Auteur/autrice : Jean Didier HERAIL

  • Deux communes lancent le stationnement payant pour les deux roues motorisés

    Deux communes lancent le stationnement payant pour les deux roues motorisés

    Il n’y a pas que les automobilistes qui doivent payer leur stationnement. C’est aussi le cas pour les utilisateurs de motos et de scooters qui doivent désormais mettre la main à la poche s’ils stationnent dans deux communes du Val-de-Marne : Vincennes et Charenton-le-Pont. Une possibilité offerte par la loi sur la dépénalisation du stationnement mise en œuvre depuis le début de l’année et qui a transféré aux villes la gestion du stationnement sur leur territoire.

    A Vincennes, où la Fédération française des motards en colère est venue manifester à deux reprises ces dernières semaines, 800 places ont été aménagées pour les scooters et motos, « de plus en plus nombreux », a expliqué à l’AFP Charlotte Libert-Albanel (UDI). Selon l’élue, qui se défend de vouloir mettre en œuvre une « mesure anti-deux-roues », il semble au contraire « assez normal de les faire contribuer » et s’assurer « l’équité entre les deux roues et les voitures ».

    Sur son site, la ville explique avoir « investi pour réaliser un nombre croissant de parcs motos, atteignant aujourd’hui plus de 150 parcs totalisant plus de 780 places ».

    Le coût du stationnement appliqué à partir d’aujourd’hui sera environ d’un tiers à celui des voitures, proportionnel à la taille d’un deux-roues par rapport à un emplacement pour voiture. Ainsi, pour deux heures de stationnement, les scooters et motos devront acquitter 1,50 euro contre 4,40 euros pour les automobilistes. Des tarifs résidentiels vont être proposés (70 centimes la journée, 2,70 euros la semaine). Amende encourue en cas de non-paiement : 12 euros contre 35 euros pour les voitures.

    La mairie de Charenton-le-Pont veut de son côté « maîtriser » le stationnement des deux roues qui « depuis trop d’années empiètent sur les espaces réservés aux piétons ». Quelque 500 places ont déjà été créées et d’autres devraient l’être dans le futur. Le tarif, 80 centimes ou 1,33 euro les deux heures en fonction du lieu, correspond aussi à un tiers du prix payé par les automobilistes. Un tarif résidentiel est prévu (2 euros par semaine) et le montant de l’amende fixé à 10 euros, contre 17 euros pour les voitures. Une tendance appelée à se généraliser ?

    M.-H. P.

  • Réforme ferroviaire : le dialogue de sourds

    Réforme ferroviaire : le dialogue de sourds

    Les premières discussions sur le projet de nouveau pacte ferroviaire doivent commencer cet après-midi à l’Assemblée nationale, le jour même – ce n’est bien sûr pas un hasard – où les organisations syndicales lancent leur mouvement de grève à la SNCF. Un mouvement très suivi puisque près de 33,9 % des cheminots (77 % des conducteurs) étaient en grève le 3 avril, selon la SNCF.

    Premier thème qui sera débattu par les députés en commission : l’ouverture à la concurrence, sur lequel le gouvernement rappelle avoir organisé plus d’une trentaine de réunions notamment avec les organisations syndicales. Et estime avoir réalisé des avancées. « Nous sommes en train de remplacer les ordonnances par des dispositions législatives pour tout ce qui concerne l’ouverture à la concurrence », a indiqué la ministre des Transports le 30 mars, en présentant les dispositions décidées par le gouvernement. Et Elisabeth Borne d’ajouter : « Ces dispositions vont pouvoir être débattues par le Parlement. Si certaines organisations syndicales sont opposées à la concurrence, on ne pourra pas être d’accord. Mais sinon, il est possible de discuter des modalités. Nous ne sommes qu’à mi-chemin de la concertation. »

    Une ouverture remise en cause par les quatre organisations syndicales représentatives à la SNCF qui ont unanimement fustigé la méthode gouvernementale et le fond du projet. Selon la CGT Cheminots, la concertation a été « stérile » et les organisations syndicales sont « déçues et en colère » de ne pas avoir été entendues. Roger Dillenseger, le secrétaire général de l’Unsa-Ferroviaire, regrette que « la grève est désormais – malheureusement – le dernier levier pour aboutir à des résultats ».

    Erik Meyer, secrétaire fédéral SUD-Rail, estime que « les dispositions retenues par le gouvernement reprennent toutes les préconisations du rapport Spinetta. Le gouvernement a même ajouté un point : l’ouverture à la concurrence à partir de 2023 pour les trains franciliens et il renvoie aussi au conventionnement régional pour le maintien des dessertes non rentables. Ce qui confirme notre analyse que nous allons vers une vraie fracture territoriale ».

    Point par point, les dispositions retenues par le gouvernement pour ouvrir le ferroviaire à la concurrence:

    – pour les grandes lignes, la concurrence prendra la forme de l’open access à partir de décembre 2020. Ce choix permettant à de nouveaux opérateurs de venir proposer librement leurs services est justifié par la possibilité d’offrir un plus grand choix aux voyageurs tout en laissant à la SNCF celle de maintenir son offre.

    Pour garantir le maintien des dessertes par TGV des villes petites et moyennes, le gouvernement propose de moduler le montant des péages en baissant les tarifs des liaisons les moins rentables et en augmentant ceux des plus rentables. Par exemple, les péages pratiqués inciteront les opérateurs à desservir Paris – Chambéry et non pas seulement Paris – Lyon.

    Il y aura un avis conforme de l’Arafer sur les péages « car nous avons besoin plus que jamais d’un régulateur fort », a affirmé Elisabeth Borne, tout en ajoutant que « les textes devront encore prévoir ce qu’il se passera en cas de divergences de vues avec l’Arafer ».

    Les tarifs sociaux sont conservés pour tous ces services.

    – Les TER pourront être soumis progressivement à la concurrence à partir de décembre 2019 pour les régions qui le souhaitent et au plus tard en décembre 2023. Avant décembre 2023, une région pourra confier l’exploitation de ses trains directement à la SNCF mais pour une durée maximale de dix ans. Des exceptions sont aussi prévues pour des situations très spécifiques comme par exemple de petits réseaux ou une complexité géographique particulière.

    Les TET sont soumis au même calendrier que les TER. « Nous nous sommes engagés dans un important renouvellement de matériel. Il faut que nous calions les calendriers en tenant compte de l’arrivée de ces matériels », a précisé la ministre des Transports.

    – Le réseau ferroviaire francilien connaîtra un régime particulier. Pour les lignes créées entre décembre 2019 et décembre 2023 (c’est-à-dire les tram-train T12 et T13), l’autorité organisatrice Ile-de-France Mobilités pourra choisir soit d’en confier directement l’exploitation à SNCF Mobilités soit de lancer un appel d’offres. Les autres lignes, qui ne sont pas des RER pourront être mises en concurrence entre décembre 2023 et décembre 2033, tandis que les lignes du RER C, D et E pourront l’être progressivement à partir de décembre 2023.
    L’ouverture à la concurrence des RER A et B, dont l’exploitation est partagée entre la RATP et SNCF Mobilités, est programmée en décembre 2039.

    Valérie Pécresse a aussitôt indiqué « qu’elle souhaite la mise en concurrence possible de toutes les lignes nouvelles et de tram-train dès 2019 et des lignes Transilien dès 2023 afin d’inciter les opérateurs à une amélioration de la qualité de service ». Elle prend toutefois « acte du report de l’ouverture à la concurrence des lignes de RER au plus tôt en 2033 du fait de leur complexité ». Mais, a ajouté la présidente de l’Ile-de-France, « un délai supplémentaire aussi important pour la mise en concurrence des RER ne peut être acceptable qu’en cas d’optimisation des coûts d’exploitation par la SNCF et de forte amélioration de la régularité de ces lignes qui ne sont actuellement pas à la hauteur des attentes des Franciliens ». En conséquence, elle demande que « ce calendrier puisse être accéléré par Ile-de-France Mobilités si ces conditions ne sont pas remplies ».

    – Si la SNCF perd un contrat, des agents seront transférés vers l’entreprise qui l’aura gagné. Il sera d’abord fait appel aux volontaires, mais s’ils sont en nombre insuffisant, il y aura transfert obligatoire. Dans ce cas, ou si un salarié de la SNCF choisit de travailler dans une autre entreprise ferroviaire, il est décidé qu’il conservera son niveau de rémunération, son régime spécial de retraite et la garantie de l’emploi.

    En revanche, tout ce qui relève d’accords d’entreprises, l’organisation du travail par exemple, pourra changer en fonction des entreprises et de leurs choix. « Le maintien d’autres garanties telles que les facilités de circulation ou l’accès aux médecins spécialisés sera assuré dans des conditions définies par accord de branche », a également indiqué Elisabeth Borne, en ajoutant que des mesures d’information seraient prises pour accompagner les salariés.

    Toutefois, le gouvernement n’a pas encore tranché le cas où un salarié refuserait son transfert. « Qui prendra la décision de le licencier ? La SNCF estime que le contrat de travail doit être transféré… Ce point par exemple n’est pas tranché », explique Lionel Jorand, secrétaire général Union Solidaire Transports. Une nouvelle réunion sur cette question est prévue début avril… si la grève d’ici là ne vient pas tout bousculer.

    Marie-Hélène Poingt

  • Systra retenu sur un projet de téléphérique à Marseille

    Systra retenu sur un projet de téléphérique à Marseille

    Systra a annoncé fin mars avoir remporté une mission d’assistance à maîtrise d’ouvrage sur un projet de téléphérique reliant le Vieux-Port à Notre Dame-de-la-Garde, pour le compte de la ville de Marseille.

    La solution d’un téléphérique comportant deux stations distantes d’environ un kilomètre, et avec un dénivelé de près de 150 mètres, est apparue comme la plus pertinente pour relier ces deux sites touristiques et améliorer les conditions d’accessibilité à la « Bonne Mère » qui reçoit chaque année deux millions de visiteurs, explique Systra dans un communiqué.

    Systra est le mandataire d’un groupement composé de l’ingénierie TIM, spécialiste du transport par câble, de Transitec Ingénieurs Conseils, spécialiste en étude de trafic, et du cabinet d’avocats MCL.

    Ce groupement est chargé de rédiger le dossier d’appel d’offres pour la conception-réalisation. « Il mènera en parallèle les démarches administratives, juridiques et financières nécessaires à la réussite de l’opération. Dans un second temps, le groupement assurera le suivi des études, et supervisera les travaux avec pour objectif une mise en service en 2021 », précise la société d’ingénierie.

  • La grève perlée sous la menace d’un contentieux

    La grève perlée sous la menace d’un contentieux

    La tension monte entre la direction de la SNCF et les organisations syndicales sur les modalités de la grève de la semaine prochaine. Alors que les organisations syndicales ont prévu une grève perlée de deux jours sur cinq, la SNCF a déjà prévenu sur une plateforme interne qu’elle considère qu’il s’agit « d’un seul et unique mouvement de grève dont l’objet est la contestation de la réforme proposée par le gouvernement ».

    La direction explique qu’un agent n’a donc pas besoin de se déclarer gréviste en déposant une nouvelle déclaration individuelle d’intention (DII) à chaque fois que le mouvement reprend. « Tant qu’il n’a pas fait de déclaration de reprise du travail, il sera considéré comme gréviste lors de chacune de ses journées de service couvertes par le mouvement de grève », précise-t-elle En clair, la direction veut comptabiliser l’ensemble des jours de grève y compris les repos s’ils tombent un jour de grève, pour calculer les retenues sur les salaires, alors que les organisations syndicales avaient fait justement le choix d’essayer de préserver au maximum la feuille de paie des cheminots en prévoyant cette grève tournante, permettant aux cheminots d’y participer à tour de rôle en fonction de leurs jours de service et de repos.

    Pour la CGT-Cheminots, la direction avance des modalités de décompte des journées de grève « clairement illégales ». Les organisations syndicales, qui reconnaissent que la formule de grèves à répétition est compliquée à organiser et ont prévu pas moins de 18 préavis assortis à chaque fois de motifs différents pour relancer tous les trois jours le conflit, assurent que le mouvement restera dans les clous de la légalité.

    La Fédération CGT des cheminots affirme n’avoir « aucun doute » sur la légalité du mouvement et qu’elle a « sollicité » sur la question « un conseil juridique ». De son côté l’Unsa-Ferroviaire a publié un document très pratique sur la façon de procéder que le gréviste soit soumis ou non à une DII. Le syndicat conseille toutefois aux cheminots de reprendre le travail la veille d’un repos « afin que le repos ne soit pas considéré comme un jour de grève ».

    Ces divergences pourraient finir devant la justice. Ces incertitudes juridiques pourraient avoir plusieurs conséquences. Notamment celle de pousser les cheminots à se lancer dans un mouvement reconductible par 24 heures, comme y appelle SUD-Rail. Ou comme First, un syndicat non représentatif à la SNCF. Pour Bernard Aubin, son secrétaire général, la SNCF pourrait d’ailleurs y trouver son avantage car une grève reconductible est « finalement moins perturbante qu’un mouvement s’étalant sur plusieurs mois ». De plus, une grève classique pourrait s’étioler plus facilement si le gouvernement affiche sa fermeté. En attendant, « la direction sème le doute et les interrogations », résume Bernard Aubin en estimant « qu’incontestablement, la SNCF tente de déstabiliser les candidats à la grève ».

    Marie-Hélène Poingt

     

    Comment sont décomptés les jours de grève ?

    Le décompte des jours de grève est effectué par les pôles RH des établissements, calculé par trentièmes selon le principe suivant : un trentième de rémunération en moins par mois quand on fait un jour de grève.

    Les jours de grève sont décomptés à la fin du mois et les retenues de salaire ne peuvent être étalés pour adoucir la fiche de paie des grévistes.

    Par ailleurs, « aucun jour de grève n’est transformable en jour de congé », a affirmé il y a quelques jours Guillaume Pepy devant des journalistes. Le PDG de SNCF Mobilités a rappelé que c’est l’ancien président de l’entreprise, Louis Gallois, qui avait demandé le non-paiement des jours de grève, tandis que lui-même avait décidé il y a dix ans que l’entreprise n’accepterait, en cas de conflit, ni l’étalement des retenues sur salaire, ni la transformation en jours de congés.

    Plateforme interne SNCF sur la grève.pdf

  • Dijon se lance dans l’« open payment »

    Dijon se lance dans l’« open payment »

    C’est une première en France, annonce Keolis qui a présenté le 27 mars le dispositif d’open payment mis en œuvre dans le tramway de Dijon, en partenariat avec Worldline, acteur du secteur des paiements : lorsqu’il monte à bord, l’usager peut désormais directement payer son titre de transport avec sa carte bancaire sans contact, sans qu’un ticket soit délivré. En cas de contrôle, la carte bleue est vérifiée grâce à des appareils spécifiques dont ont été équipés les agents. Le paiement est plafonné chaque jour : en cas de validation avec la CB plusieurs fois dans l’heure, seul 1,30 euro (prix du ticket horaire) sera débité. Et s’il y a plusieurs voyages différents dans la journée, le montant maximum sera de 3,90 euros (ticket journalier) afin de facturer le titre le plus avantageux. Pour obtenir un justificatif, on peut se rendre sur un site internet où on accède à son profil.

    L’open payment est pour l’heure déployé dans les deux lignes de tramways dijonnaises. A partir de septembre prochain, les principales lignes de bus suivront, et l’ensemble du réseau sera équipé avant la fin de l’année. 400 000 euros ont été investis par la collectivité à travers la DSP confiée à Keolis. 300 000 pour le système global et 100 000 pour l’achat des équipements. 200 000 euros sont mobilisés pour la campagne de communication (affichage dans les rames, en gare, achats d’espaces sur les réseaux sociaux…) et financés par les partenaires (Visa et le groupe BPCE avec la Caisse d’Epargne et Natixis). D’autres villes ont des projets similaires dans les mois à venir : Bordeaux en 2019, et Paris en 2020.

    Frédéric Baverez, le directeur exécutif France de Keolis, a listé les raisons qui l’ont poussé à choisir Dijon. Notamment le fait que la ville représente un « laboratoire » pour les innovations de l’opérateur, la première DSP de mobilité globale ayant d’ailleurs été signée à Dijon. Frédéric Baverez a aussi vanté le dynamisme du réseau et l’importance du nombre de voyageurs occasionnels. Ce sont eux les premiers visés par la solution de l’open payment. Keolis vise 700 000 utilisateurs de l’open payment en un an (soit 5 % des visiteurs annuels accueillis par Dijon). Une incertitude demeure : combien de détenteurs de passe vont-ils en profiter pour basculer sur le système par carte bancaire ? Keolis compte scruter les comportements des voyageurs ainsi que les éventuels freins à l’usage.

    Camille Selosse

  • La Normandie veut réduire la fraude de 50 % sur les liaisons avec Paris

    La Normandie veut réduire la fraude de 50 % sur les liaisons avec Paris

    Partant du constat que les lignes reliant la Normandie à Paris enregistrent un taux de fraude élevé générant un manque à gagner de plusieurs millions d’euros par an, la région a demandé à la SNCF de mieux contrôler l’accès à ces trains. Traduction concrète, des portes d’embarquement ont commencé à être installées en gare de Paris-Saint-Lazare sur les voies 22 à 24 depuis la fin d’année dernière et fonctionnent depuis le 22 décembre.

    « Cette mise en place progressive a pour objectif de détecter certains dysfonctionnements qui ne peuvent être identifiés qu’en test en situation réelle. Ainsi, pour éviter des difficultés et dans l’intérêt des voyageurs, les portes sont actuellement mises en service en heures creuses et monteront en puissance en heures de pointe », a indiqué la région dans un communiqué le 27 mars.

    Le conseil régional explique également que les portes d’embarquement seront totalement opérationnelles d’ici à cet été et que les voies 25 et 26 seront à leur tour équipées de portes courant 2018. Le dispositif sera complété dans les mois à venir par l’installation de portes d’embarquement dans les principales gares normandes. Il se substituera progressivement au dispositif de filtrage humain mis en place à la demande de la région, depuis décembre 2016, et qui a contribué à une augmentation significative des recettes des TER, précise encore la région.

    Quelque 10 000 voyageurs quotidiens sont concernés par ce nouveau dispositif à Saint-Lazare. L’objectif pour la Normandie est de réduire la fraude de 50 % à partir de la fin 2019, juste avant qu’elle ne reprenne en main l’organisation des trains Intercités, actuellement sous la responsabilité de l’Etat.

    M.-H. P

  • Les conditions d’une concurrence équitable dans le ferroviaire selon l’Arafer

    Les conditions d’une concurrence équitable dans le ferroviaire selon l’Arafer

    L’ouverture à la concurrence dans le transport ferroviaire étant maintenant « imminente », l’Autorité de régulation des activités ferroviaires et routières (Arafer) a posé le 27 mars quelques conditions qui, selon elle, permettront d’assurer une concurrence équitable en France.

    Pour cela, l’Autorité s’est appuyée sur le bilan des expériences menées par nos voisins européens (Allemagne, Angleterre, Suède, Italie…) qu’elle juge extrêmement positives. « A travers ces exemples, il est possible d’affirmer que la libéralisation s’est toujours accompagnée d’évolutions très favorables », a assuré Bernard Roman, son président. La fréquentation en voyageurs-km notamment a fortement augmenté, par exemple de 6 % par en Grande-Bretagne entre 1994 et 2015 ou de 50 % sur les lignes à grande vitesse en Italie entre 2012 et 2015, a-t-il indiqué.

    Mais Bernard Roman est critique sur l’organisation envisagée en France pour le groupe ferroviaire, pour lequel le modèle allemand est cité en exemple. Le président du gendarme du rail estime qu’il serait au contraire « opportun de revoir l’organisation du groupe public ferroviaire en supprimant l’Epic de tête et en séparant clairement les activités relatives à la gestion de l’infrastructure de celles relatives à l’exploitation des services de transport ». Faute de quoi, la transparence ne pourra pas être assurée et on en reviendrait à « autoriser la France à créer un modèle intégré qui n’existe plus en Europe et qui nous ramènerait 20 ans en arrière ». De plus, Bernard Roman estime que Gares & Connexions devrait devenir soit une filiale de SNCF Réseau soit une société anonyme à capitaux publics pour accéder à une réelle indépendance et assurer un service équitable à tous les opérateurs ferroviaires.

    Le régulateur prône aussi la transparence dans le recueil des informations pour permettre aux autorités organisatrices des transports de préparer des appels d’offres dans le futur pour les transports conventionnés (TER et TET). Pour les lignes commerciales, l’Arafer met en doute les déclarations récentes d’Elisabeth Borne, qui avaient assuré que 70 % des lignes TGV sont déficitaires. L’Autorité remet en cause le coût moyen pondéré du capital (CMPC) permettant d’estimer la rentabilité d’une ligne. « Le taux utilisé laisse penser que la SNCF se rémunère bien », souligne Anne Yvrande-Billon, la vice-présidente de l’Arafer. L’Autorité estime donc qu’une « remise à plat de la carte des dessertes TGV est nécessaire, avec, le cas échéant la mise en œuvre d’obligations de service public ». Elle pointe aussi la nécessité de mettre en place « des règles claires d’attribution des sillons et des capacités en gares ». Avec la possibilité, lorsque les sillons sont rares, de proposer « une allocation concurrentielle », autrement dit des enchères.

    Enfin, l’Arafer a de nouveau rappelé que son pouvoir d’avis conforme que le gouvernement envisage pourtant de supprimer est « la seule garantie d’un développement équilibré du secteur du transport ferroviaire ». Notre but est de « contribuer à la croissance du transport ferroviaire », assure Bernard Roman.

    M.-H. P

  • Le Sénat fait de la résistance

    Le Sénat fait de la résistance

    Les sénateurs devaient examiner le 28 mars la proposition de loi déposée par Hervé Maurey et Louis Nègre sur l’ouverture à la concurrence du transport ferroviaire de voyageurs. Avec un temps de retard sur le calendrier initialement prévu. « Nous avions prévu de l’inscrire à l’ordre du jour en janvier dernier mais la ministre des Transports nous avait convaincus d’attendre les conclusions du rapport de Jean-Cyril Spinetta. En échange, Elisabeth Borne nous avait proposé que notre proposition de loi devienne le véhicule législatif permettant l’ouverture à la concurrence. Mais contrairement à ce qui nous avait été dit, le gouvernement a annoncé que la réforme serait menée par ordonnances », raconte Hervé Maurey, le président de la commission de l’Aménagement du territoire et du Développement durable.

    Pour le sénateur de l’Eure (Union centriste), « c’est inacceptable pour une réforme d’une telle ampleur avec de tels enjeux. Nous y voyons un mépris du Sénat et, au-delà, du Parlement et des Français ». Hervé Maurey indique que le président du Sénat soutient cette proposition de loi : Gérard Larcher a inscrit le texte à l’ordre du jour et a saisi le Conseil d’Etat pour qu’il donne un avis sur le texte sénatorial, précise l’élu. « Tous les groupes sont à 100 %, même 200 % favorables au débat. Ce qui ne veut pas dire que nous partageons tous les mêmes positions sur le fond », ajoute Hervé Maurey.

    Selon lui, le but est d’aller vite et de montrer qu’avec cette proposition de loi, on peut aller plus vite pour légiférer que si on passe par ordonnances. Le texte pourrait être adopté dès jeudi soir par la commission sénatoriale.

    De son côté, Jean-François Longeot, rapporteur de la proposition de loi, indique que le texte a tenu compte des observations faites par le Conseil d’Etat et que des amendements ont été déposés. Notamment sur la question de la concurrence sur les lignes commerciales. « Le gouvernement a pris position pour l’open access. D’où un risque pour les territoires d’être moins bien irrigués par le TGV. Nous souhaitons des contrats de service public pour assurer la couverture totale des lignes », explique l’élu en citant l’exemple de Paris – Nice, qui pourrait n’intéresser les opérateurs que sur la partie Paris – Marseille pour des questions de rentabilité. Les tronçons Dijon – Besançon, Lyon – Chambéry, ou Bordeaux – Dax, pour n’en citer que quelques-uns, pourraient aussi être menacé. « Ce sera un des points forts du débat demain avec le gouvernement », prévient-il.

    M.-H. P.

  • Ouigo va s’installer dans une deuxième gare parisienne

    Ouigo va s’installer dans une deuxième gare parisienne

    Ouigo étend sa toile ! Après s’être installé en décembre dernier dans Paris intra-muros, à la gare Montparnasse, le TGV à bas coûts de la SNCF va proposer de nouvelles destinations à partir du 6 juillet prochain, en partant de la Gare de l’Est vers six destinations. Les ventes, qui s’ouvriront le 29 mars, permettront d’acheter des billets pour Strasbourg, Champagne-Ardenne, Lorraine-TGV, Metz, Nancy et Colmar à des tarifs défiant toute concurrence. Par exemple un aller à 16 euros pour Paris – Strasbourg, ou 14 euros pour Paris – Metz ou Paris – Nancy, les enfants pouvant bénéficier d’un prix fixe à 8 euros sur toutes ces destinations.

    La SNCF annonce aussi que Ouigo desservira cet été la future gare de Montpellier-Sud-de-France qui doit être mise en service en juillet. Pour l’entreprise publique, l’objectif est que Ouigo achemine 25 % du trafic de la grande vitesse d’ici à 2020 en faisant voyager 26 millions de voyageurs, dont dix millions de nouveaux clients. Avec ces petits prix et un mode de production spécifique permettant de réduire le coût d’utilisation de ses trains (notamment en les faisant rouler plus), et même si elle concurrence ses TGV classiques, la SNCF veut couvrir l’ensemble du marché et prendre un temps d’avance sur les autres opérateurs ferroviaires qui envisageraient de venir un jour lui faire concurrence sur ces lignes.

  • La DB dresse un bilan en demi-teinte

    La DB dresse un bilan en demi-teinte

    Pour la présentation de son premier bilan comme chef de la Deutsche Bahn, Richard Lutz ne pouvait pas espérer de meilleurs chiffres. Sur les grandes lignes, le trafic a augmenté en 2017 de 2,3 % à 142 millions de trajets, dû notamment à la faillite surprise d’Air Berlin, deuxième compagnie aérienne allemande.

    Du coup, le chiffre d’affaires a fait un bond de 5,2 % à près de 43 milliards d’euros et le bénéfice de 7 % à 765 millions. « D’un point de vue économique, nous avons eu une très bonne année », s’est félicité Richard Lutz. Les grandes lignes restent le moteur de croissance mais également les activités internationales (DB Arriva et DB Schenker) qui représentent désormais à eux deux la moitié du chiffre d’affaires de la compagnie allemande.

    Le bilan reste néanmoins en demi-teinte si l’on considère la qualité, le fret et les objectifs. La DB accuse un nouveau recul de la ponctualité de ses trains à 78,5 % (-0,4 point). « Nous devons nous améliorer sur ce point », a reconnu le président de la DB. L’objectif cette année est d’atteindre une ponctualité de 82 %.

    Par ailleurs, le fret reste toujours insatisfaisant avec un nouveau recul du chiffre d’affaires de 2,3 % et une hausse de la perte d’exploitation (Ebit) de 90 millions contre 80 millions en 2016. Pour autant, la DB ne veut pas baisser les bras. La compagnie compte lancer une offensive d’investissements pour « atteindre l’équilibre ». Ainsi, la DB compte acheter 100 locomotives d’ici 2022 et plus de 4 000 wagons marchandises. « Je ne suis pas là pour réduire la voilure mais pour trouver de la croissance », a insisté Richard Lutz. Par ailleurs, l’Etat a annoncé une baisse du prix des péages ferroviaires pour encourager la hausse du trafic.

    Enfin, les objectifs à long terme sont loin d’être atteints. La DB a lancé le plus grand programme d’investissement de son histoire dans le matériel roulant et le réseau qui engendrera un endettement record. « Nous devrions atteindre la barre des 20 milliards d’euros cette année », a estimé le président. Cette année, la DB va débourser neuf milliards pour la modernisation du réseau contre 7,5 milliards l’année passée.

    Richard Lutz reste confiant en l’avenir en raison du soutien de l’Etat (qui reste l’unique actionnaire de cette société par action). La nouvelle « grande coalition » d’Angela Merkel a maintenu les objectifs de doubler le nombre de passagers en 2030. Berlin a également maintenu tous les objectifs d’investissements dans l’électrification du réseau et la modernisation des gares. « L’objectif de l’Etat n’est pas la maximisation des profits mais une maximisation du trafic sur le rail », est-il écrit dans le contrat de coalition. Le gouvernement compte d’ailleurs renforcer son influence au sein de la compagnie comme l’a démontré la nomination récente de trois secrétaires d’Etat du ministère des Transports au conseil de surveillance de la DB.

    Christophe Bourdoiseau,
    à Berlin