Parallèlement, Gares & Connexions va lancer son programme « Mille et une gares », dans le cadre de ses missions de services publics. Le programme sera mis en œuvre dans 300 gares pour commencer. Il s’agit d’offrir aux maires ou aux présidents d’agglomération un catalogue de services dans lesquels ils pourront puiser. Comme Réseau équipe en fibre optique quelque 15 000 km, avec des surcapacités par rapport aux besoins ferroviaires, cela permet de proposer la mise en place dans les gares d’espaces de coworking ou d’incubateurs. Les services (heureusement) ne se limitent pas à la high-tech : Metz a mis en place en gare une mairie annexe.
800 collaborateurs à recruter pour la régénération
du réseau en Ile-de-FranceEn Ile-de-France, on le sait, le grand défi à relever, ce sont les travaux de régénération. Leur montée en puissance nécessite des recrutements. Cette année, Réseau doit embaucher 800 collaborateurs dans la région capitale. Pas facile à trouver, malgré la garantie logement offerte par SNCF Réseau (comme par Transilien), pour faire venir les agents en région parisienne. Réseau peut faire appel à la sous-traitance et ne s’en prive pas. Mais les Egis, les Setec ou les Systra ont les mêmes problèmes de recrutement. Et, même si tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles avec la SGP, les besoins énormes en travaux ferroviaires dans la région rendent la question du recrutement capitale…
F. D.
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